La tyrannie du silence de Claire Maximova : glaçant et poignant

Ecrire sur l’abjection

Faire la critique de « La tyrannie du silence » est un exercice qui s’avère à la fois extrêmement simple et extrêmement difficile à la fois.

Simple tout d’abord, car son sujet ne laisse la place à aucun débat. Nulle objection ne peut être émise sur l’abjection que représente le viol, sur sa brutalité physique mais surtout psychologique, cette souillure indélébile qui entame l’âme bien plus qu’aucune blessure physique ne peut le faire.

Mais difficile en ce qu’il ne s’agit pas d’un sujet anodin et encore moins léger. Difficile car le coup est rude pour le lecteur (quoique bien moins que pour la victime) qui se heurte à une réalité crue, d’autant plus choquante qu’elle implique des hommes et des femmes d’église. Des personnes dont l’exemplarité, la droiture, la chasteté et la pureté sont intrinsèquement liée à leur sacerdoce ecclésiastique. Toute entorse à cet idéal de vie, au service de Dieu et des hommes, est nécessairement perçu comme une trahison incompréhensible, y compris pour les non croyants.

C’est ce qui rend n’importe quelle affaire de droit public impliquant des ecclésiastiques particulièrement sordides, qu’il s’agisse d’une banale affaire de vol ou de dérives sexuelles. Ces dernières, déjà scabreuses, révoltantes et abjectes en temps ordinaire, voient leur ampleur et leur perception démultipliée justement parce que c’est bien la dernière chose que l’on verrait faire à un homme d’église, même si cela a malheureusement tendance à se banaliser compte tenu du nombre croissant d’affaires et de révélations.

Disclaimer

Difficile enfin parce qu’il ne faudrait pas que les remarques adressées au récit sur la forme ou sur le fond, puissent, en quelque manière que ce soit, laisser entendre qu’une quelconque responsabilité est attribuée à l’auteur dans l’épreuve effroyable qu’elle a vécue. Internet étant ce qu’il est, on a très vite fait de tomber sur un lecteur trop prompt à interpréter de travers – et dans le sens qui lui sied – des mots qui ne veulent rien dire d’autre que ce qu’ils expriment.

Il est triste de devoir, en 2019, écrire et préciser de telles choses. Mais plutôt que d’avoir à courir et argumenter contre des esprits malavisés, il vaut mieux prendre les devants et dissiper toute possibilité de malentendu.

En conséquence, le choix des mots est d’une importance capitale, ce qui rend l’exercice plus délicat qu’à l’accoutumé, mais néanmoins pas impossible, comme nous allons le voir.

La plume plus forte que l’épée

Et la première chose à dire, c’est que, bien que le sujet soit d’une gravité extrême, le livre se lit de manière assez plaisante, presque comme un thriller. L’auteur possède un vrai talent de plume et dans un style très fluide, on alterne les moments joyeux, plus tristes, émouvants, tendus pour finir par l’angoisse et la colère.

Car le récit est d’abord très analytique et factuel. Suivant une trame chronologique, repartant de ses origines, après la scène d’exposition où elle expose les faits dans leurs détails au provincial dont elle dépend (supérieur de l’ordre des carmes auquel elle appartient).

On assiste alors au déroulé inéluctable des événements. Inéluctable car l’issue nous est connue dès le départ. Seul nous manque le cheminement, qui conduit une adolescente ukrainienne découvrant sa foi catholique à une carmélite exclaustrée (c’est-à-dire retirée de la clôture derrière laquelle les religieuses carmélites sont en principe retranchées à vie) en plein désarroi tombant dans les griffes d’un véritable pervers narcissique (le terme est de l’auteur).

Ce cheminement, conjugué à l’approche très factuelle, est très riche d’enseignements pour nous lecteurs.

Roulez jeunesse

Et d’abord sur le quotidien d’une adolescente en Ukraine. Bien que nous n’ayons pas les dates, on ne parle pas ici de la vie au XIXe siècle, mais bien de l’époque contemporaine puisqu’il est question vers la fin du livre de l’annexion de la Crimée par la Russie, intervenue en 2014. Et pour qui en doutait encore, les choses sont assez édifiantes. Pourtant aux portes de l’Europe, les choses sont pourtant par moment aussi désespérantes qu’aux grandes heures des privations soviétiques.

Et pourtant, malgré un quotidien pas toujours rose, où le déplacement sur de moyennes ou grandes distances relèvent du parcours du combattant loin du confort de nos infrastructures confortables, ce qui transpire le plus, c’est la joie.

Malgré la tristesse momentanée, malgré les difficultés, les douleurs, les ruptures (familiales, affectives), ce livre est une véritable leçon de bonheur, de joie et d’optimisme. Rien ne semble pouvoir battre en brèche la joie de vivre de cette adolescente qui rencontre Jésus et l’église catholique. De fil en aiguille, elle forge sa vocation et, voulant suivre les traces de Sainte Thérèse de Lisieux (de manière sans doute trop littérale), se fixe pour but d’entrer au Carmel.

C’est cette vocation qui la conduit en France où, après une année d’étude, elle entre enfin au Carmel après une attente qui lui a semblé être une éternité.

Comique de situation

Et c’est là la deuxième leçon de ce livre, dans une succession de passages qui font sourire, à la fois en raison de l’humour de l’auteur mais surtout par le grotesque de certaines descriptions ou situation, où l’on découvre le quotidien de vie des carmélites derrière la clôture où peu d’entre nous peuvent se rendre pour le constater par eux-mêmes.

Jalousie, mesquinerie, vieilles habitudes, hygiène plus qu’approximative, confiance à géométrie variable, on a l’impression de se trouver dans un épisode de sitcom de série Z. Et pourtant, on ne peut pas imaginer l’auteur proposer des élucubrations infondées sur le sujet tant ces passages sentent le vécu.

La vaisselle pas toujours faite, les souris qui s’amoncèlent dans le plancher de la chapelle, le ménage très irrégulier, les brimades des anciennes envers les nouvelles petites jeunes recrues, l’auteur nous livre une description sans concession de la vie recluse derrière ces murs. Une accumulation de dérives qui, si on n’est pas en enfer ou à Sodome et Gomorrhe, ont constitué plus qu’une épreuve pour notre jeune novice qui décidément voit son chemin vers le paradis très encombré d’obstacles.

Mais même avec tout cela, l’auteur n’envisage pas sa vie autrement, quand bien même sa vie ressemble objectivement à un enfer. C’est d’ailleurs ce féroce acharnement, alimenté par une sorte de naïveté dont elle ne se départira jamais, qu’elle finira par perdre pied et avoir besoin d’aide.

C’est ce besoin d’une aide indispensable qui va finalement conduire à l’issue catastrophique que l’on connait.

I’m only human after all

Les choses ne se passent pas exactement comme l’auteur le prévoyait et son idéal de sainteté meurt un peu plus chaque jour à petit feu.

Il faut dire qu’à travers tout ce que nous décrit l’auteur, on en vient à une conclusion frappante, quoique peu sujette au doute : les hommes et femmes d’église sont avant tout… des hommes et des femmes, tout court. Avec leurs qualités mais aussi et surtout leurs défauts, leurs états d’âme, leurs faiblesses, leur orgueil et parfois leurs petitesses.

Quand bien même la vocation religieuse tend à s’abstraire de tout ce passif inhérent à la condition humaine, la vie en communauté, d’autant plus en vase clos dans le cas d’une communauté carmélite ou monastique, ne peut que provoquer des tensions, certes feutrées, mais inévitables.

Toute proportions gardées, s’il faut en de telles conditions de vie savoir faire abstractions des écarts de l’un ou l’autre vis-à-vis de l’idéal religieux des règles de vie qu’il impose, les cas sur lesquels l’auteur est tombé sont quand même hors catégorie. Et on ne peut que comprendre les abimes de détresse dans lesquelles cette situation plonge l’auteur.

Doutes

Pour surmonter ses doutes quant à sa vocation, dont on finit presque par se demander si elle est suffisamment solide, l’auteur a besoin d’une oreille, de conseils et de quelqu’un sur qui s’appuyer pour surmonter la situation.

Même si on a pu en croiser plusieurs depuis le début de l’ouvrage, c’est là qu’entrent en scène les « hommes d’église » et notamment celui qui deviendra non son « père spirituel » mais plutôt son « frère » de vocation comme elle aime à l’appeler en ce qu’elle recherche avant tout une relation fraternelle et non à recréer un lien de filiation fictif.

Profitant de la faiblesse psychologique de l’auteur qui se trouve complètement perdue, cet odieux individu, qui pourtant célèbre la messe et guide les âmes, va non seulement en profiter mais accentuer encore le malaise de l’auteur pour assouvir des pulsions refoulées dues à un traumatisme de jeunesse.

Les ressorts psychologiques de chacun sont ce qu’ils sont, mais on constate quand même que ce personnage, renommé « Pierre-Judas » semble être bien conscient de ses actes et du mal qu’il fait, malgré ses tentatives de dénégations et d’absolution autoadministré à coup de lettres et de mail, rejetant ainsi la faute sur l’auteur. Bien commode.

Analyse clinique

L’auteur nous livre ainsi une description méthodique, presque médicale, des processus à l’œuvre dans le viol, aussi bien du point de vue de la victime que du bourreau. La lente mais inéluctable glissade vers l’irréparable est saisissante de vérité et de cruauté. La plongée dans l’état de dissociation est d’une limpidité éclairante et sera instructif pour ceux qui ne parviennent pas à admettre la passivité de certaines victimes d’abus.

Mais si tout conduit à ces attouchements, décrits tout en retenue – et on comprend compte tenu des efforts et de l’abnégation que cela a requis de la part de l’auteur tant cela oblige à ressasser les pires moments de son existence – l’objet du livre est moins de nous proposer un simple épisode voyeuriste à la Game of Thrones, mais bien tout ce qui a entouré ces actes abjects.

D’abord tout le processus de destruction psychologique de l’auteur, qui conduit une enfant innocente et pleine d’amour de Dieu à un être vidé de lui-même, étranger à son propre corps, le rendant faible et vulnérable au point de devenir une proie de choix pour un pervers narcissique (surnommé par moment « père vert »).

Puis le rôle tenu par les hommes. Si les femmes, incarnées principalement par les carmélites du couvent dans lequel elle reste le plus longtemps, prennent une grande part de responsabilité dans l’état de décrépitude dans lequel l’auteur va finir par tomber, les différents hommes d’église rencontrés, qu’ils soient théologiens, prieurs ou supérieurs, se chargent d’achever le travail de sape entamé.

Et on entre là au cœur de la raison d’être de ce livre, qui, au-delà du témoignage glaçant sur les sévices subit, dénonce l’attitude détestable de la plupart des hommes d’église que l’auteur croise sur son chemin de croix. S’il convient de ne pas généraliser, un point qui est d’ailleurs évoqué directement dans le livre (même si c’est ironiquement par la bouche du violeur), force est d’admettre que l’auteur n’aura eu à faire qu’à des mufles quand il ne s’agit pas que de lâches.

Mufles et lâches

Mufles quand, de leur point de vue, si l’un des leurs « si fragile » faute et trébuche sur le chemin de la sainteté, c’est que l’objet du désir charnel n’a pas été suffisamment clair dans son refus et n’a pas fait tout le nécessaire pour remettre le fautif sur le droit chemin. Les femmes, laïques ou religieuses, sont reléguées au rang de tentatrices diaboliques, voire d’un poids encombrant et inutile pour l’église pour les secondes.

Lâches car, bien conscients du problème et de son ampleur, certains responsables au sein de l’église, ferment les yeux et laissent courir ces dérives sans que l’on sache véritablement pourquoi. Sans doute y a-t-il la peur de l’effet boule de neige et que l’on ne découvre finalement bien plus (et bien trop) de cas similaires ce qui décimerait inévitablement les rangs déjà clairsemés du clergé. Pénurie qui ne ferait que s’aggraver puisqu’un tel chaos freinerait probablement les ardeurs des futurs impétrants qui hésiteraient encore plus à franchir le pas de la vocation.

Lâches enfin car il est finalement question de pouvoir et d’argent, qui sont les deux moteurs boiteux de l’ambition humaine. On croit le monde ecclésiastique épargné par ces dérives, mais il n’en est hélas rien. Les luttes de pouvoir au saint siège sont légion, quoique discrète, et les scandales financiers tout autant.
Le rapport à l’argent des religieux est évoqué en plusieurs occasions dans le livre et il est singulier de noter qu’il alterne entre la saine gestion des ressources, qui ira jusqu’à faire dire à une carmélite que l’auteur ne peut pas quitter le carmel en raison des sommes importantes qu’elle a coûté pour certains soins, jusqu’à l’évocation à peine voilée des profits que peuvent générer les talents d’un bon prêcheur devant une assemblée le dimanche.

Chance

Finalement on ne peut se départir de l’idée que l’auteur n’a véritablement pas eu de chance. Son parcours a été jalonné de mauvaises rencontres et loin de se rapprocher du paradis, sa vie s’est transformé en enfer, tombant à chaque fois de Charybde en Scylla.

Et si l’on a envie au fil de la lecture de lui intimer le conseil bienveillant d’être moins naïve, moins « bénie oui-oui », ce qui est facile de penser vu de l’extérieur quand on ne vit pas directement la situation, on constate à mesure que la fin du livre approche que cette volonté d’amour inconditionnel, qui se transforme en état dépressif, se mu en fin de compte en révolte et en saine colère.

L’auteur se libère enfin et laisse libre court à sa révolte et son désir de justice face à l’inaction et au silence assourdissant de ceux qui, au sein de l’église auraient pu et auraient dû faire quelque chose.

Dans un final impressionnant, l’auteur nous fait la démonstration de sa résilience et, s’il était encore besoin, de son courage.

Espoir

A l’issue de la lecture, on souhaite trois choses.

D’une part que l’auteur finisse de se reconstruire, panse ses blessures et vive une vie heureuse et épanouie.

Pour cela, il faut que justice se fasse. Que le coupable et les responsables qui l’ont protégé par leurs silences écopent de leur juste châtiment comme eux-mêmes administrent pénitences et culture du repentir. La plainte déposée va, on l’espère, aboutir à une sanction juste.

Enfin, il faut que l’église fasse le travail nécessaire pour empêcher de nuire ses brebis galeuses et pas uniquement celles qui commettent des délits sexuels. Pour cela, il faudrait que l’église s’applique ses propres règles, tout comme un pays devrait appliquer les lois existantes avant d’envisager d’en créer de nouvelles.

Cela demandera un travail long et fastidieux mais si ceux qui en on la charge assument leurs charges et l’œuvre à laquelle ils ont consacré leur vie, cela ne pourra aboutir qu’à un renouveau salvateur.

Ma reading list de 2018

Avant de publier le bilan de mes lectures de 2018 et de revenir sur le challenge qui l’accompagnait (un challenge reconduit en 2019), je tenais à vous partager la reading liste dans son intégralité, par ordre chronologique.

J’intégrerais les liens vers les chroniques que je publierais dans les semaines à venir, et peut-être que je pousserais le vice jusqu’à ajouter les vignettes de chaque ouvrage !

Bilan des lectures

En complément, voici les liens vers mes articles bilan :

La liste

  1. L’héritier de l’Empire
  2. Le combat des Jedi
  3. Le dernier commandement
  4. Terre et Fondation
  5. Le Sang des 7 Rois (Tome 2)
  6. Et Toc !
  7. Carbone Modifié
  8. Nano
  9. Gregory, La Machination Familiale
  10. L’art subtil de s’en foutre
  11. 150 phrases entendues à la machine à café
  12. La magie du matin
  13. Le feu et la fureur
  14. Thrawn
  15. La langue géniale
  16. Fils de la Nation
  17. J’ai tué le fils du chef
  18. Player One
  19. Armada
  20. Station : La Chute
  21. Annihilation (Trilogie du Rempart Sud 1)
  22. Farenheit 451
  23. Le coup du Paradis (Trilogie Yan Solo 1)
  24. Le gambit du Hutt (Trilogie Yan Solo 2)
  25. L’aube de la rébellion (Trilogie Yan Solo 3)
  26. Signe de Vie
  27. Mensonges et Vérités
  28. Toscane
  29. La cinquième saison
  30. La vie en ordre
  31. Les leçons du pouvoir
  32. La porte de cristal
  33. Ton monde vaut bien le mien
  34. L’éveil du Léviathan (The Expanse 1)
  35. Le procès Fillon
  36. Artémis
  37. Luna
  38. Le Sang des 7 Rois (Tome 3)
  39. Autorité (Trilogie du Rempart Sud 2)
  40. Acceptation (Trilogie du Rempart Sud 3)
  41. Les robots
  42. Éclaircir les ténèbres
  43. Le Sang des 7 Rois (Tome 4)
  44. Le Président a disparu
  45. The Expanse (Tome 2)
  46. 1984 (Nouvelle traduction)
  47. Les robots (Tome 2)
  48. The Expanse (Tome 3)
  49. Qui a piqué mon fromage ? (relecture)
  50. Ecrivez un roman en 30 jours
  51. 9,99€, la guerre du livre numérique
  52. Les sanctuaires du mal
  53. L’été des quatre rois
  54. Initiation au jeu de rôle
  55. The Expanse (Tome 4)
  56. Warcraft, Chroniques 1
  57. Tolkien, Auteur du siècle
  58. Warcraft, Chroniques 2
  59. Le Sang des 7 Rois (Tome 5)
  60. Latium (Tome 1)
  61. Avant la tempête
  62. Warcraft, Chroniques 3
  63. D&D Dungeon Master Guide
  64. Le Hobbit
  65. The Expanse (Tome 5)
  66. Tuer Jupiter
  67. Les chroniques de Méduse
  68. Petit Paul (BD)
  69. Le Sang des 7 Rois (Tome 6)
  70. Vices et Versailles
  71. L’âme d’une image
  72. Destin français
  73. Tu peux ou tu peux pas
  74. Un été avec Homère
  75. The tyranny of metrics
  76. The Design of Everyday Things
  77. Le sang des 7 rois (Tome 7)
  78. Frère d’âme
  79. Le dernier bûcher des templiers
  80. Ce que Steve Jobs ferait
  81. L’art d’Assassin’s Creed Odyssey
  82. Anges déchus
  83. Face à Faces
  84. Ce que je peux enfin vous dire
  85. A l’aventure compagnons
  86. Les cieux pétrifiés
  87. Mimi
  88. Salvation Tome 1 : Les portes de la délivrance
  89. Les vertus de l’échec
  90. Bel Ami
  91. Belle Amie
  92. Les suppliciées du Rhône
  93. Fake News
  94. Qu’est ce qu’un chef ?
  95. Psychologie de la connerie
  96. Latium (Tome 2)

Les suppliciées du Rhône de Coline Gatel : sobre et maîtrisé

Le vieux Lyon

Il faut reconnaître qu’un auteur prénommé « Coline » publiant un livre prenant place à Lyon, la ville aux deux collines, c’est assez cocasse.

Mais au-delà de l’anecdote (qui ne doit faire sourire que moi j’en ai peur) Coline Gatel signe avec « Les suppliciées du Rhône » un premier roman talentueux dont les qualités d’écriture et la finesse du propos en font un objet de lecture jubilatoire.

Car derrière l’intrigue principale assez injustement résumée de manière un peu simpliste par le bandeau promotionnel « Les experts à Lyon en 1897 », on trouve un récit beaucoup profond et bien plus complexe qu’il n’y laisse paraître.

Enquête exclusive

S’il est bien question d’une enquête « policière » tout ce qu’il y a de plus classique selon nos standards actuels, la vraie force de l’histoire est que cette dernière est diligentée, de leur propre chef, par un trio composé de deux étudiants en sciences médico légale et une journaliste.

Et rien que ce trio constitue à lui seul l’une des plus grandes forces de ce roman. Cela semble être une évidence et presque un lieu commun que de dire que les personnages constituent la colonne vertébrale d’un roman, et pourtant combien d’auteurs passent à côté de leur propos en raison de personnages sans âme, caricaturaux ou négligés.

Si nos héros mettent en œuvre des procédés dignes effectivement des plus grandes heures de « RIS : Police Scientifique », le propos va heureusement plus loin que la simple transposition dans le Lyon de cette fin de XIXe siècle.

Bien loin du luminol, des relevés infrarouges, ou toute autre technique exotique ultra moderne, on est ému d’assister aux prémices de la science médico légale, superbement incarnée par le maître de nos deux étudiants en la personne d’Alexandre Lacassagne.

Yes. Master.

Bien connu des lyonnais, au moins pour l’avenue ou lieux qui portent son nom à défaut que cela soit pour son œuvre, c’est à ma connaissance la première fois qu’Alexandre Lacassagne est mis en scène dans une œuvre de fiction dans un rôle aussi important. Compte tenu de l’importance du travail réalisé par ce prestigieux personnage, il est dommage que la production écrite le concernant ne soit constitué à ce jour que de publications scientifiques périodiques et d’aucune monographie d’ensemble ni aucune fiction l’impliquant plus directement.

On assiste ainsi à un cours donné par Lacassagne dans l’un des amphithéâtres de la faculté de Lyon dans une scène qui, malgré son sujet grave (puisqu’il y est question d’une autopsie), mêle humour et rigueur, sans tomber dans un voyeurisme malsain inutile.

Puis le rôle du professeur s’estompe et laisse la place à deux de ses étudiants, dont l’un – le plus proche de Lacassagne – fait office de personnage principal.

De fil en aiguille et au fil des meurtres qui s’accumulent, nos trois compères échafaudent des théories, qu’ils confrontent à la réalité du terrain en investiguant auprès des témoins ou coupables potentiels, les interrogeant sur la base des éléments trouvés sur les scènes de crimes ou lors des autopsies pratiquées sur une barge sur le Rhône.

Tout cela nous permet de nous plonger dans ce Lyon de la fin du XIXe siècle et de nous confronter aux conditions de l’époque. Pas de morgues bardées de haute technologie. Ici un simple bateau, refroidi avec des blocs de glace. Un lieu et un procédé qui permettent d’évacuer simplement et efficacement les déchets humains et autres humeurs, directement dans le fleuve, le tout dans une odeur méphitique que bien peu de monde supporterait de nos jours.

Etre femme

Mais bien plus finalement que les crimes commis, leur résolution, les méthodes employées et le brio avec lequel tout cela nous est conté avec luxe détails, la présence d’une femme dans le trio principal apporte une vraie fraicheur au récit et avec lui tout un lot de péripéties amicalo-sentimentales délectables.

Alternant les séquences tragiques, les situations vaudevillesques et les moments d’une intense teneur émotionnelle, le récit nous ballote sans ménagement dans un ballet incessant de montagnes russes.

Cet ascenseur émotionnel est largement dû à la présence centrale des femmes dans le roman, au-delà de la seule héroïne, femmes qui donnent d’ailleurs au livre son titre.

Car derrière l’apparente prépondérance des rôles masculins, surtout de celui qui va résoudre l’enquête à travers une intrigue personnelle plus ou moins scabreuse, ce sont bel et bien ces gentes dames qui portent l’intrigue.

Victimes, marâtres, bonnes-sœurs, journaliste, mères, elles constituent toutes un pilier de la narration. En ces temps de reconquête de leur légitime et juste place et reconnaissance dans la société, mouvement qui aura hélas nécessité plusieurs scandales, le roman prend un saveur toute particulière en ce qu’il ne relègue justement pas ces femmes à des seconds rôles convenus.

En cela, l’héroïne, jeune femme d’origine polonaise, s’habillant en garçon manqué par gout plus que par obligation, exerçant la profession de journaliste au Progrès de Lyon est étincelante. Brillante, courageuse, intelligente, n’hésitant pas à prendre des risques inconsidérés pour faire avancer l’enquête, elle se heurte au conservatisme de ses deux acolytes – qui par ailleurs se targuent de vouloir bousculer les habitudes établies – et au machisme de l’époque.

Quoique très bien écrits dans l’ensemble, ce personnage reste à mes yeux le mieux écrit de tous et le plus consistant. Il soutient l’intrigue et apporte le liant nécessaire au trio principal qui, sans elle (ne serait plus un trio…) serait bien fade.

Quand il ne reste que la fin

Si l’ensemble du roman permet de soulever de nombreux sujets, allant de l’immigration coloniale, à la consommation de stupéfiant en passant bien entendu par l’évocation détaillée de plusieurs techniques médico-légales, sa principale faiblesse résidence à mon sens dans le sous arc narratif sous-tendant le mobile du meurtrier et donc de l’enquête que conduisent nos héros.

Assez alambiquée et par trop personnelle au regard du déroulé du roman, elle en vient presque à gâcher la fin de lecture. Le fait en plus que le reste du groupe puisse être tenu étranger du dénouement final, rompt la dynamique mise en place par le groupe depuis le début du récit.

Il n’en demeure pas moins que cela n’enlève rien aux qualités du livre qui se lit à une vitesse redoutable et qu’on ne lâche qu’à contre cœur.

Coline Gatel nous gratifie d’un roman plaisant, tout en nuances et en subtilités dans une langue sans fioriture et un ton juste. Si l’on ose espérer le prolongement de l’histoire de nos héros, chose imaginable mais qui au ton de l’issue du livre reste improbable, on aimerait bien retrouver la plume de Coline Gatel pour nous plonger une fois encore au XIXe siècle.

Mais on ne sera pas sectaire, et quoiqu’il nous propose, on attend de pied ferme son prochain opus !

Fake News de Michèle Cotta et Robert Namias : Real disaster

Fake news

A force que cela nous soit rabâché toute la journée dans les journaux, à la télévision ou sur n’importe quel site d’information un peu sérieux, il fallait bien que cela arrive.

Popularisé par le chevelu et autobronzé Président des Etats-Unis, en la personne de Donald Trump, le concept de « Fake News » a désormais droit à un roman.

Et pas n’importe lequel et ce à double titre. D’une part, c’est un roman français. Oui, avec un titre anglais. Savoureux n’est-ce pas alors que l’on vitupère à longueur d’année sur la défense de la langue française et de la francophonie. Même les américains n’ont pas publié de roman avec un tel titre…

D’autre part, le roman n’est pas l’œuvre d’un écrivain de métier. Ce n’est pas le dernier Musso ou Levy, mais bien le fruit du travail de deux journalistes, certes sur le retour, mais des journalistes quand même qui ont connus leurs heures de gloires au XXe siècle.

Bad news

Autant le dire tout de suite, c’est mauvais ! Et là aussi, à double titre.

Tout d’abord, quoique l’on puisse comprendre la fascination de certaines personnes pour le parcours et l’ascension fulgurante de notre Président de la République actuel, Emmanuel Macron, le fait est que ce même parcours reste un mystère et un objet de fantasme pour bon nombre d’observateurs de la vie politique française, ce d’autant qu’ils en sont observateurs depuis longtemps. Ce qui s’est passé en 2017 échappe à de nombreux analyste, spécialistes et autres politologues qui cherche depuis lors, tant bien que mal à retrouver des repères. Après le « Tuer Jupiter » de François Médéline qui phosphorait déjà sur le sujet (et dont l’intrigue de ce roman s’est très largement inspiré des grandes lignes), nous voici donc avec une nouvelle œuvre de fiction mettant en scène un très jeune président nouvellement et très largement élu, marié à une femme plus âgée, et qui bouscule le microcosme politique français.

Au-delà de l’absence cruelle d’imagination, qui masque mal la fascination pathologique pour cette situation politique inédite, on discerne une certaine quête de sens où les auteurs tentent d’exprimer leurs doutes et leurs interrogations que seul un exercice fictionnel leur permet d’exorciser. Bien que certains articles journalistiques soit moins factuels que conjecturels, il serait impensable de trouver de telles envolées imaginaires dans les colonnes du Figaro ou des Echos.

Ensuite, s’il n’est pas original sur le fond, sentiment renforcé par une intrigue cousue de fils blancs, le roman est assez faible sur la forme. Le twist qui permet de débloquer l’intrigue est confondant de nullité. Un collégien de 5e, ayant vu un ou deux épisodes d’une série policière lambda n’aurait pas commis les mêmes erreurs d’écriture sur les deux commissaires principaux qui passent ici, ainsi que l’ensemble des forces de police pour des branquignoles qui feraient passer les sous-doués pour des polytechniciens.

Sad news

Mais le véritable reproche dont l’ouvrage se rend coupable (et par là je veux dire ses auteurs) c’est de ne servir que de prétexte à une diatribe réactionnaire (pour ne pas dire de « vieux cons ») qui joue une partition millénaire à base de « c’était mieux avant » et de « on ne sait où l’on va dans ce monde pourri ».

A les lire, plus personnes dans le personnel politique actuel, qu’il soit purement politique ou journalistique, n’est suffisamment compétent pour être à la hauteur des enjeux. Tous les personnages y sont décrits comme de parfaits amateurs quand ce ne sont pas carrément des incompétents notoires.

Il est donc triste de découvrir de tels objets livresques en 2019 (certes écrits en 2018, mais ça ne change pas grand-chose).

Triste d’abord parce que cela signe la défaite de l’imagination. Chaque fiction prend appui plus ou moins ouvertement et directement sur des faits ou des situations réelles. Et c’est tout à fait normal. Mais l’écueil, quand on base un peu trop son récit sur des faits réels, c’est que la fiction sonne creux et que l’on ne puisse plus se détacher du contexte. C’est d’ailleurs l’un des principaux problèmes de « L’été des quatre rois » de Camille Pascal qui brode plus qu’il ne raconte une histoire autant des faits historiques avérés de l’été 1830.

Triste parce que bien que leur « heure de gloire » soit passée, Robert Namias et Michèle Cotta ont été des journalistes sérieux et qu’ils n’avaient à mon sens pas la nécessité de se fendre d’un pamphlet travesti en fiction pour regonfler leur notoriété bien naturellement déclinante.

Je ne m’attarde pas sur le style sans âme, digne d’un cours d’écriture standard, d’une banalité confondante qui, s’il n’excelle évidemment pas, ne dessert pas plus le propos, lui-même sans épaisseur.

Fake book

Ne se dégage de la lecture en définitive qu’un sentiment d’aigreur. Et l’on comprend hélas, à l’issu de la dernière ligne que le titre n’a qu’une vocation racoleuse au lieu de chercher, même d’une façon modeste, à éclaircir le phénomène, réel, quoique très difficilement mesurable de ces fameuses fausses nouvelles, dont le concept n’est pas nouveau puisqu’il est défini par la loi depuis le XIXe siècle !

Un livre qui a pu trouver le chemin des rotatives grâce à la notoriété de ses auteurs plus qu’à leurs talents d’auteurs. Une source de regrets pour tous ceux qui ont produits des pépites dont les éditeurs ne veulent hélas pas !

La vengeance du loup de PPDA : fade et paresseux

Madame, Monsieur, Bonsoir !

On connait tous la passion de Patrick Poivre d’Arvor pour le plagiat l’écriture. Aux commandes de l’émission littéraire « Vol de nuit » pendant de très longues années, celui qui fut pendant longtemps le journaliste le plus regardé de France, vit désormais au rythme des rentrées littéraires et des salons qu’il fréquente pour éviter l’oubli.

Car il n’est écrit que la postérité retienne du personnage ses talents d’auteur autant que sa voix (in)imitable, popularisée par les Guignols à la grande époque.

Ainsi donc, « PPDA » commet en ce début d’année un nouveau roman, « La vengeance du loup« , publié opportunément à l’occasion de la « Rentrée littéraire d’hiver ».

Qui a eu cette idée folle ?

Je ne sais plus si j’ai eu l’occasion de dire tout le mal que je pensais de ce concept malsain de « Rentrée littéraire », un dispositif qui pouvait s’entendre à la fin de l’été quand il coïncide avec la rentrée scolaire mais qui devient tout de suite beaucoup plus nocif quand on cherche à le démultiplier à outrance sur le reste de l’année pour créer l’évènement et espérer faire gonfler les ventes.

D’une part, la Rentrée littéraire « canal historique » est devenu une vaste foire à bestiaux, où chaque éditeur joue à celui qui aura la plus grosse en concourant au prix de celui qui publiera le plus, le plus de premiers romans, etc. En résulte aujourd’hui une cacophonie ahurissante, ou, si choix il y a effectivement, ce choix devient cauchemardesque pour les libraires et les lecteurs qui ne savent plus à quel saint se vouer, leur portefeuille en cette période de l’année n’étant pas des plus épais comptes tenus des dépenses réalisées. Comment voulez-vous mettre en avant quoique ce soit quand vous avez plusieurs centaines de titres publiés simultanément ? N’en découle que des ventes de plus en plus faibles et un évènement qui ne parvient même pas à faire émerger les talents, tous noyés qu’ils sont au milieu de ce fatras indigeste écrasé par les mammouths indéboulonnables que peuvent être les Nothomb et autres sociétaires de cette rentrée.

D’autre part, a force de démultiplier ces « rentrées », le monde de l’édition, qui ne manque pourtant pas de manuscrit à publier semble courir après le taux de remplissage des rayonnages des librairies, et préfèrent parfois publier des choses médiocres pour s’en débarrasser et faire du chiffre tout en espérant que cela passe inaperçu, chose facile puisque, comme je le disais, beaucoup trop de titre publiés en même temps sont la garantie d’en laisser passer beaucoup.

Bref. La rentrée littéraire est un concept qui au bas mot me laisse froid, mais qui en réalité m’exaspère et me révolte un peu plus chaque année. Elle est le fossoyeur de l’édition et sert d’alibi à des gens aveuglés par le marketing au détriment d’une véritable politique éditoriale cohérente et donc rentable.

Mais assez divergé ! Revenons-en à notre Poivre.

Un plat qui se mange froid…

Bon, on ne va pas tortiller : c’est fadasse.

Si Rastignac est souvent évoqué, on est très loin du talent d’un Balzac, quand bien même il faut avouer que c’est relativement chiant.

Là, si l’histoire globale est intéressante, son déroulé est terriblement alambiqué et près des deux tiers du livre servent de mise en situation. Cela aurait été tellement plus plaisant si tout ce contexte, d’une part avait été resserré, mais surtout distillé plus finement au cours du récit.

Un récit dont au final on n’est que spectateur. Ce roman s’apparente à un train circulant dans les plaines de Normandie. Tels des ruminants impavides, on se contente de le regarder passer, sans émotion ni attente particulière.

Si l’on se laisse porter par le récit, on n’éprouve à aucun moment empathie à affection pour les personnages que l’on se contente de regarder faire des choses, et encore, assez sommairement tellement les actions sont traitées sous formes d’ellipses grossières. On a le sentiment de survoler l’intrigue sans jamais y être impliqué.

Cela rend au final la lecture ennuyeuse et le roman oubliable. Enfin, il ne faudra tout de même pas trop être amnésique puisqu’une suite est à attendre, ce qui se sent rapidement puisque, quoique épais, l’intrigue n’avance pas suffisamment d’une page à l’autre pour que l’on devine assez rapidement qu’on est en présence d’un premier tome. Dommage, car il y avait matière à ne faire qu’un seul opus.

Alors certes, plusieurs passages sont plutôt bien écrits et assez fluide. L’expérience de l’auteur du monde des médias et de la politique confère une certaines saveurs à ces mêmes passages, mais ils surnagent d’effroyables passages à vide artificiellement ponctués de mini-cliffhanger grossiers, poussifs et maladivement rébarbatifs.

Oui… mais non

Au-delà du récit, ce que l’on retient c’est une fois encore, comme c’est régulièrement le cas dans les ouvrages du moment, qu’il s’agisse de la Psychologie de la Connerie de Jean-François Marmion ou de Fake News de Robert Namias et Michèle Cotta, la rengaine un peu réactionnaire du « c’était mieux avant » et « nous vivons dans une époque complètement folle ». Une époque que certains « ancien » semble avoir du mal à comprendre ou à s’approprier. L’époque n’est certes pas parfaite, mais elle est justement le fruit de ce qui l’a précédé et rien ne sert de déplorer les choses qui ne semblent pas aller droit quand on a soi-même contribué à ce qu’elles aillent de travers.

Au final, il n’aura manqué qu’un peu plus d’épaisseur aux personnages, une narration un peu moins superficielle et paresseuse pour que l’on trouve, sinon un grand roman, du moins un ouvrage véritablement digne d’intérêt.

Belle-Amie de Harold Cobert : Chef-d’œuvre en vue !

Une suite à « Bel-Ami » ! Sérieux ?

Le pitch de « Belle-amie » sonne comme une blague. Le genre de sujet de rédaction de collège, version Nième réforme, en mode « Dans le style de Guy de Maupassant, écrivez la suite de « Bel-Ami » dans le style de l’auteur ». Comme si le simple fait d’écrire « comme » un auteur renommé suffisait à appréhender convenablement le style en question ou à produire un chef d’œuvre. Imiter n’est pas un passeport pour le talent.

Et c’est là toute la force de ce livre qui ne tombe pas dans ce piège.

Avec « Belle-Amie », Harold Cobert signe donc un roman prenant la suite directe du « Bel-Ami » de Guy de Maupassant. On retrouve ainsi George Duroy, laissé sur les marches de la Madeleine à la fin du premier opus, en pleine campagne électorale pour se faire élire à la chambre des députés, comme il se l’était promis.

Il va de soi que si l’œuvre originale vous est étrangère, inutile de vous ruer sur ce « Belle-Amie ». Et ne pensez pas vous rattraper en visionnant l’une de ses adaptations filmiques. D’une part parce qu’en de très rare exception, une adaptation, même si elle peut donner un objet cinématographique ou télévisuel visuellement somptueux, trahit toujours l’œuvre originelle et prend obligatoirement des libertés plus ou moins dérangeantes. D’autre part, si l’esprit de l’œuvre et une partie de son texte peut se retrouver principalement à travers les dialogues, la mélodie du texte et la beauté de la langue utilisée vous échappera.

Tout ça pour dire qu’il faut lire, ou relire, « Bel-Ami » avant de s’engouffrer dans la lecture de « Belle-Amie » avec avidité pour en savourer tout le suc. D’abord parce que si vous n’avez jamais lu « Bel-Ami », qui reste un classique, ça manque à votre culture et puis ensuite parce que cela vous glissera dans de véritables pantoufles pour apprécier tout le brio avec lequel l’auteur de « Belle-Amie » a su saisir la plume de Maupassant pour se l’approprier pour nous livrer une suite talentueuse, empreinte de respect pour le récit initial sans tomber dans une caricature qui aurait pu virer au grotesque.

Quel talent !

Si Harold Cobert emprunte l’esprit et la lettre de Maupassant, ce n’est pas pour violer son cadavre, comme peuvent le faire hélas de nombreux chanteurs français qui, à défaut de talent squatte celui des autres, mais bien pour proposer un propos construit servant une intrigue profonde et solide.

Le tout est narré dans une langue soignée, dans la veine du niveau de langue en cours à l’époque de l’écriture de « Bel-Ami », c’est-à-dire soutenu et élégant sans être alambiqué. Tout juste l’auteur se permet-il quelques coquetteries pour donner un tour légèrement plus moderne à certaines formulations, mais tout cela est d’une subtilité telle que cela passe avec finesse.

Sauf à redécouvrir un testament littéraire perdu de Maupassant, nous ne saurons jamais s’il avait l’intention d’écrire une suite et, le cas échéant, ce qu’elle nous aurait raconté. Sur le plan de la forme en revanche, si l’on ignore l’identité véritable de « Belle-Amie », c’est à s’y méprendre et il est parfaitement possible de s’imaginer être en présence d’une véritable œuvre de Maupassant.

Mais au-delà de la forme, dont j’estime comme je viens de l’écrire que l’exercice est (très) réussi, l’ouvrage s’apprécie également sur le fond et sur l’intrigue qu’il nous propose.

Et là encore, il vise juste !

La boucle est bouclée

« Belle-Amie » est un récit qui permet de boucler l’histoire du héros de Maupassant, mais c’est surtout l’illustration parfaite et machiavélique de vieux adages tels que « on récolte ce que l’on sème » ou « l’arroseur arrosé ».

En effet, tous les travers et toutes les « perfidies » auxquelles s’est livré George Duroy dans le premier opus se retournent invariablement contre lui dans une implacable ironie du sort. Un sort bien mérité pour certains lecteurs, ulcérés par l’attitude délétère de cet arriviste éhonté.

Et pourtant, quoique détestable, on finit par s’attacher au bonhomme et la fin de « Bel-Ami » nous laisse sur notre faim et l’on se demande : « jusqu’où ira-t-il ? ». A cela, Harold Cobert apporte une réponse à travers une variation ciselée qui exploite intelligemment tous les ressorts narratifs du premier opus, en bouclant au passage les arcs narratifs de beaucoup de personnages rencontrés lors de la lecture, mais qui les complètes à travers un contexte historique documenté qui fait pleinement part de l’intrigue et pas seulement de décorum.

« Belle-Amie » est donc une excellente opportunité de s’intéresser à cette fameuse affaire du canal de Panama qui sert de toile de fond et retranscrit fidèlement, mais tout en finesse, le contexte politique de l’époque. Bref, on s’y croirait.

Une suite dans l’air du temps

Mais « Belle-Amie » est finalement et avant tout une histoire de femmes. Toutes ces femmes rencontrées par Duroy et qui ont jalonné – et permis – son ascension sociale vont sceller sa chute inéluctable. Tirant parti des faiblesses et travers de George Duroy, l’une d’entre elle, dont l’identité ne nous est révélée qu’à l’approche de la fin de l’ouvrage, parviens à le compromettre. Pour ajouter à l’indignité de sa disgrâce, elle associe à sa manipulation son épouse et l’une de ses anciennes maîtresses dans un climax jouissif qui laisse notre héros nu (au sens propre) et à la merci d’une vengeance planifiée de longue date que ces dames savourent froide et à pleines dents.

Notre bon George Duroy termine le roman comme il avait commencé le premier : seul et sans le sou. Mais là où il avait au moins le bénéfice de la liberté et de l’anonymat, le voici désormais puni par le sort, frappé d’indignité aux yeux de tous (et de tout le pays) et surtout… en détention !

Emporté par son ambition insatiable et ses vices, la plupart des lecteurs trouvera que le retour de bâton est mérité et à la hauteur de l’antipathie que peut provoquer cet anti-héros rattrapé par ses propres pêchés.

« Belle-Amie » est au final un titre à lire absolument qui fera date dans la production littéraire française. Le style et l’intrigue sont maîtrisées et il est bien difficile de reposer l’ouvrage tant on attend avec impatience de voir comment les choses vont se solder.

A lire sans modération !

Récap’ de mes lectures de décembre 2018

Les vertus de l’échec

Longtemps objet de mépris et marqueur sociétal d’exclusion, l’échec n’aura jamais aussi souvent été porté au pinacle des qualités dont il faut disposer pour, paradoxalement, réussir sa vie et réussir en société.

A tel point que ne pas échouer (oui, on dit aussi « réussir ») est désormais considéré comme quelque chose de louche, de politiquement incorrect, voire d’insolent (cf. une réussite insolente…)

Et pourtant, si l’échec n’est pas une tare, il y a tout de même un pas à franchir pour considérer que de non honteux, celui-ci puisse devenir un objet de fierté, voire un objectif à atteindre.

S’il est un fait établi que l’échec est un point de passage obligé dans toute entreprise humaine, il est établi également que ces échecs (inévitables donc) doivent être considérés comme des opportunités d’apprendre, de s’améliorer (en se corrigeant) et, par voie de conséquence de bâtir la route du succès.

L’approche de l’auteur, et de toute la littérature florissante sur le sujet, s’inscrit donc dans cette dynamique : accueillez l’échec à bras ouvert, ne vous lamentez pas et surtout, repartez à l’assaut !

Mais au delà de cette approche qui tente de dédramatiser sérieusement le sujet, le message délivré n’invite pas seulement à embrasser l’échec quand il se présente, mais presque à le provoquer. « Fail often, fail fast » est le mantra que certains entrepreneurs prônent pour justement, paradoxalement, accélérer l’arrivée du succès.

Ce qui me semble « dangereux », c’est le glissement de l’acceptation de l’échec à celui de la recherche de ce dernier. L’échec est inévitable donc autant y aller à fond.

Certes. Mais de mon point de vue, à être trop radical, on ne cherchera plus à donner le meilleur de soi et transformer la réussite en accident.

Si je rejoins le message de fond de l’ouvrage, je ne serais en revanche pas aussi absolu dans sa mise en oeuvre. Une lecture utile, mais à prendre avec un peu de recul.

Bel Ami

Une lecture de mise en situation pour le titre qui suit, mais qui me conforte dans l’idée qu’il est bien et bon de revenir périodiquement sur certains classiques (sauf les Confessions de Rousseau mais c’est une autre affaire).

A lire (ou relire) pour ceux qui en aurait gardé un souvenir amer de leurs études !

Belle-Amie (Critique)

Sans conteste mon plus grand coup de cœur de 2018 (même si le livre ne sort qu’en 2019 !).

Une véritable prouesse d’écriture et un petit bijou. Je vous renvoie à ma critique pour le détail sinon je pourrais en reparler ici sans fin !

Les suppliciées du Rhône (Critique)

Un roman très plaisant qui nous plonge à la fois dans le Lyon de la fin du XIXe siècle et aux origines de la médecine légale incarnée par le renommé professeur Lacassagne et ses élèves.

Les rôles féminins sont la colonne vertébrale de ce roman policier, à la trame finalement classique, et constituent selon moi la vraie force du récit.

Un très bon premier roman à la lecture facile et plaisante.

Fake News (Critique)

« La vieillesse est un naufrage ». C’est la conclusion à laquelle j’arrive un peu plus chaque fois que je repense aux auteurs de ce pamphlet déguisé en roman.

Peu inspiré et peu inspirant, je ne vais pas m’étendre d’avantage que ce que j’ai déjà pu écrire sur ce livre qui va hélas bien marcher en librairie.

Qu’est-ce qu’un chef ?

Ce livre fait écho à celui de James Comey et devrait figurer dans les bibliothèques de toute personne en position de diriger quelque chose qui se respecte.

Bienveillant, l’ouvrage de Pierre de Villiers éclaire par un propos précis les qualités et savoir-être qui font de quelqu’un un « chef ». Mis bout à bout, ces « conseils » feront de vous un « bon » chef.

Pas besoin d’être au sommet de la hiérarchie militaire pour trouver dans ce livre de précieux enseignement sur le management et plus largement la nécessité de diriger, décider, trancher, arbitrer et conduire quelque chose. Y compris sa propre vie !

Comme dans son ouvrage précédent, Pierre de Villiers ne tombe ni dans la rancœur ni dans les regrets de son départ forcé, qu’il n’évoque d’ailleurs jamais.

Un livre d’une très grande classe, très bien écrit et d’une sagesse éclairante !

Psychologie de la connerie

La psychologie de la connerie a connu (et connait encore à l’heure où j’écrit ces lignes) une notoriété dans les médias rare pour un livre hors fiction.

Est-ce parce qu’il y a un gros mot dans le titre ? Je ne saurais le dire.

Le fait est que les médias semblent fascinés par les cons et la connerie. Sans doute car cela leur donne un exutoire en ces temps de fake-news et autres
gilets jaunes, ainsi qu’une explication rationnelle à la défiance à laquelle ils sont confrontés.

Ce livre ne méritait à mon sens pas autant de publicité. Pour le reste, j’ai déjà tout dit dans ma critique.

Latium (Tome 2)

Je me suis fait violence pour terminer l’année !

Peu convaincu par le premier tome, je me suis néanmoins attaqué à cette suite au moins autant pour la satisfaction de venir à bout de cette lecture que pour savoir quand même où tout cela devait nous conduire.

Chose à savoir, la numérotation des chapitres est linéaires. C’est à dire qu’au lieu d’avoir deux tomes, nous sommes en présence d’un seul et même roman scindé en deux volumes.

Toujours aussi inutilement verbeux, on peine à se frayer un chemin compréhensible dans cet entrelacs de personnages vaporeux.

La fin en elle-même est anecdotique et rend finalement tout cette lecture assez vaine.

Récap’ de mes lectures de Novembre 2018

Frère d’âme

Alors je ne sais pas vous, mais moi quand on essaie de me vendre un truc de force, à grand renforts de pub, d’articles, etc. j’ai tendance à faire tout l’inverse et à fuir.

Je ne comprends pas l’emballement médiatique autour de ce livre. Et je ne dois pas être le seul vu le flop incommensurable que le roman a connu lors de la saison des prix littéraires. Il n’aura obtenu qu’un lot de consolation avec le Goncourt des Lycéens.

Au-delà du sujet de fond qui pose de vraies questions sur la grande guerre et son horreur, les tirailleurs sénégalais, etc. c’est plutôt mal écrit et assez pénible à lire.

Je n’irais pas jusqu’à dire que l’absence de récompenses « prestigieuses » est méritée, mais peut-être que, contrairement aux oscars, une campagne de lobbying aura sans doute eu des effets inverses à ceux escomptés…

Le dernier jugement des templiers

Le dernier jugement des templiers

La quatrième de couverture du livre de Simonetta Cerrini est pleine de promesses !

Saura-t-on enfin ce qui provoqua ainsi la chute de l’ordre politico-chevaliero-religieux le plus connu et le plus intriguant de l’histoire ?

Dans une étude très fouillée, principalement appuyée sur un document retrouvé par hasard, on suit avidement les derniers mois, les dernières semaines et les derniers jours des templiers et de son dernier grand maître.

Ce qui est étonnant avec ce livre, c’est qu’il s’agit objectivement d’un travail universitaire, digne d’une soutenance de Thèse, mais qui, contre toute attente, se retrouve dans les rayons de littérature générale de votre librairie préférée.

C’est un pari osé de la part de l’éditeur (dont j’ignore la réussite dans les chiffres de ventes) d’autant que la lecture est en fin de compte assez rude tant y sont entremêlés les références et que la multiplicité des intervenants doublé de plusieurs aller-retours dans le temps, nous font régulièrement perdre pied.

Un livre intéressant et instructif qui ne va pour moi pas assez loin dans son effort de vulgarisation qui justifierait son positionnement éditorial.

Que ferait Steve Jobs à ma place ?

Lu plus par acquis de conscience qu’autre chose.

Sorti peu de temps après le décès en 2011 du fondateur d’Apple, ce livre n’est clairement qu’une tentative mesquine de surfer sur l’appétence d’un certain public pour une prétendue « méthode Steve Jobs ».

Sauf qu’une telle « méthode » n’existe pas…

A minima, et c’est ce que propose ce livre, pouvons-nous observer les actions et réactions de Steve Jobs face à certaines situations ou certains problèmes.

Source d’inspiration indéniable, tenter d’appliquer à la lettre d’hypothétique « préceptes » de Jobs quand il faut plutôt voir des traits de caractère, est un non sens colossal et absolu.

En fin de compte, un livre qui vous en apprend moins sur Steve Jobs ou vos projets que sur la façon dont l’auteur perçoit Steve Jobs. Quoiqu’elle ne soit pas véritablement toxique, je déconseille cette lecture.

Tout l’art d’Assassin’s Creed Odyssey

Assassin’s Creed Odyssey est pour moi le jeu vidéo de l’année et j’aurais l’occasion d’y revenir en détail dans un autre billet.

Bien que je doive admettre que deux biais joue dans ce jugement : mon affection pour la franchise et, plus encore, celui pour cette période de l’histoire qu’est la Grèce Antique, à laquelle j’ai consacré une partie de mes études.

Déjà sublimée avec le précédent opus (Assassin’s Creed Origins) qui prenait place en Egypte Ancienne (une époque également chère à mon cœur), les gars de chez Ubisoft (développeurs, artistes ou historiens) ont non seulement prolongé l’expérience déjà éblouissante proposée par Origins (Gameplay, scenario, graphismes, etc.) mais l’ont sublimé dans cette suite tout à fait grandiose.

Cet ouvrage revient donc en détails sur le processus créatif des aspects esthétiques du jeu (mettant donc de côté les aspects purement ludique) et des recherches entreprises pour recréer les textures, les paysages, les personnages, etc.

S’il est conseillé de ne pas le lire avant d’avoir bouclé la trame principale du jeu, ce livre est une vraie mine d’or et de connaissances, que l’on pourra compléter par des lectures plus poussées sur tel ou tel sujet (biographies, monographies ou étude d’architecture).

Un complément plaisant au livre qui permet d’approcher d’un peu plus près le travail de l’ombre de ceux qui contribuent à rendre ces jeux beaux et crédibles.

Anges déchus

On ne peut hélas pas en dire autant de la suite de Carbone Modifié. Si l’on peut parler d’une suite. En effet, c’est bien le même héros, qui, réenveloppé dans un autre corps, n’a plus la même apparence physique que dans le premier volet, mais au delà de ça, rien à voir avec le premier opus.

Pas d’enquête, aucun personnages issus du premier tome en dehors du héros. Là il est question vaguement d’une arnaque ou d’un « casse du siècle », mais dont la trame est plus que confuse, ce qui rend la lecture assez pénible au final. Pas sur de boucler le cycle et le troisième tome cette année…

Face à Faces

Ma « madeleine de Proust » de l’année ! Michel Courtemanche a pour ainsi dire « bercé » mon enfance. Sans que j’en comprenne toujours tous les tenants et aboutissants, ses grimaces ont toujours eu sur moi un effet hilarant !

Ce livre est passé totalement inaperçu en France, un comble quand on sait le succès qu’à rencontré l’humoriste dans nos contrées.

Même si le vocable est abusif, ce livre signe le retour de Michel Courtemanche. Abusif, car si sa carrière a été incontestablement mise entre parenthèses, le bonhomme n’est pas resté inactif et n’a jamais complètement disparu des radars.

L’auteur se livre ici à cœur ouvert dans un exercice d’une rare sincérité dans lequel transparaît à la fois les fêlures mais également la perversité du système dans lequel il est tombé, comme tant d’autres.

Un livre très émouvant doublé d’une plongée nostalgique dans les années 90.

Ce que je peux enfin vous dire

Au risque de paraître misogyne, sectaire, rétrograde, condescendant, ou tout autre qualificatif dont se voit gratifié quelqu’un qui ose dire du « mal » de Ségolène Royal, force est malheureusement d’admettre que ce livre est, au mieux une resucée de livres ou propos précédent de la demi-finaliste de 2007, au pire un étalage de naïveté.

Ségolène Royal a eu une vie politique. On ne peut pas lui enlever, et on doit même reconnaître qu’elle a eu un rôle certain dans l’avancée de certains sujets.

Mais Ségolène Royal a fait son temps. Elle ne coche plus les cases de l’époque.

Ce livre est une vaine tentative (de plus) de revenir au centre de l’attention, en surfant à la fois sur le succès (relatif) de la COP 21 (mais qui date un peu) et sur la vague #metoo. En résulte un ouvrage brouillon, pas soigné (à l’image de la coiffure en couverture) qui masque mal les ambition (déçues depuis) d’un retour dans la vie politique par un biais ou un autre…

Raté sur les deux tableaux. Et j’arrête là sur ce livre, au risque d’être encore plus désagréable…

A l’aventure compagnons

Transcription romancée de la saga « radiophonique » renommée, ce premier volume du Donjon de Naheulbeuk fera le délice des fans comme des néophytes.

Parodiant gentiment les classiques du genre et l’univers des jeux de rôles, la série trouve ici une traduction littéraire et romanesque, mettant en scène les dialogues originaux, savamment mis en scène et enrichis des décors ainsi que des pensées de personnages.

Drôle et brillant !

Les cieux pétrifiés

Dernier tome de la trilogie de la terre fracturée, ce roman vient conclure cette saga laborieuse, tant dans sa lecture que sa compréhension.

Mimi

« Mimi » a été aussi vite enterré qu’il n’était apparu dans l’actualité.

Est-ce parce que tout le monde s’est empressé d’oublier ou d’effacer discrètement sa sortie ? Ou bien parce que son contenu était finalement plus pauvre que ne le laissait présager l’onde de frissons qui parcouru alors le monde politique et médiatique ?

Sans doute un peu des deux.

Si l’on découvre le parcours de Michèle Marchand, les auteurs se sont heurtés à tant de mutisme (pour ne pas dire « d’hostilité ») qu’ils n’ont finalement pas pu creuser bien profond. On devine néanmoins, entre les lignes, tout un tas de collusions malsaines, de petits arrangements, et au final un monde souterrain où se mêlent les puissants et les nantis.

Les auteurs nous décrivent finalement un monde de faux-semblants et de manipulations dont les classes moyennes et défavorisées se trouve les spectatrices à travers une presse people et magazine finalement assez manipulée.

C’est très bien écrit et les auteurs ont produit un travail remarquable mais le propos qu’il révèle est navrant. La France d’en haut a encore de beaux jours devant elle !

Les portes de la délivrance (Salvation Tome 1)

Ce nouvel opus de Peter F. Hamilton incarne ce qu pourrait être le pinacle de son oeuvre. Une savante alchimie entre ses différents cycle SF et ses space opéra grandioses.


Dans un style toujours impeccable, son intrigue ciselée à tiroir nous emmène avec un brio qui sublime le récit. Les intrigues imbriquées ne cessent de nous étonner et page après page nous n’avons qu’une seule hâte : connaître la suite !


Compte tenu de l’ampleur et de la qualité de son oeuvre accomplie, il était difficile de rêver à mieux, mais c’est pourtant chose faite. Non que cela remette en cause la qualité des précédents opus mais le savant mélange d’action, d’odyssée spatiale, de politique, etc. en fait une oeuvre majeure et magistrale.

A la lueur de la qualité de son oeuvre accomplie, il était difficile de rêver à mieux, mais c’est pourtant chose faite. Non que cela remette en cause la qualité des précédents opus mais le savant mélange d’action, d’odyssée spatiale, de politique, etc. en fait une oeuvre majeure et magistrale.

Récap de mes lectures d’Octobre 2018

Vice et Versailles

Le château de Versailles fait rêver beaucoup de monde. Et un bon conseil à donner pour ceux qui veulent un jour visiter l’un des joyaux du patrimoine français c’est, d’une part d’aller s’entraîner à Ikea pour apprendre à maîtriser une visite en sens unique (histoire d’éviter de se faire enguirlander par un vigile si vous avez l’outrecuidance de vouloir faire demi-tour au milieu du parcours), et d’autre part, c’est de ne pas lire ce livre.

Oeuvre de l’ancien responsable des jardins du parc renommé, les propos tenus, qui ne sont pas dénués d’intérêts par les quelques anecdotes narrées, sont le fait d’un homme aigri et blasé.

Sans doute incité par sa mise en retraite, le récit qui s’égraine page après page est plein de ressentiment et d’amertume, voire d’une certaine colère. Sous des dehors d’ode à ce prestigieux bâtiment, chaque chapitre est l’occasion pour l’auteur de se lamenter sur le thème universel du « c’était mieux avant ».

Chacun en prend pour son grade, qu’il s’agisse des politiques, des gestionnaires, ou, le plus souvent, des visiteurs.

On préférera à ce livre désabusé la lecture d’une bonne monographie sur le château et son parc, dépouillé de toute la négativité que laisse transparaître sciemment l’auteur de celui-ci…

L’âme d’une image

Ceux qui m’ont vu traîner sur les réseaux sociaux de l’internet mondial savent que je suis tombé dans la marmite de la photographie.

En ce domaine, comme dans tous les autres, on ne cesse jamais d’apprendre. Apprendre en pratiquant, apprendre en écoutant ceux qui maîtrise le sujet, apprendre encore en lisant sur le sujet.

Après avoir suivi un workshop en ligne de David DuChemin (photographe humanitaire canadien) le hasard a voulu que la version française de l’un de ses ouvrages soit publié par les éditions Eyrolles le jour de mon anniversaire 🙂

Ce livre est une véritable source d’inspiration et donne à voir un aperçu du travail de David DuChemin.

Bien entendu, c’est une lecture qui s’entend parmi d’autres, plus ou moins technique ou plus ou moins artistiques selon votre niveau de pratique. Mais la pratique photo ne peut s’améliorer que si l’on dépasse les seules considérations techniques pour s’élever vers la quête de sens pour nos images qui doivent pour principale vocation, non pas d’être simplement « nettes » mais de délivrer un message, une émotion. Bref : avoir une âme.

Destin Français

Vous connaissez la différence entre le métier de chirurgien et celui d’un historien ? Il ne viendrait à l’idée de personne de pratiquer le premier sur un coup de tête (à part si vous êtes un psychopathe ou un tueur en série). Alors que pour le métier du second, il semble que n’importe quel branquignole puisse s’y essayer sans gène aucune.

Il faut dire que, contrairement au premier, il n’y a pas mort d’homme… Encore que je risque un AVC à chaque fois que je vois une vidéo de Loran Deutsch…

Pourquoi certains se sentent-ils obligés de parler d’Histoire, surtout pour dire des conneries ? On entend nettement moins de monde disserter sur la physique nucléaire ou les accélérateurs de particules…

Ce serait encore pour proposer une lecture originale d’un épisode de l’histoire, comme a pu le faire Camille Pascal, mais hélas la plupart du temps, les ouvrages appuyés sur l’Histoire n’ont d’autre vocation que de servir un sous-texte maladroit sur des opinions politiques pas toujours fraîches (sauf pour Loran Deutsch qui n’a d’autre visée que mercantiliste).

Peu de choses à dire de ce nième Zemour, à part que si certains fait sont vrais, le reste n’est que pures élucubrations délirantes, sans queue ni tête, et sans colonne vertébrale.

A fuir, non à cause de son (faible) fond idéologique, mais plutôt parce que cela ne nous apprend rien…

Tu peux ou tu peux pas

Un livre au concept interessant qui pourrait presque se prêter à une déclinaison sous forme de jeu de société !

Quelques cas sont présentés de manière un peu tordue afin de rentrer dans le cadre proposé par le livre mais on passe dans tous les cas un bon moment en plus de découvrir certaines choses insolites.

Un été avec Homère

Bien que n’étant pas auditeur de France Inter, la publication livresque de la chronique estivale de Sylvain Tesson a éveillé ma curiosité.

Mon passé scolaire (littéraire et historique) pendant lequel est née ma passion pour la Grèce me rendait le pitch alléchant.

Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La poésie avec laquelle l’auteur nous dépeint la Grèce et ses paysages, sculptés par la puissance des éléments qui s’y déchaînent, est d’une rare élégance.

Dans le même ordre, son approche très simple et didactique des deux poèmes majeurs d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, nous plonge dans ce passé ancestral, mythologique, mais nous ramène invariablement à notre présent, tant les propos du poète n’ont rien perdu de leur actualité.

Plus qu’un guide de lecture ou une analyse textuelle, le livre de Sylvain Tesson nous donne à observer minutieusement ces héros du passé pour mieux nous les faire apprécier au présent pour ceux d’entre nous qui auraient encore mal au crâne après la lecture ânonnée des vers originaux !

Tyranny of metrics

J’ai une critique en cours d’écriture sur cet ouvrage, pour le moment non traduit en français, ce qui est dommage car il échappe de ce fait à une partie de son public non anglophone…

Ce livre devrait être sur la table de chevet de bon nombre de responsables politique, de chefs d’administrations publiques ou d’entreprises.

Par ce brillant exposé, Jerry Z. Muller démontre, exemple réels à l’appui, que la mise en oeuvre d’indicateurs de manière ostensible est contre productive.

Loin de permettre d’atteindre des objectifs et d’améliorer les choses au quotidien, les indicateurs s’auto-entretiennent et génèrent un cercle vicieux qui annule le potentiel effet bénéfique qu’ils pourraient avoir s’ils étaient utilisés intelligemment avec parcimonie…

Un ouvrage éclairant à recommander !

The design of everyday things

C’est dans le cadre de mon travail à la ville que je me suis penché sur les questions de design.

Cet ouvrage est une référence du sujet et sa lecture intéressera au delà de ceux qui ont à travailler sur le sujet.

L’auteur, expert du sujet, ancien de chez Apple, explore le sujet de fond en comble, le tout appuyé de nombreux exemples et cas pratiques. Vous terminerez ainsi la lecture en sachant ce qu’est le design, ce qu’est un BON design et l’importance que cela revêt.

J’ai une fiche de lecture complète sur cet ouvrage en attente de finalisation, que je partagerais ici dès sa finalisation.

Le sang des 7 rois (Tome 7)

C’est enfin terminé…

A rebours, il apparaît clairement qu’il n’y avait pas besoin d’écrire sept volumes pour raconter tout ça.

Si Star Wars a créé malgré lui la mode des trilogie, il semble que cerrtains auteurs se sentent obligés, comme pour Harry Potter ou Game of Thrones d’en faire sept.

Sans tailler inutilement dans le lard, l’ensemble tiendrait raisonnablement en trois (voire quatre) volumes. Cela épargnerait certaines longueurs ou certaines digressions, qui n’apportent rien au propos ou à la littérature en général.

C’est un reproche que je formule régulièrement à l’endroit de certaines œuvres littéraires. Non pas comme un américain qui voudrait que tout lui soit prémâché ou qui attend qu’une adaptation sorte en DVD pour moins se prendre la tête, mais plutôt comme un amoureux de la qualité.

Et qualité ne rime que rarement avec quantité. Au prétexte de produire du texte au kilomètre afin de remplir les rayonnages des librairies (et des lecteurs) certains roman enflent.

Si l’inutile a son utilité, il faut savoir garder une cohérence à son récit et ne pas diluer son propos dans des élucubrations, peut être très bien écrite, mais qui dilapide l’attention du lecteur et noie l’intrigue.

Le lent passage de la fantasy à la science-fiction de cette série est mal géré. Dommage car il aurait pu y avoir un vrai coup éditorial à jouer.

Récap’ de mes lectures de Septembre 2018

Les jeux de Némésis (The Expanse Tome 5)

C’est à mon sens le meilleur opus de la série à ce jour.

Non que les précédents soient d’une quelconque médiocrité, mais l’ampleur que prennent ici les personnages est exceptionnelle.

Alors qu’ils vivent d’habitude toutes leurs aventures ensembles, nos héros sont ici chacun de leur côté.

Ils atteignent dans ce tome une profondeur d’écriture incroyable et, s’il le fallait encore, accroissent la cohérence de leurs histoires et confortent notre empathie à leur endroit.

Sur fond de terreur incroyable, les auteurs déploient une histoire riche et développent encore plus l’univers patiemment mis en place depuis le premier opus.

Tuer Jupiter (Critique)

Sentiment très mitigé sur ce roman de politique fiction qui témoigne moins d’un talent littéraire que d’une prise de température de l’époque.

Sans aller jusqu’à dire qu’il est audacieux ou original, le pitch et son déroulé sont à tout le moins… rafraichissant, disons-le comme ça (même s’il est quand même question de l’assassinat du président de la république et d’un complot).

C’est peut-être le livre de chevet de quelques gilets jaunes qui rêvent sans doute d’enterrer notre sémillant président. Qui sait ?

Les chroniques de Méduse

Peu familier des œuvres d’Arthur C. Clarcke, j’ai jeté mon dévolu sur ce roman à la faveur de la Petite OP 2018. Quoique uniquement « inspiré » d’une nouvelle de Clarcke, il donne selon moi un bon aperçu de l’univers de Clarcke. Sans trahir ce dernier, les auteur ont su avec talent proposer quelque chose de neuf et de fidèle.

On prend plaisir à suivre les aventures de ce vétéran à travers lesquelles on aborde des questions existentielles fréquentes dans la littérature SF actuelle : la prolongation de la vie sur plusieurs centaines d’années, l’acceptation de la différence, les sens du devoir, etc.

Un très bon roman !

Petit Paul

Honnêtement, il n’y aurait pas eu la polémique à propos de cette BD, je ne m’y serais pas intéressé. Comme quoi, on a rien fait de mieux en termes marketing et promotionnel…

Du coup, par esprit de contradiction ou pour jouer les rebelles en mousse, je me suis rendu dans la librairie Glénat à Lyon pour repartir avec mon exemplaire sous le bras.

C’est gras, c’est sur. C’est loin d’être fin, c’est évident. Mais l’ouvrage est plus « drôle » que « trash ». La démesure de certaines situation et le ridicule de l’ensemble font inévitablement sourire même quand c’est pas drôle…

Passée la première lecture, on y revient pas forcément, ce qui laisse à penser que, sans la polémique, l’ouvrage n’aurait peut-être pas, par son seul contenu, trouvé son public…

Le sang des 7 rois (Tome 6)

Probablement le volume le plus faible de la série.

Je ne suis parvenu jusqu’ici qu’à force d’abnégation et de persévérance. Limite acharnement littéraire…

L’intrigue part complètement en vrille et le roman ne se cache même plus pour nous dire que l’on meuble en attendant le dernier tome.