Silence sous la blouse de Cécile Andrzejewski

Allo Pital ? Ici lence…

Le livre de Cécile Andrzejewski lève le voile sur un phénomène invisible pour la plupart d’entre nous mais qui ne fait hélas mystère pour personne : le harcèlement et les abus sexuel dans le milieu hospitalier.

Loin des clichés véhiculés par les séries télé médicale (#docteurmamour) l’auteur met en lumière les cas tous plus édifiants les uns que les autres de harcèlement, d’attouchements, voire dans les pires des cas, de viols commis par des médecins, encadrants de santé ou plus rarement d’autres personnels médicaux.

Mais bien plus que les faits en eux-mêmes, la grande force du livre réside dans les témoignages et la parole donnée à toutes les victimes de ces actes odieux.

Le travail de l’auteur est d’autant plus rigoureux qu’elle marche sur le fil, puisque de nombreuses procédures sont actuellement en cours, ce qui oblige à insister sur le fait que tant qu’aucune condamnation n’est prononcée, la présomption d’innocence prime.

Dans un milieu professionnel déjà difficile, puisque tous ces individus dévoués au service des malades exercent déjà en soi un métier difficile, prenant et épuisant, mis en surtension par un manque de moyens humains et matériels croissant, les abus sexuels pratiqués constituent la goutte d’eau inacceptable de trop.

Au royaume des intouchables

Et là où l’on prend véritablement la mesure du vertige que constitue la multiplication de ces cas scabreux, c’est quand l’auteur met en lumière le véritable système sous-tendant ces actes.

De la culture « carabine » qui veut que les blagues grivoises (pouvant dériver jusqu’au bizutage) sont dans les « traditions » jusqu’à la question criante de la pénurie de personnel qualifié qui justifie pour l’administration de ne sanctionner personne au risque de déplumer encore un peu plus des effectifs déjà tendus, en passant par l’excuse commode du nécessaire « besoin de décompresser » pour des praticiens mis sous pression et fatigués.
Cette dernière prend des formes diverses, comme des blagues salaces, des piques misogynes, des humiliations publiques (notamment en salle d’opération) où, dans les pires des cas, des coup ou des atteintes sexuelles.

Le pire dans tout cela, c’est que pratiquement dans tous les cas, aucun des actes mentionnés n’est sanctionné, que cela soit par la hiérarchie (donc l’administration) ou la justice, cette dernière ne pouvant presque rien faire sans action de la première. Ce serpent qui se mord la queue est d’une insoutenable ignominie…

Sous prétexte que ces messieurs occupent une position « prestigieuse » au sein de l’appareil hospitalier, qu’ils sont rares et stressés, tout leur semble acquis et autorisé.

La violence faite système

Et c’est finalement cela qui traverse tout l’ouvrage. Le point commun de toutes les dérives, tous les abus, toutes les violences : un mélange malsain de pouvoir, de phénomène de castes et d’un monde en bout de course.

Les parallèles sont ainsi nombreux avec le livre de Claire Maximova avec lequel il partage beaucoup de point communs : le silence complice de la hiérarchie des coupables, le sentiment d’impunité que procure leur statut prestigieux au sein de l’institution, leur faculté à se savoir essentiels et difficilement remplaçables, etc.

Mais par dessus tout, un machisme débridé qui renforce tous les points évoqués par un sentiment de supériorité déplacé et vomitif.

Dernier parallèle et non des moindres : qu’il s’agisse des prêtres « fragiles » ou des médecins « stressés », leur attitude vis à vis des femmes qu’ils sont amenés à côtoyer ne serait en fin de compte qu’une « soupape » ou un exutoire pour ne pas « exploser en vol ».

Ce qui est choquant, c’est que dans les deux cas, il est questions d’hommes qui ont choisi pour vocation d’aider les autres… Curieux paradoxe qui pourrait être sujet à sourire s’il ne débouchait pas sur des actes impardonnables…

Ce livre tente donc de donner un coup de pied dans la fourmilière même si celle-ci apparaît être en béton armé tant l’immobilisme semble être le guide de conduite de tous ceux qui en sont en charge.

Un ouvrage salutaire et éclairant pour qui douterait encore du fait que le fléau du harcèlement sexuel ne s’est pas insinué partout tel un poison…

Bilan de mes lectures 2018 dans la catégorie Essais

On termine enfin le tour d’horizon de mes lectures 2018 avec la catégorie des essais.

Gregory, La Machination Familiale

J’ai comme beaucoup de monde été marqué par « l’affaire Grégory ». D’autant plus que, né en 1984 – année du drame – j’ai pour ainsi dire toujours vécu avec.

La relance spectaculaire de l’affaire en 2017 a généré un déferlement de publications dans la presse (une constante dans cette affaire) et plusieurs ouvrages.

Celui de Patricia Tourancheau nous livre une approche très documentée, pour lequel elle est retourné interroger des protagonistes de l’époque.

Bien que l’on termine la lecture avec des soupçons, voire peut-être une intime conviction, l’auteur reconnait elle-même qu’aucune réponse claire n’existe à ce jour et qu’il faut attendre, encore, que quelqu’un parle…

Factuel et dépassionné, « Gregory, la machination familiale » constitue, à date, une bonne synthèse de l’affaire.

J’ai tué le fils du chef

L’ouvrage de Denis Robert, s’il aborde la même affaire, ne se situe pas dans le même registre.

Il s’agit plutôt d’un exutoire destiné à tourner la page de cette affaire qui aura marqué la vie de l’auteur.

Jeune journaliste à l’époque des faits, cette affaire, comme pour beaucoup de journalistes sérieux ou d’hommes de loi, va lui coller à la peau. Tel un fantôme, ce feuilleton judiciaire va hanter l’auteur pendant toute sa carrière. Mais bien au-delà, le livre témoigne de la place que peut prendre l’affaire dans la vie respective de chacun de ses observateurs.

Une page que Denis Robert met un point d’honneur à tourner dans la conclusion de l’ouvrage, après avoir passé en revue tous ses souvenirs, illustré par ses articles, les photos d’époque, et un regard désormais plus détaché des faits.

Ce livre constitue une pièce majeure pour qui voudrait dépasser le cadre purement journalistique de l’affaire et la découvrir à travers les yeux, les mots et les sentiments de l’un de ses témoins privilégié.

La langue géniale

Une déclaration d’amour au grec ! Le terme n’est pas volé.

Helléniste contrarié (et contrariant), la lecture de cette véritable pépite est une bénédiction.

Dans un style à la simplicité bienveillante, Andrea Marcolongo dédramatise complètement le sujet et ferait presque passer l’apprentissage du grec ancien pour un parcours de santé !

S’il ne faudrait pas nier les efforts à mettre en oeuvre pour dompter le grec ancien (mais quelle discipline ne demande ni efforts ni… discipline ?) l’approche du livre faire (re)découvrir les subtilités qui font la beauté de cette langue, dont les notre sont largement les héritières.

La richesse et la poésie de la langue grecque ne demande qu’à être découverte, même si vous n’avez aucune intention de lire du grec.

Même si pour vous, le grec constitue de mauvais souvenirs des bancs de l’école, je vous recommande chaleureusement la lecture de « La langue géniale » qui saura vous réconcilier avec cette belle langue !

Ecrire un livre en 30 jours

Les mots ont un sens.

Contrairement à ce que beaucoup semblent attendre de ce livre, son titre n’est pas « Ecrivez un roman publiable en 30 jours » ou « Ecrivez un bon roman en 30 jours ».

Le livre de Chris Baty, initiateur du Nanowrimo (National Novel Writing Month ce qui dans la langue de l’oncle Sam veut dire National Mois National de l’écriture de nouvelles) consiste en un recueil de conseils, règles de conduites et autres astuces pour justement réussir le challenge du Nanowrimo.

S’il existait une recette pour pondre des livres facilement sans risque de se planter, ça se saurait !

Le Nanowrimo permet de mettre le pied à l’étrier et, sous forme d’un challenge haletant et un peu rude, de jeter les bases de ce qui pourra, un jour, devenir un best-seller (si c’est bien ça votre but).

Ayant déjà tenté plusieurs fois la Nanowrimo, parfois avec succès (sans toutefois publier derrière car c’était vraiment médiocre), parfois sans parvenir à aller au bout, ce livre est un bon compagnon pour garder la tâte dans le guidon.

Certains points pourraient d’ailleurs s’appliquer à d’autres contextes, avec certaines nuances toutefois, tant l’objectif du Nanowrimo tend vers la quantité au détriment de la qualité, ce qui n’est pas recommandé dans toute entreprise humaine !

9,99€, la guerre du livre numérique

Les gens ont probablement déjà oublié comment tout a commencé pour la venue du monde du livre numérique tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Ce livre, appuyé sur les minutes du procès ayant opposé les parties prenantes du dossier (éditeurs, distributeurs, avec au premier chef Amazon et Apple), reviens en détails sur les étapes qui ont conduits à la situation actuelle.

Dans un marché qui se cherche encore et dans lequel de nombreux acteurs n’ont hélas pas encore pas confiance, ce petit ouvrage joue un rôle majeur de passeur de mémoire et nous éclaire dramatiquement sur la perception du livre numérique par tous les acteurs de la chaîne.

Initiation au jeu de rôle

Découvert par hasard lors d’une visite, elle-même inopinée, de la librairie spécialisée Trollune à Lyon, ce kit est pour moi une première incursion dans le monde merveilleux du jeu de rôle.

C’est un univers qui me démangeait depuis quelques temps déjà et je commençait à chercher un moyen d’y glisser un pied.

Après lecture et mise en oeuvre lors d’une (hélas) unique partie, force est d’admettre qu’il s’agit d’une bonne entrée en matière.

On regrette que l’intrigue soit extrêmement scriptée, mais c’est un passage obligé afin de guider au mieux nos premiers pas d’aventuriers. Toutefois, les marges de manœuvre ne sont pas larges et le Maître du Jeu (MJ) devra par moment trouver des trésors de créativité pour expliquer tel ou tel événement ou contrainte.

Le tout est excellemment bien présenté et plaisant à utiliser.

Cela donne envie de prolonger l’aventure !

D&D Dungeon Master Guide

Ouais je sais…

Ça n’a presque rien à faire dans la liste des « Essais ». Mais bon, d’une part je suis chez moi :p et d’autre part je savais pas où le ranger !

Donc après avoir expérimenté le jeu de rôle avec le livre du dessus, je suis rentré dans le dur en m’attaquant à la référence du genre : Donjons et Dragons.

Plus que le jeu en lui-même, c’est la création d’histoire et leur animation qui m’attire le plus. J’ai donc dévoré ce manuel avec avidité, l’achevant avec mille idées de campagnes en tête !

Au-delà du contenu, des règles qu’il présente et de l’inventaire d’objet conséquent qu’il renferme, le livre est très richement illustré, ce qui en fait un très bel objet très plaisant à lire.

Je poursuis en 2019 ma plongée dans cet univers avec l’ouvrage destiné aux joueurs et le bestiaire.

Tolkien, Auteur du siècle

Tolkien est un monument, pas seulement de la littérature fantastique, mais de la littérature tout court.

Pour vous en convaincre si vous en doutiez ou que la lecture de la communauté de l’anneau vous a semblé être un interminable catalogue de paysages, vous devez lire cet ouvrage.

Si la présente édition française a été publiée en 2016, sa version originale date de 2000. Et cela en fait justement toute sa force et toute sa valeur car cela signifie qu’il a été écrit avant le raz de marée provoqué par la sortie des longs métrages de Peter Jackson qui a fait naître toute une génération de « geek » et autre « fan de fantasy ».

L’ouvrage de T.A Shippey revient donc en détail sur les sous-bassement même de l’oeuvre de Tolkien. Ce qui nous permet de comprendre certains choix, certaines orientation du récit, à l’aune de la vie de l’auteur, du contexte historique et surtout de la langue, véritable outil que Tolkien utilise avec brio.

Nous plongeant au cœur de la philologie, le livre ne nous sert pas une simple pseudo analyse des métaphores du récit de Fantasy comme d’autres ouvrages simplistes le propose. Au contraire, dans un propos très fouillé et précis, l’oeuvre de Tolkien est disséquée sous nos yeux et l’on découvre, fasciné, toutes les subtilités – de langue principalement – qui échappe à nos sens de lecteurs plutôt passifs.

Un chef d’oeuvre à propos d’un chef d’ouvre. Voilà en synthèse ce que représente ce livre que tout aficionados de Tolkien se doit de lire au moins une fois !

Vices et Versailles

Le château de Versailles fait rêver beaucoup de monde. Et un bon conseil à donner pour ceux qui veulent un jour visiter l’un des joyaux du patrimoine français c’est, d’une part d’aller s’entraîner à Ikea pour apprendre à maîtriser une visite en sens unique (histoire d’éviter de se faire enguirlander par un vigile si vous avez l’outrecuidance de vouloir faire demi-tour au milieu du parcours), et d’autre part, c’est de ne pas lire ce livre.

Oeuvre de l’ancien responsable des jardins du parc renommé, les propos tenus, qui ne sont pas dénués d’intérêts par les quelques anecdotes narrées, sont le fait d’un homme aigri et blasé.

Sans doute incité par sa mise en retraite, le récit qui s’égraine page après page est plein de ressentiment et d’amertume, voire d’une certaine colère. Sous des dehors d’ode à ce prestigieux bâtiment, chaque chapitre est l’occasion pour l’auteur de se lamenter sur le thème universel du « c’était mieux avant ».

Chacun en prend pour son grade, qu’il s’agisse des politiques, des gestionnaires, ou, le plus souvent, des visiteurs.

On préférera à ce livre désabusé la lecture d’une bonne monographie sur le château et son parc, dépouillé de toute la négativité que laisse transparaître sciemment l’auteur de celui-ci…

L’âme d’une image

Ceux qui m’ont vu traîner sur les réseaux sociaux de l’internet mondial savent que je suis tombé dans la marmite de la photographie.

En ce domaine, comme dans tous les autres, on ne cesse jamais d’apprendre. Apprendre en pratiquant, apprendre en écoutant ceux qui maîtrise le sujet, apprendre encore en lisant sur le sujet.

Après avoir suivi un workshop en ligne de David DuChemin (photographe humanitaire canadien) le hasard a voulu que la version française de l’un de ses ouvrages soit publié par les éditions Eyrolles le jour de mon anniversaire 🙂

Ce livre est une véritable source d’inspiration et donne à voir un aperçu du travail de David DuChemin.

Bien entendu, c’est une lecture qui s’entend parmi d’autres, plus ou moins technique ou plus ou moins artistiques selon votre niveau de pratique. Mais la pratique photo ne peut s’améliorer que si l’on dépasse les seules considérations techniques pour s’élever vers la quête de sens pour nos images qui doivent pour principale vocation, non pas d’être simplement « nettes » mais de délivrer un message, une émotion. Bref : avoir une âme.

Un été avec Homère

Bien que n’étant pas auditeur de France Inter, la publication livresque de la chronique estivale de Sylvain Tesson a éveillé ma curiosité.

Mon passé scolaire (littéraire et historique) pendant lequel est née ma passion pour la Grèce me rendait le pitch alléchant.

Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’ai pas été déçu !

La poésie avec laquelle l’auteur nous dépeint la Grèce et ses paysages, sculptés par la puissance des éléments qui s’y déchaînent, est d’une rare élégance.

Dans le même ordre, son approche très simple et didactique des deux poèmes majeurs d’Homère, l’Iliade et l’Odyssée, nous plonge dans ce passé ancestral, mythologique, mais nous ramène invariablement à notre présent, tant les propos du poète n’ont rien perdu de leur actualité.

Plus qu’un guide de lecture ou une analyse textuelle, le livre de Sylvain Tesson nous donne à observer minutieusement ces héros du passé pour mieux nous les faire apprécier au présent pour ceux d’entre nous qui auraient encore mal au crâne après la lecture ânonnée des vers originaux !

Le dernier jugement des templiers

La quatrième de couverture du livre de Simonetta Cerrini est pleine de promesses !

Saura-t-on enfin ce qui provoqua ainsi la chute de l’ordre politico-chevaliero-religieux le plus connu et le plus intriguant de l’histoire ?

Dans une étude très fouillée, principalement appuyée sur un document retrouvé par hasard, on suit avidement les derniers mois, les dernières semaines et les derniers jours des templiers et de son dernier grand maître.

Ce qui est étonnant avec ce livre, c’est qu’il s’agit objectivement d’un travail universitaire, digne d’une soutenance de Thèse, mais qui, contre toute attente, se retrouve dans les rayons de littérature générale de votre librairie préférée.

C’est un pari osé de la part de l’éditeur (dont j’ignore la réussite dans les chiffres de ventes) d’autant que la lecture est en fin de compte assez rude tant y sont entremêlés les références et que la multiplicité des intervenants doublé de plusieurs aller-retours dans le temps, nous font régulièrement perdre pied.

Un livre intéressant et instructif qui ne va pour moi pas assez loin dans son effort de vulgarisation qui justifierait son positionnement éditorial.

Que ferait Steve Jobs à ma place ?

Lu plus par acquis de conscience qu’autre chose.

Sorti peu de temps après le décès en 2011 du fondateur d’Apple, ce livre n’est clairement qu’une tentative mesquine de surfer sur l’appétence d’un certain public pour une prétendue « méthode Steve Jobs ».

Sauf qu’une telle « méthode » n’existe pas…

A minima, et c’est ce que propose ce livre, pouvons-nous observer les actions et réactions de Steve Jobs face à certaines situations ou certains problèmes.

Source d’inspiration indéniable, tenter d’appliquer à la lettre d’hypothétique « préceptes » de Jobs quand il faut plutôt voir des traits de caractère, est un non sens colossal et absolu.

En fin de compte, un livre qui vous en apprend moins sur Steve Jobs ou vos projets que sur la façon dont l’auteur perçoit Steve Jobs. Quoiqu’elle ne soit pas véritablement toxique, je déconseille cette lecture.

Face à Faces

Ma « madeleine de Proust » de l’année ! Michel Courtemanche a pour ainsi dire « bercé » mon enfance. Sans que j’en comprenne toujours tous les tenants et aboutissants, ses grimaces ont toujours eu sur moi un effet hilarant !

Ce livre est passé totalement inaperçu en France, un comble quand on sait le succès qu’à rencontré l’humoriste dans nos contrées.

Même si le vocable est abusif, ce livre signe le retour de Michel Courtemanche. Abusif, car si sa carrière a été incontestablement mise entre parenthèses, le bonhomme n’est pas resté inactif et n’a jamais complètement disparu des radars.

L’auteur se livre ici à cœur ouvert dans un exercice d’une rare sincérité dans lequel transparaît à la fois les fêlures mais également la perversité du système dans lequel il est tombé, comme tant d’autres.

Un livre très émouvant doublé d’une plongée nostalgique dans les années 90.

Psychologie de la connerie (Critique)

La psychologie de la connerie a connu (et connait encore à l’heure où j’écrit ces lignes) une notoriété dans les médias rare pour un livre hors fiction.

Est-ce parce qu’il y a un gros mot dans le titre ? Je ne saurais le dire.

Le fait est que les médias semblent fascinés par les cons et la connerie. Sans doute car cela leur donne un exutoire en ces temps de fake-news et autres
gilets jaunes, ainsi qu’une explication rationnelle à la défiance à laquelle ils sont confrontés.

Ce livre ne méritait à mon sens pas autant de publicité. Pour le reste, j’ai déjà tout dit dans ma critique.

Mimi

« Mimi » a été aussi vite enterré qu’il n’était apparu dans l’actualité.

Est-ce parce que tout le monde s’est empressé d’oublier ou d’effacer discrètement sa sortie ? Ou bien parce que son contenu était finalement plus pauvre que ne le laissait présager l’onde de frissons qui parcouru alors le monde politique et médiatique ?

Sans doute un peu des deux.

Si l’on découvre le parcours de Michèle Marchand, les auteurs se sont heurtés à tant de mutisme (pour ne pas dire « d’hostilité ») qu’ils n’ont finalement pas pu creuser bien profond. On devine néanmoins, entre les lignes, tout un tas de collusions malsaines, de petits arrangements, et au final un monde souterrain où se mêlent les puissants et les nantis.

Les auteurs nous décrivent finalement un monde de faux-semblants et de manipulations dont les classes moyennes et défavorisées se trouve les spectatrices à travers une presse people et magazine finalement assez manipulée.

C’est très bien écrit et les auteurs ont produit un travail remarquable mais le propos qu’il révèle est navrant. La France d’en haut a encore de beaux jours devant elle !

Qu’est-ce qu’un chef ?

Ce livre fait écho à celui de James Comey et devrait figurer dans les bibliothèques de toute personne en position de diriger quelque chose qui se respecte.

Bienveillant, l’ouvrage de Pierre de Villiers éclaire par un propos précis les qualités et savoir-être qui font de quelqu’un un « chef ». Mis bout à bout, ces « conseils » feront de vous un « bon » chef.

Pas besoin d’être au sommet de la hiérarchie militaire pour trouver dans ce livre de précieux enseignement sur le management et plus largement la nécessité de diriger, décider, trancher, arbitrer et conduire quelque chose. Y compris sa propre vie !

Comme dans son ouvrage précédent, Pierre de Villiers ne tombe ni dans la rancœur ni dans les regrets de son départ forcé, qu’il n’évoque d’ailleurs jamais.

Un livre d’une très grande classe, très bien écrit et d’une sagesse éclairante !

Bilan de mes lectures 2018 en développement personnel

Développement personnel

Je n’étais jusqu’à présent pas particulièrement attiré par cette littérature. Mais autant par curiosité que par intérêt pour gérer certains problèmes, je me suis finalement penché sur le sujet. En général, quand on commence à consommer des livres de développement personnel, c’est qu’il est temps de changer des choses dans sa vie. A l’époque, j’ai changé de boite 😉

L’art subtil de s’en foutre

Un livre au titre (volontairement) provocateur mais qui renferme, sinon la solution à tous les problèmes existentiels, du moins quelques clés pour dédramatiser et avancer dans sa vie.

S’il est rempli de bons conseils, il ne faut évidement pas tout prendre au pied de la lettre et l’envisager surtout comme un témoignage personnel.

Néanmoins, c’est une lecture stimulante, à renouveler périodiquement selon moi (comme pas mal d’ouvrages de développement personnel en somme).

La magie du matin

Quand on s’intéresse un petit peu aux maux de notre époque ainsi qu’à la vie des entreprises, on se rend compte que ce qui manque le plus aux gens, ce n’est pas tant de l’argent, de la gloire ou du pain, mais bien plutôt… du temps !

Du temps pour soi et ses projets, du temps pour sa famille et ses proches, du temps pour se cultiver, partager, du temps pour pouvoir faire convenablement son travail, du temps pour ne plus être obligé d’être de courir contre la montre…

Hélas, le temps est l’une des denrées les plus rare de notre époque. Contrairement à l’argent ou la nourriture, il n’existe pas de méthode ou d’outil pour en produire d’avantage.

Alors, comme pour la gestion de l’espace, on a inventé tout un tas de choses pour optimiser l’utilisation du temps comme les outils de productivité pour accélérer le traitement de certaines tâches ou leur mise en parallèle.

Mais quand on a fini de rembourrer tous les micro trous du planning pour y loger la moindre parcelle d’activité, il arrive un moment où c’st le trop plein. Alors, soit on se déleste d’un certain nombre d’activités, soit on tombe dans un burn-out, soit on augmente encore un peu plus sa surface de temps exploitable.

C’est cette troisième voie, qui permet d’éviter les deux premières, que nous permet d’explorer « La magie du matin ».

Moins extrême que le renommé « Miracle morning » (que je n’ai pas encore lu), la magie du matin propose une approche bienveillante, plutôt douce et qui permet de se mettre en ordre de marche pour gagner ces moments en plus dans une journée.

Entrecoupé de témoignages (dont certains un peu cul-cul quand même) l’auteur met en place progressivement tous les éléments pour nous emmener à enfin nous lever plus tôt !

J’ai expérimenté cette méthode, qui n’a hélas pas résisté à des vacances en famille, et je voudrais retenter l’expérience pour vous en livrer ici un bilan.

La vie en ordre

Malgré son sujet sérieux, ce livre est extrêmement rafraichissant. L’auteur y aborde des sujets pourtant a priori plutôt graves (rien de moins que la fin de vie) mais avec une légèreté et un humour extraordinaires. Inutile d’y chercher des détails précis sur ce qu’il vous faudrait jeter ou donner. Ce n’est pas vraiment le propos.

En revanche, l’ouvrage est truffé de principes généraux qui devraient guider tout un chacun dans son rapport à ses possessions matérielles et l’encombrement de ses placards.

C’est donc moins un guide du rangement qu’une véritable philosophie de vie à laquelle nous invite l’auteur, le tout axé autour de la problématique bien concrète et douloureuse du débarrassage du dernier lieu de vie d’une personne défunte.

Le leitmotiv est simple : « Si vous ne le faites pas pour vous, faites le pour vos proches » ! Message simple et efficace que l’auteur délivre de manière touchante et attendrissante dans un style tout aussi délicat que plaisant.

Une lecture précieuse !

Qui a piqué mon fromage ? (relecture)

Un « classique » qu’il est bon de relire de temps en temps.

Simple et d’une efficacité redoutable, la courte histoire métaphorique qui met en scène les deux souris et les deux minigus, est un rappel à l’ordre salutaire sur l’attitude à adopter face au(x) changement(s) et pas seulement les plus gros.

Comme souvent en revanche, plus facile à dire (ou à lire) qu’à faire ! La vraie richesse du livre réside dans sa mise en application concrète 😉

Les vertus de l’échec

Longtemps objet de mépris et marqueur sociétal d’exclusion, l’échec n’aura jamais aussi souvent été porté au pinacle des qualités dont il faut disposer pour, paradoxalement, réussir sa vie et réussir en société.

A tel point que ne pas échouer (oui, on dit aussi « réussir ») est désormais considéré comme quelque chose de louche, de politiquement incorrect, voire d’insolent (cf. une réussite insolente…)

Et pourtant, si l’échec n’est pas une tare, il y a tout de même un pas à franchir pour considérer que de non honteux, celui-ci puisse devenir un objet de fierté, voire un objectif à atteindre.

S’il est un fait établi que l’échec est un point de passage obligé dans toute entreprise humaine, il est établi également que ces échecs (inévitables donc) doivent être considérés comme des opportunités d’apprendre, de s’améliorer (en se corrigeant) et, par voie de conséquence de bâtir la route du succès.

L’approche de l’auteur, et de toute la littérature florissante sur le sujet, s’inscrit donc dans cette dynamique : accueillez l’échec à bras ouvert, ne vous lamentez pas et surtout, repartez à l’assaut !

Mais au delà de cette approche qui tente de dédramatiser sérieusement le sujet, le message délivré n’invite pas seulement à embrasser l’échec quand il se présente, mais presque à le provoquer. « Fail often, fail fast » est le mantra que certains entrepreneurs prônent pour justement, paradoxalement, accélérer l’arrivée du succès.

Ce qui me semble « dangereux », c’est le glissement de l’acceptation de l’échec à celui de la recherche de ce dernier. L’échec est inévitable donc autant y aller à fond.

Certes. Mais de mon point de vue, à être trop radical, on ne cherchera plus à donner le meilleur de soi et transformer la réussite en accident.

Si je rejoins le message de fond de l’ouvrage, je ne serais en revanche pas aussi absolu dans sa mise en oeuvre. Une lecture utile, mais à prendre avec un peu de recul.

Bilan de mes lectures 2018 – Non fictions (politique et divers)

[EDIT du 5 février 2019] Compte tenu de la longueur excessive de l’article, le volet « Développement personnel » a été déplacé dans un autre billet.

On continue ce tour d’horizon (interminable) de mes lectures de l’année écoulée. Et dans ce qui suit, j’aborde les ouvrages de politique et d’autres sujets divers.

Politique

Je ne suis pas un grand fan des ouvrages politiques. Enfin, plus précisément, des ouvrages « écrits » par des hommes politique (ou leurs nègre) surtout quand il est évident que cela ne sert que de marche-pied à une campagne électorale ou autre exercice de promotion vaseux.

Les ouvrages de cette catégorie que j’ai eu entre les mains cette année, sont plutôt des ouvrages qui parlent de politique.

Le feu et la fureur

Ce type est un fou.

Non. Un fou peut potentiellement avoir une excuse. Lui, n’en n’a aucune.

On dit de lui qu’il agit comme un enfant. Mais à un enfant, on pardonne. Pour lui, il semble acquit au contraire que le tribunal de l’histoire sera impitoyable et qu’aucune circonstance atténuante ne pourra lui redonner un peu de crédit.

Mais au-delà de Trump, le livre nous éclaire sur tout son entourage, des personnages qui, vu de chez nous, sont finalement assez invisibles.

Dieu sait encore ce que l’avenir nous réserve avec cet énergumène, arrivé malgré tout au poste suprême sans en avoir ni le talent ni les capacités.

Mais s’il occupe physiquement le poste, la question reste entière à la l’issue de la lecture de savoir qui dirige réellement les Etats-Unis d’Amérique et leur politique…

Fils de la Nation

Déjà objet d’une bibliographie conséquente (sans parler de la production télévisuelle), Jean-Marie Le Pen est un personnage qui, quoi que chacun en pense, fascine d’une certaine manière et est un homme de médias (même s’il les a longtemps accusé de ne pas bien le traiter).

Autant dire que les mémoires de l’un des derniers dinosaures de la politique française du XXe siècle étaient très attendues.

Pas pour d’éventuelles révélations, d’autant que ce premier tome ne s’attache finalement pas à la période la plus polémique du bonhomme, mais bien plutôt parce, pour une fois, les choses ne son pas racontées par le regard et les mots d’un autre. Non que les faits aient été trafiqués par ceux qui s’étaient attachés auparavant à dépeindre l’histoire de Jean-Marie et des Le Pen, mais justement, on ne pourra pas dire (et l’auteur en premier lieu) que les propos ont été interprétés, etc…

Ce qui est écrit, est écrit. Les mots ont un sens et l’ambiguïté, toujours possible, est plus délicate à manier.

Sans surprise, on n’y apprend pas grand chose, à part peut-être l’épisode de l’officier Allemand presque tué d’une balle dans le dos.

Comme ce premier tome ne s’intéresse qu’assez peu à la politique et qu’il s’attache surtout aux jeunes années du tribun, le récit est plutôt « consensuel ». Tout juste y trouve t-on une digression sur l’immigration digne d’une fin de repas arrosé.

Le deuxième volet, prévu pour bientôt, sera à coup sur tout aussi instructif, mais beaucoup plus polémique… #popcorn

Mensonges et Vérités (Critique)

Un des nombreux témoignage de l’intérieur sur ce qu’il se passe à la Maison Blanche en ce moment et les ravages provoqués par le blond à perruque…

Un excellent ouvrage, dont j’ai déjà dit le plus grand bien et dont la lecture est un régal pour quiconque s’intéresse un peu au leadership !

Les leçons du pouvoir

Alors là, c’est presque tout l’inverse. Où alors si : si vous voulez savoir tout ce qu’il ne faut pas faire en terme de management et de leadership, ce livre est pour vous !

Parce qu’à part servir d’alibi pour une éventuelle nouvelle candidature présidentielle, de thérapie ou de liste d’excuses, le niveau global du livre est assez faible.

A l’issue de lecture, on a le sentiment très inquiétant que l’individu a découvert qu’être Président c’était difficile. N’importe quel citoyen un peu éclairé n’aura pas besoin d’être en fonction pour s’en rendre compte… Quand on parle de déconnexion des élites, ce n’est pas qu’avec le commun des mortels. C’est aussi avec la réalité des choses. Et ça, c’est inquiétant.

Au final, un livre sans surprise, qui pèse finalement moins lourd que ceux écrits par chacune de ses ex…

Le procès Fillon

Avec Donald Trump, Emmanuel Macron et François Hollande, François Fillon aura été malgré lui l’une des locomotives littéraire de 2017.

Entre les livres d’investigation, les pour, les contre… Il y en avait pour tous les goûts. L’histoire en elle-même n’est pas terminée, même si l’on en entend nettement moins parler, et, un jour, quand la poussière sera retombée, on découvrira une fois de plus que les tenants et aboutissants n’étaient pas totalement ceux que l’on pensait.

Au milieu de ce maelström livresque, j’ai jeté mon dévolu un peu par hasard sur « Le procès Fillon », sans doute attiré par le titre qui laissait entendre que le propos ne serait pas entièrement à charge.

Et c’est le cas. L’ouvrage présente l’énorme avantage de proposer un très bon résumé chronologique de l’affaire. Chaque épisode y étant évoqué actuellement. On y découvre au passage de nombreuses explications sur le fonctionnement de la justice financière, chose qui n’est pas un luxe tant ce monde et ces règles sont d’une confisante complexité (savamment entretenue pour que les petites gens continuent bien entendu de ne rien y entendre…).

Si le parti pris politique est évident et en faveur du candidat malheureux, Il faut admettre que c’est de bonne guerre ! Après tout, nombreux sont ceux qui, sans savoir, ont tiré sur l’ambulance. Donc pourquoi pas plaider (raisonnablement) pour le bénéfice du doute.

Principal défaut, le récit se veut équilibré, entendu ne pas être trop à charge, mais en faisant ainsi il n’apporte pas de véritable conclusion ou de piste de réflexion, ne dépassant que rarement le cadre pur du factuel.

Mais en ces temps de « fake news », un ouvrage qui s’attache aux faits et seulement aux faits, on a envie de dire « tant mieux » !

Destin français

Vous connaissez la différence entre le métier de chirurgien et celui d’un historien ? Il ne viendrait à l’idée de personne de pratiquer le premier sur un coup de tête (à part si vous êtes un psychopathe ou un tueur en série). Alors que pour le métier du second, il semble que n’importe quel branquignole puisse s’y essayer sans gène aucune.

Il faut dire que, contrairement au premier, il n’y a pas mort d’homme… Encore que je risque un AVC à chaque fois que je vois une vidéo de Loran Deutsch…

Pourquoi certains se sentent-ils obligés de parler d’Histoire, surtout pour dire des conneries ? On entend nettement moins de monde disserter sur la physique nucléaire ou les accélérateurs de particules…

Ce serait encore pour proposer une lecture originale d’un épisode de l’histoire, comme a pu le faire Camille Pascal, mais hélas la plupart du temps, les ouvrages appuyés sur l’Histoire n’ont d’autre vocation que de servir un sous-texte maladroit sur des opinions politiques pas toujours fraîches (sauf pour Loran Deutsch qui n’a d’autre visée que mercantiliste).

Peu de choses à dire de ce nième Zemour, à part que si certains fait sont vrais, le reste n’est que pures élucubrations délirantes, sans queue ni tête, et sans colonne vertébrale.

A fuir, non à cause de son (faible) fond idéologique, mais plutôt parce que cela ne nous apprend rien…

Ce que je peux enfin vous dire

Au risque de paraître misogyne, sectaire, rétrograde, condescendant, ou tout autre qualificatif dont se voit gratifié quelqu’un qui ose dire du « mal » de Ségolène Royal, force est malheureusement d’admettre que ce livre est, au mieux une resucée de livres ou propos précédent de la demi-finaliste de 2007, au pire un étalage de naïveté.

Ségolène Royal a eu une vie politique. On ne peut pas lui enlever, et on doit même reconnaître qu’elle a eu un rôle certain dans l’avancée de certains sujets.

Mais Ségolène Royal a fait son temps. Elle ne coche plus les cases de l’époque.

Ce livre est une vaine tentative (de plus) de revenir au centre de l’attention, en surfant à la fois sur le succès (relatif) de la COP 21 (mais qui date un peu) et sur la vague #metoo. En résulte un ouvrage brouillon, pas soigné (à l’image de la coiffure en couverture) qui masque mal les ambition (déçues depuis) d’un retour dans la vie politique par un biais ou un autre…

Raté sur les deux tableaux. Et j’arrête là sur ce livre, au risque d’être encore plus désagréable…

Divers

Son regroupés ici des ouvrages variés, qui ne peuvent constituer à eux seuls une catégorie dédiée.

Et Toc !

Un livre au Pitch rigolo qui compile pas mal de répliques cultes ou autres citations plus ou moins célèbres.

Toutes ne se prêtent hélas pas à être ressorties dans nos conversations du quotidien !

Cela n’en demeure pas moins un petit recueil sympathique de petites phrases auquel il ne faut rien demander d’autre que de tenir le rôle d’anthologie.

150 phrases entendues à la machine à café

Petit livre qui fait sourire. Du très bon et du beaucoup moins bon, mais il en faut pour tous les gouts !

Petit Paul (BD)

Honnêtement, il n’y aurait pas eu la polémique à propos de cette BD, je ne m’y serais pas intéressé. Comme quoi, on a rien fait de mieux en termes marketing et promotionnel…

Du coup, par esprit de contradiction ou pour jouer les rebelles en mousse, je me suis rendu dans la librairie Glénat à Lyon pour repartir avec mon exemplaire sous le bras.

C’est gras, c’est sur. C’est loin d’être fin, c’est évident. Mais l’ouvrage est plus « drôle » que « trash ». La démesure de certaines situation et le ridicule de l’ensemble font inévitablement sourire même quand c’est pas drôle…

Passée la première lecture, on y revient pas forcément, ce qui laisse à penser que, sans la polémique, l’ouvrage n’aurait peut-être pas, par son seul contenu, trouvé son public…

Tu peux ou tu peux pas

Un livre au concept interessant qui pourrait presque se prêter à une déclinaison sous forme de jeu de société !

Quelques cas sont présentés de manière un peu tordue afin de rentrer dans le cadre proposé par le livre mais on passe dans tous les cas un bon moment en plus de découvrir certaines choses insolites.

The tyranny of metrics

J’ai une critique en cours d’écriture sur cet ouvrage, pour le moment non traduit en français, ce qui est dommage car il échappe de ce fait à une partie de son public non anglophone…

Ce livre devrait être sur la table de chevet de bon nombre de responsables politique, de chefs d’administrations publiques ou d’entreprises.

Par ce brillant exposé, Jerry Z. Muller démontre, exemple réels à l’appui, que la mise en oeuvre d’indicateurs de manière ostensible est contre productive.

Loin de permettre d’atteindre des objectifs et d’améliorer les choses au quotidien, les indicateurs s’auto-entretiennent et génèrent un cercle vicieux qui annule le potentiel effet bénéfique qu’ils pourraient avoir s’ils étaient utilisés intelligemment avec parcimonie…

Un ouvrage éclairant à recommander !

The Design of Everyday Things

C’est dans le cadre de mon travail à la ville que je me suis penché sur les questions de design.

Cet ouvrage est une référence du sujet et sa lecture intéressera au delà de ceux qui ont à travailler sur le sujet.

L’auteur, expert du sujet, ancien de chez Apple, explore le sujet de fond en comble, le tout appuyé de nombreux exemples et cas pratiques. Vous terminerez ainsi la lecture en sachant ce qu’est le design, ce qu’est un BON design et l’importance que cela revêt.

J’ai une fiche de lecture complète sur cet ouvrage en attente de finalisation, que je partagerais ici dès sa finalisation.

A suivre

Ouf ! On en a (enfinterminé avec les ouvrages de non-fiction.

Emmanuel le Magnifique de Patrick Rambaud

Avec une plume et un style qu’on lui connait, Patrick Rambeau poursuit avec Emmanuel le Magnifique son oeuvre de chronique de la vie politique française inaugurée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Si pour nous, contemporains du sujet, la tournure prise par le récit nous est d’une limpidité absolue (pour peu que l’on s’intéresse un minimum aux actualités et que l’on ne vive pas dans une grotte), que restera t-il une fois les affres du temps passés ?

Certains détails sont en effet embellis et, outre les préférences politiques objectives de l’auteur, l’exercice de synthèse inévitable conduit bien entendu à emprunter certains raccourcis qui trahissent néanmoins ce que la plupart des gens retiennent de chaque épisode narré.

On est néanmoins en présence d’un livre tout à fait plaisant qui permet de remettre en perspective le tumulte de l’actualité. Dans tous les cas, une petite merveille de vocabulaire et de maniement de la langue française pour notre plus grand plaisir !

Le réveil des armées d’Isabelle Lasserre

Un tour d’horizon complet

Avec « Le réveil des armées« , Isabelle Lasserre propose le tour de force de brosser un panorama complet de la situation des armées françaises en cette fin de décennie.

Partant du constat – qui donne son nom au livre – que les armées bénéficient d’un regain de confiance, d’amour et de crédibilité, phénomène qu’elle analyse et dont elle identifie les ressorts, elle prolonge et développe son propos bien au-delà et envisage le rôle des armées dans toutes leurs dimensions : militaire, sociale, économique, etc.

Avec un esprit de synthèse qui force le respect, le livre parvient à balayer à la fois les problématiques humaines, matérielles, idéologiques, culturelles et stratégiques qui parcourent et animent les différents corps d’armées.

Sans que le tout soit aussi indigeste qu’une somme de rapports assommant sur le sujet, elle parvient à présenter en détail chaque des quatre armes (terre, mer, air, cyber), leurs spécificités sociologiques, urs problématiques propres.

L’auteur n’oublie évidemment pas de replacer les armées française et la politique de défense française dans le contexte européen et mondial, au fil d’analyses documentées qui sonnent juste et qui permettent de prendre toute la mesure des défis auxquels les armées et tout le pays est et sera confronté.

Une approche sincère

Richement appuyé par les propos recueillis auprès d’acteurs ou d’observateurs avisés de la chose militaire, le propos entre suffisamment dans le détail pour embrasser complètement l’ensemble des dimensions de chaque sujet soulevé.

Tout au plus pourra-t-on deviner un très léger parti pris de l’auteur sur certaines questions, soutenant par son propos le point de vue de certains intervenant. Mais d’une part cela ne nuit pas à l’exposé en lui-même et d’autre part cela atteste d’une véritable passion pour le sujet traité doublée d’une solide force de conviction.

L’ouvrage ne se veut résolument pas l’apologie d’un militarisme acharné et constitue plutôt une ode raisonnée à ce corps important qui structure quoi qu’on en pense nos sociétés.

Lucide dans son approche, Isabelle Lasserre nous gratifie d’une analyse éclairée et éclairante sur la « grande muette » qui complète plus qu’utilement les lectures d’une histoire miliaire de la France et d’un manuel de géopolitique.

Psychologie de la connerie de Jean-François Marmion

Attention : question piège !

Un produit qui se trouve couvert par une intense campagne de presse a-t-il plus de chances de se retrouver en tête des meilleures ventes ?

Réponse : Oui !

C’est le cas pour la « Psychologie de la Connerie » qui a bénéficié d’une couverture médiatique assez incroyable en fin d’année 2018 avec pas loin d’une trentaine d’articles direct ou indirects (ou le livre n’est que cité) dans la presse généraliste.

Faut-il en conclure pour autant que le succès en librairie de la Psychologie de la connerie n’est dû qu’à cette surexposition ?

Probablement pas car il faut admettre que les auteurs font œuvre de pédagogie et de vulgarisation. Sans cela, le livre serait resté confiné à de la littérature de spécialistes et n’aurait de ce fait pu franchir le seuil de la presse « mainstream ».

C’est d’ailleurs parce qu’il est « grand public friendly » que la presse a pu en parler avec autant d’aisance et lui faire moult compliments.

Si l’on ajoute à cela le fait qu’il fasse franchement et directement référence à « la connerie » et l’on tient là le parfait objet de « buzz ».

Oh le con !

Car les gros mots, comme disent les enfants, quand bien même sont-ils largement répandus et utilisés dans notre langage courant, font vendre. En témoigne le succès mondial du « Casses-toi pauvre con ! » de l’ancien Président Sarkozy.

Ainsi le sieur Marmion et ses acolytes psychologues, psychanalystes, journalistes et autres chercheurs, nous propose un tour d’horizon de la connerie, de ses définitions, de ses effets ou conséquences, de ses expressions, et, dans une certaine mesure des moyens de s’en protéger.

Mais au fait, c’est quoi la connerie ?

Le dictionnaire nous en dit qu’il s’agit du fait d’être con. Ah. Bon. Bien.

Bon, mais du coup, ça veut dire quoi « être con » ?

Dans son acceptation du jour, être con désigne une personne « stupide, désagréable ou mauvaise à force de bêtise ». Un beauf quoi… ou une starlette de télé-réalité.

Bien que les auteurs nous avertissent très tôt « que l’on est toujours le con d’un autre », ils établissent tout de même quelques cas « clinique » au rang desquels on trouve l’adepte de fake-news, le narcissique à l’ego démesuré qui ne vit que pour les réseaux sociaux, etc.

Les cons ça ose tout

S’ils établissent alors un portrait-robot du con et de la connerie, les auteurs prennent tout de même un parti pris quant à leurs jugements de valeurs de certaines attitudes ou effets de modes que certains ne semblent ni comprendre ni approuver. Comme quoi, on est forcément le con d’un autre.

Passé ce léger écueil, la structure du livre, sous formes de courts chapitres, compile plusieurs « communications » comme on dit dans le jargon, qui traitent chacune d’un aspect de la problématique. Le tout est entrecoupé d’entretiens ou d’apartés documentées.

S’il y a bien un fil directeur, l’ouvrage ne dresse aucune conclusion ni aucune synthèse, en dehors de son quatrième de couverture.

Si l’on sera heureux de découvrir quelques mécanismes psychologiques constituant le fond de tarte de la connerie et quels ingrédients peuvent venir garnir ce dernier pour donner différentes recettes de cons (le prétentieux, le rétrograde, etc…) et que l’on devine qu’une vision d’ensemble se dégage sur ce phénomène pluriséculaire, on reste tout de même un peu sur notre faim tant les auteurs semblent prendre l’exercice sous l’angle de l’amusement.

Alors certes, cela donne ce côté « grand public » au propos qui contribue d’une part à sa visibilité et d’autre part à décloisonner la chose psychologique, mais dans le même temps qui laisse le sentiment d’une certaine condescendance.

Dernier point : privilégiez l’édition numérique. Non pour le prix, mais parce que le format retenu pour la version papier, petit pour sans doute donner l’illusion d’un livre épais, est pénible à l’usage et à la manipulation.

Le temps ne fait rien à l’affaire…

En résumé, un livre plaisant, drôle par moment, qui, s’il ne propose évidemment pas de remède contre la connerie (!) en livre sinon une étude, du moins un tour d’horizon permettant d’y voir un peu plus clair sur ce fléau intemporel.

Déjà abondante, la littérature sur les cons et la connerie semble profiter d’un appel d’air suite à ce succès car de nombreux autres ouvrages sur le sujet sont prévus ! Il n’y a pas de petits profits !

Bilan des mes lectures 2018 – Romans, Fantasy et Jeux Vidéo

Je poursuis mon passage en revue de toutes mes lectures de 2018. Et aujourd’hui, on va s’intéresser aux romans plus classiques (hors science-fiction donc), aux ouvrages de Fantasy et à propos de Jeux Vidéo.

Romans

Signe de Vie (Critique)

Pas grand-chose à dire de plus que ce que j’ai déjà pu écrire. Je pense qu’après deux opus de cet auteur, je vais en rester là…

Toscane (Critique)

Rien de plus à ajouter non plus. Oubliable.

Ton monde vaut bien le mien (Critique)

Là encore, je renvoie vers ma critique. Pas nul mais bourré de défauts gênant.

A éviter.

Le Président a disparu

Au risque de paraître un peu « beauf », c’est l’une des bonnes surprises de l’année.

Signé James Patterson dont le succès industriel n’est plus à démontrer et de l’ancien Président des Etats-Unis Bill Clinton, ce roman se dévore littéralement.

Quoique basé sur une intrigue assez convenue, le fait qu’elle ait reçu les conseils de Bill Clinton pour donner plus de réalisme aux descriptions et aux situations rencontrées lui donne malgré tout une saveur particulière. Pour le reste, les conventions d’écriture à la Patterson sont respectées à la lettre. On aime ou pas !

1984 (Nouvelle traduction)

De manière tout à fait arbitraire, je ne classe pas ce roman d’anthologie dans la rubrique « Science-fiction » quoiqu’il en demeure une oeuvre fondatrice.

Pour une raison simple, c’est que de larges pans de 1984 ne sont hélas plus de la fiction… même si les effets constatés diffèrent sur la forme par rapport à ce qu’Orwell écrivait.

Au-delà du fond qui ne prend pas une ride, l’éditeur s’est cru obligé de proposer une nouvelle traduction. Mais en avions-nous réellement besoin ? Si cela permet de faire entrer une nouvelle référence au catalogue et de gonfler artificiellement les ventes, une nouvelle traduction apporte-t-elle vraiment quelque chose ?

Pour faire court : non. Pire, c’est un vrai carnage. Sous prétexte que le contexte actuel a changé, on argumente que les mots employés doivent changer aussi sous peine d’avoir un écart trop important entre le contenu (le livre) et le contenant (l’époque).

Sauf que le contexte dans lequel le livre a été écrit, lui, ne changera pas. En outre, le livre a été popularisé avec la traduction de l’époque. En travestissant cette traduction, on viole l’esprit dans lequel le roman est parvenu jusqu’à nous.

Comble du sacrilège, la « Novlangue », terme qui a fini par passer dans le langage courant dans nos contrées est remplacée par un vulgaire et aseptisé « Néoparlé »…

Sans vouloir passer pour un rétrograde passéiste, on aurait pu s’abstenir de commettre cette nouvelle traduction et on reviendra avec plaisir à celle originale qui n’a rien perdu de sa beauté.

Les sanctuaires du mal (Critique)

Sans conteste le plus mauvais Terry Goodkind qu’il m’ai été donné le lire. Déclinant d’ouvrage en ouvrage, il est grand temps que cet auteur arrête les frais.

Un thriller soporifique, à l’intrigue poussive, rembourrés aux poncifs de vieux réac.

A fuir.

L’été des quatre rois (Critique)

Un « roman » historique ambitieux et quelque peu indigeste sur cette période charnière de l’histoire, assez méconnue par ailleurs de beaucoup de gens.

Prévoir beaucoup de temps (calme) devant soi pour en arriver à bout !

Tuer Jupiter (Critique)

Sentiment très mitigé sur ce roman de politique fiction qui témoigne moins d’un talent littéraire que d’une prise de température de l’époque.

Sans aller jusqu’à dire qu’il est audacieux ou original, le pitch et son déroulé sont à tout le moins… rafraichissant, disons-le comme ça (même s’il est quand même question de l’assassinat du président de la république et d’un complot).

C’est peut-être le livre de chevet de quelques gilets jaunes qui rêvent sans doute d’enterrer notre sémillant président. Qui sait ?

Frère d’âme

Alors je ne sais pas vous, mais moi quand on essaie de me vendre un truc de force, à grand renforts de pub, d’articles, etc. j’ai tendance à faire tout l’inverse et à fuir.

Je ne comprends pas l’emballement médiatique autour de ce livre. Et je ne dois pas être le seul vu le flop incommensurable que le roman a connu lors de la saison des prix littéraires. Il n’aura obtenu qu’un lot de consolation avec le Goncourt des Lycéens.

Au-delà du sujet de fond qui pose de vraies questions sur la grande guerre et son horreur, les tirailleurs sénégalais, etc. c’est plutôt mal écrit et assez pénible à lire.

Je n’irais pas jusqu’à dire que l’absence de récompenses « prestigieuses » est méritée, mais peut-être que, contrairement aux oscars, une campagne de lobbying aura sans doute eu des effets inverses à ceux escomptés…

Bel-Ami

Une lecture de mise en situation pour le titre qui suit, mais qui me conforte dans l’idée qu’il est bien et bon de revenir périodiquement sur certains classiques (sauf les Confessions de Rousseau mais c’est une autre affaire).

A lire (ou relire) pour ceux qui en aurait gardé un souvenir amer de leurs études !

Belles-Amie (Critique)

Sans conteste mon plus grand coup de cœur de 2018 (même si le livre ne sort qu’en 2019 !).

Une véritable prouesse d’écriture et un petit bijou. Je vous renvoie à ma critique pour le détail sinon je pourrais en reparler ici sans fin !

Les suppliciées du Rhône (Critique)

Un roman très plaisant qui nous plonge à la fois dans le Lyon de la fin du XIXe siècle et aux origines de la médecine légale incarnée par le renommé professeur Lacassagne et ses élèves.

Les rôles féminins sont la colonne vertébrale de ce roman policier, à la trame finalement classique, et constituent selon moi la vraie force du récit.

Un très bon premier roman à la lecture facile et plaisante.

Fake News (Critique)

« La vieillesse est un naufrage ». C’est la conclusion à laquelle j’arrive un peu plus chaque fois que je repense aux auteurs de ce pamphlet déguisé en roman.

Peu inspiré et peu inspirant, je ne vais pas m’étendre d’avantage que ce que j’ai déjà pu écrire sur ce livre qui va hélas bien marcher en librairie.

Fantasy

Quoiqu’assez porté sur le sujet, je me suis étonné qu’il n’y ait pas plus que cette petite dizaine de titres sur toute l’année.

Le sang des sept rois (Tomes 2 à 7)

J’avais démarré la lecture de cette saga l’an dernier et à l’époque j’étais un peu dubitatif sur la suite qu’allait prendre cette série.

Mes doutes ont hélas été confirmés de tome en tome.

D’abord petite histoire médiévale-fantastique qui se prolonge en épopée heroic-fantasy plus classique, l’intrigue fini par partir dans une direction complètement WTF avec des vaisseaux spatiaux et un conflit galactique…

Bref, on passe du statut d’une tentative de fresque ambitieuse à un nanar épique sous stéroïdes.

Mais le pire n’est pas la fin proposée, qui met d’ailleurs un temps infiniment long à se mettre en place, mais bien l’absence de fin pour toutes les intrigues, sous-intrigues et tous leurs protagonistes dont on ne sait à la fin rien de ce qui leur arrive en fin de compte.

L’ensemble est confus, avec un aréopage de personnages pas toujours bien écrits ou bien développés et dont certains seraient largement dispensables.

Le style assez particulier que j’avais noté dans le premier volet reste de mise tout au long des volumes et n’est pas spécialement plaisant à lire.

On achève le tout sur un goût très prononcé d’inachevé, l’intrigue et le récit ayant subi les méfaits de la boulimie de l’auteur qui, à force de vouloir en ajouter toujours plus, a fini par rendre une copie indigeste et oubliable…

Le Hobbit

Cette lecture est à ranger au rayon des lectures de rattrapage.

Que dire, à part que ce livre est et restera un monument d’élégance, de simplicité, preuve qu’une narration dense mais simple peut exister.

S’il se prête hélas moins à un usage de compte à destination des enfants comme c’était sa vocation initiale, ce livre est à mettre entre toutes les mains dès que possible car il est une mine extraordinaire pour stimuler l’imagination et enrichir son vocabulaire !

A l’aventure compagnons (Le Donjon de Naheulbeuk – Tome 1)

J’avoue que c’est un peu le grand écart, mais pourtant on aurait tort de reléguer le Donjon de Naheulbeuk au simple rang de parodie d’un roman de Fantasy.

A l’origine saga radiophonique, ses différentes déclinaisons (en BD, en livres et bientôt en jeu vidéo) permettent non seulement de prolonger le plaisir, mais surtout d’approfondir sa connaissance de cet univers riche et foisonnant qui, sous des dehors humoristiques, est bien plus sérieux que l’on ne veut d’abord le penser.

Hommage appuyé aux joueurs de jeux de rôles sur table et aux classiques fondateurs du genre, on arpente avec les nos héros « bras cassés » le monde de la terre de Fangh au long d’une lecture jubilatoire.

Ce premier volume de l’intégrale comporte les trois premiers tomes. Le second volume, avec deux tomes supplémentaires, vient tout juste de paraître.

Un bon investissement !

Jeux vidéo

Il s’agit là d’un pan de la production littéraire que j’avais laissé de côté l’an dernier.

Qu’il s’agisse d’oeuvre de fiction prenant place dans une licence vidéoludique ou d’un ouvrage à propos de ce medium, le fait que des mots soient posés sur ce qui reste pour beaucoup de monde uniquement des tas de pixels agglomérés, permet non seulement de « démocratiser » encore un peu plus ces œuvres de l’esprit mais surtout d’approfondir les univers qu’ils proposent dans des proportions que ne permettent pas forcément le simple jeu.

Pour délivrer son contenu, un jeu vidéo doit proposer une interaction avec le joueur et ce ne sont pas les cinématiques (aussi bien faites soient elles) qui peuvent efficacement développer des pans entiers d’intrigue ou de lore.

Ces ouvrages sont donc les bienvenus, pour tous, mais plus spécialement pour les « gamers » qui peuvent ainsi prolonger le plaisir loin des écrans !

World of Warcraft – Chroniques (Tome 1 à 3)

La production livresque sur le lore de Warcraft est importante. Et si les différents romans mettant en scène les personnages les plus emblématiques de la licence popularisée par le MMORPG éponyme, aucune synthèse n’était officiellement disponible en dehors des fansites.

C’est désormais chose faite avec ces chroniques, pour le moment en trois volumes, dont le dernier est sorti en mai 2018.

Dans une édition très soignée, richement illustrée, tous les aspects de l’histoire de la mythologie sous tendant l’univers créé par Blizzard y trouvent leur place.

Des origines profondes jusqu’aux derniers soubresaut de l’histoire précédant la suite développée dans « Légion » et « Battle for Azeroth », vous saurez tout dans les moindres détails.

Un must have pour qui s’intéresse à cette licence majeure !

Avant la tempête

On continue avec World of Warcraft mais cette fois ci avec le roman qui a accompagné la sortie lors de l’été 2018 de la septième extension du MMORPG.

Complément utile aux scènes de mise en place proposées par le jeu, la plume de Christie Golden, désormais salariée du studio, fait toujours mouche et, s’il n’y a pas de grandes surprises, la narration nous emporte dans une intrigue épique mémorable.

Un très bon moment doublé d’un jalon important dans la timeline de la franchise.

L’art d’Assassin’s Creed Odyssey

Assassin’s Creed Odyssey est pour moi le jeu vidéo de l’année et j’aurais l’occasion d’y revenir en détail dans un autre billet.

Bien que je doive admettre que deux biais joue dans ce jugement : mon affection pour la franchise et, plus encore, celui pour cette période de l’histoire qu’est la Grèce Antique, à laquelle j’ai consacré une partie de mes études.

Déjà sublimée avec le précédent opus (Assassin’s Creed Origins) qui prenait place en Egypte Ancienne (une époque également chère à mon cœur), les gars de chez Ubisoft (développeurs, artistes ou historiens) ont non seulement prolongé l’expérience déjà éblouissante proposée par Origins (Gameplay, scenario, graphismes, etc.) mais l’ont sublimé dans cette suite tout à fait grandiose.

Cet ouvrage revient donc en détails sur le processus créatif des aspects esthétiques du jeu (mettant donc de côté les aspects purement ludique) et des recherches entreprises pour recréer les textures, les paysages, les personnages, etc.

S’il est conseillé de ne pas le lire avant d’avoir bouclé la trame principale du jeu, ce livre est une vraie mine d’or et de connaissances, que l’on pourra compléter par des lectures plus poussées sur tel ou tel sujet (biographies, monographies ou étude d’architecture).

Un complément plaisant au livre qui permet d’approcher d’un peu plus près le travail de l’ombre de ceux qui contribuent à rendre ces jeux beaux et crédibles.

A suivre

Encore une fois, c’est tout pour aujourd’hui !

Dans le prochain billet, on balaiera la liste des « Essais » lus en 2018.

Bilan de mes lectures 2018 en Science-Fiction

L’année 2018 fut riche en lectures, dépassant de loin l’objectif que je m’étais fixé pour le challenge de cette année.

Si j’ai déjà publié la liste chronologique de ces lectures, je reviens ici sur chacun d’entre eux brièvement, en les groupant de manière thématiques.

Vu le volume, il va falloir que je soit moins bavard que l’an dernier

Mais malgré ça, les titres sont trop nombreux pour tenir dans un seul billet (et pour vous éviter une lecture de 30 minutes d’un seul trait !). Du coup, je vais étaler la publication de ce bilan, thème par thème.

Et on va commencer par le plus gros contingent : la Science-Fiction.

Vu le volume qui va suivre (presque un tiers de toutes mes lectures), il faut bien admettre que je suis un mordu de SF (trop peut-être !).

Star Wars

J’ai mine de rien lu pas mal d’ouvrages issus de la licence, et principalement parce quoi qu’en disent certains auteurs de ces opus de « l’univers étendu », ce qui a été balayé d’un revers de la main par Disney hors du « canon » était d’une richesse incroyable et porté par des auteurs de talents.

Mais mes envies de lectures de Star Wars sont nés d’une colère froide. La sortie de l’épisode VIII, dont la nullité affligeante (de mon point de vue) m’a fait ressentir un besoin pressant de revenir aux fondamentaux.

La croisade du Jedi fou

Indéniablement ce qui aurait du être à la base des épisodes VII, VIII et IX de la saga galactique. A des années lumières des scenarii bancaux des opus filmiques de l’ère Disney, on y trouve une intrigue propre et maîtrisée, des personnages forts et attachant, des scènes de space opéra grandioses sans être grandiloquentes. Bref, on se réfugie dans cette lecture, roulé en boule sous la couette en pleurant toutes les larmes de son corps en repensant aux étrons projetés dans les salles obscures.

Trilogie Yan Solo

Même combat ici. C’est en prévision du carnage annoncé sur le spin-off « Solo » que je me suis empressé de dévoré cette trilogie classique. Là encore, c’est extrêmement bien écrit, même si la traduction laisse quelque peu à désirer. Ces bouquins resteront les vestiges d’une époque révolue, où l’on croyait que Han Solo s’appelait Yan et vivait à Douarnenez !

Thrawn

Une fois que l’on a goûté à la plume de Tymothy Zahn et découvert le personnage de Thrawn, on ne peut que ressentir le besoin de le retrouver. Si le personnage est à classer du côté des « méchants », sa personnalité est plus complexe et nettement moins manichéenne que l’on serait en droit de l’attendre. Le tour de force de Tymothy Zahn est de nous permettre de nous identifier à ce « héros » dont on apprécie la force de caractère et le flegme.

The Expanse (Tomes 1 à 5)

Peu de choses à dire sur cette saga dont la force réside, comme c’est le cas de toutes les grandes oeuvres de fiction, dans ses personnages forts et fouillés.

Si l’on ajoute que leurs aventures prennent place dans une univers riche et cohérent, dont la profondeur et la complexité nous rappelle le fantastique travail réalisé par Peter F. Hamilton.

La trame de fond mise en place, et qui se poursuit volume après volume et sur laquelle se greffe les aventures (collectives ou individuelles) des protagonistes principaux, laisse la porte ouverte à une multitude d’opus supplémentaires dont on attend impatiemment le prochain pour le 6 février prochain !

La trilogie du Rempart Sud

Mis sur le devant de la scène à l’occasion de son adaptation sur petit écran par Netflix, le premier volet de cette trilogie aura sans doute poussé quelques personnes à se frotter à l’oeuvre originale.

Et on ne va pas se mentir, il aurait mieux valu se casser une jambe…

Si l’intrigue est alléchante et que le suspense est savamment entretenu, force est d’admettre que l’auteur n’a pas su terminer son récit et qu’à force de vouloir faire mystérieux, presque aucune des questions soulevées ne trouvent de réponse.

On achève la lecture du dernier volet dans une indifférence royale, sans même un gout d’inachevé tant la certitude de n’avoir aucune réponses apparaît tôt.

Dommage, on ne saura jamais si c’est parce que l’auteur ne savait pas ce qu’il écrivait ou un gout pour l’indécision…

Les chroniques de la terre fracturée

En parallèle du challenge de lecture, je me suis fixé pour objectif à long terme de parvenir à lire plusieurs listes, qu’ils s’agissent des ouvrages d’un auteur en particulier, d’un univers ou franchise, ou, pour le cas qui nous occupe ici, d’un prix littéraire. Et en l’espèce, le prix Hugo du meilleur roman.

Et le hasard à voulu que j’entame cette liste par « La cinquième saison », premier tome de cette trilogie, récompensé en 2016. L’histoire retiendra que les deux opus suivants seront récompensés de même les années suivantes, ce qui a au moins le mérite de la cohérence pour le jury, mais qui reste à mes yeux parfaitement immérité.

Si le premier volet, quoique confus, nous offre une révélation finale qui rehausse le niveau, force est d’admettre que les deux opus suivants sont une vraie plaie à lire. La traduction n’est à mon sens pas à mettre en cause mais bien plutôt l’incapacité de l’auteur à présenter les différents points de vues imbriqués de manière fluide et lisible.

Aux confins de plein de genres et mettant en scène un monde imaginaire ou règne à la fois magie et géologie, le propos ne fini en fin de compte nulle part et c’est bien dommage.

A éviter sauf si l’on a besoin d’un truc assommant pour trouver le sommeil.

Isaac Asimov

Entamé l’an dernier, j’ai achevé la lecture du cycle de la fondation (avec Terre et Fondation) à propos du quel je maintien tout ce que j’ai pu en dire l’an dernier.

J’ai enchaîné sur le mythique cycle des Robots, à côté duquel je suis trop longtemps passé sans m’y arrêter. Erreur en partie corrigée avec la lecture des deux premiers tomes qui n’ont, à ma grande surprise, pas spécialement vieillis.

Humour et intensité résument pour moi ces deux ouvrages qui, s’ils sont la sommes de plusieurs histoires courtes, sont de véritables fresques épiques d’anticipation.

A suivre en 2019.

Latium (Tomes 1 & 2)

Combiner science-fiction, Space Opera et antiquité constitue a priori un mélange plus que susceptible de titiller mes différentes passions.

S’il brasse des concepts intéressants sur le libre arbitre et le devenir de la technologie intelligente après l’homme, allant ainsi au bout de la logique des lois de la robotique inventées par Asimov, le propos est tellement touffu qu’il en devient confus. On se noie littéralement dans certaines descriptions ou certains concepts dont la démesure ne trouve d’égal que la surabondance de mots qui les qualifient. C’est très verbeux. Trop verbeux. On perd sans arrêt le fil alors que le cadre dans lequel évolue le récit est suffisamment hors du commun pour ne pas en ajouter une couche de complexité.

Tout cela au service d’une banale histoire de quête de pouvoir qui n’aurait pas souffert de plus de légèreté dans la langue employée.

Autres

Carbone Modifié

Adapté là encore par Netflix sans que le matériaux d’origine ne soit saccagé, ce roman se laisse dévorer sans peine. Proposant un rapport intéressant à l’immortalité sur fond d’enquête policière, le livre brasse énormément de choses à propos de la nature humaine et de ses travers. Une lecture passionnante dans un univers de SF maîtrisé de main de maître par son auteur.

Anges déchus

On ne peut hélas pas en dire autant de la suite de Carbone Modifié. Si l’on peut parler d’une suite. En effet, c’est bien le même héros, qui, réenveloppé dans un autre corps, n’a plus la même apparence physique que dans le premier volet, mais au delà de ça, rien à voir avec le premier opus.

Pas d’enquête, aucun personnages issus du premier tome en dehors du héros. Là il est question vaguement d’une arnaque ou d’un « casse du siècle », mais dont la trame est plus que confuse, ce qui rend la lecture assez pénible au final. Pas sur de boucler le cycle et le troisième tome cette année…

Nano

Je suis enfin parvenu au terme de la trilogie « Greg Mandel » de Peter F. Hamilton, qui constitue l’une (sinon la seule) des incursions de l’auteur dans autre chose que du Space Opera. Toujours aussi plaisant à lire et concluant parfaitement toutes les intrigues ouvertes, on est presque triste de laisser là notre héros dans un final époustouflant qui tient bien ses promesses.

Les portes de la délivrance (Salvation – Tome 1)

Ce nouvel opus de Peter F. Hamilton incarne ce qu pourrait être le pinacle de son oeuvre. Une savante alchimie entre ses différents cycle SF et ses space opéra grandioses.


Dans un style toujours impeccable, son intrigue ciselée à tiroir nous emmène avec un brio qui sublime le récit. Les intrigues imbriquées ne cessent de nous étonner et page après page nous n’avons qu’une seule hâte : connaître la suite !


Compte tenu de l’ampleur et de la qualité de son oeuvre accomplie, il était difficile de rêver à mieux, mais c’est pourtant chose faite. Non que cela remette en cause la qualité des précédents opus mais le savant mélange d’action, d’odyssée spatiale, de politique, etc. en fait une oeuvre majeure et magistrale.

A la lueur de la qualité de son oeuvre accomplie, il était difficile de rêver à mieux, mais c’est pourtant chose faite. Non que cela remette en cause la qualité des précédents opus mais le savant mélange d’action, d’odyssée spatiale, de politique, etc. en fait une oeuvre majeure et magistrale.

Ready Player One

Décidément, un paquet de lectures aura été dicté par l’actualité ciné ou télévisuelle. Autant que faire se peut, je lis ce qui va être adapté avant de voir le résultat sur écran. Dans le cas de Player One, encore une fois, il valait mieux lire avant de voir. De nombreuses libertés ont été prises avec l’histoire alors que celle du livre était parfaitement adaptable en l’état.

Ce livre est une véritable bouffée de jeunesse pour qui a vécu dans les années 80 et 90 et un hommage vibrant à cette pop culture encore vivace, sans tomber dans les travers du fan-service ou à l’inverse dans la condescendance moqueuse que l’on a pu voir dans d’autres films ayant pour sujet le jeu vidéo. Pour ceux qui aurait seulement vu le film, je vous encourage plus que vivement à vous plonger dans cette lecture !

Armada

Du même auteur que Ready Player One, Armada ne parvient hélas pas à égaler la réussite du premier. Très inspiré de l’histoire du film Starfighter, le roman se laisse lire de manière assez plaisante mais on n’atteint jamais le même souffle épique que dans Ready Player One. Certains passages sont d’ailleurs assez plats et contrastes assez singulièrement avec l’ampleur (physique ou émotionnelle) de la scène qu’ils racontent. A recommander dans tous les cas pour ceux qui ont aimé Ready Player One (et les autres) !

Station : La Chute

Un roman très particulier que celui-ci. Dans un style assez brut, le récit nous amène progressivement à éprouver de l’empathie pour un personnage qui, au départ, n’en n’appelle aucune. De la SF pure et dure mais qui y associe assez élégamment des questions existentielles. Je n’irai pas plus loin pour ma part sur ce livre, mais vous trouverez d’excellentes critiques ici, ici ou encore ici.

Fahrenheit 451

Il s’agit d’une relecture de ce grand classique. Ça fait du bien de temps en temps de revenir aux fondamentaux. Ce qui m’a toujours impressionné dans ce livre qui a marqué ma jeunesse, c’est, au delà de son thème angoissant, que l’auteur l’a rédigé en seulement neuf jours. A mettre entre toutes les mains pour éviter qu’un tel futur ne voit jamais le jour.

Artemis

Écrit par l’auteur de Seul sur Mars, livre popularisé par son adaptation cinématographique avec Matt Damon dans le rôle principal, cet ouvrage, qui se passe encore une fois dans l’espace, nous emmène sur la lune ou l’héroïne va, au gré de péripéties toutes plus dangereuses les unes que les autres, sauver tous ceux qui ont élu domicile sur le satellite de la terre. Très plaisant, palpitant et bien écrit. Chaleureusement recommandé !

Luna (Tome 1)

Même décor, à savoir la lune, mais toute autre ambiance. Ici il est question d’intrigues familiales, de clans, de luttes industrielles et économiques. La lecture est un peu pénible et on se perd facilement dans toutes les ramifications de ces familles brésiliennes pour la plupart (sans que cette nationalité apporte véritablement quelque chose au récit). S’il y a bien un cliffhanger appelant à la lecture du second tome, pas sur que je poursuive l’aventure.

Éclaircir les ténèbres (Critique)

Plus jamais ! Plus jamais je ne veux recroiser la route de cet auteur… Jamais…

Les chroniques de Méduse

Peu familier des œuvres d’Arthur C. Clarcke, j’ai jeté mon dévolu sur ce roman à la faveur de la Petite OP 2018. Quoique uniquement « inspiré » d’une nouvelle de Clarcke, il donne selon moi un bon aperçu de l’univers de Clarcke. Sans trahir ce dernier, les auteur ont su avec talent proposer quelque chose de neuf et de fidèle.

On prend plaisir à suivre les aventures de ce vétéran à travers lesquelles on aborde des questions existentielles fréquentes dans la littérature SF actuelle : la prolongation de la vie sur plusieurs centaines d’années, l’acceptation de la différence, les sens du devoir, etc. Un très bon roman !

A suivre…

Voilà. C’est tout pour aujourd’hui. Et c’est déjà pas mal !

La tyrannie du silence de Claire Maximova : glaçant et poignant

Ecrire sur l’abjection

Faire la critique de « La tyrannie du silence » est un exercice qui s’avère à la fois extrêmement simple et extrêmement difficile à la fois.

Simple tout d’abord, car son sujet ne laisse la place à aucun débat. Nulle objection ne peut être émise sur l’abjection que représente le viol, sur sa brutalité physique mais surtout psychologique, cette souillure indélébile qui entame l’âme bien plus qu’aucune blessure physique ne peut le faire.

Mais difficile en ce qu’il ne s’agit pas d’un sujet anodin et encore moins léger. Difficile car le coup est rude pour le lecteur (quoique bien moins que pour la victime) qui se heurte à une réalité crue, d’autant plus choquante qu’elle implique des hommes et des femmes d’église. Des personnes dont l’exemplarité, la droiture, la chasteté et la pureté sont intrinsèquement liée à leur sacerdoce ecclésiastique. Toute entorse à cet idéal de vie, au service de Dieu et des hommes, est nécessairement perçu comme une trahison incompréhensible, y compris pour les non croyants.

C’est ce qui rend n’importe quelle affaire de droit public impliquant des ecclésiastiques particulièrement sordides, qu’il s’agisse d’une banale affaire de vol ou de dérives sexuelles. Ces dernières, déjà scabreuses, révoltantes et abjectes en temps ordinaire, voient leur ampleur et leur perception démultipliée justement parce que c’est bien la dernière chose que l’on verrait faire à un homme d’église, même si cela a malheureusement tendance à se banaliser compte tenu du nombre croissant d’affaires et de révélations.

Disclaimer

Difficile enfin parce qu’il ne faudrait pas que les remarques adressées au récit sur la forme ou sur le fond, puissent, en quelque manière que ce soit, laisser entendre qu’une quelconque responsabilité est attribuée à l’auteur dans l’épreuve effroyable qu’elle a vécue. Internet étant ce qu’il est, on a très vite fait de tomber sur un lecteur trop prompt à interpréter de travers – et dans le sens qui lui sied – des mots qui ne veulent rien dire d’autre que ce qu’ils expriment.

Il est triste de devoir, en 2019, écrire et préciser de telles choses. Mais plutôt que d’avoir à courir et argumenter contre des esprits malavisés, il vaut mieux prendre les devants et dissiper toute possibilité de malentendu.

En conséquence, le choix des mots est d’une importance capitale, ce qui rend l’exercice plus délicat qu’à l’accoutumé, mais néanmoins pas impossible, comme nous allons le voir.

La plume plus forte que l’épée

Et la première chose à dire, c’est que, bien que le sujet soit d’une gravité extrême, le livre se lit de manière assez plaisante, presque comme un thriller. L’auteur possède un vrai talent de plume et dans un style très fluide, on alterne les moments joyeux, plus tristes, émouvants, tendus pour finir par l’angoisse et la colère.

Car le récit est d’abord très analytique et factuel. Suivant une trame chronologique, repartant de ses origines, après la scène d’exposition où elle expose les faits dans leurs détails au provincial dont elle dépend (supérieur de l’ordre des carmes auquel elle appartient).

On assiste alors au déroulé inéluctable des événements. Inéluctable car l’issue nous est connue dès le départ. Seul nous manque le cheminement, qui conduit une adolescente ukrainienne découvrant sa foi catholique à une carmélite exclaustrée (c’est-à-dire retirée de la clôture derrière laquelle les religieuses carmélites sont en principe retranchées à vie) en plein désarroi tombant dans les griffes d’un véritable pervers narcissique (le terme est de l’auteur).

Ce cheminement, conjugué à l’approche très factuelle, est très riche d’enseignements pour nous lecteurs.

Roulez jeunesse

Et d’abord sur le quotidien d’une adolescente en Ukraine. Bien que nous n’ayons pas les dates, on ne parle pas ici de la vie au XIXe siècle, mais bien de l’époque contemporaine puisqu’il est question vers la fin du livre de l’annexion de la Crimée par la Russie, intervenue en 2014. Et pour qui en doutait encore, les choses sont assez édifiantes. Pourtant aux portes de l’Europe, les choses sont pourtant par moment aussi désespérantes qu’aux grandes heures des privations soviétiques.

Et pourtant, malgré un quotidien pas toujours rose, où le déplacement sur de moyennes ou grandes distances relèvent du parcours du combattant loin du confort de nos infrastructures confortables, ce qui transpire le plus, c’est la joie.

Malgré la tristesse momentanée, malgré les difficultés, les douleurs, les ruptures (familiales, affectives), ce livre est une véritable leçon de bonheur, de joie et d’optimisme. Rien ne semble pouvoir battre en brèche la joie de vivre de cette adolescente qui rencontre Jésus et l’église catholique. De fil en aiguille, elle forge sa vocation et, voulant suivre les traces de Sainte Thérèse de Lisieux (de manière sans doute trop littérale), se fixe pour but d’entrer au Carmel.

C’est cette vocation qui la conduit en France où, après une année d’étude, elle entre enfin au Carmel après une attente qui lui a semblé être une éternité.

Comique de situation

Et c’est là la deuxième leçon de ce livre, dans une succession de passages qui font sourire, à la fois en raison de l’humour de l’auteur mais surtout par le grotesque de certaines descriptions ou situation, où l’on découvre le quotidien de vie des carmélites derrière la clôture où peu d’entre nous peuvent se rendre pour le constater par eux-mêmes.

Jalousie, mesquinerie, vieilles habitudes, hygiène plus qu’approximative, confiance à géométrie variable, on a l’impression de se trouver dans un épisode de sitcom de série Z. Et pourtant, on ne peut pas imaginer l’auteur proposer des élucubrations infondées sur le sujet tant ces passages sentent le vécu.

La vaisselle pas toujours faite, les souris qui s’amoncèlent dans le plancher de la chapelle, le ménage très irrégulier, les brimades des anciennes envers les nouvelles petites jeunes recrues, l’auteur nous livre une description sans concession de la vie recluse derrière ces murs. Une accumulation de dérives qui, si on n’est pas en enfer ou à Sodome et Gomorrhe, ont constitué plus qu’une épreuve pour notre jeune novice qui décidément voit son chemin vers le paradis très encombré d’obstacles.

Mais même avec tout cela, l’auteur n’envisage pas sa vie autrement, quand bien même sa vie ressemble objectivement à un enfer. C’est d’ailleurs ce féroce acharnement, alimenté par une sorte de naïveté dont elle ne se départira jamais, qu’elle finira par perdre pied et avoir besoin d’aide.

C’est ce besoin d’une aide indispensable qui va finalement conduire à l’issue catastrophique que l’on connait.

I’m only human after all

Les choses ne se passent pas exactement comme l’auteur le prévoyait et son idéal de sainteté meurt un peu plus chaque jour à petit feu.

Il faut dire qu’à travers tout ce que nous décrit l’auteur, on en vient à une conclusion frappante, quoique peu sujette au doute : les hommes et femmes d’église sont avant tout… des hommes et des femmes, tout court. Avec leurs qualités mais aussi et surtout leurs défauts, leurs états d’âme, leurs faiblesses, leur orgueil et parfois leurs petitesses.

Quand bien même la vocation religieuse tend à s’abstraire de tout ce passif inhérent à la condition humaine, la vie en communauté, d’autant plus en vase clos dans le cas d’une communauté carmélite ou monastique, ne peut que provoquer des tensions, certes feutrées, mais inévitables.

Toute proportions gardées, s’il faut en de telles conditions de vie savoir faire abstractions des écarts de l’un ou l’autre vis-à-vis de l’idéal religieux des règles de vie qu’il impose, les cas sur lesquels l’auteur est tombé sont quand même hors catégorie. Et on ne peut que comprendre les abimes de détresse dans lesquelles cette situation plonge l’auteur.

Doutes

Pour surmonter ses doutes quant à sa vocation, dont on finit presque par se demander si elle est suffisamment solide, l’auteur a besoin d’une oreille, de conseils et de quelqu’un sur qui s’appuyer pour surmonter la situation.

Même si on a pu en croiser plusieurs depuis le début de l’ouvrage, c’est là qu’entrent en scène les « hommes d’église » et notamment celui qui deviendra non son « père spirituel » mais plutôt son « frère » de vocation comme elle aime à l’appeler en ce qu’elle recherche avant tout une relation fraternelle et non à recréer un lien de filiation fictif.

Profitant de la faiblesse psychologique de l’auteur qui se trouve complètement perdue, cet odieux individu, qui pourtant célèbre la messe et guide les âmes, va non seulement en profiter mais accentuer encore le malaise de l’auteur pour assouvir des pulsions refoulées dues à un traumatisme de jeunesse.

Les ressorts psychologiques de chacun sont ce qu’ils sont, mais on constate quand même que ce personnage, renommé « Pierre-Judas » semble être bien conscient de ses actes et du mal qu’il fait, malgré ses tentatives de dénégations et d’absolution autoadministré à coup de lettres et de mail, rejetant ainsi la faute sur l’auteur. Bien commode.

Analyse clinique

L’auteur nous livre ainsi une description méthodique, presque médicale, des processus à l’œuvre dans le viol, aussi bien du point de vue de la victime que du bourreau. La lente mais inéluctable glissade vers l’irréparable est saisissante de vérité et de cruauté. La plongée dans l’état de dissociation est d’une limpidité éclairante et sera instructif pour ceux qui ne parviennent pas à admettre la passivité de certaines victimes d’abus.

Mais si tout conduit à ces attouchements, décrits tout en retenue – et on comprend compte tenu des efforts et de l’abnégation que cela a requis de la part de l’auteur tant cela oblige à ressasser les pires moments de son existence – l’objet du livre est moins de nous proposer un simple épisode voyeuriste à la Game of Thrones, mais bien tout ce qui a entouré ces actes abjects.

D’abord tout le processus de destruction psychologique de l’auteur, qui conduit une enfant innocente et pleine d’amour de Dieu à un être vidé de lui-même, étranger à son propre corps, le rendant faible et vulnérable au point de devenir une proie de choix pour un pervers narcissique (surnommé par moment « père vert »).

Puis le rôle tenu par les hommes. Si les femmes, incarnées principalement par les carmélites du couvent dans lequel elle reste le plus longtemps, prennent une grande part de responsabilité dans l’état de décrépitude dans lequel l’auteur va finir par tomber, les différents hommes d’église rencontrés, qu’ils soient théologiens, prieurs ou supérieurs, se chargent d’achever le travail de sape entamé.

Et on entre là au cœur de la raison d’être de ce livre, qui, au-delà du témoignage glaçant sur les sévices subit, dénonce l’attitude détestable de la plupart des hommes d’église que l’auteur croise sur son chemin de croix. S’il convient de ne pas généraliser, un point qui est d’ailleurs évoqué directement dans le livre (même si c’est ironiquement par la bouche du violeur), force est d’admettre que l’auteur n’aura eu à faire qu’à des mufles quand il ne s’agit pas que de lâches.

Mufles et lâches

Mufles quand, de leur point de vue, si l’un des leurs « si fragile » faute et trébuche sur le chemin de la sainteté, c’est que l’objet du désir charnel n’a pas été suffisamment clair dans son refus et n’a pas fait tout le nécessaire pour remettre le fautif sur le droit chemin. Les femmes, laïques ou religieuses, sont reléguées au rang de tentatrices diaboliques, voire d’un poids encombrant et inutile pour l’église pour les secondes.

Lâches car, bien conscients du problème et de son ampleur, certains responsables au sein de l’église, ferment les yeux et laissent courir ces dérives sans que l’on sache véritablement pourquoi. Sans doute y a-t-il la peur de l’effet boule de neige et que l’on ne découvre finalement bien plus (et bien trop) de cas similaires ce qui décimerait inévitablement les rangs déjà clairsemés du clergé. Pénurie qui ne ferait que s’aggraver puisqu’un tel chaos freinerait probablement les ardeurs des futurs impétrants qui hésiteraient encore plus à franchir le pas de la vocation.

Lâches enfin car il est finalement question de pouvoir et d’argent, qui sont les deux moteurs boiteux de l’ambition humaine. On croit le monde ecclésiastique épargné par ces dérives, mais il n’en est hélas rien. Les luttes de pouvoir au saint siège sont légion, quoique discrète, et les scandales financiers tout autant.
Le rapport à l’argent des religieux est évoqué en plusieurs occasions dans le livre et il est singulier de noter qu’il alterne entre la saine gestion des ressources, qui ira jusqu’à faire dire à une carmélite que l’auteur ne peut pas quitter le carmel en raison des sommes importantes qu’elle a coûté pour certains soins, jusqu’à l’évocation à peine voilée des profits que peuvent générer les talents d’un bon prêcheur devant une assemblée le dimanche.

Chance

Finalement on ne peut se départir de l’idée que l’auteur n’a véritablement pas eu de chance. Son parcours a été jalonné de mauvaises rencontres et loin de se rapprocher du paradis, sa vie s’est transformé en enfer, tombant à chaque fois de Charybde en Scylla.

Et si l’on a envie au fil de la lecture de lui intimer le conseil bienveillant d’être moins naïve, moins « bénie oui-oui », ce qui est facile de penser vu de l’extérieur quand on ne vit pas directement la situation, on constate à mesure que la fin du livre approche que cette volonté d’amour inconditionnel, qui se transforme en état dépressif, se mu en fin de compte en révolte et en saine colère.

L’auteur se libère enfin et laisse libre court à sa révolte et son désir de justice face à l’inaction et au silence assourdissant de ceux qui, au sein de l’église auraient pu et auraient dû faire quelque chose.

Dans un final impressionnant, l’auteur nous fait la démonstration de sa résilience et, s’il était encore besoin, de son courage.

Espoir

A l’issue de la lecture, on souhaite trois choses.

D’une part que l’auteur finisse de se reconstruire, panse ses blessures et vive une vie heureuse et épanouie.

Pour cela, il faut que justice se fasse. Que le coupable et les responsables qui l’ont protégé par leurs silences écopent de leur juste châtiment comme eux-mêmes administrent pénitences et culture du repentir. La plainte déposée va, on l’espère, aboutir à une sanction juste.

Enfin, il faut que l’église fasse le travail nécessaire pour empêcher de nuire ses brebis galeuses et pas uniquement celles qui commettent des délits sexuels. Pour cela, il faudrait que l’église s’applique ses propres règles, tout comme un pays devrait appliquer les lois existantes avant d’envisager d’en créer de nouvelles.

Cela demandera un travail long et fastidieux mais si ceux qui en on la charge assument leurs charges et l’œuvre à laquelle ils ont consacré leur vie, cela ne pourra aboutir qu’à un renouveau salvateur.