L’art de la victoire de Phil Knight : quel pied !

L’art de la Victoire est l’autobiographie du fondateur de l’équipementier américain Nike dont il fut le président jusqu’en 2006.

Life is life

Je suis toujours un peu perplexe face aux biographies. Et encore plus face aux autobiographies.

C’est quelque chose que nous expérimentons tous : nos souvenirs ont souvent tendance à être embellis. Nous avons déjà une tendance naturelle à ne retenir que les meilleurs souvenirs. Mais par ailleurs, nous biaisons nos mauvais souvenirs ou mauvaises expériences. Soit qu’elles nous aient appris quelque chose, ce qui en atténue l’aspect négatif, soit que nous relativisions.

La vie de Phil Knight est un roman. Un roman qui démarre véritablement pour lui quand il entreprend son tour du monde à l’issue de ses études. De son enfance, il sera très peu question. Un choix volontaire et délibéré qui en dit long sur ce que le fondateur de Nike estime important. Quelle qu’ait été votre éducation ou vos études, rien ne conditionne votre vie, vos projets ou vos rêves.

A partir de cette épiphanie fondatrice, le récit se déroule chronologiquement dans une succession de chapitres rythmées par les années qui passent. On assiste alors aux prémices du business de chaussures de sports qu’il rêve de créer. D’abord distributeur d’une marque japonaise, qu’il commercialise de manière assez artisanale à l’arrière de sa voiture, il va progressivement s’en émanciper et commencer à faire fabriquer ses propres modèles.

Tributaire de ses fournisseurs, de ses créanciers, la situation financière de la jeune entreprise est régulièrement dans le rouge et flirte souvent avec la banqueroute. Cette situation est d’ailleurs loin d’effrayer Phil Knight même s’il confesse plusieurs nuits blanches. Car plutôt que de suivre les conseils et recommandations de ses banquiers, afin qu’il adopte une gestion saine (selon leurs critères) de son entreprise naissante, Phil Knight appui au contraire sur l’accélérateur.

Aller plus haut

Petit à petit, l’entreprise croit et se développe. Son chiffre d’affaire augmente ainsi que le nombre de ses collaborateurs. Jusque-là, il ne s’agit rien de plus que du parcours classique de la création d’une entreprise, qui trouve ici ses expressions les plus terre à terre de gestion des ressources humaines et financières.

Sauf à ce que vous souhaitiez vous lancer dans un business équivalent (drop shipping) la véritable valeur du livre ne réside pas forcément dans cette partie-là. C’est instructif certes, et cela permet de replacer les choses dans le contexte des années 70 et 80, où les règles n’étaient pas tout à fait les mêmes et que la valeur des choses ne reposait pas sur la même échelle de valeur.

Si le livre n’est pas un modèle pour ce qui concerne la gestion financière, il ne brille pas non plus par les méthodes liées aux ressources humaines. Phil Knight ne semble étrangement pas forcément doué pour les relations humaines, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. Bien entendu, il s’est marié et a eu deux enfants, et voue un amour sans borne à son épouse qui fut plus qu’une aide précieuse dans cette aventure entrepreneuriale. Mais comme il le confesse tout au long du livre, il n’est pas à son aise lors des négociations bancaires ou commerciales, peut se montrer assez dur, cassant voir indifférent à ses propres collaborateurs même et surtout les plus zélés. Et surtout, il n’a pas su trouver les clés pour entretenir de bonnes relations avec ses fils, dont l’aîné trouvera la mort dans un accident de plongée.

Biographie = mode d’emploi ?

Mais une biographie, si elle vaut déjà par ses aspects testamentaires et historiques, vaut surtout par ce que lecteur en retire. Une vie qui mérite d’être racontée en détails (même choisis) apporte son lot d’expériences, de conseils et d’enseignements.

Le piège dans lequel tombe beaucoup d’ouvrages « à propos de » telle ou telle personnalité ayant brillé par son parcours, est de laisser entendre que la vie de la personnalité en question est un modèle et une route à suivre. Comme s’il suffisait de suivre une « recette » pour que le succès soit au rendez-vous.

Ce fut énormément le cas pour ce qui concerne toute la littérature publiée à la suite du décès de Steve Jobs.

Dans le cas de « l’art de la victoire », ce qui a fait justement la force de la vie de Phil Knight explique certainement son manque d’appétit pour la gestion financière et les relations humaines.

Don’t stop believe in

Tout est résumé par l’auteur lui-même : ne jamais s’arrêter. Et force est d’admettre que Phil Knight pense chaussure, respire chaussure et incarne la chaussure à 100%. Ces gens-là ont un nom : Shoe Dog, qui est d’ailleurs le titre original du livre en anglais.

Sa passion immodérée du sport et de la chaussure de sport constitue son moteur. Il faut aller toujours plus loin et toujours plus vite. Cela ne s’est pas fait sans conséquences, mais le fait est qu’à force de pugnacité, d’obstination et de persévérance, Phil Knight est parvenu à bâtir un empire.

Si la chance et l’époque ont une part de responsabilité dans le succès rencontré, qui s’est patiemment bâti année après année, le principal message de cette biographie est que cette conviction de réussir et cette persévérance sont des qualités à cultiver pour accomplir ses projets et s’accomplir en tant qu’homme.

Cela ne fera pas disparaître les obstacles ou les difficultés comme par enchantement, mais une volonté farouche d’aller de l’avant, une certaine dose d’obstination (quand elle n’est pas entêtement aveugle), saupoudrée de confiance en soi constituent le bagage élémentaire pour aller au bout de ses projets.

L’art de la victoire est enfin une plongée dans l’histoire. Histoire du sport, mais pas seulement. Histoire des États-Unis et du monde de ces années 70 et 80. Une plongée dans le Japon d‘après-guerre et de la reconstruction. Histoire de l’émergence du sport business et du rôle que les équipementiers vont alors y jouer, comme cela nous est rappelé dans l’excellente « histoire secrète du sport » de François Thomazeau.

Run, run, run

On achève cette lecture sur un sentiment partagé. D’un côté c’est extrêmement fascinant. Parti de rien (ou presque), Phil Knight, faisant fit des difficultés ou complications, est parvenu à bâtir une multinationale tentaculaire dont la visibilité mondiale est hors norme.

Mais d’un autre côté le récit nous donner à voir quelqu’un, certes de pugnace et déterminé, mais qui dans le même temps peut se montrer sec, obtus, passablement désagréable et presque sans scrupule. En témoigne l’absence de détails sur les conditions de fabrication de ses chaussures en Asie, sur lesquelles il fini tout de même par écrire quelques mots à la toute fin, presque sous la forme d’un mea culpa contraint.

Je n’irais pas jusqu’à dire que Phil Knight est un exemple ou un modèle. Certains aspects sont sans aucun doute à méditer. Mais il ne faudrait pas y voir un modèle absolu de la réussite ou du succès.

Il n’en demeure pas moins que ce livre éclaire cette période de l’histoire et la création de Nike sous un jour nouveau et que rien que pour ça, ça en vaut la lecture !

Défoule-toi

Un livre jouissif…

« Défoule-toi ! » est un véritable OVNI qui se situe quelque part entre l’anti manuel de développement personnel et le hurlement primaire de Jean-Marie Bigard.

Ce livre possède une véritable différence avec les classiques du développement personnel que l’on relit régulièrement.

En effet je recommanderais de ne pas revenir trop souvent sur celui-ci. Vous risqueriez de devenir quelqu’un de parfaitement aigri, rancunier et désagréable.

Il ne fait pas de mal extérioriser ses colères. D’autant plus qu’elle est mauvaise conseillère. Mieux vaut donc s’en débarrasser. Néanmoins, le livre brasse tellement de sujets, de situations, de personnes, qu’il n’est pas à exclure que certaines situations ne s’appliquent pas à votre cas.
Là où cela pèche un peu, c’est que le livre ne vous laisse pas la possibilité de dire que vous n’êtes pas concerné, sauf a laisser un blanc…
Du coup, vous souviendrez vous que vous n’aviez rien à mettre ou que vous avez opportunément sauté la question ?

Le principal (et seul) mérite de ce livre, c’est de se délivrer de tout ce que l’on ressasse, consciemment ou pas, et de s’en délester sur le papier.

Passé cet exercice que l’on réalise avec plus ou moins de mauvaise foi, on se sent forcément plus léger. Si l’on a pas effectivement été mettre des claques à deux ou trois personnes ayant subit notre courroux manuscrit, on est en principe plus disposé à enchaîner sur des lectures plus classiques.
Particulièrement jouissif, ce véritable défouloir est autant une manière d’en vouloir aux autres qu’à soi-même et se questionner quant à certaines attitudes.

… mais dispensable

Plutôt bon enfant (encore que…) le livre fini par déborder vers la fin sur des considérations qui dépasse de loin votre cadre de vie quotidien. Il est toujours possible de râler contre des choses sur lesquelles nous n’avons pas prise. Mais comme on ne cesse de se le voir répéter à longueur de livres de développement personnel, il ne peut y avoir que de la frustration et de la colère à chercher à influer sur des choses sur lesquelles nous n’avons justement pas prise.

Fervent partisan du numérique et lecteur assidu sur tablette, je suis dans l’obligation de vous prévenir : Défoule-toi est inutilisable dans sa version numérique !
Le principe étant de pouvoir gribouiller sauvagement tout votre sou sur le papier, ce principe de base ne résiste pas à une version digitale blindée de DRM qui interdit toute modification du fichier…

De mon point de vue, plutôt un cadeau à faire à quelqu’un dont vous savez qu’il est un peu tendu sans le laisser paraître. Clairement pas le meilleur livre de ce mois de février 2019.

Une histoire secrète du sport de François Thomazeau

Le sport.

Cette chose aussi populaire qu’élitiste tout à la fois passe-temps, objet de spectacle, véritable business mondial, ou encore garant de votre bonne santé.

Si ce livre ne vous donnera pas forcément envie de vous mettre au sport si vous êtes plus adepte du pizza-bière-foot que des footing matinaux, il va vous mettre en revanche une belle claque si vous pensiez en savoir un tant soit peu sur le Sport avec un grand S.

Et d’abord sur sa relative jeunesse. Contrairement à la croyance couramment admise, quand bien même les grecs de l’antiquité pratiquaient des activités physiques de compétition, l’émergence du sport en tant que pratique concurrentielle de haut niveau est, à l’échelle de l’humanité, très récente. un siècle et demi tout au plus.

Et l’on prend alors conscience de la folle machinerie qui s’est mise en marche autour de ce qui n’était au départ qu’un loisir, qu’une distraction, utile pour le corps et l’esprit.

Une histoire secrète du sport, d’une richesse incroyable, nous offre à voir cette face cachée du sport, derrière les médailles, les résultats, les buts et les records.

Une histoire des sports

Sans virer dans l’exposé rébarbatif et soporifique, l’ouvrage revient en détails sur la naissance de plusieurs disciplines. Parmi la myriades de sports pratiqués sur la planète, le livre s’arrête plus particulièrement sur le cas du rugby, du football, de l’athlétisme ou encore du cyclisme. Mais le récit est également parsemé de nombreux épisodes marquants de l’histoire de variété d’autres sports : Formule 1, Natation, Boxe, etc.

Leur point commun est d’être né dans l’esprit de l’amateurisme. Une pratique plutôt noble et désintéressée, destinée tout autant au bien être physique qu’à l’esprit de compétition.

A travers les grandes et les petites histoires et anecdotes de l’histoire du sport (à ne pas confondre avec l’histoire sportive) on découvre aussi bien de grands moments et des héros, que les pires bassesses et le gangrénage progressif par l’argent et la transition inéluctable vers la professionnalisation.

Une histoire de la structuration du sport

D’abord sous la responsabilité d’entités très locales, les différents sports se sont progressivement dotés de différentes instances. Régionales puis Nationales d’abord afin de se voir propulsée au niveau mondial.

Cocorico ! La plupart des organisations mondiales du sport sont issue d’initiatives françaises et certaines ont encore leur siège à Paris comme la Fédération Internationale de l’Automobile.

Organisation sportive par excellence, le Comité International Olympique est également une création française même si elle demeure en Suisse pour des raisons… fiscales…

Et oui. ce que met incroyablement en lumière cet ouvrage, c’est à quel point le sport est passé doucement mais surement d’une certaine noblesse à une véritable industrie.

Si la structuration du monde sportif a apporté son lot de points positifs comme l’instauration de règles communes, la globalisation du sport, à travers ses organismes officiels, à accentué des travers inhérents même à la pratique sportive concurrentielle : la corruption et le dopage.

Une histoire de la corruption

Les activités humaines on cela de fascinant que, quel que soit le domaine, l’humanité trouvera toujours un moyen de subvertir et enlaidir lesdites activités.

Dans le cas du sport, qui à la base repose principalement sur la notion de jeu, l’argent est très vite devenu l’un des moteurs parasites de son développement.

D’abord via les paris, pour lesquels on truquait les rencontres afin de maximiser les gains, puis pour l’organisation de grands événements sportifs, au premier desquels se trouvent les Jeux Olympiques, et enfin l’appât du gain, qui poussa la culture du dopage à des niveaux inimaginables.

Le livre est édifiant sur le cas des JO et du CIO, instance plus que corrompue, qui brasse plus d’argent qu’elle n’en n’a besoin et qui sous des dehors de protection de l’esprit sportif dissimule un fonctionnement opaque et malsain.

Pas une seule olympiade ne peut être exempte de soupçons dans leur organisation, qu’il s’agissent des conditions d’attribution ou des résultats qui s’y sont produits.

Bien que cela soit un secret de polichinelle et que rien ne semble vouloir remettre en cause ces dérives malgré les révélations et trop rares condamnations, cet aspect du livre est terrible en ce que la réalité qu’il nous décrit dépasse de loin ce que l’on croyait savoir du sujet.

Une histoire politique

Et que dire du rôle politique du sport !

Plus les responsables du monde sportif se défendent d’un quelconque parti pris, et plus on se rend compte que le sport est au contraire le cache-sexe de politiques plus ou moins agressives.

Quoique désigné sous le petit nom de « soft power », le sport constitue l’une des pièces de choix des différentes nations ou régimes dans leur arsenal diplomatique.

Boycott ou au contraire noyautage par des procédés peu reluisant comme la corruption ou le dopage, le sport, qu’il s’agissent des JO ou des coupes du monde de football entre autre, plantent à chaque fois un clou dans le cercueil de la pureté du sport, tant chérie par la plupart des pères fondateurs.

Détourné de ses objectifs premiers, le sport, tout particulièrement dans son expression mondiale et globalisée, sert avant tout les desseins de gens peu scrupuleux, ce qui a des conséquences dramatiques sur les athlètes.

Une histoire dramatique

Quoiqu’il ne faille pas tomber dans un angélisme malvenu, les principales victimes des effets conjuguées de la corruption et de l’utilisation politique du sport sont avant tout le athlètes.

S’il n’ pas fallu attendre que le sport prenne une telle ampleur pour que les compétiteurs cherchent à augmenter leur performances, force est d’admettre que le passage de loisirs à objet de spectacle et de spéculation a très largement contribué à faire augmenter dangereusement la pratique du dopage.

Là encore, au départ en amateur, en témoigne les substances faite maison sur les premiers tour de France, jusqu’à des dispositif médicaux complexes nécessitant une logistique très lourde (transfusion, etc.)

S’il n’était question que de tricherie, cela pourrait presque prêter à sourire, mais les choses sont hélas plus graves puisqu’il y est question de décès, de lésions permanentes, le tout dans une indifférence généralisée.

Un must have

Excellemment bien écrit et très bien documenté, les auteurs nous offre une véritable saga, que l’on imagine sans peine adaptée en série télé !

Même les épisodes pourtant à priori très bien connus du public sont éclairés sous un nouveau jour et enrichi de détails insoupçonnés.

Une véritable somme sur le sujet que tout bon passionné se doit d’avoir dans sa bibliothèque !

Bilan des lectures de janvier 2019

Ce mois de janvier 2019 fut riche en lectures et je vous propose ici de passer en revue les livres qui me sont passés entre les mains !

La magie du rangement

Je ne sais pas s’il faut encore présenter le best-seller mondial de Marie Kondo.

L’auteur y dévoile et développe sa méthode de rangement « KonMarie » et tâche de vous inciter à la mettre en pratique.

Je dois avouer qu’à l’issue de la lecture, je trouve que le titre est assez impropre. En effet, il s’agit moins de ranger que de trier. Et donc de se séparer des objets inutiles soit en les jetant, soit en les donnant. L’aspect « concours de sacs poubelles » pourrait à ce titre en effrayer plus d’un. A une époque où le nombre de nécessiteux n’est pas particulièrement faible, se contenter de jeter purement et simplement des objets en parfait état d’usage est quelque peu dérangeant. Mais rien n’empêche heureusement de donner aux organismes dont c’est la spécialité.

L’autre bémol à noter selon moi, c’est que l’auteur est japonaise et que les préceptes qu’elle expose prennent toute leur signification dans le contexte nippon où il est de notoriété publique que les logements sont d’une taille contenue. Cela n’enlève rien au fait que dans nos palaces occidentaux pavillonnaires ces conseils de tri et de rangement sont parfaitement applicables mais j’aurais tendance à temporiser leur mise en oeuvre.

Du reste, ça se lit bien et c’est au final un livre résolument optimiste.

La vengeance du loup (Critique)

Notre ancienne star du JT de 20h signe en ce début d’année un roman historico / politique sans relief ni inspiration.

Quoique pas désagréable à lire, c’est assez pauvre stylistiquement parlant. A moins que le second tome rattrape le tout, on n’éprouve aucune empathie pour les différents protagonistes et on regarde passer l’intrigue dans une relative indifférence.

Clairement pas le livre de l’année.

La couette de l’oubli

Suite des aventures de notre compagnie de bras cassés qui font face à des hordes de zélotes des différents cultes de la terre de Fangh.

C’est toujours aussi drôle, toujours aussi bien écrit !

Je pense trop

Je fais partie de ces gens qui ont l’esprit toujours occupé et qui gère en parallèle plusieurs sujets.

Ce livre permet de comprendre ce phénomène, qui dans certains cas peut aller assez loin dans le manque de confiance de soi et devenir une certaine fragilité.

Il permet de poser des mots sur ce phénomène que l’on ne maîtrise pas et donne des clés sur la façon de l’apprivoiser et d’en tirer parti.

Une lecture éclairante, y compris pour ceux qui ne seraient pas en situation de « surconscience intellectuelle ».

Spoiler Alert

Comme je le disais l’an dernier, j’ai réduit drastiquement le temps que je passe devant la télé.

S’il m’arrivait de suivre quelques séries TV ici ou là, je les aient toutes lâchées. Inutile de dire que Netflix : non merci !

Du coup, outre les séries que je n’ai jamais suivi (ou de trop loin) et celles que j’ai lâchées en cours de route, je dois admettre qu’il me manque certains pans du scénario. Ce n’est pas que cela pèse sur ma conscience (« Oh mon Dieu ! Mais qu’est-il arrivé à la fin de Desperate Housewives ? ») mais force est d’admettre que certaines références peuvent parfois vous manquer dans une conversation animée avec des sérivores.

Ce livre est donc le compagnon idéal pour se mettre à jour sur les séries TV les plus emblématiques de ces dernières années, y compris celles encore en cours.

C’est l’occasion de se replonger dans de vieilles productions dont on se souviens avoir vu plusieurs épisodes dans le passé mais dont on ignore finalement tout de l’issue (coucou « Sliders »).

On apprend au passage pas mal de détails et d’anecdotes sur toutes ces séries. Ce livre est clairement pour ceux qui, comme moi, cherchent à se mettre à jour sans avoir envie de se taper des centaines d’heure de visionnage !

La tyrannie du silence (Critique)

Un livre bouleversant, comme je l’ai écrit, et qui illustre plus que tous les autres livres qui sortent ces temps-ci sur les abus pratiqués dans divers milieux, les leviers à l’oeuvre dans cette entreprise de domination et de destruction de l’autre.

Ayant eu quelques contacts avec l’auteur, je tiens à suivre son histoire au delà de ce livre en espérant que les démarches entreprises déboucheront sur une issue positive.

L’IA va-t-elle aussi tuer la démocratie ? (Critique)

Ce livre est une vaste fumisterie.

Rien qu’au niveau du titre déjà qui laisse entendre que l’intelligence artificielle aurait déjà tué (des individus ? des emplois ?) quand le propos du livre est justement de dire que l’IA ne va au contraire que créer de nouvelles opportunités… Étrange.

Mais derrière un propos faussement scientifique ou économique, les deux auteurs se cherchent par cet ouvrage une porte de sortie vers les prochaines échéances électorales.

Un livre absolument pas sérieux sur le sujet…

Portal, Science, Patate et jeu vidéo (Critique)

Monument du jeu vidéo, Portal occupe une place à part dans le cœur des gamers.

Eva Cid Mendez parviens à nous faire saisir toute la singularité de Portal à travers le parcours de sa conception, sa réception critique, son utilisation pédagogique et son positionnement dans l’univers vidéoludique dans lequel il n’a jamais été égalé.

Une lecture passionnante et passionnée et mon coup de cœur de ce mois de janvier !

Le réveil des armées (Critique)

Depuis fin 2018, l’armée est « tendance ». A tel point que les « gilets jaunes » semblent souhaiter le retour d’un pouvoir fort qui pourrait être incarné par les militaires. On devine le fantôme du Général de Gaulle la dedans.

Isabelle Lasserre revient en détails sur les forces et faiblesses des armées françaises et sur les liens fluctuants qu’elles entretiennent avec les français.

Richement documenté, l’ouvrage balaye toutes les problématiques du monde militaires : géopolitique, moyens humains et matériels, organisation, etc.

Une lecture instructive

Dans l’enfert vert de la Rambosploitation

C’était pas sa guerre.

Mais pourtant on a tous vu au moins une fois dans notre vie un Rambo où l’une de ses innombrables copies douteuses et plus ou moins drôles.

Ce livre retrace en détails comment un film adapté d’un roman, avec un acteur quasi inconnu dans le rôle titre a non seulement donné naissance à l’une des premières licences du cinéma, mais surtout tout un phénomène industriel et populaire qui aura vu des centaines et centaines de métrages user et abuser des codes de Rambo.

Richement illustré, l’ouvrage passe en revue tous les mécanismes à l’oeuvre dans cette vaste machinerie commerciale, aidée par l’âge d’or de la VHS. Si de nombreux nanars sont passés en revue, le livre évite l’écueil de n’être qu’un déclinologue de tout ce que le cinéma mondial nous aura servi comme copie des aventures de Rambo.

Le DVD en bonus est une véritable pépite, à regarder une bière à la main et le cerveau posé sur les genoux !

Histoires criminelles (Critique)

Hondelatte

On pourrait penser à la découverte de ce livre que Christophe Hondelatte se « Pierre Bellemarise » et s’enferme dans son rôle de chroniqueur des affaires criminelles et judiciaires, tel qu’il le tenait alors qu’il était à la tête de l’émission de France 2 « Faites entrer l’accusé ».

Et on aurait pas tort car cet opus est le dernier d’une longue série consacrée au sujet. Mais passé ce constat, force est d’admettre que l’auteur sait définitivement y faire avec les faits-divers. Sous une plume élégante, l’auteur nous narre avec une habileté et un sens du suspens maîtrisé des histoires dont le point commun est leur caractère sordide.

Pas toujours élucidées, certaines affaires font froid dans le dos et le livre n’est pas forcément recommandé pour une lecture du soir ! Du reste, on navigue également à travers l’histoire car certaines affaires remontent au XIXe siècle, ce qui permet également de mesurer tout le chemin parcouru par les force de l’ordre, la justice et les techniques scientifiques ou medico-légales.

Malgré les sujets scabreux, le livre est plaisant à lire et va au-delà d’un simple exercice de voyeurisme dans lequel il aurait pu tomber.

Défoule-toi ! Ça va mieux en le disant

Ce livre est un OVNI qui se situe quelque part entre l’anti manuel de développement personnel et le hurlement primaire de Jean-Marie Bigard.

Mais à l’inverse d’un ouvrage de développement personnel, qu’il insiste ou non sur les « pensées positives », qu’il est souvent bon de relire périodiquement, on évitera de revenir trop souvent noircir les pages de ce petit livre, au risque de devenir quelqu’un de parfaitement aigri, rancunier et désagréable.

Le principal mérite de ce livre, c’est de se délivrer de tout ce que l’on ressasse, consciemment ou pas, et de s’en délester sur le papier. Passé cet exercice que l’on réalise avec plus ou moins de mauvaise foi, on se sent forcément plus léger et, si l’on a pas effectivement été mettre des claques à deux ou trois personnes ayant subit notre courroux manuscrit, on est en principe plus disposer à enchaîner sur des lectures plus classiques.

Particulièrement jouissif, ce véritable défouloir est autant une manière d’en vouloir aux autres qu’à soi-même et se questionner quant à certaines attitudes.

Portal, Science [Patate] et Jeu Vidéo d’Eva Cid Martinez

Portal est un jeu génial.

Portal est un jeu révolutionnaire.

Ce n’est pas moi qui le dis, mais Eva Cid Martinez dans son éloge du titre vidéoludique « Portal, Science, [Patate] et jeu vidéo ».

Et quand on dit « génial », ce n’est pas un « génial » banal, vulgaire et bas du front lancé nonchalamment à la Cantonnade quand votre coloc vient vous annoncer fièrement qu’il a enfin réussi à conclure avec Marie, la petite célibataire du 3e étage.

Non. Par « génial », il faut entendre le sens étymologique du mot : qui relève du génie !

Car indéniablement, Portal et sa suite Portal 2 ont portés au pinacle du panthéon vidéoludique un gameplay et un game design résolument aboutis.

Pour ceux qui n’y auraient jamais touché, Portal et Portal 2 vous mettent dans la peau d’un avatar dont vous ne voyiez (presque jamais le corps) ni n’entendez la voix. Armé d’un « portal gun » qui vous permet d’ouvrir une porte bleue et une porte orange qui communiquent (vous entrez par l’une et vous ressortez par l’autre), vous devez traverser une succession de salles de « test » en résolvant le parcours qui vous est proposé à l’aide de ces fameux portails. Vous êtes accompagné par la voix de GladOS, intelligence artificielle qui gère le centre de test, et qui supervise votre progression. Au fil des salles, vous parvenez enfin au terme du parcours, mais je n’en dirais pas plus 😊

Imité, jamais égalé

Sans prendre le risque de l’hyperbole injustifiée, Portal touche la perfection.

La perfection, ce n’est pas quand il n’y a plus rien à ajouter mais quand il n’y a plus rien à retirer. Dans Portal chaque élément, chaque détail est disposé avec soin et contribue chacun à non seulement donner corps et cohérence à l’univers mis en place, mais sont surtout autant de marqueurs du parcours du joueur qui se trouve ainsi aiguillé sans s’en rendre compte. Cela témoigne d’un véritable travail d’orfèvre doublé d’un très grand respect pour le joueur.

Loin des tunnels aseptisés de certains titres (God of War, Bioshock, etc.) ou des graphismes clinquant et putassier de titre balourds (coucou COD) qui cherche par là à masquer la pauvreté de leur scenario (quand il y en a), Portal déploie un propos visuel et narratif élégant, cohérent et subtil.

Appartenant à la famille des Puzzle Game, qui mettent hautement le joueur à contribution, le fond et la forme de Portal sont conditionnés à la fois par les mécaniques de jeu inhérente à ce type de jeu mais également par les limites (ou limitations) techniques à l’époque où ces deux jeux ont été publiés, respectivement en 2007 et 2011.

Mais s’il pu être éclipsé d’un point de vue graphique ou d’un point de vue scénaristiques par des jeux ayant mis ostensiblement en exergue ces deux aspects de leurs titres, aucun titre n’a su (ou pu) atteindre le niveau d’excellence de Portal. Même d’autres jeu de type Puzzle Game ne sont pas parvenus (quand ils le visaient) à reproduire l’alchimie produite par Portal entre un gameplay épuré évoluant dans un univers dense au travers d’une narration ciselée.

La comédie, c’est la tragédie plus le temps

Eva Cid Martinez nous gratifie donc d’un ouvrage passionné et passionnant au sujet de ce jeu, Portal donc. Sorti en 2007 dans une relative discrétion, au sein d’un pack, la désormais fameuse « Orange Box » de Valve, le jeu conquiert le cœur des gamers. Il va dès lors intégrer le panthéon des classiques intemporels du jeu vidéo tels qu’on pu l’être avant lui Super Mario Bros, Tetris ou Zelda.

Le livre nous présente donc la genèse du projet. Au départ simple projet étudiant, l’aventure va conduire l’équipe derrière le jeu à rencontrer puis intégrer les équipes de Valve, l’entreprise derrière le non moins reconnu Half-Life.

L’auteur nous décrit en détails les étapes ayant conduit au développement du premier puis du deuxième opus, en appuyant à chaque fois sur les ambitions et les contraintes que se sont imposé les concepteurs.

Mais bien plus que le « simple » processus créatif, avec tout ce que cela implique de décisions ou d’obstacles, c’est tout le langage visuel et ludique qu’Eva Cid Martinez nous donne à voir, à toucher et à comprendre.

Et si l’on doit convenir d’un fait c’est que rien, absolument rien, n’a été laissé au hasard. Les mécaniques de gameplay sont mises en place progressivement de manière itérative et sont découvertes intuitivement par le joueur. A l’heure où de plus en plus de jeux prennent littéralement le joueur par la main à grand renfort de flèches, de marqueurs ou de QTE fainéantes pour être certain que le joueur agisse selon la doxa des développeurs, Portal parvient au même résultat à travers le prisme de ses seules mécaniques de jeu, tout juste rappelées par des plaques au sol avec de simple pictogramme (auquel on ne prête d’ailleurs pas forcément attention).

Vous et moi avons dit des choses que vous allez regretter

Rien n’a été laissé au hasard non plus dans la construction du « monde » dans lequel le joueur évolue. Une prouesse quand on sait que les seuls environnements traversés sont des salles aseptisées et, dans le cas de Portal 2, de vastes salles souterraines en ruine. Le « monde » ne nous est connu et décrit qu’à travers la parole de GladOS et Whithley (Portal 2), deux robots attachés à ce centre de test si particulier et dont la première semble entretenir des liens de parenté avec notre avatar.

On devine à travers leurs mots (auxquels s’ajoutent ceux de Cave Johnson, fondateur d’Aperture Science dans le second opus), auxquels nous ne répondons jamais verbalement puisque notre avatar est muet dans les deux opus (ce qui démontre encore une fois le talent des concepteurs), que nous prenons conscience de l’univers dans lequel nous évoluons. Un univers fait d’expériences scientifiques étranges dans un but inconnu mais que l’on devine tout aussi bizarre.

Mais aussi bizarre que puisse paraître l’environnement que l’on parcourt, les choses que l’on est amené à y faire à travers ces tests, et ce que l’on vous dit de ce qui entoure le centre, tout est absolument cohérent et crédible. L’immersion est donc complète et c’est là encore un point qui rend ce jeu si unique et mémorable.

Science sans conscience

Portal, Science [Patate] et Jeu Vidéo d’Eva Cid Martinez, dont rien que le titre comporte un spoil d’ampleur, nous invite à nous pencher sur le rapport de la licence avec la science.

Il est vrai que l’univers de Portal entretient un rapport intime avec la science. Celui-ci tient avant tout d’une relation par l’absurde, mais la science est belle et bien présente tout au long des deux opus.

L’auteur démêle les liens de cette relation fusionnelle faisant la part des concepts fantaisistes des véritables informations et enseignements procurés par le jeu. Elle illustre parfaitement à quel point Portal est un objet d’apprentissage en exposant plusieurs cas pratiques d’utilisation du jeu en classe par des enseignants américains.

Et on touche alors là la quintessence du jeu : apprendre sans en avoir conscience. La plus belle expression de l’utilité d’un jeu est ce que l’on en retire. N’apprend-t-on pas mieux en s’amusant ? Le phénomène actuel d’amplification de la ludification de l’enseignement est le témoin que ce vecteur d’apprentissage intemporel retrouve ses lettres de noblesse.

Sale monstre

Que l’on doit ou non joueur de Portal, le livre d’Eva Cid Martinez nous donne un éclairage incroyablement complet de son sujet. Exhaustive dans son approche, son propos assez novateur nous amène à embrasser tout ce qui tourne autour de Portal, de sa conception jusqu’à ses utilisations concrètes (par des professeurs ou des joueurs passionnés) en passant par les influences qu’il a eu ou son rapport à la science.

Si vous n’avez jamais mis les doigt sur Portal, remédiez-y vite en vous le procurant sur Steam (il y est régulièrement en promotion). Et si, comme moi, vous avez déjà poncé plusieurs fois les deux opus, cette lecture sera pour vous l’occasion de vous replonger dans ce dédale de salles redoutables !

Déjà mordu du jeu (surtout du 2), j’ai une affection toute particulière pour ce livre qui parvient à célébrer le jeu vidéo quand la tendance est plutôt à diaboliser le medium, accusé de tous les maux et violences de notre époque.

Une véritable déclaration d’amour à Portal et au jeu vidéo en général !

La solitude Caravage de Yannick Haenel : émotions et fascination

Fascination pour le maître

La solitude Caravage est une déclaration d’amour enflammée pour ce peintre italien à la fois célèbre mais paradoxalement méconnu.

Yannick Haenel nous propose ici un triple parcours initiatique au fil de ses pages enflammées.

D’abord sa propre découverte de l’artiste au cours de sa jeunesse pendant sa scolarité. Parcellaire, mystérieuse, érotique et enfiévrée. Une découverte initiale qui le bouleverse et le marquera à jamais. Au fil du temps, l’auteur se rapproche toujours un peu plus du Caravage, se documente, s’instruit, se forme, et parvient finalement à son épiphanie : travailler en Italie et à Rome, au plus près des œuvres du maître.

Le Caravage n’est pas seulement un hobby, une lubie ou une simple passion. C’est pour Yannick Haenel un chemin de vie et une véritable transcendance.

Car la vie de l’auteur se fait écho de celle du Caravage, la violence en moins, et l’on est les témoins d’une véritable appropriation, pour ne pas dire assimilation, de la vie du Caravage tant l’auteur semble ressentir dans ses chairs les tourments du génie.

Une vie pour la peinture

Et c’est là le second degré de lecture de cet ouvrage. Loin des monographies classiques ou du simple exercice biographiques, la solitude Caravage nous donne effectivement à voir ce que fut la vie du Caravage.

Une vie tourmentée, agitée, qui se traduit par le vagabondage, la violence et la solitude. Une solitude paroxystique en ce qu’elle s’incarne non seulement dans la solitude intrinsèque du peintre, seul devant son œuvre et sa technique, mais également dans la solitude de son for-intérieur. Seul face à lui-même, le Caravage est un personnage torturé qui aura tout connu : le deuil, la pauvreté, l’isolement, la détresse, la gloire, la fuite, le confort et la violence.

Une vie courte (39 ans seulement) mais à la fois trépidante et terrible, intense et fragmentée, sublime et chaotique, riche et désordonnée. Mais surtout une vie dédiée à la peinture. Une peinture sombre, teintée du noir (la couleur de Dieu), le noir des nuits de beuveries et de rixes qu’il a si souvent fréquentée, le noir de son âme torturée qui trouve un reflet dans ses coups de pinceaux.

Mort de maladie après avoir arpenté des marais insalubres à la poursuite d’un bateau contenant des tableaux qu’il rapportait à Rome, il disparait dans l’indifférence général, laissant derrière lui le champ libre pour ses détracteurs qui brossent de lui un tableau famélique et vengeur.

Le Caravage laisse ainsi une soixantaine de toiles connues à ce jour et passés les affres du temps et de la jalousie de ses contemporains provoquée par la compétition de l’époque, le temps est désormais à la contemplation et à l’analyse.

Symbologie de l’oeuvre du Caravage

C’est la troisième clé de lecture de la solitude Caravage. Si l’on ne rentre évidemment pas dans le détail de chaque tableau, que Yannick Haenel confesse ne pas tous connaître et tous avoir vus, ce dernier ne nous donne pas à voir simplement les détails de quelqu’une des œuvres du Caravage, mais nous illumine du langage visuel auquel recours ces toiles qu’un œil novice et candide pourrait trouver banales au premier regard.

Les plus infimes détails prennent ainsi sous la plume ciselée et méticuleuse de l’auteur une dimension quasi mystique. Déployant des talents de poésie quasi lyrique, Yannick Haenel nous transporte littéralement dans un monde d’image, de symboles et de sens. Cette passion exaltée pour le jeune peintre et surtout son œuvre que l’auteur s’emploie à décrire, détailler, décrypter et sublimer par la puissance de son verbe et de sa plume, pourrait passer pour du fanatisme. Mais l’ivresse qui s’empare de Yannick Haenel est si sublime dans sa plénitude et son abandon, qu’elle nous emporte avec lui dans cette contemplation et que l’on se surprend alors à presque toucher du doigt ces toiles.

On ne ressort pas tout à fait le même de la lecture de la solitude Caravage. D’une part, on va ressentir l’envie d’aller voir l’œuvre du Caravage. Pour cela, la bibliographie sélective proposée par Yannick Haenel est un bon point de départ. Mais surtout on risque à tout moment de se laisser à notre tour happer par tous les infimes détails des toiles que nous serons amenés à croiser et que notre œil n’aurait pas forcément su voir au premier regard.

Une lecture envoutante dont la richesse intellectuelle et lexicale mérite le temps qu’on lui consacre et à laquelle on sera heureux de revenir.

Histoires criminelles de Christophe Hondelatte

On pourrait penser à la découverte d’Histoires Criminelles que Christophe Hondelatte se « Pierre Bellemarise ». S’enferme t-il dans son rôle de chroniqueur des affaires criminelles et judiciaires, tel qu’il le tenait alors qu’il était à la tête de l’émission de France 2 « Faites entrer l’accusé ».

On aurait pas tort car cet opus est le dernier d’une longue série consacrée au sujet. Mais passé ce constat, force est d’admettre que l’auteur sait définitivement y faire avec les faits-divers.

Christophe Hondelatte tire ainsi habillement profit de la documentation à sa disposition (livres, minutes judiciaires, articles, etc.) pour abreuver ses récits de détails qu’ils replacent dans leur juste contexte chronologique.

Chaque récit se lit ainsi d’autant plus intensément qu’ils prennent littéralement vie sous nos yeux (insolite n’est-ce-pas pour des affaires de meurtres et d’assassinats ?).

Sous une plume élégante, l’auteur nous narre avec une habileté et un sens du suspens maîtrisé des histoires dont le point commun est leur caractère sordide.

Quoique pas toujours élucidées, certaines affaires font froid dans le dos et le livre n’est pas forcément recommandé pour une lecture du soir !

Une odyssée historique

Du reste, on navigue également à travers l’histoire car certaines affaires remontent au XIXe siècle, ce qui permet également de mesurer tout le chemin parcouru par les force de l’ordre, la justice et les techniques scientifiques ou medico-légales.

A ce titre, force est de constater que la justice française fonctionne plutôt bien et que, malgré son manque chronique de moyens et le temps parfois long qu’elle met à se prononcer, elle parvient à réaliser un travail remarquable. Tout juste mettra t-on de côté les cas les plus criants d’erreurs judiciaires, qui sont moins le fait de la justice elle-même que des pressions ou actions des corps intermédiaires qui l’entourent, et notamment politique.

Malgré les sujets scabreux, le livre est plaisant à lire et va au-delà d’un simple exercice de voyeurisme dans lequel il aurait pu tomber.

Lectio Letalis : la mort est au bout du chapitre

Le roman qui tue

Lectio Letalis exécute avec brio la recette du thriller ésotérique.

Tous les ingrédients nous invitent à déguster au plus vite chaque page pour atteindre le dénouement et les révélations finales. Un livre qui tue mystérieusement, des personnages haut en couleurs, au caractère bien trempé, une secte énigmatique et une enquête menée tambour battant dans un cadre dépaysant, que demander de plus ?

Délaissant rapidement Paris pour s’installer en région Bordelaise, l’intrigue nous amène à rencontrer notre héros principal incarné par un policier aux méthodes rudes et peu orthodoxes, faisant régner l’ordre sur son secteur.

Lourd d’un passé tourmenté et hanté par le souvenir d’un ancien policier ayant oeuvré au sein d’une secte, il nourrit une véritable haine pour ces groupes déviant.

Au hasard d’une intervention « banale » son quotidien prend une tournure toute nouvelle et il se retrouve embarqué malgré les interdictions de sa hiérarchie sur les traces d’une ancienne secte, réputée disparue suite au suicide collectif de ses membres.

Le héros va dès lors aller de révélations en révélations et parvenir au terme d’un parcours semé d’embûches et de violences, à résoudre le mystère.

La plume plus forte que l’épée ?

Maniant avec subtilité l’art de l’ellipse (contrairement à d’autres romans à rallonge), Lectio Letalis sait nous garder au fait de l’action avec une économie de mots qui rend la lecture fluide et plaisante.

Dommage pour certaines scènes de Lectio Letalis que l’on aurait aimer voir se dérouler avec de plus amples détails. Si l’ensemble se tient tout à fait, on regrette quelques raccourcis scénaristiques ou que les personnages parviennent trop simplement et justement à certaines conclusions. On n’est pas loin par moment du Deus Ex Machina.

Il n’en demeure pas moins que Lectio Letalis est très bien écrit, avec une richesse de vocabulaire assez rare pour être notée pour ce type de littérature.

Seul véritable défaut à mon sens de Lection Letalis : le sous-texte sur le monde politique et des « puissants » en général. Leur mainmise sur l’enquête et le dossier est sans cesse rappelée mais leur existence est bien trop nébuleuse pour que l’on s’attache vraiment à cet aspect du roman.

C’est regrettable car il y avait matière à développer plus avant le propos, ce qui aurait d’une part donner encore plus de consistance au récit et d’autre part aurait pu être porteur d’un vrai message. En l’état, le si peu qui est évoqué laisse à penser que l’auteur nourrit des fantasmes sur de vagues théories du complet au plus haut sommet. Hors, le fait que ceux qui sont aux responsabilités cherchent à se couvrir n’est en rien de la science fiction et cet aspect du roman aurait pu faire l’objet d’un développement plus poussé.

Malgré une fin « un peu cul-cul » plutôt convenue, le roman aura su nous garder en haleine chapitre après chapitre ce qui est en soi un motif de satisfaction.

Lectio Letalis est roman haletant et un auteur à découvrir !

Silence sous la blouse de Cécile Andrzejewski

Allo Pital ? Ici lence…

Le livre de Cécile Andrzejewski lève le voile sur un phénomène invisible pour la plupart d’entre nous mais qui ne fait hélas mystère pour personne : le harcèlement et les abus sexuel dans le milieu hospitalier.

Loin des clichés véhiculés par les séries télé médicale (#docteurmamour) l’auteur met en lumière les cas tous plus édifiants les uns que les autres de harcèlement, d’attouchements, voire dans les pires des cas, de viols commis par des médecins, encadrants de santé ou plus rarement d’autres personnels médicaux.

Mais bien plus que les faits en eux-mêmes, la grande force du livre réside dans les témoignages et la parole donnée à toutes les victimes de ces actes odieux.

Le travail de l’auteur est d’autant plus rigoureux qu’elle marche sur le fil, puisque de nombreuses procédures sont actuellement en cours, ce qui oblige à insister sur le fait que tant qu’aucune condamnation n’est prononcée, la présomption d’innocence prime.

Dans un milieu professionnel déjà difficile, puisque tous ces individus dévoués au service des malades exercent déjà en soi un métier difficile, prenant et épuisant, mis en surtension par un manque de moyens humains et matériels croissant, les abus sexuels pratiqués constituent la goutte d’eau inacceptable de trop.

Au royaume des intouchables

Et là où l’on prend véritablement la mesure du vertige que constitue la multiplication de ces cas scabreux, c’est quand l’auteur met en lumière le véritable système sous-tendant ces actes.

De la culture « carabine » qui veut que les blagues grivoises (pouvant dériver jusqu’au bizutage) sont dans les « traditions » jusqu’à la question criante de la pénurie de personnel qualifié qui justifie pour l’administration de ne sanctionner personne au risque de déplumer encore un peu plus des effectifs déjà tendus, en passant par l’excuse commode du nécessaire « besoin de décompresser » pour des praticiens mis sous pression et fatigués.
Cette dernière prend des formes diverses, comme des blagues salaces, des piques misogynes, des humiliations publiques (notamment en salle d’opération) où, dans les pires des cas, des coup ou des atteintes sexuelles.

Le pire dans tout cela, c’est que pratiquement dans tous les cas, aucun des actes mentionnés n’est sanctionné, que cela soit par la hiérarchie (donc l’administration) ou la justice, cette dernière ne pouvant presque rien faire sans action de la première. Ce serpent qui se mord la queue est d’une insoutenable ignominie…

Sous prétexte que ces messieurs occupent une position « prestigieuse » au sein de l’appareil hospitalier, qu’ils sont rares et stressés, tout leur semble acquis et autorisé.

La violence faite système

Et c’est finalement cela qui traverse tout l’ouvrage. Le point commun de toutes les dérives, tous les abus, toutes les violences : un mélange malsain de pouvoir, de phénomène de castes et d’un monde en bout de course.

Les parallèles sont ainsi nombreux avec le livre de Claire Maximova avec lequel il partage beaucoup de point communs : le silence complice de la hiérarchie des coupables, le sentiment d’impunité que procure leur statut prestigieux au sein de l’institution, leur faculté à se savoir essentiels et difficilement remplaçables, etc.

Mais par dessus tout, un machisme débridé qui renforce tous les points évoqués par un sentiment de supériorité déplacé et vomitif.

Dernier parallèle et non des moindres : qu’il s’agisse des prêtres « fragiles » ou des médecins « stressés », leur attitude vis à vis des femmes qu’ils sont amenés à côtoyer ne serait en fin de compte qu’une « soupape » ou un exutoire pour ne pas « exploser en vol ».

Ce qui est choquant, c’est que dans les deux cas, il est questions d’hommes qui ont choisi pour vocation d’aider les autres… Curieux paradoxe qui pourrait être sujet à sourire s’il ne débouchait pas sur des actes impardonnables…

Ce livre tente donc de donner un coup de pied dans la fourmilière même si celle-ci apparaît être en béton armé tant l’immobilisme semble être le guide de conduite de tous ceux qui en sont en charge.

Un ouvrage salutaire et éclairant pour qui douterait encore du fait que le fléau du harcèlement sexuel ne s’est pas insinué partout tel un poison…

Bilan de mes lectures 2018 dans la catégorie Essais

On termine enfin le tour d’horizon de mes lectures 2018 avec la catégorie des essais.

Gregory, La Machination Familiale

J’ai comme beaucoup de monde été marqué par « l’affaire Grégory ». D’autant plus que, né en 1984 – année du drame – j’ai pour ainsi dire toujours vécu avec.

La relance spectaculaire de l’affaire en 2017 a généré un déferlement de publications dans la presse (une constante dans cette affaire) et plusieurs ouvrages.

Celui de Patricia Tourancheau nous livre une approche très documentée, pour lequel elle est retourné interroger des protagonistes de l’époque.

Bien que l’on termine la lecture avec des soupçons, voire peut-être une intime conviction, l’auteur reconnait elle-même qu’aucune réponse claire n’existe à ce jour et qu’il faut attendre, encore, que quelqu’un parle…

Factuel et dépassionné, « Gregory, la machination familiale » constitue, à date, une bonne synthèse de l’affaire.

J’ai tué le fils du chef

L’ouvrage de Denis Robert, s’il aborde la même affaire, ne se situe pas dans le même registre.

Il s’agit plutôt d’un exutoire destiné à tourner la page de cette affaire qui aura marqué la vie de l’auteur.

Jeune journaliste à l’époque des faits, cette affaire, comme pour beaucoup de journalistes sérieux ou d’hommes de loi, va lui coller à la peau. Tel un fantôme, ce feuilleton judiciaire va hanter l’auteur pendant toute sa carrière. Mais bien au-delà, le livre témoigne de la place que peut prendre l’affaire dans la vie respective de chacun de ses observateurs.

Une page que Denis Robert met un point d’honneur à tourner dans la conclusion de l’ouvrage, après avoir passé en revue tous ses souvenirs, illustré par ses articles, les photos d’époque, et un regard désormais plus détaché des faits.

Ce livre constitue une pièce majeure pour qui voudrait dépasser le cadre purement journalistique de l’affaire et la découvrir à travers les yeux, les mots et les sentiments de l’un de ses témoins privilégié.

La langue géniale

Une déclaration d’amour au grec ! Le terme n’est pas volé.

Helléniste contrarié (et contrariant), la lecture de cette véritable pépite est une bénédiction.

Dans un style à la simplicité bienveillante, Andrea Marcolongo dédramatise complètement le sujet et ferait presque passer l’apprentissage du grec ancien pour un parcours de santé !

S’il ne faudrait pas nier les efforts à mettre en oeuvre pour dompter le grec ancien (mais quelle discipline ne demande ni efforts ni… discipline ?) l’approche du livre faire (re)découvrir les subtilités qui font la beauté de cette langue, dont les notre sont largement les héritières.

La richesse et la poésie de la langue grecque ne demande qu’à être découverte, même si vous n’avez aucune intention de lire du grec.

Même si pour vous, le grec constitue de mauvais souvenirs des bancs de l’école, je vous recommande chaleureusement la lecture de « La langue géniale » qui saura vous réconcilier avec cette belle langue !

Ecrire un livre en 30 jours

Les mots ont un sens.

Contrairement à ce que beaucoup semblent attendre de ce livre, son titre n’est pas « Ecrivez un roman publiable en 30 jours » ou « Ecrivez un bon roman en 30 jours ».

Le livre de Chris Baty, initiateur du Nanowrimo (National Novel Writing Month ce qui dans la langue de l’oncle Sam veut dire National Mois National de l’écriture de nouvelles) consiste en un recueil de conseils, règles de conduites et autres astuces pour justement réussir le challenge du Nanowrimo.

S’il existait une recette pour pondre des livres facilement sans risque de se planter, ça se saurait !

Le Nanowrimo permet de mettre le pied à l’étrier et, sous forme d’un challenge haletant et un peu rude, de jeter les bases de ce qui pourra, un jour, devenir un best-seller (si c’est bien ça votre but).

Ayant déjà tenté plusieurs fois la Nanowrimo, parfois avec succès (sans toutefois publier derrière car c’était vraiment médiocre), parfois sans parvenir à aller au bout, ce livre est un bon compagnon pour garder la tâte dans le guidon.

Certains points pourraient d’ailleurs s’appliquer à d’autres contextes, avec certaines nuances toutefois, tant l’objectif du Nanowrimo tend vers la quantité au détriment de la qualité, ce qui n’est pas recommandé dans toute entreprise humaine !

9,99€, la guerre du livre numérique

Les gens ont probablement déjà oublié comment tout a commencé pour la venue du monde du livre numérique tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce livre, appuyé sur les minutes du procès ayant opposé les parties prenantes du dossier (éditeurs, distributeurs, avec au premier chef Amazon et Apple), reviens en détails sur les étapes qui ont conduits à la situation actuelle.

Dans un marché qui se cherche encore et dans lequel de nombreux acteurs n’ont hélas pas encore pas confiance, ce petit ouvrage joue un rôle majeur de passeur de mémoire et nous éclaire dramatiquement sur la perception du livre numérique par tous les acteurs de la chaîne.

Initiation au jeu de rôle

Découvert par hasard lors d’une visite, elle-même inopinée, de la librairie spécialisée Trollune à Lyon, ce kit est pour moi une première incursion dans le monde merveilleux du jeu de rôle.

C’est un univers qui me démangeait depuis quelques temps déjà et je commençait à chercher un moyen d’y glisser un pied.

Après lecture et mise en oeuvre lors d’une (hélas) unique partie, force est d’admettre qu’il s’agit d’une bonne entrée en matière.

On regrette que l’intrigue soit extrêmement scriptée, mais c’est un passage obligé afin de guider au mieux nos premiers pas d’aventuriers. Toutefois, les marges de manœuvre ne sont pas larges et le Maître du Jeu (MJ) devra par moment trouver des trésors de créativité pour expliquer tel ou tel événement ou contrainte.

Le tout est excellemment bien présenté et plaisant à utiliser.

Cela donne envie de prolonger l’aventure !

D&D Dungeon Master Guide

Ouais je sais…

Ça n’a presque rien à faire dans la liste des « Essais ». Mais bon, d’une part je suis chez moi :p et d’autre part je savais pas où le ranger !

Donc après avoir expérimenté le jeu de rôle avec le livre du dessus, je suis rentré dans le dur en m’attaquant à la référence du genre : Donjons et Dragons.

Plus que le jeu en lui-même, c’est la création d’histoire et leur animation qui m’attire le plus. J’ai donc dévoré ce manuel avec avidité, l’achevant avec mille idées de campagnes en tête !

Au-delà du contenu, des règles qu’il présente et de l’inventaire d’objet conséquent qu’il renferme, le livre est très richement illustré, ce qui en fait un très bel objet très plaisant à lire.

Je poursuis en 2019 ma plongée dans cet univers avec l’ouvrage destiné aux joueurs et le bestiaire.

Tolkien, Auteur du siècle

Tolkien est un monument, pas seulement de la littérature fantastique, mais de la littérature tout court.

Pour vous en convaincre si vous en doutiez ou que la lecture de la communauté de l’anneau vous a semblé être un interminable catalogue de paysages, vous devez lire cet ouvrage.

Si la présente édition française a été publiée en 2016, sa version originale date de 2000. Et cela en fait justement toute sa force et toute sa valeur car cela signifie qu’il a été écrit avant le raz de marée provoqué par la sortie des longs métrages de Peter Jackson qui a fait naître toute une génération de « geek » et autre « fan de fantasy ».

L’ouvrage de T.A Shippey revient donc en détail sur les sous-bassement même de l’oeuvre de Tolkien. Ce qui nous permet de comprendre certains choix, certaines orientation du récit, à l’aune de la vie de l’auteur, du contexte historique et surtout de la langue, véritable outil que Tolkien utilise avec brio.

Nous plongeant au cœur de la philologie, le livre ne nous sert pas une simple pseudo analyse des métaphores du récit de Fantasy comme d’autres ouvrages simplistes le propose. Au contraire, dans un propos très fouillé et précis, l’oeuvre de Tolkien est disséquée sous nos yeux et l’on découvre, fasciné, toutes les subtilités – de langue principalement – qui échappe à nos sens de lecteurs plutôt passifs.

Un chef d’oeuvre à propos d’un chef d’ouvre. Voilà en synthèse ce que représente ce livre que tout aficionados de Tolkien se doit de lire au moins une fois !

Vices et Versailles

Le château de Versailles fait rêver beaucoup de monde. Et un bon conseil à donner pour ceux qui veulent un jour visiter l’un des joyaux du patrimoine français c’est, d’une part d’aller s’entraîner à Ikea pour apprendre à maîtriser une visite en sens unique (histoire d’éviter de se faire enguirlander par un vigile si vous avez l’outrecuidance de vouloir faire demi-tour au milieu du parcours), et d’autre part, c’est de ne pas lire ce livre.

Oeuvre de l’ancien responsable des jardins du parc renommé, les propos tenus, qui ne sont pas dénués d’intérêts par les quelques anecdotes narrées, sont le fait d’un homme aigri et blasé.

Sans doute incité par sa mise en retraite, le récit qui s’égraine page après page est plein de ressentiment et d’amertume, voire d’une certaine colère. Sous des dehors d’ode à ce prestigieux bâtiment, chaque chapitre est l’occasion pour l’auteur de se lamenter sur le thème universel du « c’était mieux avant ».

Chacun en prend pour son grade, qu’il s’agisse des politiques, des gestionnaires, ou, le plus souvent, des visiteurs.

On préférera à ce livre désabusé la lecture d’une bonne monographie sur le château et son parc, dépouillé de toute la négativité que laisse transparaître sciemment l’auteur de celui-ci…

L’âme d’une image

Ceux qui m’ont vu traîner sur les réseaux sociaux de l’internet mondial savent que je suis tombé dans la marmite de la photographie.

En ce domaine, comme dans tous les autres, on ne cesse jamais d’apprendre. Apprendre en pratiquant, apprendre en écoutant ceux qui maîtrise le sujet, apprendre encore en lisant sur le sujet.

Après avoir suivi un workshop en ligne de David DuChemin (photographe humanitaire canadien) le hasard a voulu que la version française de l’un de ses ouvrages soit publié par les éditions Eyrolles le jour de mon anniversaire 🙂

Ce livre est une véritable source d’inspiration et donne à voir un aperçu du travail de David DuChemin.

Bien entendu, c’est une lecture qui s’entend parmi d’autres, plus ou moins technique ou plus ou moins artistiques selon votre niveau de pratique. Mais la pratique photo ne peut s’améliorer que si l’on dépasse les seules considérations techniques pour s’élever vers la quête de sens pour nos images qui doivent pour principale vocation, non pas d’être simplement « nettes » mais de délivrer un message, une émotion. Bref : avoir une âme.

Un été avec Homère

Bien que n’étant pas auditeur de France Inter, la publication livresque de la chronique estivale de Sylvain Tesson a éveillé ma curiosité.

Mon passé scolaire (littéraire et historique) pendant lequel est née ma passion pour la Grèce me rendait le pitch alléchant.

Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La poésie avec laquelle l’auteur nous dépeint la Grèce et ses paysages, sculptés par la puissance des éléments qui s’y déchaînent, est d’une rare élégance.

Dans le même ordre, son approche très simple et didactique des deux poèmes majeurs d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, nous plonge dans ce passé ancestral, mythologique, mais nous ramène invariablement à notre présent, tant les propos du poète n’ont rien perdu de leur actualité.

Plus qu’un guide de lecture ou une analyse textuelle, le livre de Sylvain Tesson nous donne à observer minutieusement ces héros du passé pour mieux nous les faire apprécier au présent pour ceux d’entre nous qui auraient encore mal au crâne après la lecture ânonnée des vers originaux !

Le dernier jugement des templiers

La quatrième de couverture du livre de Simonetta Cerrini est pleine de promesses !

Saura-t-on enfin ce qui provoqua ainsi la chute de l’ordre politico-chevaliero-religieux le plus connu et le plus intriguant de l’histoire ?

Dans une étude très fouillée, principalement appuyée sur un document retrouvé par hasard, on suit avidement les derniers mois, les dernières semaines et les derniers jours des templiers et de son dernier grand maître.

Ce qui est étonnant avec ce livre, c’est qu’il s’agit objectivement d’un travail universitaire, digne d’une soutenance de Thèse, mais qui, contre toute attente, se retrouve dans les rayons de littérature générale de votre librairie préférée.

C’est un pari osé de la part de l’éditeur (dont j’ignore la réussite dans les chiffres de ventes) d’autant que la lecture est en fin de compte assez rude tant y sont entremêlés les références et que la multiplicité des intervenants doublé de plusieurs aller-retours dans le temps, nous font régulièrement perdre pied.

Un livre intéressant et instructif qui ne va pour moi pas assez loin dans son effort de vulgarisation qui justifierait son positionnement éditorial.

Que ferait Steve Jobs à ma place ?

Lu plus par acquis de conscience qu’autre chose.

Sorti peu de temps après le décès en 2011 du fondateur d’Apple, ce livre n’est clairement qu’une tentative mesquine de surfer sur l’appétence d’un certain public pour une prétendue « méthode Steve Jobs ».

Sauf qu’une telle « méthode » n’existe pas…

A minima, et c’est ce que propose ce livre, pouvons-nous observer les actions et réactions de Steve Jobs face à certaines situations ou certains problèmes.

Source d’inspiration indéniable, tenter d’appliquer à la lettre d’hypothétique « préceptes » de Jobs quand il faut plutôt voir des traits de caractère, est un non sens colossal et absolu.

En fin de compte, un livre qui vous en apprend moins sur Steve Jobs ou vos projets que sur la façon dont l’auteur perçoit Steve Jobs. Quoiqu’elle ne soit pas véritablement toxique, je déconseille cette lecture.

Face à Faces

Ma « madeleine de Proust » de l’année ! Michel Courtemanche a pour ainsi dire « bercé » mon enfance. Sans que j’en comprenne toujours tous les tenants et aboutissants, ses grimaces ont toujours eu sur moi un effet hilarant !

Ce livre est passé totalement inaperçu en France, un comble quand on sait le succès qu’à rencontré l’humoriste dans nos contrées.

Même si le vocable est abusif, ce livre signe le retour de Michel Courtemanche. Abusif, car si sa carrière a été incontestablement mise entre parenthèses, le bonhomme n’est pas resté inactif et n’a jamais complètement disparu des radars.

L’auteur se livre ici à cœur ouvert dans un exercice d’une rare sincérité dans lequel transparaît à la fois les fêlures mais également la perversité du système dans lequel il est tombé, comme tant d’autres.

Un livre très émouvant doublé d’une plongée nostalgique dans les années 90.

Psychologie de la connerie (Critique)

La psychologie de la connerie a connu (et connait encore à l’heure où j’écrit ces lignes) une notoriété dans les médias rare pour un livre hors fiction.

Est-ce parce qu’il y a un gros mot dans le titre ? Je ne saurais le dire.

Le fait est que les médias semblent fascinés par les cons et la connerie. Sans doute car cela leur donne un exutoire en ces temps de fake-news et autres
gilets jaunes, ainsi qu’une explication rationnelle à la défiance à laquelle ils sont confrontés.

Ce livre ne méritait à mon sens pas autant de publicité. Pour le reste, j’ai déjà tout dit dans ma critique.

Mimi

« Mimi » a été aussi vite enterré qu’il n’était apparu dans l’actualité.

Est-ce parce que tout le monde s’est empressé d’oublier ou d’effacer discrètement sa sortie ? Ou bien parce que son contenu était finalement plus pauvre que ne le laissait présager l’onde de frissons qui parcouru alors le monde politique et médiatique ?

Sans doute un peu des deux.

Si l’on découvre le parcours de Michèle Marchand, les auteurs se sont heurtés à tant de mutisme (pour ne pas dire « d’hostilité ») qu’ils n’ont finalement pas pu creuser bien profond. On devine néanmoins, entre les lignes, tout un tas de collusions malsaines, de petits arrangements, et au final un monde souterrain où se mêlent les puissants et les nantis.

Les auteurs nous décrivent finalement un monde de faux-semblants et de manipulations dont les classes moyennes et défavorisées se trouve les spectatrices à travers une presse people et magazine finalement assez manipulée.

C’est très bien écrit et les auteurs ont produit un travail remarquable mais le propos qu’il révèle est navrant. La France d’en haut a encore de beaux jours devant elle !

Qu’est-ce qu’un chef ?

Ce livre fait écho à celui de James Comey et devrait figurer dans les bibliothèques de toute personne en position de diriger quelque chose qui se respecte.

Bienveillant, l’ouvrage de Pierre de Villiers éclaire par un propos précis les qualités et savoir-être qui font de quelqu’un un « chef ». Mis bout à bout, ces « conseils » feront de vous un « bon » chef.

Pas besoin d’être au sommet de la hiérarchie militaire pour trouver dans ce livre de précieux enseignement sur le management et plus largement la nécessité de diriger, décider, trancher, arbitrer et conduire quelque chose. Y compris sa propre vie !

Comme dans son ouvrage précédent, Pierre de Villiers ne tombe ni dans la rancœur ni dans les regrets de son départ forcé, qu’il n’évoque d’ailleurs jamais.

Un livre d’une très grande classe, très bien écrit et d’une sagesse éclairante !