La parabole du semeur : Au diable le marketing

Que se passe t-il quand un livre moyen est sur-packagé par son éditeur ? Probablement une bonne dose de déception, sinon un vaste accident industriel…
La parabole du semeur est un roman d’anticipation d’Olivia E. Butler publié en 1993. Son action se déroule en 2024, soit plus de 30 ans plus tard, ce qui constitue une projection dans le temps qui n’est pas anodine.

En effet, 30 ans, c’est ce qu’on appelle communément une « génération », donc en gros une échelle de temps entraînant en principe des transformations plus ou moins profondes de la société.

Ce qu’imagine l’auteur, décédée en 2006, doit être compris à l’aune de ce qu’étaient le monde et les États-Unis en 1993.

Cette année là (Claude François, sort de ce corps !), Georges Bush père est Président (républicain, important de le noter), la guerre du golfe, quoique terminée du point de vue des opérations militaires stricto sensu, est toujours d’actualité, et les communautés fermées se répandent de plus en plus parmi la classe moyenne.

Le récit que nous livre l’auteur dans la Parabole du Semeur est donc largement imprégné de l’air de l’époque, dont elle amplifie certains traits à l’extrême pour se projeter dans une société presque « post-apocalyptique » dans un exercice d’anticipation élégant mais maladroit.

Il n’est pas question ici de conflit armé, au sens militaire du terme, mais le pays (on parle ici des Etats-Unis) est la proie des pilleurs et autres bandes armées. Il n’est pas non plus véritablement question d’ère « post-apocalyptique » dans le sens où si l’on retrouve bien une partie des codes qui structurent le genre (désorganisation des structures sociales, pénuries de ressources, infrastructures obsolètes, etc…) l’absence de véritable grosse catastrophe naturelle ou industrielle ainsi que la persistance de bon nombre de structures de la société américaine des années 90 indiquent que l’on est sur une pente certes inéluctable vers un déclin certain mais que les choses ne sont pas suffisamment détériorées pour que l’on puisse parler de chaos total (même si c’est franchement le bordel).

Bon, c’est bien gentil toutes ces palabres, mais ça cause de quoi en vrai ?

Le pitch de la parabole du semeur

L’éditeur nous présente la Parabole du semeur ainsi : nous sommes en 2024 (oui, merci, tu l’as déjà dit), et un nouveau Président des Etats-Unis viens d’être élu. Et le nouvel édile dispose d’une conception toute particulière de la législation du travail : suspension des mesures de protection sociale et allègement des charges sur les entreprises qui acceptent d’embaucher les plus démunis en échange du gîte et du couvert. Une légalisation pure et simple de l’esclavage donc.

Dans un pays en panne économiquement, où la pauvreté est rampante, où disposer d’un véhicule est devenu un luxe inimaginable, où l’essence coûte moins cher que l’eau potable, où par peur des violences et des pillages, des quartiers entiers se sont retranchés derrières de hauts murs protecteurs, une jeune fille noire, fille d’un pasteur, cherche d’abord un sens à son existence, puis cherchera à survivre.

Sur le papier, tout va bien : histoire classique et résumé efficace.

Sauf qu’à la lecture, rien ne se passe comme prévu…

Quand l’étiquette ne correspond pas au produit

Dans l’absolu, tous les éléments présentés en quatrième de couverture de la Parabole du semeur sont bel et bien abordés : on a bien l’héroïne fille de pasteur, le quartier encerclé par un mur, les conditions de vie particulières et l’élection du nouveau président.

Mais ce qui est présenté par l’éditeur comme étant le point de départ de l’intrigue, ne constitue qu’un détail du récit, sans grande influence décisive sur l’intrigue en elle-même.

Pourquoi un tel parti pris éditorial au détriment de l’oeuvre censée être mise en valeur ?

L’argent !

Bon, euh… oui, OK. Le job d’un éditeur c’est de gagner sa vie et celles des auteurs dont il gère les droits en vendant les ouvrages de ces derniers.

Mais la nécessité doit-elle forcément l’emporter sur la fatalité qu’impose la course effrénée au buzz pratiqué avec la vulgarité la plus crasse ?
Autrement dit : « T’étais obligé de faire du putaclic sur la couverture de ton bouquin ? »

Il est en effet un peu léger d’avoir tout misé sur le vague rapport entre l’élection du Président du livre et celle de Trump ainsi que sur les effets des modifications climatiques sur le sud-ouest des Etats-Unis et les questions actuellement en débat sur les effets globaux du réchauffement climatique.

Que le comité de lecture ait vu à l’occasion de la réédition des parallèles troublants, quoique lointains, avec ce que nous connaissons aujourd’hui est le signe d’une certaine appréhension de la lecture de l’ouvrage mais ne justifiait pas d’articuler toute la communication réalisée autour de l’ouvrage sur ces seuls éléments.

Ne parlons pas non plus du « Livre des vivants », qui, s’il structure quelque peu le parcours de l’héroïne, ne confère que peu d’épaisseur au récit en dehors de toute prise de consistance éventuelle dans une suite hypothétique.

Bon. On résume ?

La parabole du semeur est un livre avec de bonnes idées mal exploitées et peu approfondies. Un récit sans rebondissement et une progression linéaire sans enjeux qui se solde par une non-fin décevante qui laisserait penser qu’une suite était envisagée.

Un style lourd, malheureusement desservi par une traduction pataude qui cherche trop à rester fidèle littéralement au matériau de départ au détriment parfois de l’élégance et souvent même de la compréhension de lecture.

Et enfin… un « packaging » désastreux et réducteur, biaisant plus que largement l’approche que chacun aura de l’ouvrage.

Mais ceci ne relève que de la forme.

Pour le fond, ce livre ne doit pas être en tête de votre liste de lecture de l’été. Dans le même genre, on lui préférera « Le chemin qui menait vers vous » de William Réjaut et Laurent Latorre, tellement prenant et tellement mieux écrit.

Diabolic : le Game of Thrones du pauvre

Le site Lecthtot m’a envoyé vendredi dernier « Diabolic », le dernier ouvrage de l’auteur S.J. Kincaid qui est le premier a être traduit en français. Elle est l’auteur d’une trilogie « Insigna » qui a connu un certain succès aux Etats-Unis mais qui n’a pas (encore) traversé l’atlantique.

Le deal ? Une chronique en échange d’un exemplaire papier du livre en avant-première. Le livre ne sort en effet qu’après demain, et c’est la première fois que j’ai l’occasion de découvrir un livre et d’en faire la critique avant sa sortie !

Challenge accepted !

A propos de l’auteur

Tout d’abord, qui est S.J.Kincaid ?

S.J. Kincaid est une auteure américaine, inconnue (pour le moment) en France et (presque) de Wikipédia, spécialisée dans la « littérature » pour jeunes adultes, vocable un peu pompeux pour parler de livres pour ado.

Je dois avouer que je suis assez partagé sur le principe d’une littérature spécialisée, pas en général, mais pour cette tranche d’âge en particulier.
Il me semble nécessaire qu’il existe des livres pour enfants, jusqu’à 10 ans, avec un vocabulaire et des tournures de phrases simples (mais pas simpliste) destinés à l’apprentissage de la lecture et de la grammaire.
Passé ce stade d’apprentissage, il existe quantité de styles et de genres dans lesquels les pré-ado et ado puissent trouver matière à enrichir leur vocabulaire, s’échapper et développer l’imaginaire.

Je suis partagé parce qu’il n’y a aucun mal à proposer un type de contenu pour une classe d’âge, et plus encore pour une étape de la vie que l’on sait particulière, voire compliquée. L’individu se cherche, et tout doit faire sens, y compris ses lectures.
Qu’on propose aux ados une littérature portant sur les sujets qui les préoccupent – l’amour, la mort, le sexe, le rapport à l’autorité, l’indépendance, la drogue (non, malgré mon côté vieux con je ne suis pas en train de dire que tous les ados sont des rebelles attardés complètement camés !), etc… – c’est somme toute une manière élégante de conduire à la lecture ou de servir de relais vers des lectures plus denses et plus complexes.
Malgré tout, au-delà des histoires, des sujets abordés et des angles d’attaque, il y a le style. Et ce n’est à mon sens pas rendre service aux ados que de leur servir des histoires enrobés dans un style pauvre, un vocabulaire simpliste et une structure quelconque.

L’adolescence est une période de la vie où l’on se forge son imaginaire, sa personnalité, une partie de ses opinions. Bref, sa personnalité.
Exposez un enfant à la médiocrité et à la facilité, et n’ayant que cela pour référence, il ne cherchera pas spécialement à aller vers autre chose.
A l’inverse, exposer un enfant à ce qui est exigent et de qualité (la beauté étant suggestive, il est difficile d’évoquer ce sujet) lui offrira un référentiel de valeur tout autre.

La simplicité du style et des intrigues ne doivent pas être excusés par un « c’est pour des enfants » ou « c’est pour des ados ».
Justement ! C’est tout l’inverse…
Puisque qu’on s’adresse à des enfants ou à des ados, il faut y apporter encore plus de soins que lorsqu’on écrit pour des adultes.

Mais je m’égare. Revenons au livre.

Le pitch diabolic

Bien que la couverture nous présente un papillon moitié naturel, moitié armes blanches, et que le quatrième de couverture évoque un tigre, il n’est question ici ni de l’un, ni de l’autre.

A une époque indéterminée, l’humanité vit dans des vaisseaux spatiaux, et, pour les moins chanceux, sur des planètes, sur lesquelles il semble dangereux de vivre en raison des conditions météo, de la gravité et des « virus » qui y traînent.

Dans cet univers, on a créé différents humanoïdes artificiels dont certains sont faits pour protéger jusqu’au péril de leurs vie un individu en particulier après un conditionnement physique et psychologique.

Ce sont les Diabolics.

Ces créatures à l’apparence humaine sont programmés pour protéger l’humain qui leur est confié, quitte à tuer. Dotés d’une force physique hors du commun, ils subissent un entraînement confinant au conditionnement psychologique digne des tortures les plus inhumaines.

Dans cet univers, les Diabolics, c’est comme les iPhone : c’est hype d’en avoir un. Et comme ça coûte cher, ça permet de montrer au monde votre statut social.
Sauf que, comme c’est quand même dangereux et que certains, par excès de zèle, en arrivent à tuer des gens qui ne présentent pas forcément de menace, le pouvoir central décide que les Diabolics sont désormais interdits.

L’héroïne du livre, Némésis, est une Diabolic attachée à la fille d’une famille aristocratique dont le patriarche est sénateur de l’empire galactique (toute ressemblance avec une autre histoire est purement fortuite). Ce dernier est accessoirement en délicatesse avec le pouvoir en place car il ne cache pas son intérêt pour « les sciences » militant même pour leur réhabilitation quand la caste au pouvoir, les « hélioniques », adorateur du vif-cosmos (ie. du soleil), sont partisans d’un « retour en arrière » et d’un bannissement des sciences et de leur enseignement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir en terme d’entretien des vaisseaux spatiaux et d’avancées technologiques.

Ce monde du futur stagne et s’en remet à des robots réparateurs, eux mêmes réparés par des robots. Et quand tous les robots seront HS, et ben… tout le monde sera bien avancé !

Lorsque les Diabolics sont interdits, le sénateur ne s’exécute pas et dissimule Némésis en faisant passer un autre cadavre pour celui de Némésis (ce qui trompe moyennement l’inspecteur dépêché sur place…).

Forcément, au bout d’un moment, l’attitude du père de famille fini par courroucer l’empereur qui convoque sa fille, entre autres héritiers des autres familles aristocratiques de la galaxie, dans la station spatiale qui représente le coeur de la galaxie et du pouvoir : le « Chrysanthème » (#LOL), qui tient son nom de la forme particulière qu’il a puisqu’il s’agit de l’agrégation de plusieurs vaisseaux spatiaux disposés tels les pétales d’un chrysanthème.

Diabolic
Observez bien : ceci sera un vaisseau spatial dans le futur !

En parents aimants, ils refusent d’envoyer leur fille en tant qu’otage et envoient sa Diabolic à sa place, espérant tromper tout le monde en lui conférant un « entraînement » protocolaire et quelques modifications physiques.

Malgré quelques situations délicates, le subterfuge opère et Némésis se trouve mêlée à l’élite de la galaxie et à ses intrigues jusqu’au moment où elle se trouve embarquée dans le complot ultime visant à tuer l’empereur.

Entre temps, ce dernier a décimé l’ensemble des chefs des familles « dissidentes » dans une attaque coordonnée, qui, là non plus ne rappelle aucun ordre 66 d’un film sorti en 2005.
C’est juste un génocide mais, à priori, sauf pour l’héroïne qui en a gros sur la patate parce que sa maîtresse vient de se faire ventiler dans l’espace, ça passe crème.

A partir de là Némésis passe par tous les états : la colère, la haine, le besoin d’une vengeance sanglante, mais dans le même temps doute au gré de ses amitiés et trouve presque l’amour avec le chef du complot suprême.
Elle se découvre du coup de plus en plus humaine, capable de sentiments, de discernement et libre-arbitre, alors que toutes ces notions lui sont en principe interdite de par sa constitution et sa nature.

Au terme de moult péripéties et rebondissements (meurtres, tentatives d’assassinats, trahisons, « je t’aime, moi non plus », etc…) l’empereur est finalement tué et remplacé par son neveu, fomenteur du complot et devenu fou amoureux de Némésis.

Le roman s’achève par l’accession au trône du neveu, avec Némésis à son bras comme nouvelle impératrice.

Happy end à l’issue de laquelle on nous promet néanmoins une suite par un classique : « To be continued ».

OK.

Et alors, il en pense quoi ?

La première impression qui m’est venue c’est : « On dirait une sorte de Game of Thrones chez Peter F. Hamilton » (si vous ne connaissez pas Peter F. Hamilton je vous encourage vivement à le lire, en commençant peut-être par la saga du Commonwealth. Mais tout le reste est génial aussi !).

Pour développer un peu : il y a tout un tas de codes empruntés au genre de Game of Thrones : luttes familiales, pouvoir central, complots et intrigues, solitude, morts violentes, etc… mais replacés dans un contexte, non pas de Space Opera, parce que le fait d’être dans l’espace ne sert que de prétexte qu’à quelques mises en scènes et situations particulières, mais dans un univers de science-fiction spatial.

Les références à Peter F. Hamilton sont également bien visibles : le rajeunissement illimité, les modifications physiques, les transformations génétiques des animaux ou des humains (merci la trilogie du vide !), etc…
On va dire que c’est un hommage !

En définitive, le sujet principal du roman, c’est n’est pas tant le sort réservé à l’empereur ou qui sortira vainqueur des luttes de pouvoir, ni les grands équilibres de cette galaxie vieillissante et délabrée, mais bien plutôt le parcours intérieur de Némésis et de son éveil à des émotions humaines.

Le propos sert de catharsis aux ados lecteurs qui s’identifierons à ce personnage principal, dont le récit est narré à la première personne (avec des fautes d’accord au passage qui rende le tout bien bordélique), dont le parcours initiatique si singulier, puisqu’il s’agit d’un non-humain qui s’éveille à l’humanité en quelque sorte, fera écho en eux.

Le matériaux de base n’est pas inintéressant, mais il est clairement sous-exploité. Et je doute que la multiplication des opus, qui aboutira sans grande surprise à une trilogie (encore…) soit de nature à corriger ça.

Le récit brasse tout un tas de concepts ou d’objets propres à l’univers mis en place, mais jamais rien n’est vraiment approfondi ou détaillé, pas dans les grandes largeurs, mais jamais suffisamment pour donner la substance ou la consistance nécessaire pour impliquer complètement le lecteur.

Pour prendre un exemple concret : le recours aux « forums virtuels » dont la forme diffère uniquement de ceux que nous pouvons utiliser aujourd’hui par le fait que des avatars virtuels peuvent s’y promener librement, permettent à l’auteure d’expliquer qu’il y a une différence entre le virtuel et la vraie vie et que cette dernière est dangereuse…
Si le sujet est bateau, son exploitation est maladroite et surtout extrêmement sous-exploitée. Le fait que l’apparence physique entre un individu et son avatar puisse être extrêmement différente aurait du être présenté différemment. Sinon ce détail n’a d’autre intérêt que de servir de prétexte au fait que « comme personne ne sait à quoi ressemble la fille du sénateur, personne ne saura que ce n’est pas elle qui a été envoyée au Chrysanthème ». Sachant que les apparences physiques dans le monde réel peuvent être également modifiée, cela n’a aucun intérêt.

Enfin, même si on l’explique qu’il s’agit d’une enfant qui apprend à devenir humaine, les retournements d’attitude de Némésis finissent par donner le tournis.
Que ses « sentiments » ou ses émotions ne soient pas cohérentes d’une page à l’autre peux se comprendre, mais à chaque changement de paradigme, son jugement semble si définitif, si absolu, sans nuance, comme si elle n’avait pas la mémoire des événements précédent que cela nuit à la cohérence même du récit.

Et c’est dommage…

Et donc ? On le lit ou pas ?

Une fois embarqué dans le récit, on a envie de savoir, non pas comment cela va se terminer, mais comment l’auteure amène son happy end.

La fin est prévisible, comme la plupart des péripéties. En dehors d’un cliffhanger de fin de chapitre (celui de l’empoisonnement) particulièrement bien amené, et de la scène du missile (mais qui sort de nulle-part), tout est attendu et entendu.

La scène où Némésis, qui n’a jamais mis les pieds sur une planète, découvre la foudre est confondant de platitude et de paternalisme sur-joué, surtout quand on sait que celui qui lui explique n’a que 19 ans…

En dehors de l’impression générale, on ne retient pas grand chose de ce roman. La plupart des personnage est superficiel, le style est convenu et les figure de style poussives.
Ça ne rend pas le livre mauvais, mais juste quelconque.

Un livre de plage pour ados qui n’aiment pas le beach volley !

Mass Effect : Andromeda, Space Drama

Précommandé en janvier. Reçu et démarré le jour de sa sortie, j’ai terminé Mass Effect : Andromeda il y a une petite dizaine de jours, et je voulais laisser reposer la pâte avant de livrer mes impressions.

Franchement c’est pas facile…

Non sérieusement.

Parce que je ne peux pas dire que j’ai passé un mauvais moment, ni que le jeu est foncièrement mauvais, mais en même temps il y a tellement de défauts qui, mis bout à bout, gâche tout de même un peu le plaisir.

C’est pénible, parce que ça sent bien l’amorce d’une nouvelle trilogie et qu’on se dit : « Bon, c’est un début un peu raté, mais la suite va être géniale » mais qu’on ne peut pas s’empêcher de penser « Ouais mais non. Si la suite est réalisée pareil, ça pu un peu du cul quand même… »

Bref. Trêve de billevesées et entrons dans le vif du sujet.

Mass Effect : ni bon, ni mauvais, bien au contraire

Je l’ai déjà dit un petit peu en intro, mais Mass Effect : Andromeda n’est pas un mauvais jeu. Ce n’est même pas un mauvais Mass Effect (si l’on met de côté qu’il n’y a pas de relais cosmodésique donc pas d’utilisation de ce fameux effet de masse…).
On retrouve ce qui a fait le charme de la trilogie originelle : exploration, combats, séduction (bon parfois à la truelle…), dialogues parfois interminables, etc…

Mais ce n’est pas non plus un très bon jeu. Ni le meilleur Mass Effect de l’histoire.
Évacuons d’ailleurs tout de suite le sujet : non, ça ne se déroule pas au même endroit dans l’univers, pas avec les mêmes personnages et les enjeux ne sont pas les mêmes.
Le seul lien avec la trilogie initiale (en dehors des eater eggs plus ou moins subtils) est exposé dans la « cinématique » de départ (plutôt bâclée d’ailleurs) qui ne prend tout son sens qu’une fois passée les premières minutes de jeu.

Donc ça s’appelle Mass Effect parce que ça a vaguement un lien avec l’univers initial mais surtout… parce que ça fait vendre !

Mais à la limite, c’est pas grave ! C’est de la SF, les mécaniques de jeu sont globalement les mêmes, pas de quoi s’exciter sur le titre. Le faire passer pour une toute autre franchise aurait été encore plus malvenu.

Dont acte.

Que vaut donc ce nouvel opus ?

S’il fallait le résumer en un mot, ça serait… « Meh » !

Ellipse totale

Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas terminé le jeu à 100% (76% ça va ho hein !) en un peu plus de 44 heures, sans rusher non plus.
Je n’ai pas non plus manipulé le multi. Du tout. Jamais.
Je me contenterais donc d’évoquer la trame principale et certaines missions annexes.

Tout ça pour dire que, de mon point de vue, les critères pour évaluer un jeu sont :

  • Son scénario et sa narration
  • Son gameplay
  • Ses graphismes (attention sur ce point : il n’est pas question de course à la 4K 180fps kikoolol avec 4 SLI de 1080 Ti sous azote. Le jeu doit juste être suffisamment plaisant par rapport à ce qu’on nous donne à voir. Mais je pense que ça fera l’objet d’un autre article ici)

Bon, je vais pas m’attarder sur les animations faciales…

Non, pour moi, le plus gros défaut du jeu, c’est sa narration ! Et dans une moindre mesure, son scénario.

Sérieux les mecs ! Vous vous êtes relus avant de coder ?

Pour résumer ça, je vais prendre deux exemples. (ATTENTION : SPOILER INSIDE !!!)

Les architectes d’Eos et de Voeld

Tout se passe bien jusque là. On débarque sur la première planète. On débuggue le bordel en rallumant le caveau. Ça débloque la suite de la mission principale et du coup, sans se méfier, on décolle et on file vers la planète suivante.

Là on se dit qu’il fait bien froid sur cette planète mais surtout que ça a finalement été super rapide sur Eos.
Donc on prend d’avantage son temps et on débloque les 100% de viabilité de la planète, ce qui nous amène à la dernière mission qui consiste à aller sauver des scientifiques partis tremper leurs éprouvettes quelque part dans la glace et qui ne sont toujours pas rentrés.

Bon. Soit.

Donc on y va et là, patatras, on tombe nez à… pattes, avec une vilaine bebête que l’un de nos coéquipiers appelle très naturellement un « architecte ».

Euh. OK ! Vous avez été à la fac ensemble ? C’est un ex ? Vous êtes potes sur Insta ?
Non ? Bon bah alors bordel de merde comment tu sais comme ça s’appelle ???

Et là, c’est le drame. Parce que tu comprends que t’as certainement raté un truc sur Eos qui devait t’introduire la bestiole en question.
Mais tu comprends aussi surtout que l’exploration de chaque planète suit la même trame :

  • Tu débarques : « Oh là là, c’est pas vivable »
  • Tu décoinces les spots des stations
  • Tu allumes les monolithes
  • Tu rallumes le caveau
  • Tu poses ton avant poste
  • Tu boucles les 100%
  • Et en option, tu termine les missions annexes

« Bon, ben ça va être pratique et rapide de coloniser toute la galaxie d’Andromède et ses cinq planètes à ce train là ! »

Bref. Revenons-en à mon architecte.
Parce que ça n’a pas loupé. En retournant sur Eos et après l’avoir écumé en long en large et en travers, on lance bien une quête qui fait poper le premier « architecte » qu’on est censé croiser dans le jeu après une belle cinématique grandiloquente d’introduction.

Mais, non d’un petit bonhomme… non c’est pas ça que je voulais dire :

Nom de Dieu de putain de bordel de merde : si cette rencontre avec l’architecte sur Eos doit être la première dans le jeu, pourquoi vous n’avez pas fait en sorte qu’on soit obligé de le croiser dans le fil de la narration de manière fluide et naturelle ???
Ça coûtait quoi d’intercaler ça entre deux actions de la mission principale ?

Je dirais pas que les architectes sont super importants dans le jeu, même si on en croise un dans le final et que ça sert surtout à looter des trucs mais non d’un chien, ne pas avoir apporté plus d’attention à ce détail qui semble pour vous important puisque cela constitue le point final de chaque planète (facultatif il faut dire) ?

A minima ça déçoit.

Les reliquats

Ah !

C’est drôle ça aussi.

Bon, donc on se balade toujours sur Eos. On farfouille vers un monolithe, puisqu’on nous a dit qu’il fallait aller voir ce que c’était. Et là on tombe sur une alien qui tire sur d’autres aliens. Vu que les plus nombreux nous tirent aussi dessus et qu’ils ont une barre rouge au-dessus, on les dézingue (sans savoir si l’alien qui est toute seule est sympa ou pas, mais c’est un détail n’est-ce pas ?).

Une fois qu’on a bien fait chauffer les guns, qu’on recharge tout naturellement avec des munitions locales qui sont compatibles avec ce qu’on a ramené de la voie lactée (sérieux ?), on tape la causette avec la schtroumpfette.
Entre deux banalités et son 06, elle nous explique qu’elle a donné un petit nom aux vilains pas beaux qu’on vient de dessouder : les reliquats, parce que selon elle se sont les restes d’une autre civilisation, race, rayez la mention inutile.

Bref. OK. Ça sera plus simple pour se dire sur quoi on tire.

On continue d’explorer, on vole, on tire, etc. Et là on tombe sur le vilain lieutenant du méchant big boss de cette zone de l’univers. Oui, Donald Trump et Kim-Jong-Un on un alter-ego dans Andromède.

Effrayant.

Et ce vilain E.T. nous parle le plus naturellement du monde des reliquats.
Euh, on parle de la même chose ?
A priori oui. Ils ont une page Wikipedia dans le coin ?
Non. Donc c’est marqué dessus et la schtroumpfette n’a rien inventé ?
Non plus. Donc tu nous espionne ?
Toujours pas. Ah.
Dans ce cas là, comment tu expliques qu’en ne s’étant jamais vus, jamais parlés, jamais croisés, tu utilises le même putain de mot que nous ???

On appelle ça une élipse.
NON ! On appelle ça un putain de raccourci parce que ça aurait été trop long et trop cohérent de caler deux ou trois scenes de dialogues pour colmater les brêches dans ce qui ressemble à un naufrage creatif !

Et je parlerais même pas de la façon dont est balancé le nom des Jaardan à la fin…

Ce sont peut-être des détails, mais le diable est dans les détails et quand ça nuit à ce point à l’expérience de jeu, puisque la narration est l’un des piliers dans les RPG, on frise la correctionnelle.

L’open world est au bout du couloir

Les mondes ouverts, c’est cool !

Pourquoi c’est cool ? Parce que tous les éditeurs en font. Donc, c’est que ça doit être bien !

C’est vrai que les jeux couloirs, c’est chiant… Regardez les Splinter Cell, les deux premiers The Witcher ou… les trois derniers Mass Effect. C’est pas comme s’ils avaient été mauvais, délaissés par le public et, … mais… oh wait !

Blague à part, l’open world n’a de sens que s’il propose l’expérience de jeu qui va bien avec.

Dans Mass Effect : Andromeda, la liberté de mouvement est toute relative. Aucune planètes en dehors des cinq prévues par la trame principale ne sont visitables, et on a beau se balader pendant des heures sur les planètes, il ne s’y passera rien tant qu’on aura pas débloqué les scripts prévus par la trame principale.

Ici, l’Open World est simplement comme un couloir de bus à Paris : c’est plus large qu’avant et on peut y faire des zig-zag…

D’ailleurs, ça se sent qu’il a fallu le remplir ce vrai-faux couloir. Pour ne parler que de ça, j’espère que vous aimez les scanner. Parce que pour scanner, ça va scanner : les plantes, les consoles, les planètes, les détritus volants, les câbles, etc…

Bref. De l’exploration en WiFi qui était déjà l’un des reproches fait au deuxième opus. La réutilisation (ou l’hommage, c’est selon) se voulait subtile. Elle a pour le coup été un peu trop marquée.

La narration avec son rythme, ses codes, dans la forme qui a été choisie et avec les mécaniques de jeu mises en œuvres (sur lesquelles je reviens plus bas) servent un scénario qui lui non plus n’est pas exempt de certaines remarques.

L’histoire sans faim

Sans parler de Speedrun, je pense qu’il doit être relativement facile de plier la trame principale en moins de 24 heures de jeu.
J’avoue, j’ai pas cherché les records sur le net…

Le début de la partie est quelque peu alambiqué et ce n’est qu’après plusieurs heures de jeu qu’on voit enfin où ça veut en venir, dans un remake des mécaniques adoptées par Mass Effect 3 et son effort de guerre.

Une fois qu’on a compris ça, comme je disais plus haut, les choses se répètent. Du coup, le scénario est assez linéaire.

Un couloir que je vous disais…

« Dans l’espace, y a que le début et la fin qui comptent. Le reste, c’est du remplissage (ou presque) ».

Parce que bon, quand même, faut quand même avouer qu’on ne peux pas trop se douter au départ de la façon dont ça va se terminer.
Bon en fait si, mais faut admettre que ça prend pas forcément une tournure évidente.

Bref, on croit naïvement qu’on va devoir simplement survivre dans un environnement hostile et puis bam, en plein milieu on se retrouve à devoir botter le train du Voldemort local.

Ça donne d’ailleurs lieu au cliffhanger le plus poussif depuis celui de Super Mario Bros… le film ! Cliffhanger qui a au moins le mérite de nous dire qu’il devrait y avoir un autre opus et que ne sera pas obligé d’en rester là, sur notre faim…

Tout ça pour dire que le scénario est globalement assez convenu. Et pour illustrer ça, il suffit d’évoquer la première rencontre avec les Kerts. Dont on ne sait même pas d’où le nom vient sinon qu’il a été posé là dans les dialogues par les développeurs…

Les mecs quittent une galaxie prospère, qui doit juste gérer un petit problème avec une race alien (très) hostile (oui, oh ça va hein, chacun ses problèmes !), pour un voyage de 600 ans en stase.
Ils arrivent (presque) sans encombre, ce qui est déjà inespéré en soit – mais en même temps s’ils y avait eu un problème en route ça devenait tout de suite plus compliqué de justifier la sortie du jeu et ils auraient eu du mal à payer les gens de chez Bioware – et là, suite à un créneau raté, ils tombent sur des autochtones.

Premier réflexe de ces charmants locaux à la vue d’étrangers (certes armés) ? Leur tirer dessus sans sommation.

Sans doute des anciens du Ku Klux Klan.

Et vu qu’on est à des milliards d’années lumières de la voie lactée, cette forme de vie intelligente a du concevoir des armes extraordinaires et sans communes mesures avec notre arsenal terrien…

Attendez. Il tient quoi le gros balèze là bas ? Une ? Mitraillette…

Et puis c’est pas tout. Non seulement, ils ont des guns qui ressemblent furieusement aux notres, à croire qu’ils sont ravitaillés par des chinois contrefacteurs (non je n’ai rien contre la poste), mais en plus, ce sont des bipèdes anthropomorphes…

C’est quoi le truc ?

C’était plus simple de coder des humains moches ou c’est un parti pris scientifico-artistique ?

Je dis pas que c’est impossible de croiser des formes de vies semblables à la notre dans l’univers mais quand on a la possibilité de créer quelque chose de totalement nouveau et inédit, faut pas hésiter à se lâcher les gars !

Je passe sur la mécanique de l’histoire familiale bien pathos qui sert de colonne vertébrale à un pan du scénario et qui n’apporte finalement pas grand chose sinon nous faire jouer quelques micro secondes dans la peau de l’autre personnage pour bien nous montrer qu’il peut y avoir un gars ou une fille en héros principal.

Bref. Au milieu d’un scénario assez convenu narré assez inégalement, il y a heureusement le gameplay.

Ou pas…

« Y clique à droite, y clique à gauche, et il y est »

Bon, en termes de mécaniques de jeu, ça reste très classique : tu marches, tu cours, tu roule, tu voles, tu tires, tu recharges, etc… On a fait ça des milliards de fois dans tout autant de bon ou mauvais jeux.

Mais c’est qu’il faut bien se renouveler ma bonne dame ! Qu’est ce qu’on pourrait inventer pour donner du peps à notre triple A ?

« Tient, si on lui mettait un jetpack sur le dos pour que les sauts soient plus intéressants ?
Super idée Kevin ! Mais du coup, il faut leur donner des prétextes pour s’en servir.
On n’a qu’à foutre des plateformes un peu partout, et puis s’ils foirent leurs saut, ils remettent un petit coup et hop ! ils tombent au bon endroit
Génial !

Et voilà comment on transforme un RPG en puzzle game ou un jeu de plateforme…

J’ai déjà évoqué le cas des munitions universelles qui gâchent un peu l’immersion, parce qu’en plus d’être compatible avec des armes d’une autre galaxie, ces caisses de munitions permettent de remplir les chargeurs de tous les types d’armes : du pistolet au fusil de précision en passant par la gattling Kert…

Cohérence quand tu nous tient… (Attention : un univers de SF n’a pas besoin d’être réaliste, mais cohérent…).

Cela dit, on imagine assez bien que cela était rendu indispensable pour la partie multi… Mais c’est dommage.

Dans le même genre de truc dommage chiant : pourquoi, à chaque fois que je remonte dans mon vaisseau pour changer de caleçon, il faut forcément décoller pour se mettre en orbite ?
Sérieux ! C’est plus un vaisseau spatial, on dirait un bar à putes néerlandais : à chaque que tu es dedans c’est pour t’envoyer en l’air…

Mais bon, à la limite, tout ça, on peut s’en accommoder.

Non, la palme ça reste quand même le mode de déverrouillage des consoles reliquates…

Je le rappelle : on a parcouru des milliards d’années lumières en état de stase pendant 600 ans en étant parti à une époque déjà avancée de l’évolution humaine.
On débarque dans une zone inconnue, vierge de notre présence, chez des gens qui, s’ils existent, ne nous connaissent pas…
On s’amuse à bricoler leur technologie (petit miracle aussi soit dit en passant), et le dispositif de sécurité ultra avancé de cette espèce consiste en… des sudokus…

Oh putain !

J’ai rien contre les sudokus (ni contre les couilles au nord) mais dans le genre « je te casse toute idée d’immersion dans un univers galactique immense dangereux et majestueux » ça se pose là…

A ce rythme là, le prochain opus sera développé par Telltate et faudra jouer au morpion pour décider du sort de l’univers.

Remarquez que c’est raccord avec le look et le stuff des kerts : tant qu’à nous piquer notre dégaine et notre techno, prenez nos passe-temps de chiottes aussi !

« The beginning is the end is the beginning »

Le pire dans tout ça ?

C’est qu’on attend la suite au moins pour voir comment ils vont corriger le tir sur les points que la plupart des joueurs ont critiqués. Un peu comme cela avait été le cas d’opus en opus sur la première trilogie.

Perso, je vais me laisser encore du temps avant de relancer un new game + ou de tenter de toucher aux 100% sur ma partie principale.

Que retenir ?

Qu’il s’agit des fondations d’un nouvel arc narratif, maladroit par certains aspects mais néanmoins plaisant (malgré tout le mal que j’ai pu en dire).

Sur ce, je retourne sur For Honor.

Becoming Steve Jobs

Après avoir désespéré de ne le voir jamais traduit un jour, je suis tombé par hasard sur la version française du dernier ouvrage sur Steve Jobs, encensé par la critique outre-atlantique : « Becoming Steve Jobs » de Brent Schlender et Rick Tetzeli.

Sur le papier, ce n’est pas une biographie. C’est même l’anti-biographie officielle, en réaction au récit « approuvé » de Walter Isaacson qui rempli ce rôle. De nombreuses personnes avaient reproché à l’ouvrage, par ailleurs très factuel, de dresser une image déformée du fondateur d’Apple en insistant beaucoup sur son caractère rude et colérique.

Ce n’est donc pas une biographie, mais plutôt un témoignage de Brent Schlender, journaliste américain, qui a côtoyé Steve Jobs en de très nombreuses occasions dans le cadre de son travail. Appuyé sur ses souvenirs, ses notes, ses interview, et sur une documentation conséquente, « Becoming Steve Jobs » est à la frontière entre le récit intime et le documentaire.

Du coup, il n’excelle ni dans un registre ni dans l’autre…

En fait, on pourrait résumer le livre en une formule :

« Oh ben non, moi le Steve Jobs que j’ai connu dans le cadre de mon travail ne correspond pas du tout au portrait qui en est fait dans le bouquin d’Isaacson »

Etait-ce suffisant pour en faire un livre ? Oui, certainement. Mais ce qui a pêché, c’est la façon de le présenter…

Premier écueil et non des moindres, si l’ouvrage se veut une critique à peine voilée de la biographie officielle, il est pourtant assez compliqué d’en apprécier le contenu, le ton et le propos si l’on a pas justement lu cette fameuse biographie officielle.

Un peu ennuyeux, non ?

L’auteur ne raconte pas la vie de Steve Jobs. Il prend appui sur ses rencontres professionnelle avec ce dernier, rencontres qu’il faut donc replacer dans la chronologie de la vie du fondateur de la firme à la pomme.
Du coup, c’est cette chronologie qu’il faut avoir sans cesse à l’esprit si l’on ne veut pas être perdu dans les anecdotes qui s’enchainent de manière à peu près cohérente dans le récit tel qu’il a été pensé par l’auteur, mais au prix d’incessant va et vient dans le temps qui peuvent vite devenir perturbant si l’on n’a pas un certaine maitrise préalable des grandes lignes de la vie de Jobs.

Sur ce point, on peut au moins reconnaître à la biographie initiale, même pour ceux qui lui font tant de reproches, qu’elle a adopté un structure simple et classique, en balayant l’ensemble de la vie de Steve Jobs, depuis sa naissance jusqu’à son décès en passant par toutes les étapes connues ou non de ses parcours personnels et professionnels.
D’aucun trouveront cette approche d’une banalité déconcertante, avec ce sentiment de structure de récit vu et revu, mais au moins, le lecteur n’est pas perdu et avance dans le temps autant que dans le récit.

Ici, le récit démarre par la première entrevue de l’auteur avec Jobs chez NeXT, à un stade donc déjà avancé de sa carrière, et s’achève après les obsèques en 2011. On est contraint d’entrée de jeu à un retour en arrière.
Introduire le livre par leur première rencontre trouve une certaine logique (quand on se met à la place de l’auteur), mais quiconque ne sait pas d’entrée ce que c’est que NeXT et à quelle période cela se situe est condamné à subir un récit à la première personne déroutant et fatiguant.

Deuxième écueil, le l’ouvrage donne le sentiment d’être d’avantage les mémoires de son auteur qu’un véritable récit à propos de Steve Jobs.

On se rend compte en effet à la lecture, que le livre est l’occasion pour l’auteur de revenir sur sa propre vie, sa propre carrière, comme un grand coup dans le rétro. C’est comme un catalogue de souvenirs, focalisé sur Steve Jobs.

Cela donne nécessairement un récit partiel et partial.

Partiel d’abord parce que même avec le travail de recherche complémentaire mené par les auteurs pour contextualiser les rencontres évoquées et combler les blancs de l’histoire en marche se déroulant entre deux rencontres, certains épisodes sont omis, vite évacués ou passés sous silence. Nous sommes loin d’une approche exhaustive que cherchait à atteindre le premier opus.
Partial ensuite parce que, comme dit en introduction, ce n’est pas tant un récit de la vie de Steve Jobs qu’un recueil des mémoires de l’auteur narrant ses différentes entrevues ou rencontres avec Jobs. Les rapports humains sont forcément subjectifs, même lorsqu’on est journaliste et qu’on s’efforce tout de même de confronter ses sources et d’apporter la vision la plus neutre possible.
Partial encore par le fait que certains événements mis en exergue par un effet de dramatisation et de mise en scène extrême (la scène de l’interview conjointe de Jobs et Gates réalisée à l’époque par l’auteur) sont principalement importants du point de vue de l’auteur mais dont ce dernier fait le momentum du livre.
La plupart du temps, nous sommes en face de petites histoires, qui ont certes fait la grande, mais qui ne se placent toutefois pas au niveau de certains autres événements majeurs, dont l’auteur n’était sans doute pas le témoin mais qui constituent des marqueurs bien plus puissants de la vie de Jobs.

Ce qui fini de donner un sentiment étrange à la lecture de cet ouvrage, c’est le caractère quasi biblique donné à la parole de Tim Cook, actuel CEO d’Apple.
Absent du premier volume (sans doute parce que son témoignage au moment où était rédigé le livre ne semblait pas indispensable) les quelques phrases dont il gratifia l’auteur ont été abondamment récitées, commentées pendant la phase de promotion du livre. A tel point que c’est ce qui a fait dire que cette deuxième « biographie » de Steve Jobs était une version « approuvée » par Apple, là où la première était seulement « approuvée » (et de loin) par le défunt cofondateur de la firme pommée.
A tel point que l’ouvrage aurait pu s’intituler :

« Non sérieusement, ne lisez pas le bouquin d’Isaacson, il est mauvais et il raconte que des trucs pas cool sur Steve Jobs. Lisez plutôt ce tout nouveau livre qui a aussi une couverture en noir et blanc et avec des vrais morceaux de Tim Cook validés dedans. Apple c’est cool et on est tous des types super sympas ! »

Au final, on se dit qu’on aura droit d’un côté au récit terriblement froid mais neutre d’Isaacson (la version littéraire de l’article Wikipedia en somme) qui répond à la question « Quelle a été la vie de l’un des plus grand entrepreneurs de la Silicon Valley ? », et de l’autre, une probable myriade de témoignages tous présentés comme authentiquement sincères et documentés, présentant forcément à chaque fois le vrai visage de Steve Jobs, vrai visage auquel l’ouvrage d’Isaacson ne serait selon eux pas à même de rendre hommage.

Lien vers l’image à la une sur Flickr

Bilan du projet 365 (2015)

Comme les abonnés à mon fil Twitter ou mes connaissance sur Facebook ont pu le suivre tout au long de l’année écoulée, je me suis lancé en 2015 dans la réalisation d’un projet photo au long cours.

Il s’agit d’un projet 365. Le principe est simple : prendre et publier une photo chaque jour. C’est un challenge de taille. Hors de question en effet de publier jour après jour des clichés que l’on aurait pris auparavant ou de faire de longue sessions photos quand on en a le temps, de se faire un petit stock que l’on publierais au fur et à mesure.

Non, le but est véritablement de photographier chaque jour.

C’est à la fois un principe simple tout autant que contraignant. Il faut en effet dégager un peu de temps chaque jour pour prendre la photo (en passant un peu de temps pour la recherche du sujet, la composition, la prise de vue, etc…). Puis passer le temps nécessaire au développement de la photo sur son ordinateur. Et enfin, prendre le temps de publier la photo sur le net.

A la fin de l’année, tout ce processus prend de moins en moins de temps. La routine est bien en place, et la publication surtout est plus rapide. Surtout quand on s’appuie sur IFTT pour le dispatch automatique des publications sur les différents réseaux.

Le travail de retouche gagne lui aussi en efficacité. On retravaille ses clichés plus rapidement et on sait un peu plus instinctivement quels curseurs manipuler et comment.

Et bien entendu, c’est à la prise de vue que l’on s’améliore naturellement. La répétition de l’exercice et l’augmentation de la pratique affine le point de vue, l’oeil du photographe et la pleine prise en main des règles classiques de compositions (pour les suivre ou non !)

Autant le dire tout de suite : pari réussi ! 365 photos ont été prises et sont visibles ici : https://www.flickr.com/photos/broupm/albums/72157650047769361

Le challenge en valait la peine et il a été relevé. Ca n’a pas été sans quelques difficultés par moment, mais l’organisation mise en place à permis d’aller au bout.

Je consacre donc ce tout début 2016 pour réaliser le « making-of » du projet en évoquant la méthode, l’organisation mise en place, les outils de travail, ainsi qu’un historique de chaque photo et plus globalement une synthèse des clichés (mes tops / flops, les catégories, etc…)

Tout ceci sera visible sur le site web consacré à mon activité de photographe et plus particulièrement la section dédiée à ce projet : projet365.pierremariephotographie.fr

Des séries de vidéos viendront compléter ce making-of à travers des cas pratiques et des explications plus détaillées.

J’ai hate !

Inquisitio de Nicolas Cuche

Naufrage…

Petit préalable : je n’ai pas regardé la série à la télé, en dehors des quelques premières minutes qui m’ont très vite fait renoncé. Narration pauvre, mise en scène approximative. Bref, une saga ambitieuse, mais au rabais.

Quand j’ai découvert Inquisitio en librairie (oui, comme pas mal de monde, je repère les livres en librairie, mais je les commande sur Amazon ;)) je me suis dit « Pourquoi pas ! Après tout, on n’est pas à l’abris d’une surprise ».
Et surprise malheureusement mauvaise il y a eu.

Je ne reviendrais pas sur le traitement du contexte historique qui a déjà été largement commenté : poncifs et autres idées reçues sur le moyen-âge, l’inquisition et l’Eglise, à la limite de la malhonnêteté intellectuelle.

Si encore l’histoire développée au sein de ce contexte, pouvait rattraper le coup, on pourrait presque pardonner à moitié les errances historiques et idéologiques qui sous-tendent le roman et la série idoine.

Car c’est aussi là que le bas blesse.

Une intrigue policière sans rythme, avec des protagonistes sans charisme, dont les actions sont prévisibles. Et que dire de l’intrigue familiale dont on se demande ce qu’elle vient faire là en dehors d’apporter la touche « saga de l’été » chère à France Télé…

D’ailleurs, si on amputait le récit de cette variation familiale, dont le fait qu’elle ait été placée en scène d’ouverture laisse entendre qu’elle est la charnière de l’histoire alors qu’il n’en n’est rien, on arriverait à peu près au même résultat, les bordées dégoulinantes de bons sentiments en moins…

Car il apparaît clairement que la série à précédé le livre, qui n’est qu’une traduction sans saveur du scénario qui peine à retranscrire les émotions ou les véritables enjeux de l’intrigue.

Vite oublié

Bref. Ca se lit, vite de surcroit, ce qui présente au moins un avantage.

Si vous avez vu la série, même a 5€ sur Amazon, passez votre chemin. Pour les autres, à ce prix là, c’est une lecture d’été divertissante pour peu qu’on ne soit pas trop exigent sur le style et qu’on passe outre le parti-pris de l’auteur et la relative faiblesse de l’intrigue.