Bilan des lectures de Mars 2018

La magie du matin (Critique)

L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Loin d’être un adage désuet, cette formule ne vaut pourtant rien a elle seule. En effet, à quoi servirait-il de se lever tôt juste pour le plaisir ou le défi de se lever plus tôt que les autres si ce n’est pour faire quelque chose de ce nouveau temps trouvé ?

Ce petit livre vous permet de mettre en place une routine matinale efficace si vous courrez après le temps !

Le feu et la fureur

Ce type est un fou.

Non. Un fou peut potentiellement avoir une excuse. Lui, n’en n’a aucune.

On dit de lui qu’il agit comme un enfant. Mais à un enfant, on pardonne. Pour lui, il semble acquit au contraire que le tribunal de l’histoire sera impitoyable et qu’aucune circonstance atténuante ne pourra lui redonner un peu de crédit.

Mais au-delà de Trump, le livre nous éclaire sur tout son entourage, des personnages qui, vu de chez nous, sont finalement assez invisibles.

Dieu sait encore ce que l’avenir nous réserve avec cet énergumène, arrivé malgré tout au poste suprême sans en avoir ni le talent ni les capacités.

Mais s’il occupe physiquement le poste, la question reste entière à la l’issue de la lecture de savoir qui dirige réellement les Etats-Unis d’Amérique et leur politique…

150 phrases entendues à la machine à café

Un livre au Pitch rigolo qui compile pas mal de répliques cultes ou autres citations plus ou moins célèbres.

Toutes ne se prêtent hélas pas à être ressorties dans nos conversations du quotidien !

Cela n’en demeure pas moins un petit recueil sympathique de petites phrases auquel il ne faut rien demander d’autre que de tenir le rôle d’anthologie.

Fils de la nation

Déjà objet d’une bibliographie conséquente (sans parler de la production télévisuelle), Jean-Marie Le Pen est un personnage qui, quoi que chacun en pense, fascine d’une certaine manière et est un homme de médias (même s’il les a longtemps accusé de ne pas bien le traiter).

Autant dire que les mémoires de l’un des derniers dinosaures de la politique française du XXe siècle étaient très attendues.

Pas pour d’éventuelles révélations, d’autant que ce premier tome ne s’attache finalement pas à la période la plus polémique du bonhomme, mais bien plutôt parce, pour une fois, les choses ne son pas racontées par le regard et les mots d’un autre. Non que les faits aient été trafiqués par ceux qui s’étaient attachés auparavant à dépeindre l’histoire de Jean-Marie et des Le Pen, mais justement, on ne pourra pas dire (et l’auteur en premier lieu) que les propos ont été interprétés, etc…

Ce qui est écrit, est écrit. Les mots ont un sens et l’ambiguïté, toujours possible, est plus délicate à manier.

Sans surprise, on n’y apprend pas grand chose, à part peut-être l’épisode de l’officier Allemand presque tué d’une balle dans le dos.

Comme ce premier tome ne s’intéresse qu’assez peu à la politique et qu’il s’attache surtout aux jeunes années du tribun, le récit est plutôt « consensuel ». Tout juste y trouve t-on une digression sur l’immigration digne d’une fin de repas arrosé.

Le deuxième volet, prévu pour bientôt, sera à coup sur tout aussi instructif, mais beaucoup plus polémique… #popcorn

Thrawn

Une fois que l’on a goûté à la plume de Tymothy Zahn et découvert le personnage de Thrawn, on ne peut que ressentir le besoin de le retrouver. Si le personnage est à classer du côté des « méchants », sa personnalité est plus complexe et nettement moins manichéenne que l’on serait en droit de l’attendre. Le tour de force de Tymothy Zahn est de nous permettre de nous identifier à ce « héros » dont on apprécie la force de caractère et le flegme.

La langue géniale

Une déclaration d’amour au grec ! Le terme n’est pas volé.

Helléniste contrarié (et contrariant), la lecture de cette véritable pépite est une bénédiction.

Dans un style à la simplicité bienveillante, Andrea Marcolongo dédramatise complètement le sujet et ferait presque passer l’apprentissage du grec ancien pour un parcours de santé !

S’il ne faudrait pas nier les efforts à mettre en oeuvre pour dompter le grec ancien (mais quelle discipline ne demande ni efforts ni… discipline ?) l’approche du livre faire (re)découvrir les subtilités qui font la beauté de cette langue, dont les notre sont largement les héritières.

La richesse et la poésie de la langue grecque ne demande qu’à être découverte, même si vous n’avez aucune intention de lire du grec.

Même si pour vous, le grec constitue de mauvais souvenirs des bancs de l’école, je vous recommande chaleureusement la lecture de « La langue géniale » qui saura vous réconcilier avec cette belle langue !

J’ai tué le fils du chef

L’ouvrage de Denis Robert, s’il aborde la même affaire, ne se situe pas dans le même registre.

Il s’agit plutôt d’un exutoire destiné à tourner la page de cette affaire qui aura marqué la vie de l’auteur.

Jeune journaliste à l’époque des faits, cette affaire, comme pour beaucoup de journalistes sérieux ou d’hommes de loi, va lui coller à la peau. Tel un fantôme, ce feuilleton judiciaire va hanter l’auteur pendant toute sa carrière. Mais bien au-delà, le livre témoigne de la place que peut prendre l’affaire dans la vie respective de chacun de ses observateurs.

Une page que Denis Robert met un point d’honneur à tourner dans la conclusion de l’ouvrage, après avoir passé en revue tous ses souvenirs, illustré par ses articles, les photos d’époque, et un regard désormais plus détaché des faits.

Ce livre constitue une pièce majeure pour qui voudrait dépasser le cadre purement journalistique de l’affaire et la découvrir à travers les yeux, les mots et les sentiments de l’un de ses témoins privilégié.

Ready Player One

Décidément, un paquet de lectures aura été dicté par l’actualité ciné ou télévisuelle. Autant que faire se peut, je lis ce qui va être adapté avant de voir le résultat sur écran. Dans le cas de Player One, encore une fois, il valait mieux lire avant de voir. De nombreuses libertés ont été prises avec l’histoire alors que celle du livre était parfaitement adaptable en l’état.

Ce livre est une véritable bouffée de jeunesse pour qui a vécu dans les années 80 et 90 et un hommage vibrant à cette pop culture encore vivace, sans tomber dans les travers du fan-service ou à l’inverse dans la condescendance moqueuse que l’on a pu voir dans d’autres films ayant pour sujet le jeu vidéo. Pour ceux qui aurait seulement vu le film, je vous encourage plus que vivement à vous plonger dans cette lecture !

Armada

Du même auteur que Ready Player One, Armada ne parvient hélas pas à égaler la réussite du premier. Très inspiré de l’histoire du film Starfighter, le roman se laisse lire de manière assez plaisante mais on n’atteint jamais le même souffle épique que dans Ready Player One. Certains passages sont d’ailleurs assez plats et contrastes assez singulièrement avec l’ampleur (physique ou émotionnelle) de la scène qu’ils racontent. A recommander dans tous les cas pour ceux qui ont aimé Ready Player One (et les autres) !

Mon challenge lectures 2018

UPDATE AU 09/07/2018 : 52 livres / 52  : CHALLENGE REUSSI !

Cela fait longtemps que je me désespère de ne pas parvenir à lire autant que je le souhaiterais. Non que je lise peu – j’estime être dans une moyenne honorable – mais mes envies de lectures dépassaient de loin le temps que je pouvais y consacrer.

Problème insoluble ?

Comme le veut l’expression :

« Il n’y pas de problèmes, il n’y a que des solutions. S’il n’y a pas de solution, c’est qu’il n’y a pas de problème. »

Restait donc à trouver comment faire !

Issu d’une formation littéraire et historique, j’ai toujours énormément lu.
C’est en dressant le bilan de mes lectures de l’année dernière, année qui n’est certainement pas ma plus riche en matière de lectures mais pendant laquelle je renouais avec un volume relativement important , que je me suis fait la réflexion qu’il serait stimulant de garder le rythme et de se fixer un objectif chiffré de livres à lire sur l’année 2018.

Je connaissais le principe des « challenges », consistant à avaler un nombre donné d’ouvrage sur une période définie (en général un an), mais je n’y avais jamais prêté plus attention que cela. Trop de contraintes, trop d’autres occupations, etc…

Mais les choses changent (encore heureux) et mes envies aussi.
Entre les nouvelles publications dans mes genres de prédilections, les classiques manquant à ma culture ou que je souhaite relire, les anciennes lectures que je souhaite également dépoussiérer, les ouvrages à découvrir en dehors de ma zone de confort et les missions de critiques, mon horizon littéraire s’est considérablement élargi.

Partant de mon « score » de l’année dernière, je définissait un objectif raisonnable et atteignable, c’est à dire 25 ouvrages dans l’année.

C’est une valeur couramment choisie par ceux qui se fixent ce type de challenge.

Pour arriver à tenir cet objectif, dont le contenu restait pour le moment incertain (c’est à dire par rapport à ce qu’allait être ma liste de lecture), je mettais en place des dispositions simples (basiques) me permettant de dégager du temps de lecture :

  1. Me lever plus tôt le matin. C’est tout bête mais, entre autre choses, que je détaillerais plus tard dans l’année quand je parlerais du livre La Magie du Matin, cela permet de disposer de 30 à 45 minutes de lectures. Additionnées sur une année, cela fait pas mal de pages avalées !
  2. Toujours avoir le livre en cours ou un livre de secours sous la main : format papier ou numérique, via l’iPad ou le téléphone.
  3. Mais ce qui me fait vraiment gagner du temps de lecture, c’est la cure d’abstinence de toute consultation des réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Youtube, etc…). On ne se rend pas compte du temps perdu passé sur ces sites pour des raisons tout à fait futiles.

Avec tout ceci, conjugué au fait que je lise relativement vite, m’a assez rapidement indiqué que je dépasserais les 25 ouvrages initialement visé.

Je révisais donc cet objectif en le passant à un livre par semaine, soit un total de 52 livres au total sur l’année.

Je réactualiserais cet article à mesure de la progression de ce challenge, outre les différents articles « critique » qui émailleront l’année.

La magie du matin d’Isalou Beaudet-Regen

La magie du matin fait partie de ses ouvrages « feel good » qui tâchent de vous faire positiver et vous donner les clés d’un quotidien plus radieux.

J’ai découvert ce livre grâce à Bertrand Soulier et l’ai intégré à ma pile à lire du mois de mars.

Prendre le temps

Quand on s’intéresse un petit peu aux maux de notre époque ainsi qu’à la vie des entreprises, on se rend compte que ce qui manque le plus aux gens, ce n’est pas tant de l’argent, de la gloire ou du pain, mais bien plutôt… du temps !

Du temps pour soi et ses projets, du temps pour sa famille et ses proches, du temps pour se cultiver, partager, du temps pour pouvoir faire convenablement son travail, du temps pour ne plus être obligé d’être de courir contre la montre…

Hélas, le temps est l’une des denrées les plus rare de notre époque. Contrairement à l’argent ou la nourriture, il n’existe pas de méthode ou d’outil pour en produire d’avantage.

Alors, comme pour la gestion de l’espace, on a inventé tout un tas de choses pour optimiser l’utilisation du temps comme les outils de productivité pour accélérer le traitement de certaines tâches ou leur mise en parallèle.

Mais quand on a fini de rembourrer tous les micro trous du planning pour y loger la moindre parcelle d’activité, il arrive un moment où c’est le trop plein. Alors, soit on se déleste d’un certain nombre d’activités, soit on tombe dans un burn-out, soit on augmente encore un peu plus sa surface de temps exploitable.

C’est cette troisième voie, qui permet d’éviter les deux premières, que nous permet d’explorer « La magie du matin ».

Encore un matin

Réputé moins extrême que le renommé « Miracle morning » (que je n’ai pas encore lu), la magie du matin propose une approche bienveillante, plutôt douce et qui permet de se mettre en ordre de marche pour gagner ces moments en plus dans une journée.

Entrecoupé de témoignages (dont certains un peu cul-cul quand même) l’auteur met en place progressivement tous les éléments pour nous emmener à enfin nous lever plus tôt et mettre efficacement à profit ce nouveau temps retrouvé.

Car à quoi cela servirait-il de se lever de bonne heure si cela ne visait que la performance ?

J’ai expérimenté cette méthode, qui n’a hélas pas résisté à des vacances en famille, et je voudrais retenter l’expérience pour vous en livrer ici un bilan plus complet.

Bilan des lectures de janvier et février 2018

La trilogie du Jedi Fou

Indéniablement ce qui aurait du être à la base des épisodes VII, VIII et IX de la saga galactique. A des années lumières des scenarii bancaux des opus filmiques de l’ère Disney, on y trouve une intrigue propre et maîtrisée, des personnages forts et attachant, des scènes de space opéra grandioses sans être grandiloquentes. Bref, on se réfugie dans cette lecture, roulé en boule sous la couette en pleurant toutes les larmes de son corps en repensant aux étrons projetés dans les salles obscures.

Terre et fondation

Fin en apothéose de cette grande fresque spatiale entamée pour ma part en 2017 !

Une lecture toujours aussi plaisante et qui débouche sur la révélation du pourquoi de toute cette entreprise. Un délice !

Le sang des 7 rois (Tome 2)

J’avais démarré la lecture de cette saga l’an dernier et à l’époque j’étais un peu dubitatif sur la suite qu’allait prendre cette série.

Mes doutes ont hélas été confirmés de tome en tome.

D’abord petite histoire médiévale-fantastique qui se prolonge en épopée heroic-fantasy plus classique, l’intrigue fini par partir dans une direction complètement WTF avec des vaisseaux spatiaux et un conflit galactique…

Carbone altéré

Adapté là encore par Netflix sans que le matériaux d’origine ne soit saccagé, ce roman se laisse dévorer sans peine. Proposant un rapport intéressant à l’immortalité sur fond d’enquête policière, le livre brasse énormément de choses à propos de la nature humaine et de ses travers. Une lecture passionnante dans un univers de SF maîtrisé de main de maître par son auteur.

Et toc !

Un livre au Pitch rigolo qui compile pas mal de répliques cultes ou autres citations plus ou moins célèbres.

Toutes ne se prêtent hélas pas à être ressorties dans nos conversations du quotidien !

Cela n’en demeure pas moins un petit recueil sympathique de petites phrases auquel il ne faut rien demander d’autre que de tenir le rôle d’anthologie.

Nano

Je suis enfin parvenu au terme de la trilogie « Greg Mandel » de Peter F. Hamilton, qui constitue l’une (sinon la seule) des incursions de l’auteur dans autre chose que du Space Opera. Toujours aussi plaisant à lire et concluant parfaitement toutes les intrigues ouvertes, on est presque triste de laisser là notre héros dans un final époustouflant qui tient bien ses promesses.

L’art subtil de s’en foutre

Un livre au titre (volontairement) provocateur mais qui renferme, sinon la solution à tous les problèmes existentiels, du moins quelques clés pour dédramatiser et avancer dans sa vie.

S’il est rempli de bons conseils, il ne faut évidement pas tout prendre au pied de la lettre et l’envisager surtout comme un témoignage personnel.

Néanmoins, c’est une lecture stimulante, à renouveler périodiquement selon moi (comme pas mal d’ouvrages de développement personnel en somme).

Gregory, la machination familiale

J’ai comme beaucoup de monde été marqué par « l’affaire Grégory ». D’autant plus que, né en 1984 – année du drame – j’ai pour ainsi dire toujours vécu avec.

La relance spectaculaire de l’affaire en 2017 a généré un déferlement de publications dans la presse (une constante dans cette affaire) et plusieurs ouvrages.

Celui de Patricia Tourancheau nous livre une approche très documentée, pour lequel elle est retourné interroger des protagonistes de l’époque.

Bien que l’on termine la lecture avec des soupçons, voire peut-être une intime conviction, l’auteur reconnait elle-même qu’aucune réponse claire n’existe à ce jour et qu’il faut attendre, encore, que quelqu’un parle…

Factuel et dépassionné, « Gregory, la machination familiale » constitue, à date, une bonne synthèse de l’affaire.

Bilan des mes lectures en 2017

Alors que 2017 vient de toucher à sa fin, petit retour sur mes lectures de cette année féconde !

Autant que faire se peut, j’essaie de toujours avoir un livre en cours de lecture. Sans m’être imposé de véritable « programme de lecture » (même si je garde bien au chaud une liste de livres à lire ou à relire) j’ai tâché d’enchaîner les lectures tout au long de l’année.

Cela donne un mélange assez bariolé au final issu de cadeaux, de livres attendus, de livres confiés à mes soins pour avis et critique, de découvertes inattendues ou de blockbuster dont le succès commercial m’effraie.

Bref, on touche à tout.

Voici donc la liste de mes lectures de l’année, par ordre chronologique d’apparition. L’idée n’est pas de faire un résumé ou une critique de chacun d’entre eux (ça serait trop long et trop pénible pour vous) surtout que certains ont eu droit à leur article dédié, ce qui sera rappelé en temps utile.

Un livre extrêmement bizarre. Bon, le contexte de lecture a peut-être joué sur ma perception puisque j’étais malade comme un chien et que j’avais en partie la tête ailleurs.
Mais quand même.
Le propos de ce livre n’est pas inintéressant, mais le style et le ton qu’il prend en rend la lecture vite fastidieuse.

En gros, ça pourrait être le guide des complots écrits par Tonton Robert sur la base de ses conversations bourrées de fin de soirées de réveillon.
J’exagère, mais à peine.

Je ne suis pas certain que le ton provocateur du livre serve aussi bien son propos que ce à quoi l’auteur s’attend (si tenté que l’auteur s’intéresse à ce que penseront les lecteurs tant le ton employé est moralisateur, condescendant et limite colérique).
C’est un style. On aime ou pas. Mais dans le cas présent, je reste convaincu que cela dessert le propos du livre, pertinent à certains égards, même s’il ne faut pas se faire berner par le second degré permanent.

Au final, un ouvrage non dénué d’intérêt mais oubliable dans le sens où il est clairement marqué par son époque et qu’il vieillira extrêmement mal (comme tous les livres politiques inondant les étalages des librairies).

Clairement mon livre et mon coup de coeur de l’année.

Pour le coup, ce livre traînait depuis des années dans ma liste de lecture, surtout après ne pas avoir pu assister à une masterclass de Christopher Vogler à Lyon en 2012, ce dernier ayant été élève de l’auteur du livre. Ayant plusieurs projets d’écriture en cours (j’en reparlerais) une telle opportunité était la bienvenue. Occasion manquée, mais pour mieux faire autrement !

Plus de cinq ans malgré tout pour enfin le lire, au gré des indisponibilités chez les libraires (même en ligne) des autres lectures, etc… C’est à l’occasion de sa (re)sortie en poche et d’un cadeau opportun à Noël qu’il est enfin arrivé entre mes mains !

Quoiqu’assez ancien, ce livre est indémodable. Son propos n’a pas pris une ride et ce qui y est détaillé peut (et doit) toujours être mis en application lorsque l’on cherche à raconter une histoire.

En synthèse, ce livre pose le principe selon lequel toutes les histoires reposent sur les mêmes mécaniques, à savoir le parcours du héros.

L’ouvrage se compose de deux parties : la première expose et détaille le parcours type du héros depuis son départ jusqu’à son retour en passant par toute les étapes et épreuves qui se dressent sur son chemin. Cette partie, fortement illustrée par des exemples tirés de récits religieux, de légendes ou de la littérature, permet de prendre toute l’ampleur de la similitude des principes sous-tendant chaque récit et met le doigt sur l’affirmation selon laquelle « toutes les histoires ont déjà été racontées, seule la forme diffère ».

Cette première partie est synthétisée en une page, dense et efficace, qui devrait servir de guide à tout créateur d’histoire (hein Rian Johnson !).

La seconde partie est beaucoup plus théorique et complexe, quoique plus courte que la première. L’auteur y aborde le monomythe sous un angle anthropologique et psychologique. Tout l’intérêt du livre réside bien entendu dans la combinaison de ces deux parties éminemment complémentaires.

En conclusion, il s’agit d’un livre exigeant, qui ne se lit pas comme le dernier Musso pour peu que l’on s’intéresse quelque peu au sujet. Même pour sa culture personnelle, il convient d’en concevoir une lecture posée, presque avec une prise de note pour pouvoir aller approfondir tel ou tel aspect en allant chercher dans les références citées.

Dire que j’aime beaucoup l’oeuvre de Peter F. Hamilton serait un euphémisme. Malgré tout, je n’aime pas le terme de « fan » trop connoté et part trop extrême. D’autant que certains ouvrages du britannique sont objectivement moins bons, y compris dans ses travaux récents.

Je pense en particulier à la Grande Route du Nord qui n’est pas à la hauteur de ses saga précédentes comme celle du Commonwealth (qui reste son oeuvre de référence et de loin), la trilogie du vide ou même la trilogie Greg Mendel. J’ai d’ailleurs « calé » sur le tome 1 de la Grande Route du Nord l’an dernier. Il faudra que je m’y replonge.

Le diptyque des naufragés du Commonwealth est de mémoire la troisième oeuvre d’Hamilton que je lis. Je suis donc encore loin d’avoir tout dévoré.

La qualité d’écriture est indéniable et l’intrigue y est haletante. L’ellipse temporelle entre les deux tomes peut paraître déconcertante au premier abord mais plus le récit avance dans le tome 2 et moins cela pose de problèmes.

Nous ne sommes pas dans le même élan épique que dans la Saga du Commonwealth mais force est d’admettre que le récit garde en haleine, que les personnages sont bien écrits et que l’auteur a su marier à la perfection l’ensemble de ses univers : celui du Commonwealth et celui du vide.

A ce propos, n’espérez pas comprendre l’histoire et survivre à la lecture sans la lecture préalable des sept tomes que constituent la saga du Commonwealth et la Trilogie du Vide. Ce serait ambitieux mais risqué. D’autant que cela vous priverait de grands moments de littérature.

Un livre ainsi qu’un auteur que je recommande chaudement donc !

Inutile que je vous inflige un nouveau commentaire de ce livre, découvert par hasard à l’occasion d’une proposition de lecture pour critique.

Que dire de plus que ce que j’ai déjà pu en dire (mon avis sur ce bouquin n’a évidemment pas changé) : espérer que 2018 ne nous apporte pas une suite !

Idem que ci-dessus : rien à ajouter à mon article. Quoique rétrospectivement parlant, après la sortie du dernier Dan Brown, la structure du récit de Vaticanum a pris un sérieux coup de vieux !

D’éculées, les méthodes d’écriture mise en oeuvre par Dos Santos sont désormais… ringardes !

Typiquement un livre à côté duquel je serais largement passé à côté s’il n’y avait eu une avalanche d’articles, de brèves et de copier / coller du communiqué de presse de l’éditeur.

En pareil cas, avalanche de biens, nuit. Surtout lorsqu’il y a unanimité. L’unanimité, en bien comme en mal, est souvent mauvais signe.

Je ne vais pas vous infliger un nouveau commentaire de cet ouvrage sur lequel j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer largement.

J’espère sincèrement qu’un ouvrage traitant du même sujet mais de manière plus large et documentée verra le jour en 2018. Il y a tant à dire sur les bullshit jobs !

En repensant à ce livre, je me suis fait la réflexion suivante : « C’est comme le dernier Star Wars : beaucoup de potentiel mais sous exploité, mal raconté et une fin décevante ».

Malheureusement le lot de beaucoup d’histoires que l’on nous raconte de nos jours.

Rien à ajouter. Passez votre chemin.

Comme quoi, c’est utile par moment de flâner dans les rayons de sa librairie de quartier !

Ce premier tome d’une série de sept volumes trônait fièrement sur l’étagère devant laquelle je me tenais à la recherche de … rien de spécial au final.

Une lecture rapide du quatrième de couverture et un tour sur 2-3 sites pour consulter les avis des lecteurs et me voilà repartis avec le livre sous le bras.

Il est trop tôt pour que j’en livre une critique. Je préfère pour cela avoir bouclé l’ensemble des sept tomes.

Tout ce que je peux en dire à ce stade c’est que passé un démarrage un peu confus et au-delà d’un style de langue assez particulier sans être rebutant, on se laisse prendre par l’intrigue et on enchaîne assez vite les chapitres.

Reste à voir comment tous les enjeux mis en place dans ce premier volume seront développés par la suite.

S’il y a J.R.R. Tolkien pour l’Heroic-Fantasy, il y a Isaac Asimov pour la Science-Fiction. Le genre y trouve ici ses lettres de noblesses : un récit centré sur des personnages forts, nombreux car l’histoire se déroule sur des centaines d’années, mais toujours bien présentés et développés. Des enjeux forts dans un univers cohérent et riche. Le tout servi par un contexte de space opéra magistral !

Voilà, tout est dit…

Une série que tous les réalisateurs actuels de films de SF se devraient de lire et de relire : une bonne histoire, c’est avant tout de bons personnages. On ne sauve pas une intrigue en la noyant sous des tonnes d’effets spéciaux ou des dialogues pseudos techniques.

L’oeuvre d’Asimov est dense, et je regrette de ne pas m’y être plongé plus tôt !

Le cycle de la fondation est originellement composé de trois « tomes » (qui au départ étaient des nouvelles publiées dans une revue) : FondationFondation et Empire et Seconde Fondation.

Ces trois tomes ont été republiés ensemble dans un livre unique.

Bien des années après, Asimov publie une « suite » à son récit originel. Cette suite s’attache à moins de personnages que l’on suit sur une période plus courte.

Composées de deux tomes : Fondation Foudroyée et Terre et Fondation, cette suite est également republiée sous forme d’un livre unique.

Deux « préquelles » (mon Dieu que je déteste ce mot) furent également écrites par Asimov pour compléter son récit. Je passe sur les ouvrages écrit par des tiers et qui prennent place dans le même univers pour détailler telle ou telle séquence passée sous silence dans le récit initial.

Je suis parvenu au terme des quatre premiers tomes. Terre et Fondation fait partie de la liste des lectures en cours, qui sera achevé en 2018.

Si vous n’y avez jamais goûté, plongez-vous dans cette série : un style sobre et efficace, des personnages d’un charisme incroyable, un propos maîtrisé, des twists habiles (rien que celui de la fin de Fondation et Empire est un délice !).

Et pour l’histoire, cela permet de se faire une idée de la façon dont les années 50 imaginaient le futur : cela donne par exemple des scènes cocasses où es outils ou appareils futuristes ont été imaginés par rapport à l’état de l’art de l’époque, et qui ne tiennent pas la comparaison avec ce que la littérature a pu imaginer par la suite ou même avec des outils existant réellement de nos jours. Cela rend l’oeuvre d’autant plus respectable et lui donne une petite touche sympathique de plus.

Bref. Lisez du Asimov !

Aïe ça pique… Dire que j’ai interrompu une lecture passionnante pour ça.

Échaudé par le 4 je ne pouvais pas laisser passer cet opus, promis à un succès commercial assuré, sans le passer à la moulinette.

C’est chose faite, mais ça reste un mauvais moment…

Pitié : arrêtez cette série pendant qu’il est encore temps !

Un bouquin pop-corn. Voilà à quoi ça se résume. Par moment, il faut savoir ne pas demander plus à un objet culturel. Mais il n’empêche qu’on n’est pas non plus obligé de se coltiner un pop-corn transgénique sans gout et fadasse.

C’est tout le problème de nombre d’auteurs d’aujourd’hui : que les histoires ne soient pas très évoluées, passe encore. Une histoire n’a pas besoin d’être complexe pour être bonne. Mais quand ce n’est pas très bien écrit, et bien tout de suite, ça rend moins bien…

Le pire, c’est que comme pour le voisin du dessus, on est à peu près certains d’en avoir un nouveau un jour ou l’autre…

Rien à ajouter à ce que j’ai déjà écrit sur le sujet. J’ai néanmoins entrepris de recenser les ouvrages traitant de ce sujet en les classant par thématiques : idéologie, méthodes, etc…

Alors non, je n’ai pas décidé de devenir Djihadiste, mais devant la somme d’ouvrages traitant du sujet, une petite exégèse commence à devenir nécessaire, au moins pour distinguer le grain de l’ivraie.

Vite lu, vite oublié.

Assez peu drôle malgré un postulat de départ pas idiot. Les dessins étant conformes au canon (quoique certaines grandes bulles forcent l’admiration), on ne peut juger les nouveaux Astérix qu’à l’aune de leur scénario.

Tellement moins épique que d’autres albums passés. Dommage.

Alors là, on est en plein dans l’accident industriel. Pas pour le bouquin susmentionné, mais bien pour le lecteur que je suis.

Je suis tombé sur ce truc totalement par hasard au détour d’une recherche plus que banale (et pas du tout graveleuse) sur les Internet mondiaux.

Je savais que ce type de littérature mi érotique mi porno existait et qu’à cause de E.L. James ça n’aura jamais autant pullulé mais je ne m’attendais tout de même pas à un phénomène de cette ampleur ni à une médiocrité aussi crasse.

Parce que non content de raconter de la merde, c’est hyper mal écrit, mal traduit (vive Google traduction) et, même si ça parle de quéquette, ça n’a ni queue ni tête.

Et dire que ça excite certainement du monde ces bouses là…

Et le pire, c’est qu’il s’en vend par palettes numériques entières sur Amazon (parce que faut pas abuser non plus et il ne faudrait pas qu’on trouve des éditeurs pour imprimer des trucs pareils) à des prix indécents pour la qualité qui est proposée…

A un tel point que les « Arlequins » en deviennent un monument de littérature.

Monde de merde !

Je ne comprends toujours pas pourquoi ce livre a fait polémique… A part parce qu’il s’agit d’un élément de communication sur Jacques Chirac non contrôlé par sa fille ou pour faire le buzz et faire monter les ventes, ce livre ne justifie en rien le battage médiatique auquel il a eu droit.

Je ne veux pas « spoiler » la critique que je suis en train d’en faire (assez laborieusement il faut le dire) mais sans entrer dans les détails, l’ouvrage est mal écrit, assez mal construit, n’indique rien sur la personne à l’origine des « confidences » (on en apprend plus dans la presse et notamment qu’il est mort entre la rédaction et la publication du livre), mais surtout ne nous apprend rien qu’on ne sache déjà sur la vie et l’oeuvre de Jacques Chirac.

Le livre se veut une réhabilitation de l’homme sur certains sujets. En ce sens, c’est un échec total et on ne retient de ces lignes que le fait que Jacques Chirac est un vieux monsieur, usé par les années et les excès et qu’il fait popo sous lui. Charmant.

J’ai une petite tendresse pour la série Castle d’ABC (diffusée en France sur France 2). Le pitch est accrocheur et ils ont réussi à faire évoluer l’ensemble des personnages dans une direction qui me plait.

Cerise sur le gâteau, le fait que les bouquins évoqués dans la série sortent physiquement brisait en quelque sorte le quatrième mur.

Cette interconnexion de la fiction et de la réalité était plaisante. C’est quelque chose de malheureusement assez sous-exploité. Je repense avec nostalgie à l’acte manqué avec la série « Defiance » adossée à un jeu vidéo en ligne dont les actions des joueurs devaient influencer le déroulement de la série et inversement. C’était ambitieux et difficilement tenable sur la durée mais le challenge en valait la peine !

J’étais passé à côté de ces deux derniers volumes de la série, n’ayant pas guetté leur sortie suite à l’arrêt de la série et sa conclusion « décevante ».

De bons romans policier / espionnage, particulièrement le second qui fait le crossover entre la série Nikki Heat et la série Derrick Storm. La fin est un peu bâclée, mais ça se laisse lire.

Reste la question de savoir qui aura écrit réellement ces livres !

J’ai terminé l’année par un ouvrage de développement personnel, assez ancien puisque sortie dans les années 90, mais qui se vends a priori toujours aussi bien.

Certaines formules sont un peu datées (genre les K7 audio…) mais la plupart des conseils sont « aisément » applicables. De là à les mettre tous en oeuvre, il y a un fossé, pas forcément évident à franchir.

Il y a tout de même pas mal de redites, voire clairement des répétitions. Néanmoins le contenu du livre n’est pas méchant et l’application des « stratégies » délivrées ne mange pas de pain.

Je ne suis pas certain de m’y plier, quoique certains éléments sont intéressants. Nous verrons bien.

Livres en cours

Petit état des lieux des livres laissés en suspens. Je profite de cet article pour ajouter une rubrique « Lecture en cours » dans la sidebar du site.

Livres inachevés

Il m’arrive très rarement de laisser tomber pour de bon un livre entamé. Les derniers cas dont je me souvienne étaient Ce que je ne pouvais pas dire de Jean-Louis Debré, un monument de dénigrement d’une partie du personnel politique (de droite) et une glorification éhontée de Jacques Chirac. Dire qu’il a remis ça avec un autre livre en 2017…

Avant cela il faut remonter à 2012 et ma confrontation aux chroniques de Thomas Covenant qui, rien qu’en y repensant, me laisse un goût aigre dans la bouche.

Voilà. C’est tout pour ce bilan, déjà bien assez long !

Bravo si vous êtes arrivés jusque-là et à très vite pour la prochaine critique !

Comment en sont-ils arrivés là ? de Luc Van Campenhoudt

Comment en sommes nous arrivés là ?

Le terrorisme en lui-même, sous quelque forme qu’il soit, est déjà une source d’angoisse et d’inquiétude. Encore plus lorsque l’on ne s’interroge plus simplement sur son « pourquoi » mais sur son « comment ? ».

Peu importe en effet de quoi se réclament les tocards qui se croient autorisés à semer mort et destruction, le résultat est le même : des dégâts, humains ou matériels, de la méfiance et surtout de la peur, constante même si elle fini par se diluer ou être niée.

Cette peur est provoquée par la lâcheté et l’imprévisibilité de ce mode d’action armé. Attaqués que nous sommes dans notre vie quotidienne, nous nous retrouvons plongés au cœur d’un véritable confit armé dont la violence et  la brutalité nous plonge dans des abîmes d’incompréhension.

Cette incompréhension alimente la peur. Car ce que l’on ne comprend pas fait peur. S’il peut s’expliquer, rien n’excuse ni ne justifie le recours à ces méthodes de lâches.

Or, la vague terroriste qui sévit en ces temps troublés, si elle est déjà en elle-même inquiétante et porteuse de peur, se trouve amplifiée par un phénomène tout aussi inexplicable en apparence : ces actes terroristes sont commis pour des raisons obscures par de jeunes gens issus des pays dans lesquels ils commettent leurs méfaits.

Fini l’époque où des gens de l’extérieur, certifié viande d’import, venaient faire des dégâts parce que c’était la mission que leur avait confié quelque illuminé endoctriné.

Le phénomène des jeunes européens rejoignant les rangs actifs du terrorisme islamiste suscite l’inquiétude et la perplexité. Cela ajoute surtout à l’incompréhension face à ce terrible mal du siècle contre lequel aucun remède ne semble efficace.

Il constitue en toute logique un sujet d’étude pour tenter d’en décortiquer les causes, les effets et les solutions pour y répondre.

C’est tout l’objet de l’ouvrage de Luc Van Campenhoudt, sociologue Belge. Ce dernier ne tente non pas d’expliquer les raisons qui poussent ces jeunes à quitter leurs vies, confortables ou non, pour embrasser une cause perdue et meurtrière, mais il s’attache bien plutôt à chercher à décrire les étapes par lesquelles ces jeunes passent pour passer d’une vie banale au statut de terroriste islamiste.

Ressort-on de la lecture de ce livre avec les idées plus claires et quelques pistes de solution ?

C’est ce que nous allons voir.

Comment qu’on fait pour devenir terroriste en 2017 ?

Très didactique, l’ouvrage propose six clés pour expliquer le cheminement de ces jeunes perdus qui les conduits d’une certaine normalité à la plus abjecte des passions meurtrière.

Ces six clés se présentent sous une double lecture chronologique (du point de vue du parcours) et de variation d’échelle, partant de la plus petite cellule pour s’étendre à l’échelle la plus globale.

La volonté de l’auteur est à la fois de détailler les étapes par lesquelles passe un candidat au djihad mais également, si ce n’est surtout, de mobiliser toutes les ressources des sciences sociologiques pour éclairer au mieux ces comportements.

Son postulat consiste à dire qu’aucune étude sociologique d’envergure n’a été conduite sur le sujet et que les approches parcellaires déjà conduites se sont contentées d’envisager les « causes » de ces déviances et non l’analyse des processus mis en oeuvre.

Quelles sont donc ces fameuses clés ?

Première clé

On apprend en premier lieu que l’unité de base d’un djihadiste est un petit groupe local, au nombre de membres restreins, qui peut aller jusqu’à n’être constitué que d’une fratrie.

Ce n’est pas une révélation, mais cela a au moins le mérite de coucher avec des mots un élément de base du terrorisme moderne, élément qu’il faut mettre en lien avec la notion de réseau détaillée un peu plus loin dans l’ouvrage.

Il s’agit d’un des éléments rendant la détection de ces gens là particulièrement complexe. Les petites entités sont discrètes, voire invisibles et se noient dans la masse.

Si le concept de « Cellules terroristes » (dormantes ou actives) n’est pas inconnu, l’auteur parvient à illustrer l’une des faiblesses de ce nouvelles formes de cellules, plus artisanales. Là où autrefois la structuration des cellules prévoyait des backup, des solutions de replis, etc… ce qui impliquait un nombre relativement important de personnes impliquées, l’étroitesse de l’effectifs de ces cellules amatrices limitent très rapidement les ressources des terroristes lorsque ceux-ci doivent fuir le lieu de leurs méfaits.

Il s’agit là d’un point intéressant du propos de l’auteur, qui met le doigt sur l’une des faiblesses de ce type de structuration unitaire. L’auteur oublie néanmoins que la plupart de ces terroristes visent en principe à commettre des attentats suicide et que par conséquent, toute fuite ou nécessité de couverture est à exclure. Dans ces cas là, le faible effectif limite les possibilités d’enquête par la suite, et constitue là encore un point fort.

Au-delà des aspects logistiques, l’auteur insiste bien davantage sur le petit groupe pour son rôle de cocotte dans lequel infuse le djihadiste. Cela nous conduit à la deuxième clé et à la manière dont le djihadiste se monte le bourrichon.

Deuxième clé

Tout comme l’étudiant en sociologie qui refait le monde et pense avoir trouvé l’idée révolutionnaire pour sauver le monde un jeudi soir de novembre dans le salon de la collocation de ses camarades de promo, ivre, au milieu de cadavre de Heinneken vides par dizaine, le djihadiste se chauffe et fait monter la mayonnaise par l’émulation provoquée par la fréquentation de son petit groupe de base.

Par effet d’entraînement, de mimétisme puis de différenciation, il tend à devenir toujours plus radical et extrémiste, et ce à mesure que son passage à l’acte se dessine.

Ça, c’est pour l’effet de groupe.

Mais, magie du XXIème siècle, cet effet est renforcé, amplifié, déformé par les outils qu’offrent la technologie moderne, qui permet de s’affranchir du temps et des distances à travers Internet.

Du point de vue de l’auteur, Internet joue un rôle majeur dans la radicalisation et le passage à l’acte. Factuellement parlant, c’est indéniable. Mais intellectuellement parlant, ce postulat comporte un biais. Est-ce que par ce que notre époque dispose d’Internet que les candidats au djihad sont plus nombreux, ou bien est-ce parce que le pic de djihadisme se produit aujourd’hui qu’Internet est mis à profit par ces derniers ?

Qui de l’œuf ou de la poule, hein ?

De manière plus nuancée, Internet et le contenu qu’il véhicule, jouent un rôle de facilitateur pour ces jeunes gens. L’idéologie véhiculée par Daesh et ses seïdes circulerait moins vite et moins loin sans cela, mais elle se serait diffusée sans nul doute. L’engagement de ces jeunes gens aurait pris d’autres formes, ils auraient utilisés d’autres outils, se seraient organisés plus difficilement sans doute, mais rien n’indique qu’Internet soit une condition suffisante à la croissance du phénomène.

Là encore, l’auteur pose des mots sur une évidence : les terroristes islamistes utilisent Internet, pour communiquer, pour « s’informer », consulter la propagande et la diffuser.

On en vient alors au point suivant en prenant un peu de recul et en passant à l’échelle d’un réseau.

Troisième clé

Ce point là est pour le moins confus si l’on persiste à vouloir envisager les étapes par lesquelles se « construit » un terroriste en 2017.

En effet, il est décrit ici comment l’addition des petits groupes indépendants constitue, in fine, un réseau, même si celui-ci est informel, distendu et décentralisé.

L’auteur postule que le djihadiste participe au pouvoir collectif du réseau. Soit. Mais en quoi cela constitue t-il un point de passage ? Il n’est nullement fait état d’une réflexion que pourraient se faire les candidats au djihad du genre « Tiens, je m’intègre dans un réseau ».

Inconsciemment, cet « effet réseau » joue certainement, mais cela reste purement théorie et abstrait. Comme nous l’avons vu au début, le réseau n’est jamais suffisamment dense pour couvrir les actions des différentes cellules lorsque l’un de ses membres passe à l’acte.

Dès, il est difficile d’admettre que la tentation du réseau fasse partie intégrante du parcours du djihadiste. L’effet inverse est en revanche tout à fait vrai : le réseau se nourri de ces nouvelles recrues et de chaque action commise.

Les choses redeviennent un peu plus concrète par la suite.

Quatrième et cinquième clés

Je regroupe ces deux clés parce qu’elles sous-tendent le même principe : le clivage, l’opposition.

Alors dit comme ça, on a l’impression de toucher au summum de l’enfonçage de porte ouverte : les terroristes sont des gens qui « luttent » contre d’autres qu’ils qualifient d’ennemis. Ce statut d’ennemis étant à géométrie plus que variable et soumis à une forte subjectivité.

Mais a y regarder de plus près, au delà du poncif, on trouve deux éléments qui sont révélateurs, non pas du parcours des djihadistes mais du fondement même de terrorisme, puisqu’on retrouve ces leviers dans toutes les formes de terrorismes, même si elles n’ont pas de fondement religieux.

Le premier concerne l’antagonisme ethnique. Il s’agit là d’une dimension largement passée sous silence lorsqu’il s’agit d’évoquer les agissements de Daesh, du moins dans l’analyse. Certains de ses effets sont évoqués, comme le cas des Yézidies, mais les mécaniques à l’oeuvre sont peu évoquées.

On retrouve cette dynamique ethnique dans toutes les formes de terrorisme, les extrémistes qualifiants leurs ennemis comme des gens appartenant à des groupes n’ayant rien en commun avec eux.

Cette volonté de distinguer les ethnies, fait partie du mouvement d’ensemble visant à créer de la confrontation systématique.

Le futur terroriste ne se contente pas de créer et d’alimenter sa propre haine de l’autre, quelque puisse être cet « autre ». Il la rend palpable et en fait l’expérience pour solidifier leur détermination.

Le principal défaut de cette partie de l’ouvrage, c’est qu’encore une fois, on sort quelque peu du cadre du parcours des apprentis djihadistes pour s’intéresser à la façon dont ceux qui restent tirent profits des actions des terroristes. L’exposition de ces méthodes pour générer de la confrontation, sans quelle ne soit armée au premier abord, est intéressante dans le sens où cela  éclaire notre rapport aux informations qui nous sont communiquées et notre façon de les interpréter.

C’est à la lecture de ces pages que l’on prend conscience, s’il en était encore besoin, que le débat dans nos sociétés pour savoir s’il faut ou non qualifier de « guerre » la lutte contre le terrorisme, n’a pas simplement une portée symbolique mais bel et bien des implications concrètes auxquelles il faut faire attention.

Sixième clé

Dernier point de cet ouvrage en forme de synthèse diluant un peu plus le propos du livre : un certain nombre d’étapes mène le djihadiste à la mort.

Ce que cherche à dire l’auteur, c’est qu’après être passé par toutes les étapes précédentes : le petit groupe, la radicalisation, la conscience du réseau et la confrontation, rares sont ceux qui, malgré tout, vont jusqu’à l’acte final : la mort.

Passé ce constat (sans que des chiffres puissent être annoncé, ce qui est dommage) cette clé regroupe tout un tas d’étapes supplémentaires, qui auraient pu faire l’objet de plus de détails.

Les choses sont balayées trop vite pour que cela soit véritablement sérieux. Tout juste y avance t-on quelques suppositions, basées sur ce que l’on sait des précédents attentats. Dommage.

Comment conclure ?

Le postulat de départ de l’ouvrage est audacieux : démontrer que les pires atrocités sont commises par des gens qui n’ont rien d’exceptionneL

Le chapitrage est globalement cohérent mais aurait plutôt pris toute sa place dans un ouvrage consacré aux mécaniques générales du terrorisme, islamiste en particulier.

Ce plan d’analyse et de rédaction vise à illustrer le propos du livre : la radicalisation et le passage d’un état normal à celui de terroriste sont le fruits de processus banals mais qui, mis bout à bout, selon un degré d’ampleur plus ou mois important, produisent des effet désastreux.

L’ouvrage alterne entre une volonté d’exhaustivité de l’approche sociologique en mobilisant tous ses outils et toutes ses techniques (sans les citer), mais doit avouer en toute fin qu’il ne s’agit en fin de compte que d’une (trop) brève introduction au sujet qui nécessiterait une (ou plusieurs) exégèse complète(s).

L’ouvrage échoue donc dans les deux domaines puisque l’ambition affichée d’utiliser tous les outils de la sociologie moderne se trouve desservie par la brièveté du propos. Propos qui par ailleurs en plus d’être bref ne fait qu’effleurer son sujet et enfonce allègrement des portes ouvertes, ce qui oblitère toute possibilité qu’il puisse servir de socle à toute étude ultérieure sur le sujet.

Le coup de grâce est porté par le contenu même de cette conclusion, qui lance à la cantonade quantités de suggestions d’initiatives naïves qui permettraient selon l’auteur d’enrayer la machine : faire se parler les communautés, ne pas faire la guerre, faire attention à l’éducation. Quelques pages de plus et on nous suggère de se donner la main…

Aucune réponse, aucune attitude n’est simple face à ce qui se passe. Mais les propos tenus en conclusion de ce livre ne sont pas à la hauteur de l’ambition affichée par son auteur en introduction. Cela dessert globalement tout le propos…

Alors ? On le lit ou pas ?

Non. Passez votre chemin.

Pour une fois, vous en apprendrez presque plus en regardant le replay de BFM…

L’ouvrage est trop superficiel pour que l’on y apprenne vraiment quelque chose de concret.

Un vrai bon livre sur le sujet tarde vraiment à sortir. On attendra effectivement qu’une étude complète, appuyée non seulement sur la sociologie, mais également sur l’histoire, la géopolitique, l’économie, viennent apporter une analyse complète de ce sujet complexe et effrayant de part cette complexité.

La révolte des premiers de la classe

Publié assez ironiquement le 8 mai dernier, « La révolte des Premiers de la Classe » est un ouvrage de Jean-Laurent Cassely à la frontière de l’analyse et de l’investigation.

Son propos ?

Partant du constat que la presse et les médias en général (mais surtout le 13h de TF1 #LOL) évoque régulièrement, et de plus en plus, des cas de reconversions professionnelles atypiques (entendez par là que le métier de destination n’a rien à voir avec le parcours d’étude ou professionnel précédent) l’auteur tente d’interroger ce qui semble être une tendance croissante afin d’en analyser les raisons et déterminer s’il s’agit d’un phénomène de mode ou d’une transformation lourde du monde professionnel

L’ouvrage aurait tout aussi pu s’intitulé « Je sais pas si vous avez remarqué, mais de plus en plus de diplômés changent radicalement d’orientation professionnelle ». Mais d’une part s’eu été trop long, et puis parce que ça aurait fait trop « Norman Sup’ « .

Pour en arriver au livre en lui-même, son propos principal n’est pas attaquable, dans le sens où celui-ci est purement factuel : de jeunes gens, aux parcours scolaires et supérieurs brillants et irréprochables, quittent les emplois qu’ils occupent en lien avec ces études pour se reconvertir dans différents domaines, qui ont pour principal point commun d’être globalement assez éloigné du domaine professionnel initial.

Ce constat est dressé sur la base, comme dit en introduction, de présentation par les médias de plus en plus de cas de figure : banquier devenu fromager, consultant en marketing numérique devenu boulanger, etc…

La multiplication de ces exemples est-elle le fruit de la seule chasse au buzz ou bien faut-il y voir la mise en place d’une mécanique de reconversion professionnelle touchant certains types de postes appelés affectueusement « job à la con » ou « métiers de merde ».

L’auteur en donne une définition assez ludique et pertinente : est-ce que la société subirait de graves déconvenues si vous arrêtiez brutalement votre travail pour vous mettre en grève ?
La réponse est assez évidente pour les infirmières, les éboueurs, les livreurs, etc. Elle l’est beaucoup moins pour le digital strategy planner d’une firme de publicité en ligne ou bien pour un chef de projets de progiciels de productivité…

La conclusion de l’auteur est simple : si la société ne souffre en rien de l’arrêt ponctuel ou définitif de votre activité professionnelle, c’est que vous être l’heureux propriétaire d’un job à la con.

Dès lors, il ne semble plus tout à fait extravagant de penser que certains de ces professionnels en soient arrivés à la même conclusion et se soient lancés dans une nouvelle quête de sens, au delà de la seule application bête et méchante des éléments et méthodes qui lui ont été inculqués durant ses études.

Et pour certains, cette quête de sens s’est traduit par un virage à 180° (et non à 360° comme on peut le lire parfois, sinon ça veut dire qu’on faire un tour sur soi-même et qu’on retourne au même endroit), quitté le relatif confort et la stabilité de leur emploi (avec souvent les rémunérations qui vont avec) pour se lancer dans un tout nouveau métier, après avoir suivi une nouvelle formation (ou pas) avec tout ce que cela implique de potentiels échecs et de situations financières précaires.

Et c’est là le premier et principal problème avec le propos de ce livre (même si l’auteur tente malgré tout de s’en défaire) : l’accent est mis exagérément sur ceux qui ont réussi leur pari dans leur projet de reconversion, quel qu’ait été le degré de difficulté rencontré.
L’auteur le dit lui-même : le propos est biaisé par le simple fait que les médias ne parlent presque qu’exclusivement des reconversions réussies d’une part mais l’effet loupe est également renforcé par le fait que les cas détaillés sont ceux qui font le plus grand écart entre la profession de départ et l’objet de la reconversion.
L’effet est en effet plus spectaculaire et vendeur lorsqu’il s’agit d’un trader devenant boulanger que si l’on parle d’un graphiste devenant photographe.

Il faut reconnaître que Jean-Laurent Cassely évoque tout de même bien quelques cas de reconversions ratées ou bien de manière assez rapide les causes de démotivation, de frustration ou d’échecs, mais trop peu pour remettre véritablement en perspective ce que l’accumulation de cas documentés élève au rang de « phénomène ».

La conclusion de l’ouvrage est d’ailleurs sans appel : si ces reconversions de l’extrême peuvent fonctionner, elles nécessitent dans tous les cas beaucoup de travail (que le talent peut faciliter) et requiert d’avoir à la fois des compétences commerciales et techniques. On peut y arriver seul et combiner tous les savoirs faire, mais cela sera plus dur que si on se lance à plusieurs avec des expertises complémentaires.

Le véritable enjeux de ce livre de mon point de vue est qu’il aborde d’une part la perte de sens de certains emplois pourtant bien vus, et d’autre part qu’il met le doigt sur un sujet majeur et absolument pas spécifique à ces cas de reconversions : l’écart entre le parcours d’études et les métiers finaux.

T’as fait Histoire, c’est pour être prof ?

Ce qui frappe tout d’abord à la lecture, c’est ce désir non dissimulé de toute une frange de la population qui ne se satisfait plus du confort relatif de leur situation professionnel et qui cherche par tous les moyens à donner du sens à leurs actions professionnelles quotidienne.

Cela dépasse de loin le seul effet d’ennui ou de lassitude après des années passées dans le même poste. La plupart de ceux qui témoignent n’ont pas un bagage professionnel si extraordinaire que ça.

Il y a donc deux niveaux de lecture.

D’une part, le décalage vécu entre le travail quotidien et son influence réelle. Les reconversions décrites tendent toutes vers un retour à des métiers concrets et palpables, loin des abstractions de l’informatique. Un retour en grâce du produit manufacturé, au sens littéral, ainsi que du contact direct avec le client final, lui aussi perdu de vue ces dernières années.

Les reconvertis souhaitent matérialiser physiquement leur travail et visualiser son résultat de manière immédiate et tangible.

Ceci ne suffit toutefois pas à donner du sens à ce que l’on fait. Tout dépend de l’effet que l’on souhaite effectivement produire. Il semble en effet valorisant de fabriquer soi-même des armes à feu de manière artisanales mais est-ce là l’aboutissement désiré d’une quête de sens au service d’un monde meilleur (sauf si l’on s’appelle Donald) ?

Au delà de l’aspect artisanal et matérialiste (dans le bon sens du terme) qui anime ces néo-entrepreneurs, tous ceux évoqués par le livre (et donc par les médias) ont en commun une dimension nostalgique, presque « vieille France » porteuse d’une certaine dose symbolique d’authenticité et de sincérité.

Le choix peut paraître étrange, car il s’agit tout de même de métiers relativement usant, mais ces cas de reconversions étant presque exclusivement urbains, on y trouve une certaine logique entrepreneuriale consistant à placer un business au coeur de son marché, la clientèle visée étant justement celle des professionnels classiques, ceux qui ne quitteront pas leur emploi pour une aventure courageuse aux destinées incertaines.

C’est l’autre élément qui permet de nuancer la caractère « tendance lourde » du moment : ces reconversions sont principalement urbaine. Dans un pays où le nombre de néo-ruraux ne cesse d’augmenter, cela permet de relativiser l’ampleur du phénomène.

Ça, c’est pour la quête de sens. Venons en à l’autre niveau de lecture.

S’il n’est pas question d’ennui dans leur poste initial, c’est peut-être bien plutôt l’absence de surprise, qui peut se traduire par une forme de lassitude psychique.

Comme l’explique cet article, la linéarité d’un parcours entre les études initiales et le métier est de plus en plus vécue comme un parcours castrateur et frustrant.

Il faut dire que pendant longtemps, et encore aujourd’hui, la question la plus posées aux têtes blondes est « Qu’est ce que tu voudras faire plus tard ? ». S’ensuit alors un parcours initiatique plus ou moins conscient menant vers des choix d’orientation parfois éclairés, parfois contraints, rarement pleinement satisfaisants.
Surtout de nos jours avec les bienfaits (c’est de l’ironie) du système d’admission post-bac, les choix d’études dépendent du contexte familial, de ses ressources, du contexte régional, et du bagage intellectuel acquis par l’individu. Un collégien qui aura été dégouté à vie des mathématiques par un professeur peu scrupuleux aura moins de chance de se précipiter dans un faculté de maths pour y apprendre les joies des dérivées et primitives.

De ce point de vue, il pourrait ne pas paraître étonnant que, arrivés à l’âge adulte, les choix ayant muris, de véritables options de « carrières » soient envisagés et les moyens pour y parvenir mis en place : formations complémentaires, etc…

C’est sans compter sur la doua populaire qui veut que si on a fait une fac de physique-chimie, c’est forcément pour devenir rat de laboratoire.

Il est des formations qui ne prêtent que peu le flanc aux débats : un étudiant en pharmacie deviendra pharmacien (pour peu qu’il aille au bout de son cursus). Idem pour médecine et globalement tout ce qui tourne autour du médical.
Pour la plupart des gens, la même logique s’applique à toutes les autres formations, au motif qu’un diplôme débouche nécessairement sur un métier (ou une famille de métier) déterminé.
Un étudiant en Histoire deviendra prof (ou historien avec un peu de chance), un étudiant en psychologie… psychologue, un étudiant en STAPS prof de sport, etc…

Sauf que…

S’il existe certaines formations spécialisées dont le seul but est effectivement de pratiquer dans le domaine de ses pairs et formateurs, la plupart des cursus sont assez généralistes (quoiqu’en dise leurs intitulés corporatistes) pour permettre à leurs membres de tirer leur épingle du jeu dans la jungle du marché du travail.

Jusqu’à créer leur propre entreprise et prospérer pour les plus audacieux.

Les cas de trajectoires linéaires devraient en fin de compte être les véritables exceptions et les parcours « atypiques », la norme.

Là réside le coeur du livre de Jean-Laurent Cassedy. Interroger le pourquoi de la surprise que provoque ces reconversions totalement décalées en apparences, tant elles questionnent notre rapport à nos parcours de vie et notre quête de stabilité.

Un ouvrage agréable, facile à lire, qui a le mérite d’ouvrir le débat et de faire réfléchir.

La parabole du semeur : Au diable le marketing

Que se passe t-il quand un livre moyen est sur-packagé par son éditeur ? Probablement une bonne dose de déception, sinon un vaste accident industriel…
La parabole du semeur est un roman d’anticipation d’Olivia E. Butler publié en 1993. Son action se déroule en 2024, soit plus de 30 ans plus tard, ce qui constitue une projection dans le temps qui n’est pas anodine.

En effet, 30 ans, c’est ce qu’on appelle communément une « génération », donc en gros une échelle de temps entraînant en principe des transformations plus ou moins profondes de la société.

Ce qu’imagine l’auteur, décédée en 2006, doit être compris à l’aune de ce qu’étaient le monde et les États-Unis en 1993.

Cette année là (Claude François, sort de ce corps !), Georges Bush père est Président (républicain, important de le noter), la guerre du golfe, quoique terminée du point de vue des opérations militaires stricto sensu, est toujours d’actualité, et les communautés fermées se répandent de plus en plus parmi la classe moyenne.

Le récit que nous livre l’auteur dans la Parabole du Semeur est donc largement imprégné de l’air de l’époque, dont elle amplifie certains traits à l’extrême pour se projeter dans une société presque « post-apocalyptique » dans un exercice d’anticipation élégant mais maladroit.

Il n’est pas question ici de conflit armé, au sens militaire du terme, mais le pays (on parle ici des Etats-Unis) est la proie des pilleurs et autres bandes armées. Il n’est pas non plus véritablement question d’ère « post-apocalyptique » dans le sens où si l’on retrouve bien une partie des codes qui structurent le genre (désorganisation des structures sociales, pénuries de ressources, infrastructures obsolètes, etc…) l’absence de véritable grosse catastrophe naturelle ou industrielle ainsi que la persistance de bon nombre de structures de la société américaine des années 90 indiquent que l’on est sur une pente certes inéluctable vers un déclin certain mais que les choses ne sont pas suffisamment détériorées pour que l’on puisse parler de chaos total (même si c’est franchement le bordel).

Bon, c’est bien gentil toutes ces palabres, mais ça cause de quoi en vrai ?

Le pitch de la parabole du semeur

L’éditeur nous présente la Parabole du semeur ainsi : nous sommes en 2024 (oui, merci, tu l’as déjà dit), et un nouveau Président des Etats-Unis viens d’être élu. Et le nouvel édile dispose d’une conception toute particulière de la législation du travail : suspension des mesures de protection sociale et allègement des charges sur les entreprises qui acceptent d’embaucher les plus démunis en échange du gîte et du couvert. Une légalisation pure et simple de l’esclavage donc.

Dans un pays en panne économiquement, où la pauvreté est rampante, où disposer d’un véhicule est devenu un luxe inimaginable, où l’essence coûte moins cher que l’eau potable, où par peur des violences et des pillages, des quartiers entiers se sont retranchés derrières de hauts murs protecteurs, une jeune fille noire, fille d’un pasteur, cherche d’abord un sens à son existence, puis cherchera à survivre.

Sur le papier, tout va bien : histoire classique et résumé efficace.

Sauf qu’à la lecture, rien ne se passe comme prévu…

Quand l’étiquette ne correspond pas au produit

Dans l’absolu, tous les éléments présentés en quatrième de couverture de la Parabole du semeur sont bel et bien abordés : on a bien l’héroïne fille de pasteur, le quartier encerclé par un mur, les conditions de vie particulières et l’élection du nouveau président.

Mais ce qui est présenté par l’éditeur comme étant le point de départ de l’intrigue, ne constitue qu’un détail du récit, sans grande influence décisive sur l’intrigue en elle-même.

Pourquoi un tel parti pris éditorial au détriment de l’oeuvre censée être mise en valeur ?

L’argent !

Bon, euh… oui, OK. Le job d’un éditeur c’est de gagner sa vie et celles des auteurs dont il gère les droits en vendant les ouvrages de ces derniers.

Mais la nécessité doit-elle forcément l’emporter sur la fatalité qu’impose la course effrénée au buzz pratiqué avec la vulgarité la plus crasse ?
Autrement dit : « T’étais obligé de faire du putaclic sur la couverture de ton bouquin ? »

Il est en effet un peu léger d’avoir tout misé sur le vague rapport entre l’élection du Président du livre et celle de Trump ainsi que sur les effets des modifications climatiques sur le sud-ouest des Etats-Unis et les questions actuellement en débat sur les effets globaux du réchauffement climatique.

Que le comité de lecture ait vu à l’occasion de la réédition des parallèles troublants, quoique lointains, avec ce que nous connaissons aujourd’hui est le signe d’une certaine appréhension de la lecture de l’ouvrage mais ne justifiait pas d’articuler toute la communication réalisée autour de l’ouvrage sur ces seuls éléments.

Ne parlons pas non plus du « Livre des vivants », qui, s’il structure quelque peu le parcours de l’héroïne, ne confère que peu d’épaisseur au récit en dehors de toute prise de consistance éventuelle dans une suite hypothétique.

Bon. On résume ?

La parabole du semeur est un livre avec de bonnes idées mal exploitées et peu approfondies. Un récit sans rebondissement et une progression linéaire sans enjeux qui se solde par une non-fin décevante qui laisserait penser qu’une suite était envisagée.

Un style lourd, malheureusement desservi par une traduction pataude qui cherche trop à rester fidèle littéralement au matériau de départ au détriment parfois de l’élégance et souvent même de la compréhension de lecture.

Et enfin… un « packaging » désastreux et réducteur, biaisant plus que largement l’approche que chacun aura de l’ouvrage.

Mais ceci ne relève que de la forme.

Pour le fond, ce livre ne doit pas être en tête de votre liste de lecture de l’été. Dans le même genre, on lui préférera « Le chemin qui menait vers vous » de William Réjaut et Laurent Latorre, tellement prenant et tellement mieux écrit.

Diabolic : le Game of Thrones du pauvre

Le site Lecthtot m’a envoyé vendredi dernier « Diabolic », le dernier ouvrage de l’auteur S.J. Kincaid qui est le premier a être traduit en français. Elle est l’auteur d’une trilogie « Insigna » qui a connu un certain succès aux Etats-Unis mais qui n’a pas (encore) traversé l’atlantique.

Le deal ? Une chronique en échange d’un exemplaire papier du livre en avant-première. Le livre ne sort en effet qu’après demain, et c’est la première fois que j’ai l’occasion de découvrir un livre et d’en faire la critique avant sa sortie !

Challenge accepted !

A propos de l’auteur

Tout d’abord, qui est S.J.Kincaid ?

S.J. Kincaid est une auteure américaine, inconnue (pour le moment) en France et (presque) de Wikipédia, spécialisée dans la « littérature » pour jeunes adultes, vocable un peu pompeux pour parler de livres pour ado.

Je dois avouer que je suis assez partagé sur le principe d’une littérature spécialisée, pas en général, mais pour cette tranche d’âge en particulier.
Il me semble nécessaire qu’il existe des livres pour enfants, jusqu’à 10 ans, avec un vocabulaire et des tournures de phrases simples (mais pas simpliste) destinés à l’apprentissage de la lecture et de la grammaire.
Passé ce stade d’apprentissage, il existe quantité de styles et de genres dans lesquels les pré-ado et ado puissent trouver matière à enrichir leur vocabulaire, s’échapper et développer l’imaginaire.

Je suis partagé parce qu’il n’y a aucun mal à proposer un type de contenu pour une classe d’âge, et plus encore pour une étape de la vie que l’on sait particulière, voire compliquée. L’individu se cherche, et tout doit faire sens, y compris ses lectures.
Qu’on propose aux ados une littérature portant sur les sujets qui les préoccupent – l’amour, la mort, le sexe, le rapport à l’autorité, l’indépendance, la drogue (non, malgré mon côté vieux con je ne suis pas en train de dire que tous les ados sont des rebelles attardés complètement camés !), etc… – c’est somme toute une manière élégante de conduire à la lecture ou de servir de relais vers des lectures plus denses et plus complexes.
Malgré tout, au-delà des histoires, des sujets abordés et des angles d’attaque, il y a le style. Et ce n’est à mon sens pas rendre service aux ados que de leur servir des histoires enrobés dans un style pauvre, un vocabulaire simpliste et une structure quelconque.

L’adolescence est une période de la vie où l’on se forge son imaginaire, sa personnalité, une partie de ses opinions. Bref, sa personnalité.
Exposez un enfant à la médiocrité et à la facilité, et n’ayant que cela pour référence, il ne cherchera pas spécialement à aller vers autre chose.
A l’inverse, exposer un enfant à ce qui est exigent et de qualité (la beauté étant suggestive, il est difficile d’évoquer ce sujet) lui offrira un référentiel de valeur tout autre.

La simplicité du style et des intrigues ne doivent pas être excusés par un « c’est pour des enfants » ou « c’est pour des ados ».
Justement ! C’est tout l’inverse…
Puisque qu’on s’adresse à des enfants ou à des ados, il faut y apporter encore plus de soins que lorsqu’on écrit pour des adultes.

Mais je m’égare. Revenons au livre.

Le pitch diabolic

Bien que la couverture nous présente un papillon moitié naturel, moitié armes blanches, et que le quatrième de couverture évoque un tigre, il n’est question ici ni de l’un, ni de l’autre.

A une époque indéterminée, l’humanité vit dans des vaisseaux spatiaux, et, pour les moins chanceux, sur des planètes, sur lesquelles il semble dangereux de vivre en raison des conditions météo, de la gravité et des « virus » qui y traînent.

Dans cet univers, on a créé différents humanoïdes artificiels dont certains sont faits pour protéger jusqu’au péril de leurs vie un individu en particulier après un conditionnement physique et psychologique.

Ce sont les Diabolics.

Ces créatures à l’apparence humaine sont programmés pour protéger l’humain qui leur est confié, quitte à tuer. Dotés d’une force physique hors du commun, ils subissent un entraînement confinant au conditionnement psychologique digne des tortures les plus inhumaines.

Dans cet univers, les Diabolics, c’est comme les iPhone : c’est hype d’en avoir un. Et comme ça coûte cher, ça permet de montrer au monde votre statut social.
Sauf que, comme c’est quand même dangereux et que certains, par excès de zèle, en arrivent à tuer des gens qui ne présentent pas forcément de menace, le pouvoir central décide que les Diabolics sont désormais interdits.

L’héroïne du livre, Némésis, est une Diabolic attachée à la fille d’une famille aristocratique dont le patriarche est sénateur de l’empire galactique (toute ressemblance avec une autre histoire est purement fortuite). Ce dernier est accessoirement en délicatesse avec le pouvoir en place car il ne cache pas son intérêt pour « les sciences » militant même pour leur réhabilitation quand la caste au pouvoir, les « hélioniques », adorateur du vif-cosmos (ie. du soleil), sont partisans d’un « retour en arrière » et d’un bannissement des sciences et de leur enseignement, avec toutes les conséquences que cela peut avoir en terme d’entretien des vaisseaux spatiaux et d’avancées technologiques.

Ce monde du futur stagne et s’en remet à des robots réparateurs, eux mêmes réparés par des robots. Et quand tous les robots seront HS, et ben… tout le monde sera bien avancé !

Lorsque les Diabolics sont interdits, le sénateur ne s’exécute pas et dissimule Némésis en faisant passer un autre cadavre pour celui de Némésis (ce qui trompe moyennement l’inspecteur dépêché sur place…).

Forcément, au bout d’un moment, l’attitude du père de famille fini par courroucer l’empereur qui convoque sa fille, entre autres héritiers des autres familles aristocratiques de la galaxie, dans la station spatiale qui représente le coeur de la galaxie et du pouvoir : le « Chrysanthème » (#LOL), qui tient son nom de la forme particulière qu’il a puisqu’il s’agit de l’agrégation de plusieurs vaisseaux spatiaux disposés tels les pétales d’un chrysanthème.

Diabolic
Observez bien : ceci sera un vaisseau spatial dans le futur !

En parents aimants, ils refusent d’envoyer leur fille en tant qu’otage et envoient sa Diabolic à sa place, espérant tromper tout le monde en lui conférant un « entraînement » protocolaire et quelques modifications physiques.

Malgré quelques situations délicates, le subterfuge opère et Némésis se trouve mêlée à l’élite de la galaxie et à ses intrigues jusqu’au moment où elle se trouve embarquée dans le complot ultime visant à tuer l’empereur.

Entre temps, ce dernier a décimé l’ensemble des chefs des familles « dissidentes » dans une attaque coordonnée, qui, là non plus ne rappelle aucun ordre 66 d’un film sorti en 2005.
C’est juste un génocide mais, à priori, sauf pour l’héroïne qui en a gros sur la patate parce que sa maîtresse vient de se faire ventiler dans l’espace, ça passe crème.

A partir de là Némésis passe par tous les états : la colère, la haine, le besoin d’une vengeance sanglante, mais dans le même temps doute au gré de ses amitiés et trouve presque l’amour avec le chef du complot suprême.
Elle se découvre du coup de plus en plus humaine, capable de sentiments, de discernement et libre-arbitre, alors que toutes ces notions lui sont en principe interdite de par sa constitution et sa nature.

Au terme de moult péripéties et rebondissements (meurtres, tentatives d’assassinats, trahisons, « je t’aime, moi non plus », etc…) l’empereur est finalement tué et remplacé par son neveu, fomenteur du complot et devenu fou amoureux de Némésis.

Le roman s’achève par l’accession au trône du neveu, avec Némésis à son bras comme nouvelle impératrice.

Happy end à l’issue de laquelle on nous promet néanmoins une suite par un classique : « To be continued ».

OK.

Et alors, il en pense quoi ?

La première impression qui m’est venue c’est : « On dirait une sorte de Game of Thrones chez Peter F. Hamilton » (si vous ne connaissez pas Peter F. Hamilton je vous encourage vivement à le lire, en commençant peut-être par la saga du Commonwealth. Mais tout le reste est génial aussi !).

Pour développer un peu : il y a tout un tas de codes empruntés au genre de Game of Thrones : luttes familiales, pouvoir central, complots et intrigues, solitude, morts violentes, etc… mais replacés dans un contexte, non pas de Space Opera, parce que le fait d’être dans l’espace ne sert que de prétexte qu’à quelques mises en scènes et situations particulières, mais dans un univers de science-fiction spatial.

Les références à Peter F. Hamilton sont également bien visibles : le rajeunissement illimité, les modifications physiques, les transformations génétiques des animaux ou des humains (merci la trilogie du vide !), etc…
On va dire que c’est un hommage !

En définitive, le sujet principal du roman, c’est n’est pas tant le sort réservé à l’empereur ou qui sortira vainqueur des luttes de pouvoir, ni les grands équilibres de cette galaxie vieillissante et délabrée, mais bien plutôt le parcours intérieur de Némésis et de son éveil à des émotions humaines.

Le propos sert de catharsis aux ados lecteurs qui s’identifierons à ce personnage principal, dont le récit est narré à la première personne (avec des fautes d’accord au passage qui rende le tout bien bordélique), dont le parcours initiatique si singulier, puisqu’il s’agit d’un non-humain qui s’éveille à l’humanité en quelque sorte, fera écho en eux.

Le matériaux de base n’est pas inintéressant, mais il est clairement sous-exploité. Et je doute que la multiplication des opus, qui aboutira sans grande surprise à une trilogie (encore…) soit de nature à corriger ça.

Le récit brasse tout un tas de concepts ou d’objets propres à l’univers mis en place, mais jamais rien n’est vraiment approfondi ou détaillé, pas dans les grandes largeurs, mais jamais suffisamment pour donner la substance ou la consistance nécessaire pour impliquer complètement le lecteur.

Pour prendre un exemple concret : le recours aux « forums virtuels » dont la forme diffère uniquement de ceux que nous pouvons utiliser aujourd’hui par le fait que des avatars virtuels peuvent s’y promener librement, permettent à l’auteure d’expliquer qu’il y a une différence entre le virtuel et la vraie vie et que cette dernière est dangereuse…
Si le sujet est bateau, son exploitation est maladroite et surtout extrêmement sous-exploitée. Le fait que l’apparence physique entre un individu et son avatar puisse être extrêmement différente aurait du être présenté différemment. Sinon ce détail n’a d’autre intérêt que de servir de prétexte au fait que « comme personne ne sait à quoi ressemble la fille du sénateur, personne ne saura que ce n’est pas elle qui a été envoyée au Chrysanthème ». Sachant que les apparences physiques dans le monde réel peuvent être également modifiée, cela n’a aucun intérêt.

Enfin, même si on l’explique qu’il s’agit d’une enfant qui apprend à devenir humaine, les retournements d’attitude de Némésis finissent par donner le tournis.
Que ses « sentiments » ou ses émotions ne soient pas cohérentes d’une page à l’autre peux se comprendre, mais à chaque changement de paradigme, son jugement semble si définitif, si absolu, sans nuance, comme si elle n’avait pas la mémoire des événements précédent que cela nuit à la cohérence même du récit.

Et c’est dommage…

Et donc ? On le lit ou pas ?

Une fois embarqué dans le récit, on a envie de savoir, non pas comment cela va se terminer, mais comment l’auteure amène son happy end.

La fin est prévisible, comme la plupart des péripéties. En dehors d’un cliffhanger de fin de chapitre (celui de l’empoisonnement) particulièrement bien amené, et de la scène du missile (mais qui sort de nulle-part), tout est attendu et entendu.

La scène où Némésis, qui n’a jamais mis les pieds sur une planète, découvre la foudre est confondant de platitude et de paternalisme sur-joué, surtout quand on sait que celui qui lui explique n’a que 19 ans…

En dehors de l’impression générale, on ne retient pas grand chose de ce roman. La plupart des personnage est superficiel, le style est convenu et les figure de style poussives.
Ça ne rend pas le livre mauvais, mais juste quelconque.

Un livre de plage pour ados qui n’aiment pas le beach volley !

Becoming Steve Jobs

Après avoir désespéré de ne le voir jamais traduit un jour, je suis tombé par hasard sur la version française du dernier ouvrage sur Steve Jobs, encensé par la critique outre-atlantique : « Becoming Steve Jobs » de Brent Schlender et Rick Tetzeli.

Sur le papier, ce n’est pas une biographie. C’est même l’anti-biographie officielle, en réaction au récit « approuvé » de Walter Isaacson qui rempli ce rôle. De nombreuses personnes avaient reproché à l’ouvrage, par ailleurs très factuel, de dresser une image déformée du fondateur d’Apple en insistant beaucoup sur son caractère rude et colérique.

Ce n’est donc pas une biographie, mais plutôt un témoignage de Brent Schlender, journaliste américain, qui a côtoyé Steve Jobs en de très nombreuses occasions dans le cadre de son travail. Appuyé sur ses souvenirs, ses notes, ses interview, et sur une documentation conséquente, « Becoming Steve Jobs » est à la frontière entre le récit intime et le documentaire.

Du coup, il n’excelle ni dans un registre ni dans l’autre…

En fait, on pourrait résumer le livre en une formule :

« Oh ben non, moi le Steve Jobs que j’ai connu dans le cadre de mon travail ne correspond pas du tout au portrait qui en est fait dans le bouquin d’Isaacson »

Etait-ce suffisant pour en faire un livre ? Oui, certainement. Mais ce qui a pêché, c’est la façon de le présenter…

Premier écueil et non des moindres, si l’ouvrage se veut une critique à peine voilée de la biographie officielle, il est pourtant assez compliqué d’en apprécier le contenu, le ton et le propos si l’on a pas justement lu cette fameuse biographie officielle.

Un peu ennuyeux, non ?

L’auteur ne raconte pas la vie de Steve Jobs. Il prend appui sur ses rencontres professionnelle avec ce dernier, rencontres qu’il faut donc replacer dans la chronologie de la vie du fondateur de la firme à la pomme.
Du coup, c’est cette chronologie qu’il faut avoir sans cesse à l’esprit si l’on ne veut pas être perdu dans les anecdotes qui s’enchainent de manière à peu près cohérente dans le récit tel qu’il a été pensé par l’auteur, mais au prix d’incessant va et vient dans le temps qui peuvent vite devenir perturbant si l’on n’a pas un certaine maitrise préalable des grandes lignes de la vie de Jobs.

Sur ce point, on peut au moins reconnaître à la biographie initiale, même pour ceux qui lui font tant de reproches, qu’elle a adopté un structure simple et classique, en balayant l’ensemble de la vie de Steve Jobs, depuis sa naissance jusqu’à son décès en passant par toutes les étapes connues ou non de ses parcours personnels et professionnels.
D’aucun trouveront cette approche d’une banalité déconcertante, avec ce sentiment de structure de récit vu et revu, mais au moins, le lecteur n’est pas perdu et avance dans le temps autant que dans le récit.

Ici, le récit démarre par la première entrevue de l’auteur avec Jobs chez NeXT, à un stade donc déjà avancé de sa carrière, et s’achève après les obsèques en 2011. On est contraint d’entrée de jeu à un retour en arrière.
Introduire le livre par leur première rencontre trouve une certaine logique (quand on se met à la place de l’auteur), mais quiconque ne sait pas d’entrée ce que c’est que NeXT et à quelle période cela se situe est condamné à subir un récit à la première personne déroutant et fatiguant.

Deuxième écueil, le l’ouvrage donne le sentiment d’être d’avantage les mémoires de son auteur qu’un véritable récit à propos de Steve Jobs.

On se rend compte en effet à la lecture, que le livre est l’occasion pour l’auteur de revenir sur sa propre vie, sa propre carrière, comme un grand coup dans le rétro. C’est comme un catalogue de souvenirs, focalisé sur Steve Jobs.

Cela donne nécessairement un récit partiel et partial.

Partiel d’abord parce que même avec le travail de recherche complémentaire mené par les auteurs pour contextualiser les rencontres évoquées et combler les blancs de l’histoire en marche se déroulant entre deux rencontres, certains épisodes sont omis, vite évacués ou passés sous silence. Nous sommes loin d’une approche exhaustive que cherchait à atteindre le premier opus.
Partial ensuite parce que, comme dit en introduction, ce n’est pas tant un récit de la vie de Steve Jobs qu’un recueil des mémoires de l’auteur narrant ses différentes entrevues ou rencontres avec Jobs. Les rapports humains sont forcément subjectifs, même lorsqu’on est journaliste et qu’on s’efforce tout de même de confronter ses sources et d’apporter la vision la plus neutre possible.
Partial encore par le fait que certains événements mis en exergue par un effet de dramatisation et de mise en scène extrême (la scène de l’interview conjointe de Jobs et Gates réalisée à l’époque par l’auteur) sont principalement importants du point de vue de l’auteur mais dont ce dernier fait le momentum du livre.
La plupart du temps, nous sommes en face de petites histoires, qui ont certes fait la grande, mais qui ne se placent toutefois pas au niveau de certains autres événements majeurs, dont l’auteur n’était sans doute pas le témoin mais qui constituent des marqueurs bien plus puissants de la vie de Jobs.

Ce qui fini de donner un sentiment étrange à la lecture de cet ouvrage, c’est le caractère quasi biblique donné à la parole de Tim Cook, actuel CEO d’Apple.
Absent du premier volume (sans doute parce que son témoignage au moment où était rédigé le livre ne semblait pas indispensable) les quelques phrases dont il gratifia l’auteur ont été abondamment récitées, commentées pendant la phase de promotion du livre. A tel point que c’est ce qui a fait dire que cette deuxième « biographie » de Steve Jobs était une version « approuvée » par Apple, là où la première était seulement « approuvée » (et de loin) par le défunt cofondateur de la firme pommée.
A tel point que l’ouvrage aurait pu s’intituler :

« Non sérieusement, ne lisez pas le bouquin d’Isaacson, il est mauvais et il raconte que des trucs pas cool sur Steve Jobs. Lisez plutôt ce tout nouveau livre qui a aussi une couverture en noir et blanc et avec des vrais morceaux de Tim Cook validés dedans. Apple c’est cool et on est tous des types super sympas ! »

Au final, on se dit qu’on aura droit d’un côté au récit terriblement froid mais neutre d’Isaacson (la version littéraire de l’article Wikipedia en somme) qui répond à la question « Quelle a été la vie de l’un des plus grand entrepreneurs de la Silicon Valley ? », et de l’autre, une probable myriade de témoignages tous présentés comme authentiquement sincères et documentés, présentant forcément à chaque fois le vrai visage de Steve Jobs, vrai visage auquel l’ouvrage d’Isaacson ne serait selon eux pas à même de rendre hommage.

Lien vers l’image à la une sur Flickr