Bilan de mes jeux vidéo en 2017

Toujours à l’heure des bilans et au moment de démarrer sereinement 2018, petit retour sur les jeux vidéo sur lesquels j’ai perdu mon temps pris du plaisir tout au long de l’année.

2017 a été une grosse année pour moi en termes de jeux vidéos. C’est d’ailleurs actuellement mon hobby principal avant la lecture. Je suis pourtant loin d’être un « hardcore gamer » !

Longtemps joueur de World of Warcraft, j’ai délaissé ce jeu (et le genre MMO en général) après y avoir replongé quelques temps en 2016. Je diversifie davantage mes expériences de jeux en me frottant a différents style.

Voyons donc ce qui a été au menu de cette année passée !

The Witcher III : Wild Hunt

Bon d’accord, c’est un jeu que j’ai terminé en 2017 mais que j’avais laissé traîner une bonne partie de 2016, faute de temps.

Ça me donne une bonne excuse pour en parler ici !

Et qu’en dire sinon : « Waouh ! » ? Bon je sais, dit comme ça, c’est un commentaire un peu pauvre… Mais franchement, ce jeu est tellement un must que les superlatifs manquent.

Bien écrit, bien réalisé, des graphismes époustouflants (chose aisée de nos jours, mais ici cela reste vrai y compris sur des configurations modestes), un monde ouvert qui sert l’univers et le propos du jeu et pas seulement le discours marketing, des personnages haut en couleurs et attachant…

Bref : ce jeu est une tuerie ! Fidèle au matériau de base que constituent les livres sans en rajouter inutilement dans le graveleux pour buzzer sur l’aspect « sexe et nudité ».

Les deux extensions GRATUITES délivrées par les développeurs sont de véritables bijou également et on achève le soft à regret tant on prend plaisir à parcourir les immenses étendues vivantes quoique dangereuses !

Le peu d’empressement du studio à envisager une suite ou au moins un nouvel opus dans l’univers proposé en dit long sur le respect que les développeurs ont pour les joueurs et l’oeuvre originelle. EA devrait en prendre de la graine !

En attendant une telle opportunité, je compte poursuivre la lecture des livres originaux débutée en 2016 et redoute quelque peu l’arrivée de la série sur Netflix, en espérant qu’ils ne pondront pas un truc à la Bright

For Honor

For Honor est un jeu Ubisoft, sorti le jour de la Saint Valentin (GG les mecs) et auquel je joue encore actuellement.

Pour faire simple, il s’agit d’un jeu de baston dans un univers où les Chevaliers, les Samouraïs et les Vikings se fritent pour contrôler un territoire. Il s’agit bien entendu d’un monde imaginaire, dans un contexte de guerre millénaire. Tout le pitch du jeu repose sur le postulat que ces braves gens se battent sans savoir au final pourquoi tout cela avait commencé.

Il y a plusieurs modes de jeu : un contre un, deux contre deux, et quatre contre quatre dans un mode appelé « Dominion » et qui regroupe la majorité des joueurs. On peut jouer contre d’autres joueurs où contre une IA (IA qui peux également servir à combler les joueurs manquants lors des parties classiques).

On s’affrontent donc sur plusieurs cartes, aux dispositions variées, alternants les terrains dégagés, les bâtiments, des ravins où il est possible de jeter ses adversaires, etc. et selon différents modes de jeux : au plus fort des cinq manches, aux points pour le dominion, etc.

Il y en a pour tous les goûts et des modes de jeu ont encore été ajoutés récemment.

Le jeu repose sur un principe de compétition et chaque faction se bat pour contrôler le plus grand nombre de zone à la fin d’une saison. Une saison est composée de 5 manches durant chacune deux semaines. Nous en sommes actuellement à la quatrième saison. Chaque saison apporte son lot de nouveautés : nouvelles classes jouables, nouvelles cartes, nouveaux modes de jeu, etc…

J’ai énormément squatté la saison un que ma faction (les chevaliers) a perdue en bonne troisème place. J’ai un peu moins participé à la saison 2. Quant à la saison 3, je n’y ai presque pas touché. Je suis un peu plus assidu sur la saison 4, mais comme je suis un peu rouillé, je galère un peu !

Graphiquement le jeu est magnifique : les décors sont splendides, l’animation des personnages est fluide et irréprochables et puis on en prend plein les yeux !

S’il est toujours aussi joussif de « maroufler du péon » en multi, il faut bien admettre en revanche que la « campagne » solo tient tout juste du tutoriel un peu longuet plutôt que d’une vraie campagne. Quand on vient de terminer The Witcher, c’est un peu rude même si le jeu est très beau visuellement.

Le jeu semble plutôt bien vieillir et il y a toujours du monde prêt à se lancer dans la bataille. Les interactions avec les autres joueurs sont assez faibles au final et on enchaîne les batailles avec frénésie toujours en quête d’un équipement toujours plus puissant et stylé !

En conclusion, il s’agit d’un bon passe-temps malgré ses quelques défauts : répétitivité, modèles économique à base de lootboxes et season pass, comportement déshonorable de certains joueurs (mais cela ne fait-il pas partie du jeu ?).

A voir comment cela va évoluer en 2018, mais je continuerais certainement à y faire un tour régulièrement pour poutrer du viking !

Deus Vult !

Divinity Original Sin II

Trop peu de temps de jeu hélas sur ce RPG au tour par tour. Un style de jeu que j’ai trop peu pratiqué hélas, mais auquel je n’aspire qu’à progresser !

Les graphismes sont superbes et l’univers extrêmement bien écrit. En même temps c’est un jeu de rôle réputé pour sa qualité.

Je dois passer plus de temps à maîtriser les différents aspects du jeu pour en tirer vraiment profit.

Au menu de 2018 donc !

Prey (Critique)

Je ne vais pas m’étendre sur ce jeu, que j’ai certes terminé, mais avec un peu d’aide, comme je le disais dans l’article que je lui ai consacré.

Malgré les qualités indéniables du titre, je n’y ai pas encore retouché. Peut-être ne le ferais-je jamais.

Portal 2

Ah les soldes Steam ! L’occasion de faire le plein à peu de frais.

En l’occurrence ici pas pour une nouveauté mais pour un « classique » que j’avais en ma possession par le passé mais perdu lors d’un changement de PC.

Toujours agréable à refaire. Un jeu drôle, prenant, à la difficulté dosée. Je me suis même risqué cette fois-ci aux maps créées par les joueurs. Ardues mais plaisantes !

Vivement Portal 3 !

Everspace

Petit jeu découvert par hasard et sur lequel je ne cumule pas beaucoup de temps de jeu.

Le principe ? Le joueur pilote un vaisseau spatial dans un mode très arcade et doit passer de monde en monde en remplissant un certain nombre d’objectifs : détruire des vaisseaux ou des astéroïdes, collecter des objets, etc.

Ce n’est donc pas une simulation spatiale à la différence d’un Elite Dangerous mais les environnements spatiaux créés de manière procédurale sont très beaux et on prend énormément de plaisir de passer de l’un à l’autre. J’imagine que le niveau de difficulté augmente au fil du temps.

A confirmer en 2018 (sauf si Star Citizen sort cette année #LOL).

Playerunknown Battleground (PUBG)

Faut-il encore présenter cet ovni sorti de nulle part et au succès fulgurant ?

J’était passé relativement à côté et c’est au détour d’une vidéo Youtube et en voyant pour la première fois les principes du jeu que je me suis mis à me documenter sur le jeu.

Après quelques semaines, et voyant l’ampleur que prenait le phénomène, j’ai franchi le pas.

J’ai pas mal d’heures de jeu au compteur et il faut admettre que le soft est prenant. Les développeurs ont apportés pas mal d’améliorations au fil des patchs, même si je regrette le retrait (on espère temporaire) des effets météo (brume et pluie) qui apportaient un peu de piment aux parties.

Chaque partie est différente ne serait-ce que par le point de parachutage de départ, les joueurs en face de vous, l’aléatoire des loot, etc.

Je l’avoue, je suis un joueur assez prudent, adepte du camouflage et du « camping ». J’ai gagné pas mal de partie en la jouant fine, sans jouer le gibier ambulant !

Nous verrons ce que l’avenir nous réserve sur ce jeu, en espérant que le ranking ne lui fasse pas perdre son âme !

Redout

Addictif !

J’ai rarement enchaîné les parties sur un jeu vidéo aussi souvent que sur ce jeu. Il faut dire que le titre s’y prête et est clairement conçu ainsi.

La frénésie que procure la vitesse ahurissante des bolides que l’on contrôle est démente. Le jeu est par ailleurs plutôt bien pensé, avec des circuits variés, alternant courbes généreuse et tracés plus techniques. La physique des bolides est très réaliste et on prend un vrai plaisir à ajuster sa trajectoire au millimètre.

Seul bémol, les DLC… C’est pas sur le principe mais sur le prix demandé pour le faible contenu qu’ils proposent. Mais surtout, les courses supplémentaires sont intégrées dans la liste des courses qui défilent et qui s’enchainent et tu découvre qu’il faut payer au moment de lancer la partie. Frustrant.

Voilà. Donc le jeu de base est déjà excellent et assez riche. Si l’éditeur fait un geste sur les DLC, via un pack par exemple, je verrais si je cède à la tentation. Pour le moment, pas d’urgence !

Echo

Mon échec de l’année. Clairement. Juste devant mon run foireux sur Prey.

Cela arrive régulièrement que je ne termine pas un jeu ou que je ne l’exploite pas à fond pour les jeux n’ayant pas de fin scénarisée. Mais il est extrêmement rare que je me fasse rembourser un jeu… Et là, c’est ce que j’ai fait.

Le pitch du jeu est hyper alléchant : l’IA apprend de vous et tout ce que vous ferez pour vous défaire de vos adversaires se retournera contre vous. Le palais mystérieux dans lequel on évolue est superbe, notamment le travail sur la lumière qui est prodigieux.

Mais le problème, c’est que bien avant les deux heures au-delà desquelles le remboursement sur Steam n’est plus possible, et bien j’avais l’impression d’avoir fait le tour de la question. Mais surtout, les « reboot », c’est à dire les séquences d’extinction et de « redémarrage » du palais (qui se matérialisent pas un jour / nuit) étaient de plus en plus fréquentes. Cela donnait une expérience de jeu très saccadée. Alors bien entendu, cela participe de l’aspect anxiogène et renforce le sentiment de claustrophobie, mais cela hache tellement la progression qu’on a l’impression de devenir épileptique…

Si on ajoute à cela le fait que la fin du jeu ne semble pas apporter la satisfaction attendue, à savoir obtenir des réponses à tous les mystères soulevés pendant la partie (information lue à plusieurs reprises, par hasard, alors que je cherchais un peu d’aide sur un point précis), le jeu perd vite de son intérêt.

Je retenterais peut-être l’expérience un jour, à l’occasion de soldes probablement.

Ghost Recon Wildlands

Acheté sur un coup de tête (et une promo) je renoue ici avec les jeu estampillés « Tom Clancy ». Plus Splinter Cell (que j’ai tous fait) que Ghost Recon (le dernier que j’ai du faire doit remonter à plus de 10 ans… ), les critiques élogieuses de ce titre ont fini par me convaincre.

Je ne suis hélas pas allé très loin dans le jeu et n’ai pour le moment que pataugé quelques kilomètres en Colombie.

Le jeu est toutefois nettement moins linéaire que ne pouvaient être ses prédécesseurs et je n’aspire qu’à me replonger dedans en 2018 !

Mass Effect Andromeda (Critique)

Non, j’ai pas envie de reparler de ce jeu… C’est un fiasco intégral, à tel point qu’aucun autre Mass Effect ne pourrait voir le jour ! Quel gâchis. Prémonitoire de ce qui allait se passer avec Battlefront II tient…

Ce jeu est inutile. Passez votre chemin !

Need for Speed 2016

Un jeu clairement à oublier… Pauvre aussi bien graphiquement que scenaristiquement (bon, ok, les NFS sont pas réputé pour leurs scenario mais quand même…).

Des cut-scene interminables, une maniabilité sur PC abominable…

Bref, de l’argent jeté par les fenêtres !

Assassin’s Creed Origins

J’avais envie de terminer par ce jeu. Déjà parce que c’est celui que j’ai fait en dernier, mais surtout parce qu’avec tout ce que j’ai brassé comme mauvaises expériences, je voulais terminer par quelque chose de positif !

C’est mon jeu de l’année. Clairement !

D’une part j’aime beaucoup le franchise Assassin’s Creed. Pas assez pour les avoir tous fait, et j’avoue que le 3 m’a un peu déçu ce qui m’a éloigné de la série jusqu’à la sortie de celui-ci. Le rythme de sortie annuel n’encourage pas non plus : on a a peine terminé un opus qu’il faut enchaîner comme des hooligans dans une maison close en Allemagne pendant la coupe du monde.

Pour tout dire, j’étais parti pour laisser passer celui-ci encore. Black Flag, Unity et Syndicate ne m’avais pas du tout fait de l’oeil.

Et puis, en regardant d’un peu plus près, et par tendresse pour l’Egypte Ancienne (je voulais devenir archéologue quand j’étais petit !) je me suis laissé tenter. Bon, le black friday a joué aussi.

Et je ne regrette pas !

Tout y est mieux que dans mes souvenirs : les combats, les graphismes, la map énorme !, le contenu hyper dense, la tension de l’histoire, etc.

Bref, un pur bonheur ! Je me prend presque à rêver d’un nouvel épisode pendant la Rome ou la Grèce Antique, tant cette période se prête particulièrement bien à la série !

Sans parler du mode photo qui donne une dimension contemplative supplémentaire en plus des points de vues en altitude.

Ça a failli être un acte manqué et s’eu été dommage.

Si vous ne l’avez pas encore testé, je vous le recommande chaudement !

Ce que je souhaite pour 2018

De bons jeux avant toute choses. Des modèles économiques respectueux des joueurs et des développeurs. En effet, qu’y a t-il de gratifiant à faire coder un système de loot aléatoire dans des boites ?

De la nouveauté et de la prise de risque : arrêtons les reboot et les suites sans saveurs. Vivement de nouvelles licences, de nouveaux univers !

Je souhaite de bonnes découvertes. Steam est une place idéale pour découvrir. Je n’ai pas assez tenté en 2017, me limitant à de grosses licences « sûres » en termes d’expérience et de gameplay.

Enfin, vœux pieu certainement, j’espère tellement qu’on arrête avec la professionnalisation des joueurs. Dire qu’on envisage que cela puisse devenir une discipline olympique… Mais je vais passer pour un vieux con ! Je reviendrais sur ce sujet en cours d’année.

Je souhaite à ceux d’entre vous qui joue à leurs heures perdues de belles aventures !

Bilan des mes lectures en 2017

Alors que 2017 vient de toucher à sa fin, petit retour sur mes lectures de cette année féconde !

Autant que faire se peut, j’essaie de toujours avoir un livre en cours de lecture. Sans m’être imposé de véritable « programme de lecture » (même si je garde bien au chaud une liste de livres à lire ou à relire) j’ai tâché d’enchaîner les lectures tout au long de l’année.

Cela donne un mélange assez bariolé au final issu de cadeaux, de livres attendus, de livres confiés à mes soins pour avis et critique, de découvertes inattendues ou de blockbuster dont le succès commercial m’effraie.

Bref, on touche à tout.

Voici donc la liste de mes lectures de l’année, par ordre chronologique d’apparition. L’idée n’est pas de faire un résumé ou une critique de chacun d’entre eux (ça serait trop long et trop pénible pour vous) surtout que certains ont eu droit à leur article dédié, ce qui sera rappelé en temps utile.

Un livre extrêmement bizarre. Bon, le contexte de lecture a peut-être joué sur ma perception puisque j’étais malade comme un chien et que j’avais en partie la tête ailleurs.
Mais quand même.
Le propos de ce livre n’est pas inintéressant, mais le style et le ton qu’il prend en rend la lecture vite fastidieuse.

En gros, ça pourrait être le guide des complots écrits par Tonton Robert sur la base de ses conversations bourrées de fin de soirées de réveillon.
J’exagère, mais à peine.

Je ne suis pas certain que le ton provocateur du livre serve aussi bien son propos que ce à quoi l’auteur s’attend (si tenté que l’auteur s’intéresse à ce que penseront les lecteurs tant le ton employé est moralisateur, condescendant et limite colérique).
C’est un style. On aime ou pas. Mais dans le cas présent, je reste convaincu que cela dessert le propos du livre, pertinent à certains égards, même s’il ne faut pas se faire berner par le second degré permanent.

Au final, un ouvrage non dénué d’intérêt mais oubliable dans le sens où il est clairement marqué par son époque et qu’il vieillira extrêmement mal (comme tous les livres politiques inondant les étalages des librairies).

Clairement mon livre et mon coup de coeur de l’année.

Pour le coup, ce livre traînait depuis des années dans ma liste de lecture, surtout après ne pas avoir pu assister à une masterclass de Christopher Vogler à Lyon en 2012, ce dernier ayant été élève de l’auteur du livre. Ayant plusieurs projets d’écriture en cours (j’en reparlerais) une telle opportunité était la bienvenue. Occasion manquée, mais pour mieux faire autrement !

Plus de cinq ans malgré tout pour enfin le lire, au gré des indisponibilités chez les libraires (même en ligne) des autres lectures, etc… C’est à l’occasion de sa (re)sortie en poche et d’un cadeau opportun à Noël qu’il est enfin arrivé entre mes mains !

Quoiqu’assez ancien, ce livre est indémodable. Son propos n’a pas pris une ride et ce qui y est détaillé peut (et doit) toujours être mis en application lorsque l’on cherche à raconter une histoire.

En synthèse, ce livre pose le principe selon lequel toutes les histoires reposent sur les mêmes mécaniques, à savoir le parcours du héros.

L’ouvrage se compose de deux parties : la première expose et détaille le parcours type du héros depuis son départ jusqu’à son retour en passant par toute les étapes et épreuves qui se dressent sur son chemin. Cette partie, fortement illustrée par des exemples tirés de récits religieux, de légendes ou de la littérature, permet de prendre toute l’ampleur de la similitude des principes sous-tendant chaque récit et met le doigt sur l’affirmation selon laquelle « toutes les histoires ont déjà été racontées, seule la forme diffère ».

Cette première partie est synthétisée en une page, dense et efficace, qui devrait servir de guide à tout créateur d’histoire (hein Rian Johnson !).

La seconde partie est beaucoup plus théorique et complexe, quoique plus courte que la première. L’auteur y aborde le monomythe sous un angle anthropologique et psychologique. Tout l’intérêt du livre réside bien entendu dans la combinaison de ces deux parties éminemment complémentaires.

En conclusion, il s’agit d’un livre exigeant, qui ne se lit pas comme le dernier Musso pour peu que l’on s’intéresse quelque peu au sujet. Même pour sa culture personnelle, il convient d’en concevoir une lecture posée, presque avec une prise de note pour pouvoir aller approfondir tel ou tel aspect en allant chercher dans les références citées.

Dire que j’aime beaucoup l’oeuvre de Peter F. Hamilton serait un euphémisme. Malgré tout, je n’aime pas le terme de « fan » trop connoté et part trop extrême. D’autant que certains ouvrages du britannique sont objectivement moins bons, y compris dans ses travaux récents.

Je pense en particulier à la Grande Route du Nord qui n’est pas à la hauteur de ses saga précédentes comme celle du Commonwealth (qui reste son oeuvre de référence et de loin), la trilogie du vide ou même la trilogie Greg Mendel. J’ai d’ailleurs « calé » sur le tome 1 de la Grande Route du Nord l’an dernier. Il faudra que je m’y replonge.

Le diptyque des naufragés du Commonwealth est de mémoire la troisième oeuvre d’Hamilton que je lis. Je suis donc encore loin d’avoir tout dévoré.

La qualité d’écriture est indéniable et l’intrigue y est haletante. L’ellipse temporelle entre les deux tomes peut paraître déconcertante au premier abord mais plus le récit avance dans le tome 2 et moins cela pose de problèmes.

Nous ne sommes pas dans le même élan épique que dans la Saga du Commonwealth mais force est d’admettre que le récit garde en haleine, que les personnages sont bien écrits et que l’auteur a su marier à la perfection l’ensemble de ses univers : celui du Commonwealth et celui du vide.

A ce propos, n’espérez pas comprendre l’histoire et survivre à la lecture sans la lecture préalable des sept tomes que constituent la saga du Commonwealth et la Trilogie du Vide. Ce serait ambitieux mais risqué. D’autant que cela vous priverait de grands moments de littérature.

Un livre ainsi qu’un auteur que je recommande chaudement donc !

Inutile que je vous inflige un nouveau commentaire de ce livre, découvert par hasard à l’occasion d’une proposition de lecture pour critique.

Que dire de plus que ce que j’ai déjà pu en dire (mon avis sur ce bouquin n’a évidemment pas changé) : espérer que 2018 ne nous apporte pas une suite !

Idem que ci-dessus : rien à ajouter à mon article. Quoique rétrospectivement parlant, après la sortie du dernier Dan Brown, la structure du récit de Vaticanum a pris un sérieux coup de vieux !

D’éculées, les méthodes d’écriture mise en oeuvre par Dos Santos sont désormais… ringardes !

Typiquement un livre à côté duquel je serais largement passé à côté s’il n’y avait eu une avalanche d’articles, de brèves et de copier / coller du communiqué de presse de l’éditeur.

En pareil cas, avalanche de biens, nuit. Surtout lorsqu’il y a unanimité. L’unanimité, en bien comme en mal, est souvent mauvais signe.

Je ne vais pas vous infliger un nouveau commentaire de cet ouvrage sur lequel j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer largement.

J’espère sincèrement qu’un ouvrage traitant du même sujet mais de manière plus large et documentée verra le jour en 2018. Il y a tant à dire sur les bullshit jobs !

En repensant à ce livre, je me suis fait la réflexion suivante : « C’est comme le dernier Star Wars : beaucoup de potentiel mais sous exploité, mal raconté et une fin décevante ».

Malheureusement le lot de beaucoup d’histoires que l’on nous raconte de nos jours.

Rien à ajouter. Passez votre chemin.

Comme quoi, c’est utile par moment de flâner dans les rayons de sa librairie de quartier !

Ce premier tome d’une série de sept volumes trônait fièrement sur l’étagère devant laquelle je me tenais à la recherche de … rien de spécial au final.

Une lecture rapide du quatrième de couverture et un tour sur 2-3 sites pour consulter les avis des lecteurs et me voilà repartis avec le livre sous le bras.

Il est trop tôt pour que j’en livre une critique. Je préfère pour cela avoir bouclé l’ensemble des sept tomes.

Tout ce que je peux en dire à ce stade c’est que passé un démarrage un peu confus et au-delà d’un style de langue assez particulier sans être rebutant, on se laisse prendre par l’intrigue et on enchaîne assez vite les chapitres.

Reste à voir comment tous les enjeux mis en place dans ce premier volume seront développés par la suite.

S’il y a J.R.R. Tolkien pour l’Heroic-Fantasy, il y a Isaac Asimov pour la Science-Fiction. Le genre y trouve ici ses lettres de noblesses : un récit centré sur des personnages forts, nombreux car l’histoire se déroule sur des centaines d’années, mais toujours bien présentés et développés. Des enjeux forts dans un univers cohérent et riche. Le tout servi par un contexte de space opéra magistral !

Voilà, tout est dit…

Une série que tous les réalisateurs actuels de films de SF se devraient de lire et de relire : une bonne histoire, c’est avant tout de bons personnages. On ne sauve pas une intrigue en la noyant sous des tonnes d’effets spéciaux ou des dialogues pseudos techniques.

L’oeuvre d’Asimov est dense, et je regrette de ne pas m’y être plongé plus tôt !

Le cycle de la fondation est originellement composé de trois « tomes » (qui au départ étaient des nouvelles publiées dans une revue) : FondationFondation et Empire et Seconde Fondation.

Ces trois tomes ont été republiés ensemble dans un livre unique.

Bien des années après, Asimov publie une « suite » à son récit originel. Cette suite s’attache à moins de personnages que l’on suit sur une période plus courte.

Composées de deux tomes : Fondation Foudroyée et Terre et Fondation, cette suite est également republiée sous forme d’un livre unique.

Deux « préquelles » (mon Dieu que je déteste ce mot) furent également écrites par Asimov pour compléter son récit. Je passe sur les ouvrages écrit par des tiers et qui prennent place dans le même univers pour détailler telle ou telle séquence passée sous silence dans le récit initial.

Je suis parvenu au terme des quatre premiers tomes. Terre et Fondation fait partie de la liste des lectures en cours, qui sera achevé en 2018.

Si vous n’y avez jamais goûté, plongez-vous dans cette série : un style sobre et efficace, des personnages d’un charisme incroyable, un propos maîtrisé, des twists habiles (rien que celui de la fin de Fondation et Empire est un délice !).

Et pour l’histoire, cela permet de se faire une idée de la façon dont les années 50 imaginaient le futur : cela donne par exemple des scènes cocasses où es outils ou appareils futuristes ont été imaginés par rapport à l’état de l’art de l’époque, et qui ne tiennent pas la comparaison avec ce que la littérature a pu imaginer par la suite ou même avec des outils existant réellement de nos jours. Cela rend l’oeuvre d’autant plus respectable et lui donne une petite touche sympathique de plus.

Bref. Lisez du Asimov !

Aïe ça pique… Dire que j’ai interrompu une lecture passionnante pour ça.

Échaudé par le 4 je ne pouvais pas laisser passer cet opus, promis à un succès commercial assuré, sans le passer à la moulinette.

C’est chose faite, mais ça reste un mauvais moment…

Pitié : arrêtez cette série pendant qu’il est encore temps !

Un bouquin pop-corn. Voilà à quoi ça se résume. Par moment, il faut savoir ne pas demander plus à un objet culturel. Mais il n’empêche qu’on n’est pas non plus obligé de se coltiner un pop-corn transgénique sans gout et fadasse.

C’est tout le problème de nombre d’auteurs d’aujourd’hui : que les histoires ne soient pas très évoluées, passe encore. Une histoire n’a pas besoin d’être complexe pour être bonne. Mais quand ce n’est pas très bien écrit, et bien tout de suite, ça rend moins bien…

Le pire, c’est que comme pour le voisin du dessus, on est à peu près certains d’en avoir un nouveau un jour ou l’autre…

Rien à ajouter à ce que j’ai déjà écrit sur le sujet. J’ai néanmoins entrepris de recenser les ouvrages traitant de ce sujet en les classant par thématiques : idéologie, méthodes, etc…

Alors non, je n’ai pas décidé de devenir Djihadiste, mais devant la somme d’ouvrages traitant du sujet, une petite exégèse commence à devenir nécessaire, au moins pour distinguer le grain de l’ivraie.

Vite lu, vite oublié.

Assez peu drôle malgré un postulat de départ pas idiot. Les dessins étant conformes au canon (quoique certaines grandes bulles forcent l’admiration), on ne peut juger les nouveaux Astérix qu’à l’aune de leur scénario.

Tellement moins épique que d’autres albums passés. Dommage.

Alors là, on est en plein dans l’accident industriel. Pas pour le bouquin susmentionné, mais bien pour le lecteur que je suis.

Je suis tombé sur ce truc totalement par hasard au détour d’une recherche plus que banale (et pas du tout graveleuse) sur les Internet mondiaux.

Je savais que ce type de littérature mi érotique mi porno existait et qu’à cause de E.L. James ça n’aura jamais autant pullulé mais je ne m’attendais tout de même pas à un phénomène de cette ampleur ni à une médiocrité aussi crasse.

Parce que non content de raconter de la merde, c’est hyper mal écrit, mal traduit (vive Google traduction) et, même si ça parle de quéquette, ça n’a ni queue ni tête.

Et dire que ça excite certainement du monde ces bouses là…

Et le pire, c’est qu’il s’en vend par palettes numériques entières sur Amazon (parce que faut pas abuser non plus et il ne faudrait pas qu’on trouve des éditeurs pour imprimer des trucs pareils) à des prix indécents pour la qualité qui est proposée…

A un tel point que les « Arlequins » en deviennent un monument de littérature.

Monde de merde !

Je ne comprends toujours pas pourquoi ce livre a fait polémique… A part parce qu’il s’agit d’un élément de communication sur Jacques Chirac non contrôlé par sa fille ou pour faire le buzz et faire monter les ventes, ce livre ne justifie en rien le battage médiatique auquel il a eu droit.

Je ne veux pas « spoiler » la critique que je suis en train d’en faire (assez laborieusement il faut le dire) mais sans entrer dans les détails, l’ouvrage est mal écrit, assez mal construit, n’indique rien sur la personne à l’origine des « confidences » (on en apprend plus dans la presse et notamment qu’il est mort entre la rédaction et la publication du livre), mais surtout ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà sur la vie et l’oeuvre de Jacques Chirac.

Le livre se veut une réhabilitation de l’homme sur certains sujets. En ce sens, c’est un échec total et on ne retient de ces lignes que le fait que Jacques Chirac est un vieux monsieur, usé par les années et les excès et qu’il fait popo sous lui. Charmant.

J’ai une petite tendresse pour la série Castle d’ABC (diffusée en France sur France 2). Le pitch est accrocheur et ils ont réussi à faire évoluer l’ensemble des personnages dans une direction qui me plait.

Cerise sur le gâteau, le fait que les bouquins évoqués dans la série sortent physiquement brisait en quelque sorte le quatrième mur.

Cette interconnexion de la fiction et de la réalité était plaisante. C’est quelque chose de malheureusement assez sous-exploité. Je repense avec nostalgie à l’acte manqué avec la série « Defiance » adossée à un jeu vidéo en ligne dont les actions des joueurs devaient influencer le déroulement de la série et inversement. C’était ambitieux et difficilement tenable sur la durée mais le challenge en valait la peine !

J’étais passé à côté de ces deux derniers volumes de la série, n’ayant pas guetté leur sortie suite à l’arrêt de la série et sa conclusion « décevante ».

De bons romans policier / espionnage, particulièrement le second qui fait le crossover entre la série Nikki Heat et la série Derrick Storm. La fin est un peu bâclée, mais ça se laisse lire.

Reste la question de savoir qui aura écrit réellement ces livres !

J’ai terminé l’année par un ouvrage de développement personnel, assez ancien puisque sortie dans les années 90, mais qui se vends a priori toujours aussi bien.

Certaines formules sont un peu datées (genre les K7 audio…) mais la plupart des conseils sont « aisément » applicables. De là à les mettre tous en oeuvre, il y a un fossé, pas forcément évident à franchir.

Il y a tout de même pas mal de redites, voire clairement des répétitions. Néanmoins le contenu du livre n’est pas méchant et l’application des « stratégies » délivrées ne mange pas de pain.

Je ne suis pas certain de m’y plier, quoique certains éléments sont intéressants. Nous verrons bien.

Livres en cours

Petit état des lieux des livres laissés en suspens. Je profite de cet article pour ajouter une rubrique « Lecture en cours » dans la sidebar du site.

Livres inachevés

Il m’arrive très rarement de laisser tomber pour de bon un livre entamé. Les derniers cas dont je me souvienne étaient Ce que je ne pouvais pas dire de Jean-Louis Debré, un monument de dénigrement d’une partie du personnel politique (de droite) et une glorification éhontée de Jacques Chirac. Dire qu’il a remis ça avec un autre livre en 2017…

Avant cela il faut remonter à 2012 et ma confrontation aux chroniques de Thomas Covenant qui, rien qu’en y repensant, me laisse un goût aigre dans la bouche.

Voilà. C’est tout pour ce bilan, déjà bien assez long !

Bravo si vous êtes arrivés jusque-là et à très vite pour la prochaine critique !

Comment en sont-ils arrivés là ? de Luc Van Campenhoudt

Comment en sommes nous arrivés là ?

Le terrorisme en lui-même, sous quelque forme qu’il soit, est déjà une source d’angoisse et d’inquiétude. Encore plus lorsque l’on ne s’interroge plus simplement sur son « pourquoi » mais sur son « comment ? ».

Peu importe en effet de quoi se réclament les tocards qui se croient autorisés à semer mort et destruction, le résultat est le même : des dégâts, humains ou matériels, de la méfiance et surtout de la peur, constante même si elle fini par se diluer ou être niée.

Cette peur est provoquée par la lâcheté et l’imprévisibilité de ce mode d’action armé. Attaqués que nous sommes dans notre vie quotidienne, nous nous retrouvons plongés au cœur d’un véritable confit armé dont la violence et  la brutalité nous plonge dans des abîmes d’incompréhension.

Cette incompréhension alimente la peur. Car ce que l’on ne comprend pas fait peur. S’il peut s’expliquer, rien n’excuse ni ne justifie le recours à ces méthodes de lâches.

Or, la vague terroriste qui sévit en ces temps troublés, si elle est déjà en elle-même inquiétante et porteuse de peur, se trouve amplifiée par un phénomène tout aussi inexplicable en apparence : ces actes terroristes sont commis pour des raisons obscures par de jeunes gens issus des pays dans lesquels ils commettent leurs méfaits.

Fini l’époque où des gens de l’extérieur, certifié viande d’import, venaient faire des dégâts parce que c’était la mission que leur avait confié quelque illuminé endoctriné.

Le phénomène des jeunes européens rejoignant les rangs actifs du terrorisme islamiste suscite l’inquiétude et la perplexité. Cela ajoute surtout à l’incompréhension face à ce terrible mal du siècle contre lequel aucun remède ne semble efficace.

Il constitue en toute logique un sujet d’étude pour tenter d’en décortiquer les causes, les effets et les solutions pour y répondre.

C’est tout l’objet de l’ouvrage de Luc Van Campenhoudt, sociologue Belge. Ce dernier ne tente non pas d’expliquer les raisons qui poussent ces jeunes à quitter leurs vies, confortables ou non, pour embrasser une cause perdue et meurtrière, mais il s’attache bien plutôt à chercher à décrire les étapes par lesquelles ces jeunes passent pour passer d’une vie banale au statut de terroriste islamiste.

Ressort-on de la lecture de ce livre avec les idées plus claires et quelques pistes de solution ?

C’est ce que nous allons voir.

Comment qu’on fait pour devenir terroriste en 2017 ?

Très didactique, l’ouvrage propose six clés pour expliquer le cheminement de ces jeunes perdus qui les conduits d’une certaine normalité à la plus abjecte des passions meurtrière.

Ces six clés se présentent sous une double lecture chronologique (du point de vue du parcours) et de variation d’échelle, partant de la plus petite cellule pour s’étendre à l’échelle la plus globale.

La volonté de l’auteur est à la fois de détailler les étapes par lesquelles passe un candidat au djihad mais également, si ce n’est surtout, de mobiliser toutes les ressources des sciences sociologiques pour éclairer au mieux ces comportements.

Son postulat consiste à dire qu’aucune étude sociologique d’envergure n’a été conduite sur le sujet et que les approches parcellaires déjà conduites se sont contentées d’envisager les « causes » de ces déviances et non l’analyse des processus mis en oeuvre.

Quelles sont donc ces fameuses clés ?

Première clé

On apprend en premier lieu que l’unité de base d’un djihadiste est un petit groupe local, au nombre de membres restreins, qui peut aller jusqu’à n’être constitué que d’une fratrie.

Ce n’est pas une révélation, mais cela a au moins le mérite de coucher avec des mots un élément de base du terrorisme moderne, élément qu’il faut mettre en lien avec la notion de réseau détaillée un peu plus loin dans l’ouvrage.

Il s’agit d’un des éléments rendant la détection de ces gens là particulièrement complexe. Les petites entités sont discrètes, voire invisibles et se noient dans la masse.

Si le concept de « Cellules terroristes » (dormantes ou actives) n’est pas inconnu, l’auteur parvient à illustrer l’une des faiblesses de ce nouvelles formes de cellules, plus artisanales. Là où autrefois la structuration des cellules prévoyait des backup, des solutions de replis, etc… ce qui impliquait un nombre relativement important de personnes impliquées, l’étroitesse de l’effectifs de ces cellules amatrices limitent très rapidement les ressources des terroristes lorsque ceux-ci doivent fuir le lieu de leurs méfaits.

Il s’agit là d’un point intéressant du propos de l’auteur, qui met le doigt sur l’une des faiblesses de ce type de structuration unitaire. L’auteur oublie néanmoins que la plupart de ces terroristes visent en principe à commettre des attentats suicide et que par conséquent, toute fuite ou nécessité de couverture est à exclure. Dans ces cas là, le faible effectif limite les possibilités d’enquête par la suite, et constitue là encore un point fort.

Au-delà des aspects logistiques, l’auteur insiste bien davantage sur le petit groupe pour son rôle de cocotte dans lequel infuse le djihadiste. Cela nous conduit à la deuxième clé et à la manière dont le djihadiste se monte le bourrichon.

Deuxième clé

Tout comme l’étudiant en sociologie qui refait le monde et pense avoir trouvé l’idée révolutionnaire pour sauver le monde un jeudi soir de novembre dans le salon de la collocation de ses camarades de promo, ivre, au milieu de cadavre de Heinneken vides par dizaine, le djihadiste se chauffe et fait monter la mayonnaise par l’émulation provoquée par la fréquentation de son petit groupe de base.

Par effet d’entraînement, de mimétisme puis de différenciation, il tend à devenir toujours plus radical et extrémiste, et ce à mesure que son passage à l’acte se dessine.

Ça, c’est pour l’effet de groupe.

Mais, magie du XXIème siècle, cet effet est renforcé, amplifié, déformé par les outils qu’offrent la technologie moderne, qui permet de s’affranchir du temps et des distances à travers Internet.

Du point de vue de l’auteur, Internet joue un rôle majeur dans la radicalisation et le passage à l’acte. Factuellement parlant, c’est indéniable. Mais intellectuellement parlant, ce postulat comporte un biais. Est-ce que par ce que notre époque dispose d’Internet que les candidats au djihad sont plus nombreux, ou bien est-ce parce que le pic de djihadisme se produit aujourd’hui qu’Internet est mis à profit par ces derniers ?

Qui de l’œuf ou de la poule, hein ?

De manière plus nuancée, Internet et le contenu qu’il véhicule, jouent un rôle de facilitateur pour ces jeunes gens. L’idéologie véhiculée par Daesh et ses seïdes circulerait moins vite et moins loin sans cela, mais elle se serait diffusée sans nul doute. L’engagement de ces jeunes gens aurait pris d’autres formes, ils auraient utilisés d’autres outils, se seraient organisés plus difficilement sans doute, mais rien n’indique qu’Internet soit une condition suffisante à la croissance du phénomène.

Là encore, l’auteur pose des mots sur une évidence : les terroristes islamistes utilisent Internet, pour communiquer, pour « s’informer », consulter la propagande et la diffuser.

On en vient alors au point suivant en prenant un peu de recul et en passant à l’échelle d’un réseau.

Troisième clé

Ce point là est pour le moins confus si l’on persiste à vouloir envisager les étapes par lesquelles se « construit » un terroriste en 2017.

En effet, il est décrit ici comment l’addition des petits groupes indépendants constitue, in fine, un réseau, même si celui-ci est informel, distendu et décentralisé.

L’auteur postule que le djihadiste participe au pouvoir collectif du réseau. Soit. Mais en quoi cela constitue t-il un point de passage ? Il n’est nullement fait état d’une réflexion que pourraient se faire les candidats au djihad du genre « Tiens, je m’intègre dans un réseau ».

Inconsciemment, cet « effet réseau » joue certainement, mais cela reste purement théorie et abstrait. Comme nous l’avons vu au début, le réseau n’est jamais suffisamment dense pour couvrir les actions des différentes cellules lorsque l’un de ses membres passe à l’acte.

Dès, il est difficile d’admettre que la tentation du réseau fasse partie intégrante du parcours du djihadiste. L’effet inverse est en revanche tout à fait vrai : le réseau se nourri de ces nouvelles recrues et de chaque action commise.

Les choses redeviennent un peu plus concrète par la suite.

Quatrième et cinquième clés

Je regroupe ces deux clés parce qu’elles sous-tendent le même principe : le clivage, l’opposition.

Alors dit comme ça, on a l’impression de toucher au summum de l’enfonçage de porte ouverte : les terroristes sont des gens qui « luttent » contre d’autres qu’ils qualifient d’ennemis. Ce statut d’ennemis étant à géométrie plus que variable et soumis à une forte subjectivité.

Mais a y regarder de plus près, au delà du poncif, on trouve deux éléments qui sont révélateurs, non pas du parcours des djihadistes mais du fondement même de terrorisme, puisqu’on retrouve ces leviers dans toutes les formes de terrorismes, même si elles n’ont pas de fondement religieux.

Le premier concerne l’antagonisme ethnique. Il s’agit là d’une dimension largement passée sous silence lorsqu’il s’agit d’évoquer les agissements de Daesh, du moins dans l’analyse. Certains de ses effets sont évoqués, comme le cas des Yézidies, mais les mécaniques à l’oeuvre sont peu évoquées.

On retrouve cette dynamique ethnique dans toutes les formes de terrorisme, les extrémistes qualifiants leurs ennemis comme des gens appartenant à des groupes n’ayant rien en commun avec eux.

Cette volonté de distinguer les ethnies, fait partie du mouvement d’ensemble visant à créer de la confrontation systématique.

Le futur terroriste ne se contente pas de créer et d’alimenter sa propre haine de l’autre, quelque puisse être cet « autre ». Il la rend palpable et en fait l’expérience pour solidifier leur détermination.

Le principal défaut de cette partie de l’ouvrage, c’est qu’encore une fois, on sort quelque peu du cadre du parcours des apprentis djihadistes pour s’intéresser à la façon dont ceux qui restent tirent profits des actions des terroristes. L’exposition de ces méthodes pour générer de la confrontation, sans quelle ne soit armée au premier abord, est intéressante dans le sens où cela  éclaire notre rapport aux informations qui nous sont communiquées et notre façon de les interpréter.

C’est à la lecture de ces pages que l’on prend conscience, s’il en était encore besoin, que le débat dans nos sociétés pour savoir s’il faut ou non qualifier de « guerre » la lutte contre le terrorisme, n’a pas simplement une portée symbolique mais bel et bien des implications concrètes auxquelles il faut faire attention.

Sixième clé

Dernier point de cet ouvrage en forme de synthèse diluant un peu plus le propos du livre : un certain nombre d’étapes mène le djihadiste à la mort.

Ce que cherche à dire l’auteur, c’est qu’après être passé par toutes les étapes précédentes : le petit groupe, la radicalisation, la conscience du réseau et la confrontation, rares sont ceux qui, malgré tout, vont jusqu’à l’acte final : la mort.

Passé ce constat (sans que des chiffres puissent être annoncé, ce qui est dommage) cette clé regroupe tout un tas d’étapes supplémentaires, qui auraient pu faire l’objet de plus de détails.

Les choses sont balayées trop vite pour que cela soit véritablement sérieux. Tout juste y avance t-on quelques suppositions, basées sur ce que l’on sait des précédents attentats. Dommage.

Comment conclure ?

Le postulat de départ de l’ouvrage est audacieux : démontrer que les pires atrocités sont commises par des gens qui n’ont rien d’exceptionneL

Le chapitrage est globalement cohérent mais aurait plutôt pris toute sa place dans un ouvrage consacré aux mécaniques générales du terrorisme, islamiste en particulier.

Ce plan d’analyse et de rédaction vise à illustrer le propos du livre : la radicalisation et le passage d’un état normal à celui de terroriste sont le fruits de processus banals mais qui, mis bout à bout, selon un degré d’ampleur plus ou mois important, produisent des effet désastreux.

L’ouvrage alterne entre une volonté d’exhaustivité de l’approche sociologique en mobilisant tous ses outils et toutes ses techniques (sans les citer), mais doit avouer en toute fin qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une (trop) brève introduction au sujet qui nécessiterait une (ou plusieurs) exégèse complète(s).

L’ouvrage échoue donc dans les deux domaines puisque l’ambition affichée d’utiliser tous les outils de la sociologie moderne se trouve desservie par la brièveté du propos. Propos qui par ailleurs en plus d’être bref ne fait qu’effleurer son sujet et enfonce allègrement des portes ouvertes, ce qui oblitère toute possibilité qu’il puisse servir de socle à toute étude ultérieure sur le sujet.

Le coup de grâce est porté par le contenu même de cette conclusion, qui lance à la cantonade quantités de suggestions d’initiatives naïves qui permettraient selon l’auteur d’enrayer la machine : faire se parler les communautés, ne pas faire la guerre, faire attention à l’éducation. Quelques pages de plus et on nous suggère de se donner la main…

Aucune réponse, aucune attitude n’est simple face à ce qui se passe. Mais les propos tenus en conclusion de ce livre ne sont pas à la hauteur de l’ambition affichée par son auteur en introduction. Cela dessert globalement tout le propos…

Alors ? On le lit ou pas ?

Non. Passez votre chemin.

Pour une fois, vous en apprendrez presque plus en regardant le replay de BFM…

L’ouvrage est trop superficiel pour que l’on y apprenne vraiment quelque chose de concret.

Un vrai bon livre sur le sujet tarde vraiment à sortir. On attendra effectivement qu’une étude complète, appuyée non seulement sur la sociologie, mais également sur l’histoire, la géopolitique, l’économie, viennent apporter une analyse complète de ce sujet complexe et effrayant de part cette complexité.

La révolte des premiers de la classe

Publié assez ironiquement le 8 mai dernier, « La révolte des Premiers de la Classe » est un ouvrage de Jean-Laurent Cassely à la frontière de l’analyse et de l’investigation.

Son propos ?

Partant du constat que la presse et les médias en général (mais surtout le 13h de TF1 #LOL) évoque régulièrement, et de plus en plus, des cas de reconversions professionnelles atypiques (entendez par là que le métier de destination n’a rien à voir avec le parcours d’étude ou professionnel précédent) l’auteur tente d’interroger ce qui semble être une tendance croissante afin d’en analyser les raisons et déterminer s’il s’agit d’un phénomène de mode ou d’une transformation lourde du monde professionnel

L’ouvrage aurait tout aussi pu s’intitulé « Je sais pas si vous avez remarqué, mais de plus en plus de diplômés changent radicalement d’orientation professionnelle ». Mais d’une part s’eu été trop long, et puis parce que ça aurait fait trop « Norman Sup’ « .

Pour en arriver au livre en lui-même, son propos principal n’est pas attaquable, dans le sens où celui-ci est purement factuel : de jeunes gens, aux parcours scolaires et supérieurs brillants et irréprochables, quittent les emplois qu’ils occupent en lien avec ces études pour se reconvertir dans différents domaines, qui ont pour principal point commun d’être globalement assez éloigné du domaine professionnel initial.

Ce constat est dressé sur la base, comme dit en introduction, de présentation par les médias de plus en plus de cas de figure : banquier devenu fromager, consultant en marketing numérique devenu boulanger, etc…

La multiplication de ces exemples est-elle le fruit de la seule chasse au buzz ou bien faut-il y voir la mise en place d’une mécanique de reconversion professionnelle touchant certains types de postes appelés affectueusement « job à la con » ou « métiers de merde ».

L’auteur en donne une définition assez ludique et pertinente : est-ce que la société subirait de graves déconvenues si vous arrêtiez brutalement votre travail pour vous mettre en grève ?
La réponse est assez évidente pour les infirmières, les éboueurs, les livreurs, etc. Elle l’est beaucoup moins pour le digital strategy planner d’une firme de publicité en ligne ou bien pour un chef de projets de progiciels de productivité…

La conclusion de l’auteur est simple : si la société ne souffre en rien de l’arrêt ponctuel ou définitif de votre activité professionnelle, c’est que vous être l’heureux propriétaire d’un job à la con.

Dès lors, il ne semble plus tout à fait extravagant de penser que certains de ces professionnels en soient arrivés à la même conclusion et se soient lancés dans une nouvelle quête de sens, au delà de la seule application bête et méchante des éléments et méthodes qui lui ont été inculqués durant ses études.

Et pour certains, cette quête de sens s’est traduit par un virage à 180° (et non à 360° comme on peut le lire parfois, sinon ça veut dire qu’on faire un tour sur soi-même et qu’on retourne au même endroit), quitté le relatif confort et la stabilité de leur emploi (avec souvent les rémunérations qui vont avec) pour se lancer dans un tout nouveau métier, après avoir suivi une nouvelle formation (ou pas) avec tout ce que cela implique de potentiels échecs et de situations financières précaires.

Et c’est là le premier et principal problème avec le propos de ce livre (même si l’auteur tente malgré tout de s’en défaire) : l’accent est mis exagérément sur ceux qui ont réussi leur pari dans leur projet de reconversion, quel qu’ait été le degré de difficulté rencontré.
L’auteur le dit lui-même : le propos est biaisé par le simple fait que les médias ne parlent presque qu’exclusivement des reconversions réussies d’une part mais l’effet loupe est également renforcé par le fait que les cas détaillés sont ceux qui font le plus grand écart entre la profession de départ et l’objet de la reconversion.
L’effet est en effet plus spectaculaire et vendeur lorsqu’il s’agit d’un trader devenant boulanger que si l’on parle d’un graphiste devenant photographe.

Il faut reconnaître que Jean-Laurent Cassely évoque tout de même bien quelques cas de reconversions ratées ou bien de manière assez rapide les causes de démotivation, de frustration ou d’échecs, mais trop peu pour remettre véritablement en perspective ce que l’accumulation de cas documentés élève au rang de « phénomène ».

La conclusion de l’ouvrage est d’ailleurs sans appel : si ces reconversions de l’extrême peuvent fonctionner, elles nécessitent dans tous les cas beaucoup de travail (que le talent peut faciliter) et requiert d’avoir à la fois des compétences commerciales et techniques. On peut y arriver seul et combiner tous les savoirs faire, mais cela sera plus dur que si on se lance à plusieurs avec des expertises complémentaires.

Le véritable enjeux de ce livre de mon point de vue est qu’il aborde d’une part la perte de sens de certains emplois pourtant bien vus, et d’autre part qu’il met le doigt sur un sujet majeur et absolument pas spécifique à ces cas de reconversions : l’écart entre le parcours d’études et les métiers finaux.

T’as fait Histoire, c’est pour être prof ?

Ce qui frappe tout d’abord à la lecture, c’est ce désir non dissimulé de toute une frange de la population qui ne se satisfait plus du confort relatif de leur situation professionnel et qui cherche par tous les moyens à donner du sens à leurs actions professionnelles quotidienne.

Cela dépasse de loin le seul effet d’ennui ou de lassitude après des années passées dans le même poste. La plupart de ceux qui témoignent n’ont pas un bagage professionnel si extraordinaire que ça.

Il y a donc deux niveaux de lecture.

D’une part, le décalage vécu entre le travail quotidien et son influence réelle. Les reconversions décrites tendent toutes vers un retour à des métiers concrets et palpables, loin des abstractions de l’informatique. Un retour en grâce du produit manufacturé, au sens littéral, ainsi que du contact direct avec le client final, lui aussi perdu de vue ces dernières années.

Les reconvertis souhaitent matérialiser physiquement leur travail et visualiser son résultat de manière immédiate et tangible.

Ceci ne suffit toutefois pas à donner du sens à ce que l’on fait. Tout dépend de l’effet que l’on souhaite effectivement produire. Il semble en effet valorisant de fabriquer soi-même des armes à feu de manière artisanales mais est-ce là l’aboutissement désiré d’une quête de sens au service d’un monde meilleur (sauf si l’on s’appelle Donald) ?

Au delà de l’aspect artisanal et matérialiste (dans le bon sens du terme) qui anime ces néo-entrepreneurs, tous ceux évoqués par le livre (et donc par les médias) ont en commun une dimension nostalgique, presque « vieille France » porteuse d’une certaine dose symbolique d’authenticité et de sincérité.

Le choix peut paraître étrange, car il s’agit tout de même de métiers relativement usant, mais ces cas de reconversions étant presque exclusivement urbains, on y trouve une certaine logique entrepreneuriale consistant à placer un business au coeur de son marché, la clientèle visée étant justement celle des professionnels classiques, ceux qui ne quitteront pas leur emploi pour une aventure courageuse aux destinées incertaines.

C’est l’autre élément qui permet de nuancer la caractère « tendance lourde » du moment : ces reconversions sont principalement urbaine. Dans un pays où le nombre de néo-ruraux ne cesse d’augmenter, cela permet de relativiser l’ampleur du phénomène.

Ça, c’est pour la quête de sens. Venons en à l’autre niveau de lecture.

S’il n’est pas question d’ennui dans leur poste initial, c’est peut-être bien plutôt l’absence de surprise, qui peut se traduire par une forme de lassitude psychique.

Comme l’explique cet article, la linéarité d’un parcours entre les études initiales et le métier est de plus en plus vécue comme un parcours castrateur et frustrant.

Il faut dire que pendant longtemps, et encore aujourd’hui, la question la plus posées aux têtes blondes est « Qu’est ce que tu voudras faire plus tard ? ». S’ensuit alors un parcours initiatique plus ou moins conscient menant vers des choix d’orientation parfois éclairés, parfois contraints, rarement pleinement satisfaisants.
Surtout de nos jours avec les bienfaits (c’est de l’ironie) du système d’admission post-bac, les choix d’études dépendent du contexte familial, de ses ressources, du contexte régional, et du bagage intellectuel acquis par l’individu. Un collégien qui aura été dégouté à vie des mathématiques par un professeur peu scrupuleux aura moins de chance de se précipiter dans un faculté de maths pour y apprendre les joies des dérivées et primitives.

De ce point de vue, il pourrait ne pas paraître étonnant que, arrivés à l’âge adulte, les choix ayant muris, de véritables options de « carrières » soient envisagés et les moyens pour y parvenir mis en place : formations complémentaires, etc…

C’est sans compter sur la doua populaire qui veut que si on a fait une fac de physique-chimie, c’est forcément pour devenir rat de laboratoire.

Il est des formations qui ne prêtent que peu le flanc aux débats : un étudiant en pharmacie deviendra pharmacien (pour peu qu’il aille au bout de son cursus). Idem pour médecine et globalement tout ce qui tourne autour du médical.
Pour la plupart des gens, la même logique s’applique à toutes les autres formations, au motif qu’un diplôme débouche nécessairement sur un métier (ou une famille de métier) déterminé.
Un étudiant en Histoire deviendra prof (ou historien avec un peu de chance), un étudiant en psychologie… psychologue, un étudiant en STAPS prof de sport, etc…

Sauf que…

S’il existe certaines formations spécialisées dont le seul but est effectivement de pratiquer dans le domaine de ses pairs et formateurs, la plupart des cursus sont assez généralistes (quoiqu’en dise leurs intitulés corporatistes) pour permettre à leurs membres de tirer leur épingle du jeu dans la jungle du marché du travail.

Jusqu’à créer leur propre entreprise et prospérer pour les plus audacieux.

Les cas de trajectoires linéaires devraient en fin de compte être les véritables exceptions et les parcours « atypiques », la norme.

Là réside le coeur du livre de Jean-Laurent Cassedy. Interroger le pourquoi de la surprise que provoque ces reconversions totalement décalées en apparences, tant elles questionnent notre rapport à nos parcours de vie et notre quête de stabilité.

Un ouvrage agréable, facile à lire, qui a le mérite d’ouvrir le débat et de faire réfléchir.

La parabole du semeur : Au diable le marketing

Que se passe t-il quand un livre moyen est sur-packagé par son éditeur ? Probablement une bonne dose de déception, sinon un vaste accident industriel…
La parabole du semeur est un roman d’anticipation d’Olivia E. Butler publié en 1993. Son action se déroule en 2024, soit plus de 30 ans plus tard, ce qui constitue une projection dans le temps qui n’est pas anodine.

En effet, 30 ans, c’est ce qu’on appelle communément une « génération », donc en gros une échelle de temps entraînant en principe des transformations plus ou moins profondes de la société.

Ce qu’imagine l’auteur, décédée en 2006, doit être compris à l’aune de ce qu’étaient le monde et les États-Unis en 1993.

Cette année là (Claude François, sort de ce corps !), Georges Bush père est Président (républicain, important de le noter), la guerre du golfe, quoique terminée du point de vue des opérations militaires stricto sensu, est toujours d’actualité, et les communautés fermées se répandent de plus en plus parmi la classe moyenne.

Le récit que nous livre l’auteur dans la Parabole du Semeur est donc largement imprégné de l’air de l’époque, dont elle amplifie certains traits à l’extrême pour se projeter dans une société presque « post-apocalyptique » dans un exercice d’anticipation élégant mais maladroit.

Il n’est pas question ici de conflit armé, au sens militaire du terme, mais le pays (on parle ici des Etats-Unis) est la proie des pilleurs et autres bandes armées. Il n’est pas non plus véritablement question d’ère « post-apocalyptique » dans le sens où si l’on retrouve bien une partie des codes qui structurent le genre (désorganisation des structures sociales, pénuries de ressources, infrastructures obsolètes, etc…) l’absence de véritable grosse catastrophe naturelle ou industrielle ainsi que la persistance de bon nombre de structures de la société américaine des années 90 indiquent que l’on est sur une pente certes inéluctable vers un déclin certain mais que les choses ne sont pas suffisamment détériorées pour que l’on puisse parler de chaos total (même si c’est franchement le bordel).

Bon, c’est bien gentil toutes ces palabres, mais ça cause de quoi en vrai ?

Le pitch de la parabole du semeur

L’éditeur nous présente la Parabole du semeur ainsi : nous sommes en 2024 (oui, merci, tu l’as déjà dit), et un nouveau Président des Etats-Unis viens d’être élu. Et le nouvel édile dispose d’une conception toute particulière de la législation du travail : suspension des mesures de protection sociale et allègement des charges sur les entreprises qui acceptent d’embaucher les plus démunis en échange du gîte et du couvert. Une légalisation pure et simple de l’esclavage donc.

Dans un pays en panne économiquement, où la pauvreté est rampante, où disposer d’un véhicule est devenu un luxe inimaginable, où l’essence coûte moins cher que l’eau potable, où par peur des violences et des pillages, des quartiers entiers se sont retranchés derrières de hauts murs protecteurs, une jeune fille noire, fille d’un pasteur, cherche d’abord un sens à son existence, puis cherchera à survivre.

Sur le papier, tout va bien : histoire classique et résumé efficace.

Sauf qu’à la lecture, rien ne se passe comme prévu…

Quand l’étiquette ne correspond pas au produit

Dans l’absolu, tous les éléments présentés en quatrième de couverture de la Parabole du semeur sont bel et bien abordés : on a bien l’héroïne fille de pasteur, le quartier encerclé par un mur, les conditions de vie particulières et l’élection du nouveau président.

Mais ce qui est présenté par l’éditeur comme étant le point de départ de l’intrigue, ne constitue qu’un détail du récit, sans grande influence décisive sur l’intrigue en elle-même.

Pourquoi un tel parti pris éditorial au détriment de l’oeuvre censée être mise en valeur ?

L’argent !

Bon, euh… oui, OK. Le job d’un éditeur c’est de gagner sa vie et celles des auteurs dont il gère les droits en vendant les ouvrages de ces derniers.

Mais la nécessité doit-elle forcément l’emporter sur la fatalité qu’impose la course effrénée au buzz pratiqué avec la vulgarité la plus crasse ?
Autrement dit : « T’étais obligé de faire du putaclic sur la couverture de ton bouquin ? »

Il est en effet un peu léger d’avoir tout misé sur le vague rapport entre l’élection du Président du livre et celle de Trump ainsi que sur les effets des modifications climatiques sur le sud-ouest des Etats-Unis et les questions actuellement en débat sur les effets globaux du réchauffement climatique.

Que le comité de lecture ait vu à l’occasion de la réédition des parallèles troublants, quoique lointains, avec ce que nous connaissons aujourd’hui est le signe d’une certaine appréhension de la lecture de l’ouvrage mais ne justifiait pas d’articuler toute la communication réalisée autour de l’ouvrage sur ces seuls éléments.

Ne parlons pas non plus du « Livre des vivants », qui, s’il structure quelque peu le parcours de l’héroïne, ne confère que peu d’épaisseur au récit en dehors de toute prise de consistance éventuelle dans une suite hypothétique.

Bon. On résume ?

La parabole du semeur est un livre avec de bonnes idées mal exploitées et peu approfondies. Un récit sans rebondissement et une progression linéaire sans enjeux qui se solde par une non-fin décevante qui laisserait penser qu’une suite était envisagée.

Un style lourd, malheureusement desservi par une traduction pataude qui cherche trop à rester fidèle littéralement au matériau de départ au détriment parfois de l’élégance et souvent même de la compréhension de lecture.

Et enfin… un « packaging » désastreux et réducteur, biaisant plus que largement l’approche que chacun aura de l’ouvrage.

Mais ceci ne relève que de la forme.

Pour le fond, ce livre ne doit pas être en tête de votre liste de lecture de l’été. Dans le même genre, on lui préférera « Le chemin qui menait vers vous » de William Réjaut et Laurent Latorre, tellement prenant et tellement mieux écrit.

Diabolic : le Game of Thrones du pauvre

Le site Lecthtot m’a envoyé vendredi dernier « Diabolic », le dernier ouvrage de l’auteur S.J. Kincaid qui est le premier a être traduit en français. Elle est l’auteur d’une trilogie « Insigna » qui a connu un certain succès aux Etats-Unis mais qui n’a pas (encore) traversé l’atlantique.

Le deal ? Une chronique en échange d’un exemplaire papier du livre en avant-première. Le livre ne sort en effet qu’après demain, et c’est la première fois que j’ai l’occasion de découvrir un livre et d’en faire la critique avant sa sortie !

Challenge accepted !

A propos de l’auteur

Tout d’abord, qui est S.J.Kincaid ?

S.J. Kincaid est une auteure américaine, inconnue (pour le moment) en France et (presque) de Wikipédia, spécialisée dans la « littérature » pour jeunes adultes, vocable un peu pompeux pour parler de livres pour ado.

Je dois avouer que je suis assez partagé sur le principe d’une littérature spécialisée, pas en général, mais pour cette tranche d’âge en particulier.
Il me semble nécessaire qu’il existe des livres pour enfants, jusqu’à 10 ans, avec un vocabulaire et des tournures de phrases simples (mais pas simpliste) destinés à l’apprentissage de la lecture et de la grammaire.
Passé ce stade d’apprentissage, il existe quantité de styles et de genres dans lesquels les pré-ado et ado puissent trouver matière à enrichir leur vocabulaire, s’échapper et développer l’imaginaire.

Je suis partagé parce qu’il n’y a aucun mal à proposer un type de contenu pour une classe d’âge, et plus encore pour une étape de la vie que l’on sait particulière, voire compliquée. L’individu se cherche, et tout doit faire sens, y compris ses lectures.
Qu’on propose aux ados une littérature portant sur les sujets qui les préoccupent – l’amour, la mort, le sexe, le rapport à l’autorité, l’indépendance, la drogue (non, malgré mon côté vieux con je ne suis pas en train de dire que tous les ados sont des rebelles attardés complètement camés !), etc… – c’est somme toute une manière élégante de conduire à la lecture ou de servir de relais vers des lectures plus denses et plus complexes.
Malgré tout, au-delà des histoires, des sujets abordés et des angles d’attaque, il y a le style. Et ce n’est à mon sens pas rendre service aux ados que de leur servir des histoires enrobés dans un style pauvre, un vocabulaire simpliste et une structure quelconque.

L’adolescence est une période de la vie où l’on se forge son imaginaire, sa personnalité, une partie de ses opinions. Bref, sa personnalité.
Exposez un enfant à la médiocrité et à la facilité, et n’ayant que cela pour référence, il ne cherchera pas spécialement à aller vers autre chose.
A l’inverse, exposer un enfant à ce qui est exigent et de qualité (la beauté étant suggestive, il est difficile d’évoquer ce sujet) lui offrira un référentiel de valeur tout autre.

La simplicité du style et des intrigues ne doivent pas être excusés par un « c’est pour des enfants » ou « c’est pour des ados ».
Justement ! C’est tout l’inverse…
Puisque qu’on s’adresse à des enfants ou à des ados, il faut y apporter encore plus de soins que lorsqu’on écrit pour des adultes.

Mais je m’égare. Revenons au livre.

Le pitch diabolic

Bien que la couverture nous présente un papillon moitié naturel, moitié armes blanches, et que le quatrième de couverture évoque un tigre, il n’est question ici ni de l’un, ni de l’autre.

A une époque indéterminée, l’humanité vit dans des vaisseaux spatiaux, et, pour les moins chanceux, sur des planètes, sur lesquelles il semble dangereux de vivre en raison des conditions météo, de la gravité et des « virus » qui y traînent.

Dans cet univers, on a créé différents humanoïdes artificiels dont certains sont faits pour protéger jusqu’au péril de leurs vie un individu en particulier après un conditionnement physique et psychologique.

Ce sont les Diabolics.

Ces créatures à l’apparence humaine sont programmés pour protéger l’humain qui leur est confié, quitte à tuer. Dotés d’une force physique hors du commun, ils subissent un entraînement confinant au conditionnement psychologique digne des tortures les plus inhumaines.

Dans cet univers, les Diabolics, c’est comme les iPhone : c’est hype d’en avoir un. Et comme ça coûte cher, ça permet de montrer au monde votre statut social.
Sauf que, comme c’est quand même dangereux et que certains, par excès de zèle, en arrivent à tuer des gens qui ne présentent pas forcément de menace, le pouvoir central décide que les Diabolics sont désormais interdits.

L’héroïne du livre, Némésis, est une Diabolic attachée à la fille d’une famille aristocratique dont le patriarche est sénateur de l’empire galactique (toute ressemblance avec une autre histoire est purement fortuite). Ce dernier est accessoirement en délicatesse avec le pouvoir en place car il ne cache pas son intérêt pour « les sciences » militant même pour leur réhabilitation quand la caste au pouvoir, les « hélioniques », adorateur du vif-cosmos (ie. du soleil), sont partisans d’un « retour en arrière » et d’un bannissement des sciences et de leur enseignement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir en terme d’entretien des vaisseaux spatiaux et d’avancées technologiques.

Ce monde du futur stagne et s’en remet à des robots réparateurs, eux mêmes réparés par des robots. Et quand tous les robots seront HS, et ben… tout le monde sera bien avancé !

Lorsque les Diabolics sont interdits, le sénateur ne s’exécute pas et dissimule Némésis en faisant passer un autre cadavre pour celui de Némésis (ce qui trompe moyennement l’inspecteur dépêché sur place…).

Forcément, au bout d’un moment, l’attitude du père de famille fini par courroucer l’empereur qui convoque sa fille, entre autres héritiers des autres familles aristocratiques de la galaxie, dans la station spatiale qui représente le coeur de la galaxie et du pouvoir : le « Chrysanthème » (#LOL), qui tient son nom de la forme particulière qu’il a puisqu’il s’agit de l’agrégation de plusieurs vaisseaux spatiaux disposés tels les pétales d’un chrysanthème.

Diabolic
Observez bien : ceci sera un vaisseau spatial dans le futur !

En parents aimants, ils refusent d’envoyer leur fille en tant qu’otage et envoient sa Diabolic à sa place, espérant tromper tout le monde en lui conférant un « entraînement » protocolaire et quelques modifications physiques.

Malgré quelques situations délicates, le subterfuge opère et Némésis se trouve mêlée à l’élite de la galaxie et à ses intrigues jusqu’au moment où elle se trouve embarquée dans le complot ultime visant à tuer l’empereur.

Entre temps, ce dernier a décimé l’ensemble des chefs des familles « dissidentes » dans une attaque coordonnée, qui, là non plus ne rappelle aucun ordre 66 d’un film sorti en 2005.
C’est juste un génocide mais, à priori, sauf pour l’héroïne qui en a gros sur la patate parce que sa maîtresse vient de se faire ventiler dans l’espace, ça passe crème.

A partir de là Némésis passe par tous les états : la colère, la haine, le besoin d’une vengeance sanglante, mais dans le même temps doute au gré de ses amitiés et trouve presque l’amour avec le chef du complot suprême.
Elle se découvre du coup de plus en plus humaine, capable de sentiments, de discernement et libre-arbitre, alors que toutes ces notions lui sont en principe interdite de par sa constitution et sa nature.

Au terme de moult péripéties et rebondissements (meurtres, tentatives d’assassinats, trahisons, « je t’aime, moi non plus », etc…) l’empereur est finalement tué et remplacé par son neveu, fomenteur du complot et devenu fou amoureux de Némésis.

Le roman s’achève par l’accession au trône du neveu, avec Némésis à son bras comme nouvelle impératrice.

Happy end à l’issue de laquelle on nous promet néanmoins une suite par un classique : « To be continued ».

OK.

Et alors, il en pense quoi ?

La première impression qui m’est venue c’est : « On dirait une sorte de Game of Thrones chez Peter F. Hamilton » (si vous ne connaissez pas Peter F. Hamilton je vous encourage vivement à le lire, en commençant peut-être par la saga du Commonwealth. Mais tout le reste est génial aussi !).

Pour développer un peu : il y a tout un tas de codes empruntés au genre de Game of Thrones : luttes familiales, pouvoir central, complots et intrigues, solitude, morts violentes, etc… mais replacés dans un contexte, non pas de Space Opera, parce que le fait d’être dans l’espace ne sert que de prétexte qu’à quelques mises en scènes et situations particulières, mais dans un univers de science-fiction spatial.

Les références à Peter F. Hamilton sont également bien visibles : le rajeunissement illimité, les modifications physiques, les transformations génétiques des animaux ou des humains (merci la trilogie du vide !), etc…
On va dire que c’est un hommage !

En définitive, le sujet principal du roman, c’est n’est pas tant le sort réservé à l’empereur ou qui sortira vainqueur des luttes de pouvoir, ni les grands équilibres de cette galaxie vieillissante et délabrée, mais bien plutôt le parcours intérieur de Némésis et de son éveil à des émotions humaines.

Le propos sert de catharsis aux ados lecteurs qui s’identifierons à ce personnage principal, dont le récit est narré à la première personne (avec des fautes d’accord au passage qui rende le tout bien bordélique), dont le parcours initiatique si singulier, puisqu’il s’agit d’un non-humain qui s’éveille à l’humanité en quelque sorte, fera écho en eux.

Le matériaux de base n’est pas inintéressant, mais il est clairement sous-exploité. Et je doute que la multiplication des opus, qui aboutira sans grande surprise à une trilogie (encore…) soit de nature à corriger ça.

Le récit brasse tout un tas de concepts ou d’objets propres à l’univers mis en place, mais jamais rien n’est vraiment approfondi ou détaillé, pas dans les grandes largeurs, mais jamais suffisamment pour donner la substance ou la consistance nécessaire pour impliquer complètement le lecteur.

Pour prendre un exemple concret : le recours aux « forums virtuels » dont la forme diffère uniquement de ceux que nous pouvons utiliser aujourd’hui par le fait que des avatars virtuels peuvent s’y promener librement, permettent à l’auteure d’expliquer qu’il y a une différence entre le virtuel et la vraie vie et que cette dernière est dangereuse…
Si le sujet est bateau, son exploitation est maladroite et surtout extrêmement sous-exploitée. Le fait que l’apparence physique entre un individu et son avatar puisse être extrêmement différente aurait du être présenté différemment. Sinon ce détail n’a d’autre intérêt que de servir de prétexte au fait que « comme personne ne sait à quoi ressemble la fille du sénateur, personne ne saura que ce n’est pas elle qui a été envoyée au Chrysanthème ». Sachant que les apparences physiques dans le monde réel peuvent être également modifiée, cela n’a aucun intérêt.

Enfin, même si on l’explique qu’il s’agit d’une enfant qui apprend à devenir humaine, les retournements d’attitude de Némésis finissent par donner le tournis.
Que ses « sentiments » ou ses émotions ne soient pas cohérentes d’une page à l’autre peux se comprendre, mais à chaque changement de paradigme, son jugement semble si définitif, si absolu, sans nuance, comme si elle n’avait pas la mémoire des événements précédent que cela nuit à la cohérence même du récit.

Et c’est dommage…

Et donc ? On le lit ou pas ?

Une fois embarqué dans le récit, on a envie de savoir, non pas comment cela va se terminer, mais comment l’auteure amène son happy end.

La fin est prévisible, comme la plupart des péripéties. En dehors d’un cliffhanger de fin de chapitre (celui de l’empoisonnement) particulièrement bien amené, et de la scène du missile (mais qui sort de nulle-part), tout est attendu et entendu.

La scène où Némésis, qui n’a jamais mis les pieds sur une planète, découvre la foudre est confondant de platitude et de paternalisme sur-joué, surtout quand on sait que celui qui lui explique n’a que 19 ans…

En dehors de l’impression générale, on ne retient pas grand chose de ce roman. La plupart des personnage est superficiel, le style est convenu et les figure de style poussives.
Ça ne rend pas le livre mauvais, mais juste quelconque.

Un livre de plage pour ados qui n’aiment pas le beach volley !

Mass Effect : Andromeda, Space Drama

Précommandé en janvier. Reçu et démarré le jour de sa sortie, j’ai terminé Mass Effect : Andromeda il y a une petite dizaine de jours, et je voulais laisser reposer la pâte avant de livrer mes impressions.

Franchement c’est pas facile…

Non sérieusement.

Parce que je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment, ni que le jeu est foncièrement mauvais, mais en même temps il y a tellement de défauts qui, mis bout à bout, gâche tout de même un peu le plaisir.

C’est pénible, parce que ça sent bien l’amorce d’une nouvelle trilogie et qu’on se dit : « Bon, c’est un début un peu raté, mais la suite va être géniale » mais qu’on ne peut pas s’empêcher de penser « Ouais mais non. Si la suite est réalisée pareil, ça pu un peu du cul quand même… »

Bref. Trêve de billevesées et entrons dans le vif du sujet.

Mass Effect : ni bon, ni mauvais, bien au contraire

Je l’ai déjà dit un petit peu en intro, mais Mass Effect : Andromeda n’est pas un mauvais jeu. Ce n’est même pas un mauvais Mass Effect (si l’on met de côté qu’il n’y a pas de relais cosmodésique donc pas d’utilisation de ce fameux effet de masse…).
On retrouve ce qui a fait le charme de la trilogie originelle : exploration, combats, séduction (bon parfois à la truelle…), dialogues parfois interminables, etc…

Mais ce n’est pas non plus un très bon jeu. Ni le meilleur Mass Effect de l’histoire.
Évacuons d’ailleurs tout de suite le sujet : non, ça ne se déroule pas au même endroit dans l’univers, pas avec les mêmes personnages et les enjeux ne sont pas les mêmes.
Le seul lien avec la trilogie initiale (en dehors des eater eggs plus ou moins subtils) est exposé dans la « cinématique » de départ (plutôt bâclée d’ailleurs) qui ne prend tout son sens qu’une fois passée les premières minutes de jeu.

Donc ça s’appelle Mass Effect parce que ça a vaguement un lien avec l’univers initial mais surtout… parce que ça fait vendre !

Mais à la limite, c’est pas grave ! C’est de la SF, les mécaniques de jeu sont globalement les mêmes, pas de quoi s’exciter sur le titre. Le faire passer pour une toute autre franchise aurait été encore plus malvenu.

Dont acte.

Que vaut donc ce nouvel opus ?

S’il fallait le résumer en un mot, ça serait… « Meh » !

Ellipse totale

Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas terminé le jeu à 100% (76% ça va ho hein !) en un peu plus de 44 heures, sans rusher non plus.
Je n’ai pas non plus manipulé le multi. Du tout. Jamais.
Je me contenterais donc d’évoquer la trame principale et certaines missions annexes.

Tout ça pour dire que, de mon point de vue, les critères pour évaluer un jeu sont :

  • Son scénario et sa narration
  • Son gameplay
  • Ses graphismes (attention sur ce point : il n’est pas question de course à la 4K 180fps kikoolol avec 4 SLI de 1080 Ti sous azote. Le jeu doit juste être suffisamment plaisant par rapport à ce qu’on nous donne à voir. Mais je pense que ça fera l’objet d’un autre article ici)

Bon, je vais pas m’attarder sur les animations faciales…

Non, pour moi, le plus gros défaut du jeu, c’est sa narration ! Et dans une moindre mesure, son scénario.

Sérieux les mecs ! Vous vous êtes relus avant de coder ?

Pour résumer ça, je vais prendre deux exemples. (ATTENTION : SPOILER INSIDE !!!)

Les architectes d’Eos et de Voeld

Tout se passe bien jusque là. On débarque sur la première planète. On débuggue le bordel en rallumant le caveau. Ça débloque la suite de la mission principale et du coup, sans se méfier, on décolle et on file vers la planète suivante.

Là on se dit qu’il fait bien froid sur cette planète mais surtout que ça a finalement été super rapide sur Eos.
Donc on prend d’avantage son temps et on débloque les 100% de viabilité de la planète, ce qui nous amène à la dernière mission qui consiste à aller sauver des scientifiques partis tremper leurs éprouvettes quelque part dans la glace et qui ne sont toujours pas rentrés.

Bon. Soit.

Donc on y va et là, patatras, on tombe nez à… pattes, avec une vilaine bebête que l’un de nos coéquipiers appelle très naturellement un « architecte ».

Euh. OK ! Vous avez été à la fac ensemble ? C’est un ex ? Vous êtes potes sur Insta ?
Non ? Bon bah alors bordel de merde comment tu sais comme ça s’appelle ???

Et là, c’est le drame. Parce que tu comprends que t’as certainement raté un truc sur Eos qui devait t’introduire la bestiole en question.
Mais tu comprends aussi surtout que l’exploration de chaque planète suit la même trame :

  • Tu débarques : « Oh là là, c’est pas vivable »
  • Tu décoinces les spots des stations
  • Tu allumes les monolithes
  • Tu rallumes le caveau
  • Tu poses ton avant poste
  • Tu boucles les 100%
  • Et en option, tu termine les missions annexes

« Bon, ben ça va être pratique et rapide de coloniser toute la galaxie d’Andromède et ses cinq planètes à ce train là ! »

Bref. Revenons-en à mon architecte.
Parce que ça n’a pas loupé. En retournant sur Eos et après l’avoir écumé en long en large et en travers, on lance bien une quête qui fait poper le premier « architecte » qu’on est censé croiser dans le jeu après une belle cinématique grandiloquente d’introduction.

Mais, non d’un petit bonhomme… non c’est pas ça que je voulais dire :

Nom de Dieu de putain de bordel de merde : si cette rencontre avec l’architecte sur Eos doit être la première dans le jeu, pourquoi vous n’avez pas fait en sorte qu’on soit obligé de le croiser dans le fil de la narration de manière fluide et naturelle ???
Ça coûtait quoi d’intercaler ça entre deux actions de la mission principale ?

Je dirais pas que les architectes sont super importants dans le jeu, même si on en croise un dans le final et que ça sert surtout à looter des trucs mais non d’un chien, ne pas avoir apporté plus d’attention à ce détail qui semble pour vous important puisque cela constitue le point final de chaque planète (facultatif il faut dire) ?

A minima ça déçoit.

Les reliquats

Ah !

C’est drôle ça aussi.

Bon, donc on se balade toujours sur Eos. On farfouille vers un monolithe, puisqu’on nous a dit qu’il fallait aller voir ce que c’était. Et là on tombe sur une alien qui tire sur d’autres aliens. Vu que les plus nombreux nous tirent aussi dessus et qu’ils ont une barre rouge au-dessus, on les dézingue (sans savoir si l’alien qui est toute seule est sympa ou pas, mais c’est un détail n’est-ce pas ?).

Une fois qu’on a bien fait chauffer les guns, qu’on recharge tout naturellement avec des munitions locales qui sont compatibles avec ce qu’on a ramené de la voie lactée (sérieux ?), on tape la causette avec la schtroumpfette.
Entre deux banalités et son 06, elle nous explique qu’elle a donné un petit nom aux vilains pas beaux qu’on vient de dessouder : les reliquats, parce que selon elle se sont les restes d’une autre civilisation, race, rayez la mention inutile.

Bref. OK. Ça sera plus simple pour se dire sur quoi on tire.

On continue d’explorer, on vole, on tire, etc. Et là on tombe sur le vilain lieutenant du méchant big boss de cette zone de l’univers. Oui, Donald Trump et Kim-Jong-Un on un alter-ego dans Andromède.

Effrayant.

Et ce vilain E.T. nous parle le plus naturellement du monde des reliquats.
Euh, on parle de la même chose ?
A priori oui. Ils ont une page Wikipedia dans le coin ?
Non. Donc c’est marqué dessus et la schtroumpfette n’a rien inventé ?
Non plus. Donc tu nous espionne ?
Toujours pas. Ah.
Dans ce cas là, comment tu expliques qu’en ne s’étant jamais vus, jamais parlés, jamais croisés, tu utilises le même putain de mot que nous ???

On appelle ça une élipse.
NON ! On appelle ça un putain de raccourci parce que ça aurait été trop long et trop cohérent de caler deux ou trois scenes de dialogues pour colmater les brêches dans ce qui ressemble à un naufrage creatif !

Et je parlerais même pas de la façon dont est balancé le nom des Jaardan à la fin…

Ce sont peut-être des détails, mais le diable est dans les détails et quand ça nuit à ce point à l’expérience de jeu, puisque la narration est l’un des piliers dans les RPG, on frise la correctionnelle.

L’open world est au bout du couloir

Les mondes ouverts, c’est cool !

Pourquoi c’est cool ? Parce que tous les éditeurs en font. Donc, c’est que ça doit être bien !

C’est vrai que les jeux couloirs, c’est chiant… Regardez les Splinter Cell, les deux premiers The Witcher ou… les trois derniers Mass Effect. C’est pas comme s’ils avaient été mauvais, délaissés par le public et, … mais… oh wait !

Blague à part, l’open world n’a de sens que s’il propose l’expérience de jeu qui va bien avec.

Dans Mass Effect : Andromeda, la liberté de mouvement est toute relative. Aucune planètes en dehors des cinq prévues par la trame principale ne sont visitables, et on a beau se balader pendant des heures sur les planètes, il ne s’y passera rien tant qu’on aura pas débloqué les scripts prévus par la trame principale.

Ici, l’Open World est simplement comme un couloir de bus à Paris : c’est plus large qu’avant et on peut y faire des zig-zag…

D’ailleurs, ça se sent qu’il a fallu le remplir ce vrai-faux couloir. Pour ne parler que de ça, j’espère que vous aimez les scanner. Parce que pour scanner, ça va scanner : les plantes, les consoles, les planètes, les détritus volants, les câbles, etc…

Bref. De l’exploration en WiFi qui était déjà l’un des reproches fait au deuxième opus. La réutilisation (ou l’hommage, c’est selon) se voulait subtile. Elle a pour le coup été un peu trop marquée.

La narration avec son rythme, ses codes, dans la forme qui a été choisie et avec les mécaniques de jeu mises en œuvres (sur lesquelles je reviens plus bas) servent un scénario qui lui non plus n’est pas exempt de certaines remarques.

L’histoire sans faim

Sans parler de Speedrun, je pense qu’il doit être relativement facile de plier la trame principale en moins de 24 heures de jeu.
J’avoue, j’ai pas cherché les records sur le net…

Le début de la partie est quelque peu alambiqué et ce n’est qu’après plusieurs heures de jeu qu’on voit enfin où ça veut en venir, dans un remake des mécaniques adoptées par Mass Effect 3 et son effort de guerre.

Une fois qu’on a compris ça, comme je disais plus haut, les choses se répètent. Du coup, le scénario est assez linéaire.

Un couloir que je vous disais…

« Dans l’espace, y a que le début et la fin qui comptent. Le reste, c’est du remplissage (ou presque) ».

Parce que bon, quand même, faut quand même avouer qu’on ne peux pas trop se douter au départ de la façon dont ça va se terminer.
Bon en fait si, mais faut admettre que ça prend pas forcément une tournure évidente.

Bref, on croit naïvement qu’on va devoir simplement survivre dans un environnement hostile et puis bam, en plein milieu on se retrouve à devoir botter le train du Voldemort local.

Ça donne d’ailleurs lieu au cliffhanger le plus poussif depuis celui de Super Mario Bros… le film ! Cliffhanger qui a au moins le mérite de nous dire qu’il devrait y avoir un autre opus et que ne sera pas obligé d’en rester là, sur notre faim…

Tout ça pour dire que le scénario est globalement assez convenu. Et pour illustrer ça, il suffit d’évoquer la première rencontre avec les Kerts. Dont on ne sait même pas d’où le nom vient sinon qu’il a été posé là dans les dialogues par les développeurs…

Les mecs quittent une galaxie prospère, qui doit juste gérer un petit problème avec une race alien (très) hostile (oui, oh ça va hein, chacun ses problèmes !), pour un voyage de 600 ans en stase.
Ils arrivent (presque) sans encombre, ce qui est déjà inespéré en soit – mais en même temps s’ils y avait eu un problème en route ça devenait tout de suite plus compliqué de justifier la sortie du jeu et ils auraient eu du mal à payer les gens de chez Bioware – et là, suite à un créneau raté, ils tombent sur des autochtones.

Premier réflexe de ces charmants locaux à la vue d’étrangers (certes armés) ? Leur tirer dessus sans sommation.

Sans doute des anciens du Ku Klux Klan.

Et vu qu’on est à des milliards d’années lumières de la voie lactée, cette forme de vie intelligente a du concevoir des armes extraordinaires et sans communes mesures avec notre arsenal terrien…

Attendez. Il tient quoi le gros balèze là bas ? Une ? Mitraillette…

Et puis c’est pas tout. Non seulement, ils ont des guns qui ressemblent furieusement aux notres, à croire qu’ils sont ravitaillés par des chinois contrefacteurs (non je n’ai rien contre la poste), mais en plus, ce sont des bipèdes anthropomorphes…

C’est quoi le truc ?

C’était plus simple de coder des humains moches ou c’est un parti pris scientifico-artistique ?

Je dis pas que c’est impossible de croiser des formes de vies semblables à la notre dans l’univers mais quand on a la possibilité de créer quelque chose de totalement nouveau et inédit, faut pas hésiter à se lâcher les gars !

Je passe sur la mécanique de l’histoire familiale bien pathos qui sert de colonne vertébrale à un pan du scénario et qui n’apporte finalement pas grand chose sinon nous faire jouer quelques micro secondes dans la peau de l’autre personnage pour bien nous montrer qu’il peut y avoir un gars ou une fille en héros principal.

Bref. Au milieu d’un scénario assez convenu narré assez inégalement, il y a heureusement le gameplay.

Ou pas…

« Y clique à droite, y clique à gauche, et il y est »

Bon, en termes de mécaniques de jeu, ça reste très classique : tu marches, tu cours, tu roule, tu voles, tu tires, tu recharges, etc… On a fait ça des milliards de fois dans tout autant de bon ou mauvais jeux.

Mais c’est qu’il faut bien se renouveler ma bonne dame ! Qu’est ce qu’on pourrait inventer pour donner du peps à notre triple A ?

« Tient, si on lui mettait un jetpack sur le dos pour que les sauts soient plus intéressants ?
Super idée Kevin ! Mais du coup, il faut leur donner des prétextes pour s’en servir.
On n’a qu’à foutre des plateformes un peu partout, et puis s’ils foirent leurs saut, ils remettent un petit coup et hop ! ils tombent au bon endroit
Génial !

Et voilà comment on transforme un RPG en puzzle game ou un jeu de plateforme…

J’ai déjà évoqué le cas des munitions universelles qui gâchent un peu l’immersion, parce qu’en plus d’être compatible avec des armes d’une autre galaxie, ces caisses de munitions permettent de remplir les chargeurs de tous les types d’armes : du pistolet au fusil de précision en passant par la gattling Kert…

Cohérence quand tu nous tient… (Attention : un univers de SF n’a pas besoin d’être réaliste, mais cohérent…).

Cela dit, on imagine assez bien que cela était rendu indispensable pour la partie multi… Mais c’est dommage.

Dans le même genre de truc dommage chiant : pourquoi, à chaque fois que je remonte dans mon vaisseau pour changer de caleçon, il faut forcément décoller pour se mettre en orbite ?
Sérieux ! C’est plus un vaisseau spatial, on dirait un bar à putes néerlandais : à chaque que tu es dedans c’est pour t’envoyer en l’air…

Mais bon, à la limite, tout ça, on peut s’en accommoder.

Non, la palme ça reste quand même le mode de déverrouillage des consoles reliquates…

Je le rappelle : on a parcouru des milliards d’années lumières en état de stase pendant 600 ans en étant parti à une époque déjà avancée de l’évolution humaine.
On débarque dans une zone inconnue, vierge de notre présence, chez des gens qui, s’ils existent, ne nous connaissent pas…
On s’amuse à bricoler leur technologie (petit miracle aussi soit dit en passant), et le dispositif de sécurité ultra avancé de cette espèce consiste en… des sudokus…

Oh putain !

J’ai rien contre les sudokus (ni contre les couilles au nord) mais dans le genre « je te casse toute idée d’immersion dans un univers galactique immense dangereux et majestueux » ça se pose là…

A ce rythme là, le prochain opus sera développé par Telltate et faudra jouer au morpion pour décider du sort de l’univers.

Remarquez que c’est raccord avec le look et le stuff des kerts : tant qu’à nous piquer notre dégaine et notre techno, prenez nos passe-temps de chiottes aussi !

« The beginning is the end is the beginning »

Le pire dans tout ça ?

C’est qu’on attend la suite au moins pour voir comment ils vont corriger le tir sur les points que la plupart des joueurs ont critiqués. Un peu comme cela avait été le cas d’opus en opus sur la première trilogie.

Perso, je vais me laisser encore du temps avant de relancer un new game + ou de tenter de toucher aux 100% sur ma partie principale.

Que retenir ?

Qu’il s’agit des fondations d’un nouvel arc narratif, maladroit par certains aspects mais néanmoins plaisant (malgré tout le mal que j’ai pu en dire).

Sur ce, je retourne sur For Honor.

Becoming Steve Jobs

Après avoir désespéré de ne le voir jamais traduit un jour, je suis tombé par hasard sur la version française du dernier ouvrage sur Steve Jobs, encensé par la critique outre-atlantique : « Becoming Steve Jobs » de Brent Schlender et Rick Tetzeli.

Sur le papier, ce n’est pas une biographie. C’est même l’anti-biographie officielle, en réaction au récit « approuvé » de Walter Isaacson qui rempli ce rôle. De nombreuses personnes avaient reproché à l’ouvrage, par ailleurs très factuel, de dresser une image déformée du fondateur d’Apple en insistant beaucoup sur son caractère rude et colérique.

Ce n’est donc pas une biographie, mais plutôt un témoignage de Brent Schlender, journaliste américain, qui a côtoyé Steve Jobs en de très nombreuses occasions dans le cadre de son travail. Appuyé sur ses souvenirs, ses notes, ses interview, et sur une documentation conséquente, « Becoming Steve Jobs » est à la frontière entre le récit intime et le documentaire.

Du coup, il n’excelle ni dans un registre ni dans l’autre…

En fait, on pourrait résumer le livre en une formule :

« Oh ben non, moi le Steve Jobs que j’ai connu dans le cadre de mon travail ne correspond pas du tout au portrait qui en est fait dans le bouquin d’Isaacson »

Etait-ce suffisant pour en faire un livre ? Oui, certainement. Mais ce qui a pêché, c’est la façon de le présenter…

Premier écueil et non des moindres, si l’ouvrage se veut une critique à peine voilée de la biographie officielle, il est pourtant assez compliqué d’en apprécier le contenu, le ton et le propos si l’on a pas justement lu cette fameuse biographie officielle.

Un peu ennuyeux, non ?

L’auteur ne raconte pas la vie de Steve Jobs. Il prend appui sur ses rencontres professionnelle avec ce dernier, rencontres qu’il faut donc replacer dans la chronologie de la vie du fondateur de la firme à la pomme.
Du coup, c’est cette chronologie qu’il faut avoir sans cesse à l’esprit si l’on ne veut pas être perdu dans les anecdotes qui s’enchainent de manière à peu près cohérente dans le récit tel qu’il a été pensé par l’auteur, mais au prix d’incessant va et vient dans le temps qui peuvent vite devenir perturbant si l’on n’a pas un certaine maitrise préalable des grandes lignes de la vie de Jobs.

Sur ce point, on peut au moins reconnaître à la biographie initiale, même pour ceux qui lui font tant de reproches, qu’elle a adopté un structure simple et classique, en balayant l’ensemble de la vie de Steve Jobs, depuis sa naissance jusqu’à son décès en passant par toutes les étapes connues ou non de ses parcours personnels et professionnels.
D’aucun trouveront cette approche d’une banalité déconcertante, avec ce sentiment de structure de récit vu et revu, mais au moins, le lecteur n’est pas perdu et avance dans le temps autant que dans le récit.

Ici, le récit démarre par la première entrevue de l’auteur avec Jobs chez NeXT, à un stade donc déjà avancé de sa carrière, et s’achève après les obsèques en 2011. On est contraint d’entrée de jeu à un retour en arrière.
Introduire le livre par leur première rencontre trouve une certaine logique (quand on se met à la place de l’auteur), mais quiconque ne sait pas d’entrée ce que c’est que NeXT et à quelle période cela se situe est condamné à subir un récit à la première personne déroutant et fatiguant.

Deuxième écueil, le l’ouvrage donne le sentiment d’être d’avantage les mémoires de son auteur qu’un véritable récit à propos de Steve Jobs.

On se rend compte en effet à la lecture, que le livre est l’occasion pour l’auteur de revenir sur sa propre vie, sa propre carrière, comme un grand coup dans le rétro. C’est comme un catalogue de souvenirs, focalisé sur Steve Jobs.

Cela donne nécessairement un récit partiel et partial.

Partiel d’abord parce que même avec le travail de recherche complémentaire mené par les auteurs pour contextualiser les rencontres évoquées et combler les blancs de l’histoire en marche se déroulant entre deux rencontres, certains épisodes sont omis, vite évacués ou passés sous silence. Nous sommes loin d’une approche exhaustive que cherchait à atteindre le premier opus.
Partial ensuite parce que, comme dit en introduction, ce n’est pas tant un récit de la vie de Steve Jobs qu’un recueil des mémoires de l’auteur narrant ses différentes entrevues ou rencontres avec Jobs. Les rapports humains sont forcément subjectifs, même lorsqu’on est journaliste et qu’on s’efforce tout de même de confronter ses sources et d’apporter la vision la plus neutre possible.
Partial encore par le fait que certains événements mis en exergue par un effet de dramatisation et de mise en scène extrême (la scène de l’interview conjointe de Jobs et Gates réalisée à l’époque par l’auteur) sont principalement importants du point de vue de l’auteur mais dont ce dernier fait le momentum du livre.
La plupart du temps, nous sommes en face de petites histoires, qui ont certes fait la grande, mais qui ne se placent toutefois pas au niveau de certains autres événements majeurs, dont l’auteur n’était sans doute pas le témoin mais qui constituent des marqueurs bien plus puissants de la vie de Jobs.

Ce qui fini de donner un sentiment étrange à la lecture de cet ouvrage, c’est le caractère quasi biblique donné à la parole de Tim Cook, actuel CEO d’Apple.
Absent du premier volume (sans doute parce que son témoignage au moment où était rédigé le livre ne semblait pas indispensable) les quelques phrases dont il gratifia l’auteur ont été abondamment récitées, commentées pendant la phase de promotion du livre. A tel point que c’est ce qui a fait dire que cette deuxième « biographie » de Steve Jobs était une version « approuvée » par Apple, là où la première était seulement « approuvée » (et de loin) par le défunt cofondateur de la firme pommée.
A tel point que l’ouvrage aurait pu s’intituler :

« Non sérieusement, ne lisez pas le bouquin d’Isaacson, il est mauvais et il raconte que des trucs pas cool sur Steve Jobs. Lisez plutôt ce tout nouveau livre qui a aussi une couverture en noir et blanc et avec des vrais morceaux de Tim Cook validés dedans. Apple c’est cool et on est tous des types super sympas ! »

Au final, on se dit qu’on aura droit d’un côté au récit terriblement froid mais neutre d’Isaacson (la version littéraire de l’article Wikipedia en somme) qui répond à la question « Quelle a été la vie de l’un des plus grand entrepreneurs de la Silicon Valley ? », et de l’autre, une probable myriade de témoignages tous présentés comme authentiquement sincères et documentés, présentant forcément à chaque fois le vrai visage de Steve Jobs, vrai visage auquel l’ouvrage d’Isaacson ne serait selon eux pas à même de rendre hommage.

Lien vers l’image à la une sur Flickr

Bilan du projet 365 (2015)

Comme les abonnés à mon fil Twitter ou mes connaissance sur Facebook ont pu le suivre tout au long de l’année écoulée, je me suis lancé en 2015 dans la réalisation d’un projet photo au long cours.

Il s’agit d’un projet 365. Le principe est simple : prendre et publier une photo chaque jour. C’est un challenge de taille. Hors de question en effet de publier jour après jour des clichés que l’on aurait pris auparavant ou de faire de longue sessions photos quand on en a le temps, de se faire un petit stock que l’on publierais au fur et à mesure.

Non, le but est véritablement de photographier chaque jour.

C’est à la fois un principe simple tout autant que contraignant. Il faut en effet dégager un peu de temps chaque jour pour prendre la photo (en passant un peu de temps pour la recherche du sujet, la composition, la prise de vue, etc…). Puis passer le temps nécessaire au développement de la photo sur son ordinateur. Et enfin, prendre le temps de publier la photo sur le net.

A la fin de l’année, tout ce processus prend de moins en moins de temps. La routine est bien en place, et la publication surtout est plus rapide. Surtout quand on s’appuie sur IFTT pour le dispatch automatique des publications sur les différents réseaux.

Le travail de retouche gagne lui aussi en efficacité. On retravaille ses clichés plus rapidement et on sait un peu plus instinctivement quels curseurs manipuler et comment.

Et bien entendu, c’est à la prise de vue que l’on s’améliore naturellement. La répétition de l’exercice et l’augmentation de la pratique affine le point de vue, l’oeil du photographe et la pleine prise en main des règles classiques de compositions (pour les suivre ou non !)

Autant le dire tout de suite : pari réussi ! 365 photos ont été prises et sont visibles ici : https://www.flickr.com/photos/broupm/albums/72157650047769361

Le challenge en valait la peine et il a été relevé. Ca n’a pas été sans quelques difficultés par moment, mais l’organisation mise en place à permis d’aller au bout.

Je consacre donc ce tout début 2016 pour réaliser le « making-of » du projet en évoquant la méthode, l’organisation mise en place, les outils de travail, ainsi qu’un historique de chaque photo et plus globalement une synthèse des clichés (mes tops / flops, les catégories, etc…)

Tout ceci sera visible sur le site web consacré à mon activité de photographe et plus particulièrement la section dédiée à ce projet : projet365.pierremariephotographie.fr

Des séries de vidéos viendront compléter ce making-of à travers des cas pratiques et des explications plus détaillées.

J’ai hate !

Inquisitio de Nicolas Cuche

Naufrage…

Petit préalable : je n’ai pas regardé la série à la télé, en dehors des quelques premières minutes qui m’ont très vite fait renoncé. Narration pauvre, mise en scène approximative. Bref, une saga ambitieuse, mais au rabais.

Quand j’ai découvert Inquisitio en librairie (oui, comme pas mal de monde, je repère les livres en librairie, mais je les commande sur Amazon ;)) je me suis dit « Pourquoi pas ! Après tout, on n’est pas à l’abris d’une surprise ».
Et surprise malheureusement mauvaise il y a eu.

Je ne reviendrais pas sur le traitement du contexte historique qui a déjà été largement commenté : poncifs et autres idées reçues sur le moyen-âge, l’inquisition et l’Eglise, à la limite de la malhonnêteté intellectuelle.

Si encore l’histoire développée au sein de ce contexte, pouvait rattraper le coup, on pourrait presque pardonner à moitié les errances historiques et idéologiques qui sous-tendent le roman et la série idoine.

Car c’est aussi là que le bas blesse.

Une intrigue policière sans rythme, avec des protagonistes sans charisme, dont les actions sont prévisibles. Et que dire de l’intrigue familiale dont on se demande ce qu’elle vient faire là en dehors d’apporter la touche « saga de l’été » chère à France Télé…

D’ailleurs, si on amputait le récit de cette variation familiale, dont le fait qu’elle ait été placée en scène d’ouverture laisse entendre qu’elle est la charnière de l’histoire alors qu’il n’en n’est rien, on arriverait à peu près au même résultat, les bordées dégoulinantes de bons sentiments en moins…

Car il apparaît clairement que la série à précédé le livre, qui n’est qu’une traduction sans saveur du scénario qui peine à retranscrire les émotions ou les véritables enjeux de l’intrigue.

Vite oublié

Bref. Ca se lit, vite de surcroit, ce qui présente au moins un avantage.

Si vous avez vu la série, même a 5€ sur Amazon, passez votre chemin. Pour les autres, à ce prix là, c’est une lecture d’été divertissante pour peu qu’on ne soit pas trop exigent sur le style et qu’on passe outre le parti-pris de l’auteur et la relative faiblesse de l’intrigue.