Bilan de mes lectures de février 2019

Un mois de février très chargé !

Emmanuel le magnifique

Avec une plume et un style qu’on lui connait, Patrick Rambeau poursuit avec Emmanuel le Magnifique son oeuvre de chronique de la vie politique française inaugurée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Si pour nous, contemporains du sujet, la tournure prise par le récit nous est d’une limpidité absolue (pour peu que l’on s’intéresse un minimum aux actualités et que l’on ne vive pas dans une grotte), que restera t-il une fois les affres du temps passés ?

Certains détails sont en effet embellis et, outre les préférences politiques objectives de l’auteur, l’exercice de synthèse inévitable conduit bien entendu à emprunter certains raccourcis qui trahissent néanmoins ce que la plupart des gens retiennent de chaque épisode narré. On est néanmoins en présence d’un livre tout à fait plaisant qui permet de remettre en perspective le tumulte de l’actualité.

Dans tous les cas, une petite merveille de vocabulaire et de maniement de la langue française pour notre plus grand plaisir !

La méthode bullet journal

Noyé au milieu de tous les outils numériques disponibles pour organiser notre quotidien, la méthode Bullet Journal propose d’avoir un véritable compagnon de route sous la forme d’un carnet unique.

Celui ci sera le réceptacle de toutes vos tâches, tous vos projets, toutes vs idées et tous vos ressentis.

Si Ryder Carroll donne un cadre, il insiste bien sur le fait que la « méthode » peut s’adapter selon les besoins de chacun.

Si j’ai bien aimé le livre, il est encore un peu tôt pour en livrer une critique. En effet, comme pour chaque ouvrage de ce type, il faut d’abord passer par la case de l’expérimentation pour en faire le tour complet.

Je tiens donc depuis le début du mois un bullet journal. Rendez-vous en avril ou en mai pour voir ce que cela aura donné !

Mind mapping

Une lecture décevante ou l’on apprend moins finalement sur la méthode du mind mapping que sur les prestations diverses et variées des auteurs.
Si l’on glane quelques conseils utiles au passage, le lecteur est vite laissé à lui-même, les chapitres étant structurés à l’identique : exposé / débrouillez-vous / bilan.
L’ouvrage passe beaucoup trop vite sur certains aspects, ne prend pas le temps de détailler les exemples proposés et laisse en revanche beaucoup de place à des sujets inutiles (la procédure d’installation de Xmind par exemple).
Cher pour ce que c’est, d’autres ouvrages sur le sujet semblent permettre d’en apprendre d’avantage de manière plus concrète.

Lectio Letalis (Critique)

Lectio Letalis exécute avec brio la recette du thriller ésotérique. Tous les ingrédients nous invite à déguster au plus vite chaque page pour atteindre le dénouement et les révélations finales. Un livre qui tue, des personnages haut en couleurs, une secte mystérieuse et une enquête menée tambour battant dans un cadre dépaysant, que demander de plus ?

Maniant avec subtilité l’art de l’ellipse, le roman sait nous garder au fait de l’action avec une économie de mots qui rend la lecture fluide et plaisante. Dommage pour certaines scènes que l’on aurait aimer voir se dérouler avec de plus amples détails.

Si l’ensemble se tient tout à fait, on regrette quelques raccourcis scénaristiques ou que les personnages parviennent trop simplement et justement à certaines conclusions. On n’est pas loin par moment du Deus Ex Machina.

Il n’en demeure pas moins que c’est très bien écrit, avec une richesse de vocabulaire assez rare pour être notée pour ce type de littérature. Un roman haletant !

Silence sous la blouse (Critique)

Une enquête très fouillée et documentée sur les ravages du harcèlement sexuel en milieu hospitalier.

On a beau le savoir ou le deviner, les pratiques de certains praticiens (!) font froid dans le dos.

Une lecture éclairante et qui va participer à la prise de conscience collective qu’il est grand temps

La solitude Caravage (Critique)

Une véritable déclaration d’amour pour le peintre italien !

Bien plus qu’une biographie, la solitude Caravage nous amène à une certaine intimité avec le peintre mais également avec l’auteur.

Plaisant à lire et qui donne envie d’en savoir un peu plus sur le Caravage. Une vraie réussite !

L’art de la victoire (Critique)

Il s’agit de la biographie du fondateur de Nike, Phil Knight, dont il fut le président jusqu’en 2006.

Suivant un plan strictement chronologique, l’auteur parcours toutes les étapes de la création de ce véritable empire du sport.

Guidé par son audace, sa ténacité (ou son obstination) et un peu par la chance, il passe petit à petit de la vente de chaussures d’import japonaise depuis le coffre de sa voiture à la gestion de magasins et de contrat avec des sportifs à travers le globe.

Forcément biaisé sur certains aspects, le livre affiche tout de même un bonne dose de franchise et de lucidité sur certaines de ses faiblesses (managériales, familiales, etc.)

Une lecture savoureuse et instructive !

Game of Rome

Ce livre est une catastrophe…

Alambiqué et confus, son propos, pourtant simple, à savoir pourquoi l’antiquité est-elle utilisée dans les jeux vidéo et comment est-elle utilisée ou représentée, n’est absolument pas lisible.

L’auteur se perd dans des considérations absconses en faisant usage d’un vocabulaire et d’une syntaxe totalement en inadéquation avec le sujet. Si l’ouvrage ne se destine a priori pas à un travail de vulgarisation, force est d’admettre que l’ouvrage et son auteur se trompent visiblement de cible. en effet, trop lacunaire pour ceux qui ne serait pas familier avec l’univers vidéoludique en général et trop tarabiscoté pour ceux qui ne seraient pas issus du sérail du corps enseignant universitaire, le livre se montre au final trop superficiel pour pouvoir être considéré comme un ouvrage sérieux sur le sujet.

Trop peu d’exemples (mal) utilisés qui ne reflète finalement qu’une infime portion de tout ce qui aurait pu ou du être dit sur le sujet.

Le contenu de ces quelques pages auraient pu être résumés en une simple note de blog un peu fournies ce qui, dans un langage compréhensible, aurait pu servir d’introduction à une somme beaucoup plus approfondie du sujet.

A éviter…

Histoire secrète du sport (Critique)

Si ce livre ne vous donnera pas forcément envie de vous mettre au sport si vous êtes plus adepte du pizza-bière-foot que des footing matinaux, il va vous mettre en revanche une belle claque si vous pensiez en savoir un tant soit peu sur le Sport avec un grand S.

Et d’abord sur sa relative jeunesse. Contrairement à la croyance couramment admise, quand bien même les grecs de l’antiquité pratiquaient des activités physiques de compétition, l’émergence du sport en tant que pratique concurrentielle de haut niveau est, à l’échelle de l’humanité, très récente. un siècle et demi tout au plus.

Et l’on prend alors conscience de la folle machinerie qui s’est mise en marche autour de ce qui n’était au départ qu’un loisir, qu’une distraction, utile pour le corps et l’esprit.

A travers les grandes et les petites histoires et anecdotes de l’histoire du sport (à ne pas confondre avec l’histoire sportive) on découvre aussi bien de grands moments et des héros, que les pires bassesses et le gangrénage progressif par l’argent.

L’ouvrage, d’une richesse incroyable, nous offre à voir cette face cachée du sport, derrière les médailles, les résultats, les buts et les records. Excellemment bien écrit et très bien documenté, les auteurs nous offre une véritable saga, que l’on imagine sans peine adaptée en série télé ! Même les épisodes pourtant à priori très bien connus du publics sont éclairés sous un nouveau jour et enrichi de détails insoupçonnés.

Une véritable somme sur le sujet que tout bon passionné se doit d’avoir dans sa bibliothèque !

La folle enquête de Stieg Larsson – Sur la trace des assassins d’Olof Palme

L’assassinat du premier ministre suédois Olof Palme est pour nous français quelque chose d’inconnu ou, pour les plus anciens, quelque chose de diffus et lointain.

Si cela n’a pas forcément eu beaucoup de retentissement chez nous, encore moins aujourd’hui plusieurs dizaine d’années après les faits, il n’en n’a pas été de même pour Stieg Larsson, auteur mondialement connu de la saga Millenium.

Ce livre extrêmement bien construit et bien écrit, nous fait donc découvrir que l’élucidation de cet assassinat a non seulement été l’oeuvre d’une vie pour Stieg Larsson mais que ce crime est encore à ce jour non élucidé.

L’auteur reprend donc l’enquête sur la base de l’importante documentation laissée par Larsson et tente de donner une issue à ce mystère qui continue de traumatiser la Suède.

Passionnant et intriguant à plus d’un titre !

Les cendres de Babylone

On retrouve nos héros à la lutte contre la flotte libre après le cataclysme provoqué sur Terre par la chute volontaire d’astéroïdes qui ont provoqué mort et désolation.

Toujours aussi haletant, toujours aussi bien écrit, c’est à ce jour l’un des meilleurs de la série !

La mère parfaite

Il n’est décidément pas facile de devenir maman.

C’est finalement le message principal de ce roman policier qui a pour toile de fond l’enlèvement d’un nourrisson. Si l’intrigue policière donne corps au récit, le roman nous donne plutôt à voir toutes les difficultés que pose la très forte intellectualisation de la grossesse puis de l’arrivée du nouveau-né.

Les différentes protagonistes, dans une sorte de « Desperate Housewives » du syndrome post-partum, sont chacune confronté à des situation différentes; Grossesses compiiquées, FIV, fausses couches, tout y passe. Et les choses se compliquent quand on découvre leur quotidien New-Yorkais avec ce que cela implique de stress, d’angoisse face à un système américain pas vraiment porté sur l’assistance et où les frais doivent être intégralement couverts par le fruit de votre travail.

L’intrigue essai bien de faire passer chacune des maman pour une potentielle suspecte, mais cela ne prend jamais véritablement. En effet, on assiste un peu éberlué au fil de la lecture à la disparition de l’instinct maternel. Ces nouvelles maman semblent en effet incapable de la moindre initiative et sont sans arrêt tributaire de conseils, de guides, pour leur dire quoi faire et quand. De ce fait, on les imaginent bien incapable de fomenter un enlèvement…

Malgré quelques lourdeurs, la lecture est globalement plutôt fluide et le sens du suspens, quoique artificiel, est bien maîtrisé.

La méthode mapwriting

Je suis particulièrement adepte du mind mapping (ou carte heuristique dans la langue de Molière).

Outil de clarification et d’organisation des idées, je souhaitais aller plus loin. Après un premier ouvrage assez décevant sur le sujet (cité plus haut), je me suis en chasse d’un autre livre sur le sujet. Mes recherches m’ont conduites sur cet ouvrage qui propose un angle assez original.

Mes projets tournant beaucoup autour de l’écrit, l’orientation de ce livre m’a assez vite convaincu de sa pertinence et de son intérêt.

Je dois avouer que sa lecture ne m’a pas déçue et que je suis actuellement en train de mettre en pratique les conseils et techniques détaillées à l’intérieur.

Bilan a venir d’ici quelques semaines / mois.

Bernadette Chirac, les secrets d’une conquête

Erwan L’Éléouet nous livre avec cet ouvrage une version écrite de ce qui s’apparente à un numéro de l’émission « Un jour, un destin » à laquelle il participait.

Le livre brosse à grands traits certains points saillants de la vie de celle qui fut première dame de France. Car plus que la vie de Bernadette Chirac, c’est très vite celle de son illustre mari que l’on retrace en creux. De son enfance marquée par une éducation très stricte et par la guerre, mais qu’elle aura toujours vécue depuis un château, jusqu’à sa retraite, le livre égrène les épisodes successifs d’une vie menée tambour battant.

Assez pudique sur les écarts de Jacques, le livre met en lumière la force de caractère de celle qui a su passer progressivement de l’ombre à la lumière. Exercice biographique documenté, l’ouvrage n’est pourtant pas aussi détaillé que pourrait l’être un livre du genre.

Moins documentaire dans sa démarche que narratif, le livre tend à réhabiliter cette femme politique en justifiant son caractère et sa conduite à l’aune des événements de sa vie. Une publication de plus dans la littérature déjà abondante sur les Chirac, qui contribue néanmoins à détailler un peu plus une fresque historique déjà chargée, à travers des détails inédits récoltés par l’auteur lors d’entretiens exclusifs.

Erwan L’Éléouet synthétise également de nombreux fragments disséminés dans différentes interviews, reportages ou articles, qu’il replace ici dans une démarche chronologique bienvenue.

La meute

Ce livre est maladroit dans tout ce qu’il entreprend.

Sans véritable fil conducteur, le roman nous bombarde les excès et les états d’âme de cette bande de copines assez vulgaire et à laquelle on n’éprouve aucune empathie. Le roman se termine sur une note grave, qui essaye de donner un peu de sens à toutes les dérives auxquelles on a pu assister page après page.

S’il fallait le résumer, le message du livre pourrait être : profitez de la vie car on ne sait jamais quand celle-ci va se terminer. Mais même ce final dramatique est brouillon, confus et peu lisible. Et puis surtout, est-ce vraiment profiter de la vie que de brûler la chandelle par les deux bouts, au risque de maltraiter son corps ? On a le droit d’en douter sérieusement. Consommation excessive d’alcool, de stupéfiants, boulimie, vie sexuelle débridée, sont autant de clichés de la vie nocturne parisienne (mais pas que) auxquels on n’adhère déjà pas forcément, même s’ils sont probablement poussés un peu à l’extrême, mais surtout, tout cela est extrêmement mal écrit.

Le style est brouillon, la narration totalement décousue et le propos confus. En découle un roman bancal, sans direction, brassant des situations qui au mieux suscitent l’indifférence, ou, au pire, la révulsion.

Le président sur la corde raide

Se voulant à la fois très objectif et très analytique, le livre de Roland Cayrol brosse un constat plutôt honnête du début de quinquennat d’Emmanuel Macron.

N’occultant pas les difficultés et les erreurs commises, l’auteur insiste par ailleurs beaucoup sur les réussites ou, à tout le moins, sur les engagements tenus ou en passe de l’être.

De ce fait, l’ouvrage est relativement ambigu car il semble embellir quelque peu le positif et minorer ou à minima relativiser les points négatifs que lui même aborde.

Cet exercice d’équilibriste nuit au propos. Non qu’il eu fallut que le livre soit totalement à charge ou à décharge, mais il ne tranche pas suffisamment, même quand il s’agit de dire du bien.
Au surplus, l’ouvrage n’explicite sa finalité qu’à l’amorce de sa conclusion. En découle un long exercice d’introduction pour ne finalement délivrer qu’un seul message : l’exécutif doit accepter d’avoir recours au peuple pour gouverner. Selon l’auteur, il s’agit là de la seule promesse électorale non (encore) tenue à ce jour.

Compte tenu de ce point de vue, il est dommage que le mouvement des gilets jaunes n’aient pas été étudié plus avant, car s’il est bien une de leur revendications qui trouve écho dans ce livre, c’est justement cette coupure des élus et du peuple, ce dernier se sentant mis à l’écart à l’heure où le président élu, comme cela est rappelé par Roland Cayrol souhaitait plus de démocratie, plus de participation.

Correctement documenté, l’ouvrage pose un diagnostic plutôt consensuel qui a au moins le mérite de voir s’engager l’auteur. Cela fera le délice des historiens qui auront à disposition une littérature abondante sur ce quinquennat comme les précédents.

Vice d’Adam McKay : tout sur Dick Cheney

Vice est un film américain, réalisé par Adam McKay (The big short) et distribué par Annapurna Pictures  aux États-Unis et par  Mars Distribution en France.

Le film nous raconte la vie de Dick Cheney, homme politique et homme d’affaire en vue dans les années 70 et 80. Il est surtout connu pour avoir été le colistier et vice-président de George W. Bush, 43e président des Etats-Unis d’Amérique de 2000 à 2008.

Le film tire son titre de ce dernier poste d’influence qu’il occupa et fait écho aux manœuvres que Dick Cheney mit en œuvre tant en matière d’enrichissement personnel que de dérives politiques.

Le rôle-titre est interprété à l’écran par Christian Bale. Le reste du casting trois étoiles met en scène de nombreux personnages de l’administration Bush bien connus du grand public. Donald Rumsfeld y est notamment campé par un Steve Carel resplendissant.

Ce film est une véritable réussite visuelle, scénaristique et intellectuelle.

Un scénario en béton

Bien que racontant la vie de Dick Cheney, le long métrage n’adopte pourtant pas le cadre d’un classique et banal biopic standardisé. S’il y a bel et bien une trame chronologique, le film s’attache avant tout à explorer et mettre au jour la façon insidieuse dont le discret Dick Cheney parvient à s’emparer du second rôle de l’État américain.

Car s’il ne s’est jamais véritablement exposé sur le devant de la scène politique, il fut malgré tout l’artisan d’une transformation de l’exécutif vers un rôle absolu et omnipotent.

Pour cela il s’appuya sur la théorie du … elle-même fondée sur une interprétation de l’article 2 de la constitution. Selon cette théorie, rien ne saurait être supérieur à l’impératif qu’a le président des Etats Unis de protéger le peuple américain. Ainsi, il est possible de se dispenser en certains cas de l’avis et du contrôle du parlement (chambre et sénat) dès lors qu’il est question de la sécurité des américains.

La mise en œuvre de cette théorie explique les nombreuses dérives opérées après les attentats du 11 septembre et lors de la guerre en Irak.

En cela, le film est très éclairant sur les mécaniques à l’œuvre dans l’escalade de violence et de violation des droits de l’homme : manipulations de l’opinion, interprétation des faits et des documents, etc.

Mais au-delà de cette période, qui constitue la fin de sa carrière politique, le long métrage nous donne à voir les débuts de cette carrière, largement méconnue de notre côté de l’atlantique. Son ascension progressive dans les rouages de l’administration et de la maison blanche sous les présidences de Nixon ou Reagan débute sous l’aile de Donald Rumsfeld, personnage bien connu de l’administration Bush.

Quelles sont nos convictions ?

Le choix de Cheney de se porter sur Rumsfeld ne tient qu’à la personnalité et au franc parlé de ce dernier. D’ailleurs, le film ironise très largement sur « les convictions » de ceux qui occupent ces postes à responsabilité. « Rumsfeld est républicain ? OK. Je serais donc républicain. ». « Mais au fait, quelles sont nos convictions ? ». Ce à quoi Rumsfeld répond par un grand éclat de rire.

S’il fallait encore en douter, l’intérêt des américains semble passer au second plan derrière les intérêts personnels et d’affaires.

Le film met enfin en scène la vie familiale et personnelle de Dick Cheney. Ses excès, qu’il s’agisse d’alcool dans sa jeunesse ou de bonne chaire au fil du temps, qui le conduiront plusieurs fois à l’hôpital en raison des fragilités de son cœur.

Raconté par un narrateur dont je vous tairais l’identité, le film excelle en cela que les « trous » inévitables que la documentation ne permet pas de combler, sont très élégamment gérés avec des dialogues décalés qui laissent imaginer la teneur de ces instants « off the record » sans chercher à les recréer de manière artificielle.

Le ton du film est résolument à charge et hostile à Dick Cheney, et plus largement au camp républicain. Mais la démarche presque documentaire du long métrage en fait avant tout un objet de réflexion avant d’être un simple film engagé.

La deuxième réussite du film est donc intellectuelle.

Méditez, méditez…

S’il en était encore besoin compte tenu du nombre incalculable d’œuvre de fiction décrivant par le menu les rouages du monde politique américain, le film nous donne à voir la fabrique du pouvoir aux États-Unis. Il se concentre tout de même sur deux périodes clés : la présidence Nixon et celle de George W. Bush.

La première se termine par la démission du Président à la suite du scandale du Watergate. La seconde met en scène un homme politique largement inexpérimenté, peu sur de lui, qui n’a pour lui que son nom et qui recherche en Cheney une caution politique.

C’est cette inexpérience conjuguée à la faiblesse de l’individu qui laissera le champ lire à Cheney pour mettre en œuvre son projet politique et intervenir directement dans la vie politique du pays, alors que le rôle du vice-président est avant tout symbolique. Les conséquences de cette prise de pouvoir se font encore sentir aujourd’hui…

Le long métrage s’attarde évidement sur le rôle joué par Cheney dans le déclenchement de la guerre en Irak et sur les manipulations mises en œuvre. Le film absout par la même occasion Colin Powell, secrétaire d’état à la défense de l’époque, qui, en ce temps, paraissait pour un va-t’en guerre alors qu’il n’était pas partisan de cette intervention.

Les conséquences de cette guerre dans l’état du monde d’aujourd’hui sont pleinement mises en lumières. Et pour qui le découvrirait : c’est édifiant…

Féroce, le film nous oblige à interroger le rôle du politique et nuancer la « nouveauté » de certains discours. Des extraits savamment choisis de discours prononcés dans les années 80 font étrangement écho (presque au mot près) de discours prononcés par Donald Trump ou Emmanuel Macron.

Non content de nous enseigner des choses et d’alimenter notre réflexion, le film a le bon goût d’enrober son message dans une esthétique réussie.

Vice est une réussite visuelle.

Un bel objet cinématographique

En tout premier lieu, le travail de montage effectué est bluffant. Dans la veine de cette frange de film américains d’opinion, présentés sous forme de fiction, l’enchaînement des plans adopte une forme presque nerveuse. Parfois douce et tantôt abrupte, les transitions donnent un vrai rythme au long métrage.

Ensuite, certains plans sont d’une extrême puissance visuelle. La réalisation prend un malin plaisir à insister sur certaines situations ne mettant pas spécialement Dick Cheney en valeur. Ces plans sont particulièrement longs et, à la manière d’un Tarantino, insiste par cette longueur sur le message délivré. La scène de la transplantation cardiaque, laissant apparaître la cavité cardiaque complète vide, dure là aussi assez longtemps pour que le spectateur puisse se faire la réflexion que finalement, il ne s’agit rien de moins que d’un homme sans cœur. Subtil.

Quels talents !

Mais là où Vice sublime son propos, c’est à travers le jeu de ses acteurs. Christian Bale campe à la perfection Dick Cheney, que celui-ci soit athlétique dans ses jeunes années avec un physique, dégarni à l’approche de la cinquantaine ou bedonnant à un âge avancé. Le travail de maquillage est exceptionnel et, si l’on devine toujours les traits de l’acteurs, ceux-ci se font largement oublier derrière la carrure imposante qu’il incarne. Le travail sur la voix est également impressionnant. Une économie de mots, posés dans un murmure caverneux renforce bien l’idée que l’on est en présence d’un homme nimbé de mystères.

Mention spéciale pour Amy Adams, une actrice que j’aime beaucoup. Elle livre ici une performance rafraichissante quoiqu’il faille admettre qu’elle ne vieillit pas autant à l’écran que son mari de vice-président.

Si Steve Carell surjoue par moment, mais jamais trop pour que cela soit dérangeant, il n’y a rien à redire sur les acteurs et leur présence à l’écran. Leur jeu sonne juste.

Pour les besoins de l’histoire et de la vraisemblance, puisqu’il s’agit pour certaines scènes de faits réels, le rôle des décors est primordial. Certains ont été recréés via trucages. C’est notamment le cas du discours de George W. Bush sur le porte-avions à la fin de l’intervention en Irak. Dans tous les cas, le soin du détail est présent et l’immersion de spectateur total.

Le travail sur la lumière mérite d’être noté. Excellement bien dosée, elle concourt à l’esthétique globale et n’est jamais prise en défaut (ce qui n’est hélas pas forcément le cas sur tous les longs métrages).

Un dernier mot concernant la bande son (oui, je sais, ça sort du cadre visuel !). La bande originale est excellente et accompagne toujours discrètement l’image.

Foncez

Vice est une véritable réussite. Avec un propos pas forcément évident, le réalisateur parvient non seulement à faire le tour de son sujet mais également à faire passer plusieurs messages forts.

Réussite visuelle et scénaristique, le long métrage réussi le pari de proposer un récit à mi-chemin entre le biopic et le documentaire, le tout servi par un casting impeccable, une bande son irréprochable et une réalisation franche et maîtrisée.

L’art de la victoire de Phil Knight : quel pied !

L’art de la Victoire est l’autobiographie du fondateur de l’équipementier américain Nike dont il fut le président jusqu’en 2006.

Life is life

Je suis toujours un peu perplexe face aux biographies. Et encore plus face aux autobiographies.

C’est quelque chose que nous expérimentons tous : nos souvenirs ont souvent tendance à être embellis. Nous avons déjà une tendance naturelle à ne retenir que les meilleurs souvenirs. Mais par ailleurs, nous biaisons nos mauvais souvenirs ou mauvaises expériences. Soit qu’elles nous aient appris quelque chose, ce qui en atténue l’aspect négatif, soit que nous relativisions.

La vie de Phil Knight est un roman. Un roman qui démarre véritablement pour lui quand il entreprend son tour du monde à l’issue de ses études. De son enfance, il sera très peu question. Un choix volontaire et délibéré qui en dit long sur ce que le fondateur de Nike estime important. Quelle qu’ait été votre éducation ou vos études, rien ne conditionne votre vie, vos projets ou vos rêves.

A partir de cette épiphanie fondatrice, le récit se déroule chronologiquement dans une succession de chapitres rythmées par les années qui passent. On assiste alors aux prémices du business de chaussures de sports qu’il rêve de créer. D’abord distributeur d’une marque japonaise, qu’il commercialise de manière assez artisanale à l’arrière de sa voiture, il va progressivement s’en émanciper et commencer à faire fabriquer ses propres modèles.

Tributaire de ses fournisseurs, de ses créanciers, la situation financière de la jeune entreprise est régulièrement dans le rouge et flirte souvent avec la banqueroute. Cette situation est d’ailleurs loin d’effrayer Phil Knight même s’il confesse plusieurs nuits blanches. Car plutôt que de suivre les conseils et recommandations de ses banquiers, afin qu’il adopte une gestion saine (selon leurs critères) de son entreprise naissante, Phil Knight appui au contraire sur l’accélérateur.

Aller plus haut

Petit à petit, l’entreprise croit et se développe. Son chiffre d’affaire augmente ainsi que le nombre de ses collaborateurs. Jusque-là, il ne s’agit rien de plus que du parcours classique de la création d’une entreprise, qui trouve ici ses expressions les plus terre à terre de gestion des ressources humaines et financières.

Sauf à ce que vous souhaitiez vous lancer dans un business équivalent (drop shipping) la véritable valeur du livre ne réside pas forcément dans cette partie-là. C’est instructif certes, et cela permet de replacer les choses dans le contexte des années 70 et 80, où les règles n’étaient pas tout à fait les mêmes et que la valeur des choses ne reposait pas sur la même échelle de valeur.

Si le livre n’est pas un modèle pour ce qui concerne la gestion financière, il ne brille pas non plus par les méthodes liées aux ressources humaines. Phil Knight ne semble étrangement pas forcément doué pour les relations humaines, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. Bien entendu, il s’est marié et a eu deux enfants, et voue un amour sans borne à son épouse qui fut plus qu’une aide précieuse dans cette aventure entrepreneuriale. Mais comme il le confesse tout au long du livre, il n’est pas à son aise lors des négociations bancaires ou commerciales, peut se montrer assez dur, cassant voir indifférent à ses propres collaborateurs même et surtout les plus zélés. Et surtout, il n’a pas su trouver les clés pour entretenir de bonnes relations avec ses fils, dont l’aîné trouvera la mort dans un accident de plongée.

Biographie = mode d’emploi ?

Mais une biographie, si elle vaut déjà par ses aspects testamentaires et historiques, vaut surtout par ce que lecteur en retire. Une vie qui mérite d’être racontée en détails (même choisis) apporte son lot d’expériences, de conseils et d’enseignements.

Le piège dans lequel tombe beaucoup d’ouvrages « à propos de » telle ou telle personnalité ayant brillé par son parcours, est de laisser entendre que la vie de la personnalité en question est un modèle et une route à suivre. Comme s’il suffisait de suivre une « recette » pour que le succès soit au rendez-vous.

Ce fut énormément le cas pour ce qui concerne toute la littérature publiée à la suite du décès de Steve Jobs.

Dans le cas de « l’art de la victoire », ce qui a fait justement la force de la vie de Phil Knight explique certainement son manque d’appétit pour la gestion financière et les relations humaines.

Don’t stop believe in

Tout est résumé par l’auteur lui-même : ne jamais s’arrêter. Et force est d’admettre que Phil Knight pense chaussure, respire chaussure et incarne la chaussure à 100%. Ces gens-là ont un nom : Shoe Dog, qui est d’ailleurs le titre original du livre en anglais.

Sa passion immodérée du sport et de la chaussure de sport constitue son moteur. Il faut aller toujours plus loin et toujours plus vite. Cela ne s’est pas fait sans conséquences, mais le fait est qu’à force de pugnacité, d’obstination et de persévérance, Phil Knight est parvenu à bâtir un empire.

Si la chance et l’époque ont une part de responsabilité dans le succès rencontré, qui s’est patiemment bâti année après année, le principal message de cette biographie est que cette conviction de réussir et cette persévérance sont des qualités à cultiver pour accomplir ses projets et s’accomplir en tant qu’homme.

Cela ne fera pas disparaître les obstacles ou les difficultés comme par enchantement, mais une volonté farouche d’aller de l’avant, une certaine dose d’obstination (quand elle n’est pas entêtement aveugle), saupoudrée de confiance en soi constituent le bagage élémentaire pour aller au bout de ses projets.

L’art de la victoire est enfin une plongée dans l’histoire. Histoire du sport, mais pas seulement. Histoire des États-Unis et du monde de ces années 70 et 80. Une plongée dans le Japon d‘après-guerre et de la reconstruction. Histoire de l’émergence du sport business et du rôle que les équipementiers vont alors y jouer, comme cela nous est rappelé dans l’excellente « histoire secrète du sport » de François Thomazeau.

Run, run, run

On achève cette lecture sur un sentiment partagé. D’un côté c’est extrêmement fascinant. Parti de rien (ou presque), Phil Knight, faisant fit des difficultés ou complications, est parvenu à bâtir une multinationale tentaculaire dont la visibilité mondiale est hors norme.

Mais d’un autre côté le récit nous donner à voir quelqu’un, certes de pugnace et déterminé, mais qui dans le même temps peut se montrer sec, obtus, passablement désagréable et presque sans scrupule. En témoigne l’absence de détails sur les conditions de fabrication de ses chaussures en Asie, sur lesquelles il fini tout de même par écrire quelques mots à la toute fin, presque sous la forme d’un mea culpa contraint.

Je n’irais pas jusqu’à dire que Phil Knight est un exemple ou un modèle. Certains aspects sont sans aucun doute à méditer. Mais il ne faudrait pas y voir un modèle absolu de la réussite ou du succès.

Il n’en demeure pas moins que ce livre éclaire cette période de l’histoire et la création de Nike sous un jour nouveau et que rien que pour ça, ça en vaut la lecture !

Défoule-toi

Un livre jouissif…

« Défoule-toi ! » est un véritable OVNI qui se situe quelque part entre l’anti manuel de développement personnel et le hurlement primaire de Jean-Marie Bigard.

Ce livre possède une véritable différence avec les classiques du développement personnel que l’on relit régulièrement.

En effet je recommanderais de ne pas revenir trop souvent sur celui-ci. Vous risqueriez de devenir quelqu’un de parfaitement aigri, rancunier et désagréable.

Il ne fait pas de mal extérioriser ses colères. D’autant plus qu’elle est mauvaise conseillère. Mieux vaut donc s’en débarrasser. Néanmoins, le livre brasse tellement de sujets, de situations, de personnes, qu’il n’est pas à exclure que certaines situations ne s’appliquent pas à votre cas.
Là où cela pèche un peu, c’est que le livre ne vous laisse pas la possibilité de dire que vous n’êtes pas concerné, sauf a laisser un blanc…
Du coup, vous souviendrez vous que vous n’aviez rien à mettre ou que vous avez opportunément sauté la question ?

Le principal (et seul) mérite de ce livre, c’est de se délivrer de tout ce que l’on ressasse, consciemment ou pas, et de s’en délester sur le papier.

Passé cet exercice que l’on réalise avec plus ou moins de mauvaise foi, on se sent forcément plus léger. Si l’on a pas effectivement été mettre des claques à deux ou trois personnes ayant subit notre courroux manuscrit, on est en principe plus disposé à enchaîner sur des lectures plus classiques.
Particulièrement jouissif, ce véritable défouloir est autant une manière d’en vouloir aux autres qu’à soi-même et se questionner quant à certaines attitudes.

… mais dispensable

Plutôt bon enfant (encore que…) le livre fini par déborder vers la fin sur des considérations qui dépasse de loin votre cadre de vie quotidien. Il est toujours possible de râler contre des choses sur lesquelles nous n’avons pas prise. Mais comme on ne cesse de se le voir répéter à longueur de livres de développement personnel, il ne peut y avoir que de la frustration et de la colère à chercher à influer sur des choses sur lesquelles nous n’avons justement pas prise.

Fervent partisan du numérique et lecteur assidu sur tablette, je suis dans l’obligation de vous prévenir : Défoule-toi est inutilisable dans sa version numérique !
Le principe étant de pouvoir gribouiller sauvagement tout votre sou sur le papier, ce principe de base ne résiste pas à une version digitale blindée de DRM qui interdit toute modification du fichier…

De mon point de vue, plutôt un cadeau à faire à quelqu’un dont vous savez qu’il est un peu tendu sans le laisser paraître. Clairement pas le meilleur livre de ce mois de février 2019.

Une histoire secrète du sport de François Thomazeau

Le sport.

Cette chose aussi populaire qu’élitiste tout à la fois passe-temps, objet de spectacle, véritable business mondial, ou encore garant de votre bonne santé.

Si ce livre ne vous donnera pas forcément envie de vous mettre au sport si vous êtes plus adepte du pizza-bière-foot que des footing matinaux, il va vous mettre en revanche une belle claque si vous pensiez en savoir un tant soit peu sur le Sport avec un grand S.

Et d’abord sur sa relative jeunesse. Contrairement à la croyance couramment admise, quand bien même les grecs de l’antiquité pratiquaient des activités physiques de compétition, l’émergence du sport en tant que pratique concurrentielle de haut niveau est, à l’échelle de l’humanité, très récente. un siècle et demi tout au plus.

Et l’on prend alors conscience de la folle machinerie qui s’est mise en marche autour de ce qui n’était au départ qu’un loisir, qu’une distraction, utile pour le corps et l’esprit.

Une histoire secrète du sport, d’une richesse incroyable, nous offre à voir cette face cachée du sport, derrière les médailles, les résultats, les buts et les records.

Une histoire des sports

Sans virer dans l’exposé rébarbatif et soporifique, l’ouvrage revient en détails sur la naissance de plusieurs disciplines. Parmi la myriades de sports pratiqués sur la planète, le livre s’arrête plus particulièrement sur le cas du rugby, du football, de l’athlétisme ou encore du cyclisme. Mais le récit est également parsemé de nombreux épisodes marquants de l’histoire de variété d’autres sports : Formule 1, Natation, Boxe, etc.

Leur point commun est d’être né dans l’esprit de l’amateurisme. Une pratique plutôt noble et désintéressée, destinée tout autant au bien être physique qu’à l’esprit de compétition.

A travers les grandes et les petites histoires et anecdotes de l’histoire du sport (à ne pas confondre avec l’histoire sportive) on découvre aussi bien de grands moments et des héros, que les pires bassesses et le gangrénage progressif par l’argent et la transition inéluctable vers la professionnalisation.

Une histoire de la structuration du sport

D’abord sous la responsabilité d’entités très locales, les différents sports se sont progressivement dotés de différentes instances. Régionales puis Nationales d’abord afin de se voir propulsée au niveau mondial.

Cocorico ! La plupart des organisations mondiales du sport sont issue d’initiatives françaises et certaines ont encore leur siège à Paris comme la Fédération Internationale de l’Automobile.

Organisation sportive par excellence, le Comité International Olympique est également une création française même si elle demeure en Suisse pour des raisons… fiscales…

Et oui. ce que met incroyablement en lumière cet ouvrage, c’est à quel point le sport est passé doucement mais surement d’une certaine noblesse à une véritable industrie.

Si la structuration du monde sportif a apporté son lot de points positifs comme l’instauration de règles communes, la globalisation du sport, à travers ses organismes officiels, à accentué des travers inhérents même à la pratique sportive concurrentielle : la corruption et le dopage.

Une histoire de la corruption

Les activités humaines on cela de fascinant que, quel que soit le domaine, l’humanité trouvera toujours un moyen de subvertir et enlaidir lesdites activités.

Dans le cas du sport, qui à la base repose principalement sur la notion de jeu, l’argent est très vite devenu l’un des moteurs parasites de son développement.

D’abord via les paris, pour lesquels on truquait les rencontres afin de maximiser les gains, puis pour l’organisation de grands événements sportifs, au premier desquels se trouvent les Jeux Olympiques, et enfin l’appât du gain, qui poussa la culture du dopage à des niveaux inimaginables.

Le livre est édifiant sur le cas des JO et du CIO, instance plus que corrompue, qui brasse plus d’argent qu’elle n’en n’a besoin et qui sous des dehors de protection de l’esprit sportif dissimule un fonctionnement opaque et malsain.

Pas une seule olympiade ne peut être exempte de soupçons dans leur organisation, qu’il s’agissent des conditions d’attribution ou des résultats qui s’y sont produits.

Bien que cela soit un secret de polichinelle et que rien ne semble vouloir remettre en cause ces dérives malgré les révélations et trop rares condamnations, cet aspect du livre est terrible en ce que la réalité qu’il nous décrit dépasse de loin ce que l’on croyait savoir du sujet.

Une histoire politique

Et que dire du rôle politique du sport !

Plus les responsables du monde sportif se défendent d’un quelconque parti pris, et plus on se rend compte que le sport est au contraire le cache-sexe de politiques plus ou moins agressives.

Quoique désigné sous le petit nom de « soft power », le sport constitue l’une des pièces de choix des différentes nations ou régimes dans leur arsenal diplomatique.

Boycott ou au contraire noyautage par des procédés peu reluisant comme la corruption ou le dopage, le sport, qu’il s’agissent des JO ou des coupes du monde de football entre autre, plantent à chaque fois un clou dans le cercueil de la pureté du sport, tant chérie par la plupart des pères fondateurs.

Détourné de ses objectifs premiers, le sport, tout particulièrement dans son expression mondiale et globalisée, sert avant tout les desseins de gens peu scrupuleux, ce qui a des conséquences dramatiques sur les athlètes.

Une histoire dramatique

Quoiqu’il ne faille pas tomber dans un angélisme malvenu, les principales victimes des effets conjuguées de la corruption et de l’utilisation politique du sport sont avant tout le athlètes.

S’il n’ pas fallu attendre que le sport prenne une telle ampleur pour que les compétiteurs cherchent à augmenter leur performances, force est d’admettre que le passage de loisirs à objet de spectacle et de spéculation a très largement contribué à faire augmenter dangereusement la pratique du dopage.

Là encore, au départ en amateur, en témoigne les substances faite maison sur les premiers tour de France, jusqu’à des dispositif médicaux complexes nécessitant une logistique très lourde (transfusion, etc.)

S’il n’était question que de tricherie, cela pourrait presque prêter à sourire, mais les choses sont hélas plus graves puisqu’il y est question de décès, de lésions permanentes, le tout dans une indifférence généralisée.

Un must have

Excellemment bien écrit et très bien documenté, les auteurs nous offre une véritable saga, que l’on imagine sans peine adaptée en série télé !

Même les épisodes pourtant à priori très bien connus du public sont éclairés sous un nouveau jour et enrichi de détails insoupçonnés.

Une véritable somme sur le sujet que tout bon passionné se doit d’avoir dans sa bibliothèque !

Bilan des lectures de janvier 2019

Ce mois de janvier 2019 fut riche en lectures et je vous propose ici de passer en revue les livres qui me sont passés entre les mains !

La magie du rangement

Je ne sais pas s’il faut encore présenter le best-seller mondial de Marie Kondo.

L’auteur y dévoile et développe sa méthode de rangement « KonMarie » et tâche de vous inciter à la mettre en pratique.

Je dois avouer qu’à l’issue de la lecture, je trouve que le titre est assez impropre. En effet, il s’agit moins de ranger que de trier. Et donc de se séparer des objets inutiles soit en les jetant, soit en les donnant. L’aspect « concours de sacs poubelles » pourrait à ce titre en effrayer plus d’un. A une époque où le nombre de nécessiteux n’est pas particulièrement faible, se contenter de jeter purement et simplement des objets en parfait état d’usage est quelque peu dérangeant. Mais rien n’empêche heureusement de donner aux organismes dont c’est la spécialité.

L’autre bémol à noter selon moi, c’est que l’auteur est japonaise et que les préceptes qu’elle expose prennent toute leur signification dans le contexte nippon où il est de notoriété publique que les logements sont d’une taille contenue. Cela n’enlève rien au fait que dans nos palaces occidentaux pavillonnaires ces conseils de tri et de rangement sont parfaitement applicables mais j’aurais tendance à temporiser leur mise en oeuvre.

Du reste, ça se lit bien et c’est au final un livre résolument optimiste.

La vengeance du loup (Critique)

Notre ancienne star du JT de 20h signe en ce début d’année un roman historico / politique sans relief ni inspiration.

Quoique pas désagréable à lire, c’est assez pauvre stylistiquement parlant. A moins que le second tome rattrape le tout, on n’éprouve aucune empathie pour les différents protagonistes et on regarde passer l’intrigue dans une relative indifférence.

Clairement pas le livre de l’année.

La couette de l’oubli

Suite des aventures de notre compagnie de bras cassés qui font face à des hordes de zélotes des différents cultes de la terre de Fangh.

C’est toujours aussi drôle, toujours aussi bien écrit !

Je pense trop

Je fais partie de ces gens qui ont l’esprit toujours occupé et qui gère en parallèle plusieurs sujets.

Ce livre permet de comprendre ce phénomène, qui dans certains cas peut aller assez loin dans le manque de confiance de soi et devenir une certaine fragilité.

Il permet de poser des mots sur ce phénomène que l’on ne maîtrise pas et donne des clés sur la façon de l’apprivoiser et d’en tirer parti.

Une lecture éclairante, y compris pour ceux qui ne seraient pas en situation de « surconscience intellectuelle ».

Spoiler Alert

Comme je le disais l’an dernier, j’ai réduit drastiquement le temps que je passe devant la télé.

S’il m’arrivait de suivre quelques séries TV ici ou là, je les aient toutes lâchées. Inutile de dire que Netflix : non merci !

Du coup, outre les séries que je n’ai jamais suivi (ou de trop loin) et celles que j’ai lâchées en cours de route, je dois admettre qu’il me manque certains pans du scénario. Ce n’est pas que cela pèse sur ma conscience (« Oh mon Dieu ! Mais qu’est-il arrivé à la fin de Desperate Housewives ? ») mais force est d’admettre que certaines références peuvent parfois vous manquer dans une conversation animée avec des sérivores.

Ce livre est donc le compagnon idéal pour se mettre à jour sur les séries TV les plus emblématiques de ces dernières années, y compris celles encore en cours.

C’est l’occasion de se replonger dans de vieilles productions dont on se souviens avoir vu plusieurs épisodes dans le passé mais dont on ignore finalement tout de l’issue (coucou « Sliders »).

On apprend au passage pas mal de détails et d’anecdotes sur toutes ces séries. Ce livre est clairement pour ceux qui, comme moi, cherchent à se mettre à jour sans avoir envie de se taper des centaines d’heure de visionnage !

La tyrannie du silence (Critique)

Un livre bouleversant, comme je l’ai écrit, et qui illustre plus que tous les autres livres qui sortent ces temps-ci sur les abus pratiqués dans divers milieux, les leviers à l’oeuvre dans cette entreprise de domination et de destruction de l’autre.

Ayant eu quelques contacts avec l’auteur, je tiens à suivre son histoire au delà de ce livre en espérant que les démarches entreprises déboucheront sur une issue positive.

L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? (Critique)

Ce livre est une vaste fumisterie.

Rien qu’au niveau du titre déjà qui laisse entendre que l’intelligence artificielle aurait déjà tué (des individus ? des emplois ?) quand le propos du livre est justement de dire que l’IA ne va au contraire que créer de nouvelles opportunités… Étrange.

Mais derrière un propos faussement scientifique ou économique, les deux auteurs se cherchent par cet ouvrage une porte de sortie vers les prochaines échéances électorales.

Un livre absolument pas sérieux sur le sujet…

Portal, Science, Patate et jeu vidéo (Critique)

Monument du jeu vidéo, Portal occupe une place à part dans le cœur des gamers.

Eva Cid Mendez parviens à nous faire saisir toute la singularité de Portal à travers le parcours de sa conception, sa réception critique, son utilisation pédagogique et son positionnement dans l’univers vidéoludique dans lequel il n’a jamais été égalé.

Une lecture passionnante et passionnée et mon coup de cœur de ce mois de janvier !

Le réveil des armées (Critique)

Depuis fin 2018, l’armée est « tendance ». A tel point que les « gilets jaunes » semblent souhaiter le retour d’un pouvoir fort qui pourrait être incarné par les militaires. On devine le fantôme du Général de Gaulle la dedans.

Isabelle Lasserre revient en détails sur les forces et faiblesses des armées françaises et sur les liens fluctuants qu’elles entretiennent avec les français.

Richement documenté, l’ouvrage balaye toutes les problématiques du monde militaires : géopolitique, moyens humains et matériels, organisation, etc.

Une lecture instructive

Dans l’enfert vert de la Rambosploitation

C’était pas sa guerre.

Mais pourtant on a tous vu au moins une fois dans notre vie un Rambo où l’une de ses innombrables copies douteuses et plus ou moins drôles.

Ce livre retrace en détails comment un film adapté d’un roman, avec un acteur quasi inconnu dans le rôle titre a non seulement donné naissance à l’une des premières licences du cinéma, mais surtout tout un phénomène industriel et populaire qui aura vu des centaines et centaines de métrages user et abuser des codes de Rambo.

Richement illustré, l’ouvrage passe en revue tous les mécanismes à l’oeuvre dans cette vaste machinerie commerciale, aidée par l’âge d’or de la VHS. Si de nombreux nanars sont passés en revue, le livre évite l’écueil de n’être qu’un déclinologue de tout ce que le cinéma mondial nous aura servi comme copie des aventures de Rambo.

Le DVD en bonus est une véritable pépite, à regarder une bière à la main et le cerveau posé sur les genoux !

Histoires criminelles (Critique)

Hondelatte

On pourrait penser à la découverte de ce livre que Christophe Hondelatte se « Pierre Bellemarise » et s’enferme dans son rôle de chroniqueur des affaires criminelles et judiciaires, tel qu’il le tenait alors qu’il était à la tête de l’émission de France 2 « Faites entrer l’accusé ».

Et on aurait pas tort car cet opus est le dernier d’une longue série consacrée au sujet. Mais passé ce constat, force est d’admettre que l’auteur sait définitivement y faire avec les faits-divers. Sous une plume élégante, l’auteur nous narre avec une habileté et un sens du suspens maîtrisé des histoires dont le point commun est leur caractère sordide.

Pas toujours élucidées, certaines affaires font froid dans le dos et le livre n’est pas forcément recommandé pour une lecture du soir ! Du reste, on navigue également à travers l’histoire car certaines affaires remontent au XIXe siècle, ce qui permet également de mesurer tout le chemin parcouru par les force de l’ordre, la justice et les techniques scientifiques ou medico-légales.

Malgré les sujets scabreux, le livre est plaisant à lire et va au-delà d’un simple exercice de voyeurisme dans lequel il aurait pu tomber.

Défoule-toi ! Ça va mieux en le disant

Ce livre est un OVNI qui se situe quelque part entre l’anti manuel de développement personnel et le hurlement primaire de Jean-Marie Bigard.

Mais à l’inverse d’un ouvrage de développement personnel, qu’il insiste ou non sur les « pensées positives », qu’il est souvent bon de relire périodiquement, on évitera de revenir trop souvent noircir les pages de ce petit livre, au risque de devenir quelqu’un de parfaitement aigri, rancunier et désagréable.

Le principal mérite de ce livre, c’est de se délivrer de tout ce que l’on ressasse, consciemment ou pas, et de s’en délester sur le papier. Passé cet exercice que l’on réalise avec plus ou moins de mauvaise foi, on se sent forcément plus léger et, si l’on a pas effectivement été mettre des claques à deux ou trois personnes ayant subit notre courroux manuscrit, on est en principe plus disposer à enchaîner sur des lectures plus classiques.

Particulièrement jouissif, ce véritable défouloir est autant une manière d’en vouloir aux autres qu’à soi-même et se questionner quant à certaines attitudes.

Portal, Science [Patate] et Jeu Vidéo d’Eva Cid Martinez

Portal est un jeu génial.

Portal est un jeu révolutionnaire.

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Eva Cid Martinez dans son éloge du titre vidéoludique « Portal, Science, [Patate] et jeu vidéo ».

Et quand on dit « génial », ce n’est pas un « génial » banal, vulgaire et bas du front lancé nonchalamment à la Cantonnade quand votre coloc vient vous annoncer fièrement qu’il a enfin réussi à conclure avec Marie, la petite célibataire du 3e étage.

Non. Par « génial », il faut entendre le sens étymologique du mot : qui relève du génie !

Car indéniablement, Portal et sa suite Portal 2 ont portés au pinacle du panthéon vidéoludique un gameplay et un game design résolument aboutis.

Pour ceux qui n’y auraient jamais touché, Portal et Portal 2 vous mettent dans la peau d’un avatar dont vous ne voyiez (presque jamais le corps) ni n’entendez la voix. Armé d’un « portal gun » qui vous permet d’ouvrir une porte bleue et une porte orange qui communiquent (vous entrez par l’une et vous ressortez par l’autre), vous devez traverser une succession de salles de « test » en résolvant le parcours qui vous est proposé à l’aide de ces fameux portails. Vous êtes accompagné par la voix de GladOS, intelligence artificielle qui gère le centre de test, et qui supervise votre progression. Au fil des salles, vous parvenez enfin au terme du parcours, mais je n’en dirais pas plus 😊

Imité, jamais égalé

Sans prendre le risque de l’hyperbole injustifiée, Portal touche la perfection.

La perfection, ce n’est pas quand il n’y a plus rien à ajouter mais quand il n’y a plus rien à retirer. Dans Portal chaque élément, chaque détail est disposé avec soin et contribue chacun à non seulement donner corps et cohérence à l’univers mis en place, mais sont surtout autant de marqueurs du parcours du joueur qui se trouve ainsi aiguillé sans s’en rendre compte. Cela témoigne d’un véritable travail d’orfèvre doublé d’un très grand respect pour le joueur.

Loin des tunnels aseptisés de certains titres (God of War, Bioshock, etc.) ou des graphismes clinquant et putassier de titre balourds (coucou COD) qui cherche par là à masquer la pauvreté de leur scenario (quand il y en a), Portal déploie un propos visuel et narratif élégant, cohérent et subtil.

Appartenant à la famille des Puzzle Game, qui mettent hautement le joueur à contribution, le fond et la forme de Portal sont conditionnés à la fois par les mécaniques de jeu inhérente à ce type de jeu mais également par les limites (ou limitations) techniques à l’époque où ces deux jeux ont été publiés, respectivement en 2007 et 2011.

Mais s’il pu être éclipsé d’un point de vue graphique ou d’un point de vue scénaristiques par des jeux ayant mis ostensiblement en exergue ces deux aspects de leurs titres, aucun titre n’a su (ou pu) atteindre le niveau d’excellence de Portal. Même d’autres jeu de type Puzzle Game ne sont pas parvenus (quand ils le visaient) à reproduire l’alchimie produite par Portal entre un gameplay épuré évoluant dans un univers dense au travers d’une narration ciselée.

La comédie, c’est la tragédie plus le temps

Eva Cid Martinez nous gratifie donc d’un ouvrage passionné et passionnant au sujet de ce jeu, Portal donc. Sorti en 2007 dans une relative discrétion, au sein d’un pack, la désormais fameuse « Orange Box » de Valve, le jeu conquiert le cœur des gamers. Il va dès lors intégrer le panthéon des classiques intemporels du jeu vidéo tels qu’on pu l’être avant lui Super Mario Bros, Tetris ou Zelda.

Le livre nous présente donc la genèse du projet. Au départ simple projet étudiant, l’aventure va conduire l’équipe derrière le jeu à rencontrer puis intégrer les équipes de Valve, l’entreprise derrière le non moins reconnu Half-Life.

L’auteur nous décrit en détails les étapes ayant conduit au développement du premier puis du deuxième opus, en appuyant à chaque fois sur les ambitions et les contraintes que se sont imposé les concepteurs.

Mais bien plus que le « simple » processus créatif, avec tout ce que cela implique de décisions ou d’obstacles, c’est tout le langage visuel et ludique qu’Eva Cid Martinez nous donne à voir, à toucher et à comprendre.

Et si l’on doit convenir d’un fait c’est que rien, absolument rien, n’a été laissé au hasard. Les mécaniques de gameplay sont mises en place progressivement de manière itérative et sont découvertes intuitivement par le joueur. A l’heure où de plus en plus de jeux prennent littéralement le joueur par la main à grand renfort de flèches, de marqueurs ou de QTE fainéantes pour être certain que le joueur agisse selon la doxa des développeurs, Portal parvient au même résultat à travers le prisme de ses seules mécaniques de jeu, tout juste rappelées par des plaques au sol avec de simple pictogramme (auquel on ne prête d’ailleurs pas forcément attention).

Vous et moi avons dit des choses que vous allez regretter

Rien n’a été laissé au hasard non plus dans la construction du « monde » dans lequel le joueur évolue. Une prouesse quand on sait que les seuls environnements traversés sont des salles aseptisées et, dans le cas de Portal 2, de vastes salles souterraines en ruine. Le « monde » ne nous est connu et décrit qu’à travers la parole de GladOS et Whithley (Portal 2), deux robots attachés à ce centre de test si particulier et dont la première semble entretenir des liens de parenté avec notre avatar.

On devine à travers leurs mots (auxquels s’ajoutent ceux de Cave Johnson, fondateur d’Aperture Science dans le second opus), auxquels nous ne répondons jamais verbalement puisque notre avatar est muet dans les deux opus (ce qui démontre encore une fois le talent des concepteurs), que nous prenons conscience de l’univers dans lequel nous évoluons. Un univers fait d’expériences scientifiques étranges dans un but inconnu mais que l’on devine tout aussi bizarre.

Mais aussi bizarre que puisse paraître l’environnement que l’on parcourt, les choses que l’on est amené à y faire à travers ces tests, et ce que l’on vous dit de ce qui entoure le centre, tout est absolument cohérent et crédible. L’immersion est donc complète et c’est là encore un point qui rend ce jeu si unique et mémorable.

Science sans conscience

Portal, Science [Patate] et Jeu Vidéo d’Eva Cid Martinez, dont rien que le titre comporte un spoil d’ampleur, nous invite à nous pencher sur le rapport de la licence avec la science.

Il est vrai que l’univers de Portal entretient un rapport intime avec la science. Celui-ci tient avant tout d’une relation par l’absurde, mais la science est belle et bien présente tout au long des deux opus.

L’auteur démêle les liens de cette relation fusionnelle faisant la part des concepts fantaisistes des véritables informations et enseignements procurés par le jeu. Elle illustre parfaitement à quel point Portal est un objet d’apprentissage en exposant plusieurs cas pratiques d’utilisation du jeu en classe par des enseignants américains.

Et on touche alors là la quintessence du jeu : apprendre sans en avoir conscience. La plus belle expression de l’utilité d’un jeu est ce que l’on en retire. N’apprend-t-on pas mieux en s’amusant ? Le phénomène actuel d’amplification de la ludification de l’enseignement est le témoin que ce vecteur d’apprentissage intemporel retrouve ses lettres de noblesse.

Sale monstre

Que l’on doit ou non joueur de Portal, le livre d’Eva Cid Martinez nous donne un éclairage incroyablement complet de son sujet. Exhaustive dans son approche, son propos assez novateur nous amène à embrasser tout ce qui tourne autour de Portal, de sa conception jusqu’à ses utilisations concrètes (par des professeurs ou des joueurs passionnés) en passant par les influences qu’il a eu ou son rapport à la science.

Si vous n’avez jamais mis les doigt sur Portal, remédiez-y vite en vous le procurant sur Steam (il y est régulièrement en promotion). Et si, comme moi, vous avez déjà poncé plusieurs fois les deux opus, cette lecture sera pour vous l’occasion de vous replonger dans ce dédale de salles redoutables !

Déjà mordu du jeu (surtout du 2), j’ai une affection toute particulière pour ce livre qui parvient à célébrer le jeu vidéo quand la tendance est plutôt à diaboliser le medium, accusé de tous les maux et violences de notre époque.

Une véritable déclaration d’amour à Portal et au jeu vidéo en général !

La solitude Caravage de Yannick Haenel : émotions et fascination

Fascination pour le maître

La solitude Caravage est une déclaration d’amour enflammée pour ce peintre italien à la fois célèbre mais paradoxalement méconnu.

Yannick Haenel nous propose ici un triple parcours initiatique au fil de ses pages enflammées.

D’abord sa propre découverte de l’artiste au cours de sa jeunesse pendant sa scolarité. Parcellaire, mystérieuse, érotique et enfiévrée. Une découverte initiale qui le bouleverse et le marquera à jamais. Au fil du temps, l’auteur se rapproche toujours un peu plus du Caravage, se documente, s’instruit, se forme, et parvient finalement à son épiphanie : travailler en Italie et à Rome, au plus près des œuvres du maître.

Le Caravage n’est pas seulement un hobby, une lubie ou une simple passion. C’est pour Yannick Haenel un chemin de vie et une véritable transcendance.

Car la vie de l’auteur se fait écho de celle du Caravage, la violence en moins, et l’on est les témoins d’une véritable appropriation, pour ne pas dire assimilation, de la vie du Caravage tant l’auteur semble ressentir dans ses chairs les tourments du génie.

Une vie pour la peinture

Et c’est là le second degré de lecture de cet ouvrage. Loin des monographies classiques ou du simple exercice biographiques, la solitude Caravage nous donne effectivement à voir ce que fut la vie du Caravage.

Une vie tourmentée, agitée, qui se traduit par le vagabondage, la violence et la solitude. Une solitude paroxystique en ce qu’elle s’incarne non seulement dans la solitude intrinsèque du peintre, seul devant son œuvre et sa technique, mais également dans la solitude de son for-intérieur. Seul face à lui-même, le Caravage est un personnage torturé qui aura tout connu : le deuil, la pauvreté, l’isolement, la détresse, la gloire, la fuite, le confort et la violence.

Une vie courte (39 ans seulement) mais à la fois trépidante et terrible, intense et fragmentée, sublime et chaotique, riche et désordonnée. Mais surtout une vie dédiée à la peinture. Une peinture sombre, teintée du noir (la couleur de Dieu), le noir des nuits de beuveries et de rixes qu’il a si souvent fréquentée, le noir de son âme torturée qui trouve un reflet dans ses coups de pinceaux.

Mort de maladie après avoir arpenté des marais insalubres à la poursuite d’un bateau contenant des tableaux qu’il rapportait à Rome, il disparait dans l’indifférence général, laissant derrière lui le champ libre pour ses détracteurs qui brossent de lui un tableau famélique et vengeur.

Le Caravage laisse ainsi une soixantaine de toiles connues à ce jour et passés les affres du temps et de la jalousie de ses contemporains provoquée par la compétition de l’époque, le temps est désormais à la contemplation et à l’analyse.

Symbologie de l’oeuvre du Caravage

C’est la troisième clé de lecture de la solitude Caravage. Si l’on ne rentre évidemment pas dans le détail de chaque tableau, que Yannick Haenel confesse ne pas tous connaître et tous avoir vus, ce dernier ne nous donne pas à voir simplement les détails de quelqu’une des œuvres du Caravage, mais nous illumine du langage visuel auquel recours ces toiles qu’un œil novice et candide pourrait trouver banales au premier regard.

Les plus infimes détails prennent ainsi sous la plume ciselée et méticuleuse de l’auteur une dimension quasi mystique. Déployant des talents de poésie quasi lyrique, Yannick Haenel nous transporte littéralement dans un monde d’image, de symboles et de sens. Cette passion exaltée pour le jeune peintre et surtout son œuvre que l’auteur s’emploie à décrire, détailler, décrypter et sublimer par la puissance de son verbe et de sa plume, pourrait passer pour du fanatisme. Mais l’ivresse qui s’empare de Yannick Haenel est si sublime dans sa plénitude et son abandon, qu’elle nous emporte avec lui dans cette contemplation et que l’on se surprend alors à presque toucher du doigt ces toiles.

On ne ressort pas tout à fait le même de la lecture de la solitude Caravage. D’une part, on va ressentir l’envie d’aller voir l’œuvre du Caravage. Pour cela, la bibliographie sélective proposée par Yannick Haenel est un bon point de départ. Mais surtout on risque à tout moment de se laisser à notre tour happer par tous les infimes détails des toiles que nous serons amenés à croiser et que notre œil n’aurait pas forcément su voir au premier regard.

Une lecture envoutante dont la richesse intellectuelle et lexicale mérite le temps qu’on lui consacre et à laquelle on sera heureux de revenir.

Histoires criminelles de Christophe Hondelatte

On pourrait penser à la découverte d’Histoires Criminelles que Christophe Hondelatte se « Pierre Bellemarise ». S’enferme t-il dans son rôle de chroniqueur des affaires criminelles et judiciaires, tel qu’il le tenait alors qu’il était à la tête de l’émission de France 2 « Faites entrer l’accusé ».

On aurait pas tort car cet opus est le dernier d’une longue série consacrée au sujet. Mais passé ce constat, force est d’admettre que l’auteur sait définitivement y faire avec les faits-divers.

Christophe Hondelatte tire ainsi habillement profit de la documentation à sa disposition (livres, minutes judiciaires, articles, etc.) pour abreuver ses récits de détails qu’ils replacent dans leur juste contexte chronologique.

Chaque récit se lit ainsi d’autant plus intensément qu’ils prennent littéralement vie sous nos yeux (insolite n’est-ce-pas pour des affaires de meurtres et d’assassinats ?).

Sous une plume élégante, l’auteur nous narre avec une habileté et un sens du suspens maîtrisé des histoires dont le point commun est leur caractère sordide.

Quoique pas toujours élucidées, certaines affaires font froid dans le dos et le livre n’est pas forcément recommandé pour une lecture du soir !

Une odyssée historique

Du reste, on navigue également à travers l’histoire car certaines affaires remontent au XIXe siècle, ce qui permet également de mesurer tout le chemin parcouru par les force de l’ordre, la justice et les techniques scientifiques ou medico-légales.

A ce titre, force est de constater que la justice française fonctionne plutôt bien et que, malgré son manque chronique de moyens et le temps parfois long qu’elle met à se prononcer, elle parvient à réaliser un travail remarquable. Tout juste mettra t-on de côté les cas les plus criants d’erreurs judiciaires, qui sont moins le fait de la justice elle-même que des pressions ou actions des corps intermédiaires qui l’entourent, et notamment politique.

Malgré les sujets scabreux, le livre est plaisant à lire et va au-delà d’un simple exercice de voyeurisme dans lequel il aurait pu tomber.

Lectio Letalis : la mort est au bout du chapitre

Le roman qui tue

Lectio Letalis exécute avec brio la recette du thriller ésotérique.

Tous les ingrédients nous invitent à déguster au plus vite chaque page pour atteindre le dénouement et les révélations finales. Un livre qui tue mystérieusement, des personnages haut en couleurs, au caractère bien trempé, une secte énigmatique et une enquête menée tambour battant dans un cadre dépaysant, que demander de plus ?

Délaissant rapidement Paris pour s’installer en région Bordelaise, l’intrigue nous amène à rencontrer notre héros principal incarné par un policier aux méthodes rudes et peu orthodoxes, faisant régner l’ordre sur son secteur.

Lourd d’un passé tourmenté et hanté par le souvenir d’un ancien policier ayant oeuvré au sein d’une secte, il nourrit une véritable haine pour ces groupes déviant.

Au hasard d’une intervention « banale » son quotidien prend une tournure toute nouvelle et il se retrouve embarqué malgré les interdictions de sa hiérarchie sur les traces d’une ancienne secte, réputée disparue suite au suicide collectif de ses membres.

Le héros va dès lors aller de révélations en révélations et parvenir au terme d’un parcours semé d’embûches et de violences, à résoudre le mystère.

La plume plus forte que l’épée ?

Maniant avec subtilité l’art de l’ellipse (contrairement à d’autres romans à rallonge), Lectio Letalis sait nous garder au fait de l’action avec une économie de mots qui rend la lecture fluide et plaisante.

Dommage pour certaines scènes de Lectio Letalis que l’on aurait aimer voir se dérouler avec de plus amples détails. Si l’ensemble se tient tout à fait, on regrette quelques raccourcis scénaristiques ou que les personnages parviennent trop simplement et justement à certaines conclusions. On n’est pas loin par moment du Deus Ex Machina.

Il n’en demeure pas moins que Lectio Letalis est très bien écrit, avec une richesse de vocabulaire assez rare pour être notée pour ce type de littérature.

Seul véritable défaut à mon sens de Lection Letalis : le sous-texte sur le monde politique et des « puissants » en général. Leur mainmise sur l’enquête et le dossier est sans cesse rappelée mais leur existence est bien trop nébuleuse pour que l’on s’attache vraiment à cet aspect du roman.

C’est regrettable car il y avait matière à développer plus avant le propos, ce qui aurait d’une part donner encore plus de consistance au récit et d’autre part aurait pu être porteur d’un vrai message. En l’état, le si peu qui est évoqué laisse à penser que l’auteur nourrit des fantasmes sur de vagues théories du complet au plus haut sommet. Hors, le fait que ceux qui sont aux responsabilités cherchent à se couvrir n’est en rien de la science fiction et cet aspect du roman aurait pu faire l’objet d’un développement plus poussé.

Malgré une fin « un peu cul-cul » plutôt convenue, le roman aura su nous garder en haleine chapitre après chapitre ce qui est en soi un motif de satisfaction.

Lectio Letalis est roman haletant et un auteur à découvrir !